Article paru dans notre bulletin n° 77 du mois de mars 1997

Les espèces médicinales des haies et brise-vent

A. DELELIS-DUSOLLIE
(Laboratoire de botanique, Faculté de pharmacie de Lille)

Outre leur intérêt biologique, esthétique et économique, beaucoup d'espèces composant les haies indigènes ont des propriétés médicinales qu'il ne faut pas négliger car, là encore, elles sont source de profit et de bienfait.

Certaines espèces sont encore très utilisées soit en officine (ex.: aubépine, bourdaine, cassis, nerprun, genêt à balais etc.) soit en médecine populaire (ex: frêne, noyer, sureau), d'autres ont été utilisées autrefois et sont tombées dans l'oubli ou inusitées, mais le regain d'intérêt pour l'herboristerie aidera peut-être à leur réhabilitation…

Voici quelques-unes des espèces que l'on trouve à l'état naturel en France et que l'on peut utiliser pour réimplanter des haies.

Aubébine monogyne:

Crataegus monogyna Rosacées (sommités fleuries) (1)

Sédatif cardiaque, antispasmodique, vasodilatateur coronarien, hypotensif léger (peu toxique ; pas d'accumulation dans l'organisme). Récolter les corymbes (groupe de fleurs – ou inflorescence – qui forment une espèce de « parachute » mais qui, contrairement à l'ombelle, ne sont pas toutes insérées au même point) et les petites feuilles de la base en évitant les parties ligneuses, en avril.

Utilisé en officine en teinture et extrait fluide.

Aulne glutineux:

Alnus glutinosa Bétulacées (écorce).

L'écorce est astringente (10 à 15 % de tanin). En gargarismes, l'écorce récoltée en décembre adoucit les angines.

Bouleaux  : Betula pendula (B. alba ; B. verrucosa) Betula pubescens, Betulacées (écorce-feuilles).

L'écorce renferme un bétuloside et un alcool terpénique : le bétulinol. En Russie, on prépare un goudron servant au traitement des cuirs ; l'huile essentielle de son écorce dégage d'ailleurs en brûlant une odeur de cuir de Russie. En décoction, l'écorce dans l'eau des bains de pieds régularise la transpiration et soulage les douleurs rhumatismales. Les feuilles sont diurétiques.

Bourdaine  : Frangulaalnus (Rhamnus frangula) Rhamnacées (écorce).

Les propriétés purgatives sont dues à des dérivés anthracéniques ; c'est un laxatif et un purgatif très utilisé.

Parfois appelé l'aulne noir, la bourdaine peut être falsifiée par d'autres écorces (notamment celle de l'aulne) lorsqu'elle est vendue.

Employée sous forme de poudre, de tisane (décoction à 10g/l pendant 5' puis infusion 2h) ou d'extrait fluide. L'écorce doit être conservée 2 ans avant d'être utilisée.

Les fruits ont un effet purgatif violent.

Le buis  : Buxus sempervirens , Buxacées (bois, racines, écorce, feuilles).

Inusité, mais autrefois employé comme sudorifique et antisyphilitique ainsi que comme antirhumatismal.

Administrée sous forme de décocté (50% o ), l'écorce était la partie préférée. Le sulfate d'un alcaloïde (la buxine) était recommandé au 19 ème siècle comme succédané du sulfate de quinine.

Le cassis  : Ribes nigrum , Ribésiacées (feuilles, fruits).

Les feuilles renferment une huile essentielle, des tanins, de l'acide quinique.

Les fruits sont riches en glucides (pectine) et en pigments flavoniques et anthocyaniques, la vitamine C est abondante (200 à 390 mg pour 100g).

Les feuilles sont utilisées en médecine populaire (infusé à 50% o ) contre les rhumatismes (anti-goutteux) et comme diurétique.

Les extraits de fruits sont actuellement très employés dans la prévention des accidents vasculaires et pour augment l'acuité visuelle.

Le vin de cassis (25 g de sommités fleuries macérés dans 1 litre de vin) améliore la digestion.

Le cerisier à grappe  : Prunus padus , Rosacées (écorce, feuilles et fleurs).

L'écorce à odeur forte et désagréable (« bois puant ») fut autrefois un succédané du quinquina et employée comme antirhumatismal. Inusité.

Le châtaignier  : Castanea sativa, Fagacées (écorce, fruits).

L'écorce, renfermant 10 % de tanin gallique, est utilisée dans l'industrie du tannage.

Le fruit, alimentaire, renferme 40 % de glucides à l'état frais, 25 % de lipides et 3 % de protides.

L'écorce est fébrifuge.

Les chênes Quercus pedonculata (Q. robur) Fagacées (écorce, feuilles).

L'écorce de l'espèce pédonculée est riche en tanins et acide gallique.

Tous les chênes peuvent présenter les galles également utilisées dans la préparation du tanin officinal.

Le tanin est astringent, hémostatique, antituberculeux. C'est un contrepoison des alcaloïdes.

En usage externe, c'est un antiseptique astringent (gargarisme), il est actif aussi en pommade contre les brûlures, les engelures et diverses dermatoses. Anti-hémorroïdaire également.

Le cognassier  : Cydonia oblonga (= C. vulgaris) Tosécées (fruits, graines).

Les coings ont des propriétés astringentes et anti-diarrhéiques (suc et sirop).

Le cornouiller mâle : Cornus mas, Caprifoliacées (écorce, fruits)

Inusité, passe pour fébrifuge et le fruit est astringent.

Le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea, Caprifoliacées, (baies)

Inusité, riche en huile.

Le coudrier (noisetier) Corylus avellana , corylacées (feuilles, graines).

Les feuilles renferment des tanins et des pigments flavoniques (succédanés de feuilles d'hamamélis). Elles sont astringentes et toniques du système veineux.

La graine ou noisette est alimentaire et oléagineuse (50 à 60 % d'huile dans l'amande qui serait de ce fait taenifuge).

La cytise : Laburnum anagyroïdes , fabacées (toutes les parties)

Toutes les parties de la plante et surtout les fleurs et les graines sont très toxiques (alcaloïde = cytisine). Cet alcaloïde est un poison des ganglions. Il provoque des convulsions et peut entraîner la mort par asphyxie.

Le frêne  : Fraxinus excelsior , oléacées (feuilles, écorce).

Les feuilles sont très employées en médecine populaire pour leurs propriétés diurétiques et surtout antiarthritiques. On les utilise en infusion (10 g à 30 g % o ) contre les rhumatismes, les crises de goutte, seules ou associées à celles du cassis.

A la campagne, on prépare la « frênette » avec l'infusion additionnée d'acide tartrique, de sucre et de levure (consommer après 15 jours de fermentation en tonneau).

L'écorce, inusitée en France, était renommée comme tonique et fébrifuge.

Actuellement, la consommation des feuilles étant très élevée en France, on en importe chaque année quelques dizaines de tonnes d'Italie et de Yougoslavie.

Le fusain  : Evonymus europaeus , Célastracées (fruit).

Les fruits sont anciennement connus pour leurs propriétés purgatives et émétiques. Les graines contiennent de petites quantités d'hétérosides cardiotoniques.

Le genêt à balais : Sarothamnus scoparius , fabacées (rameaux, fleurs, fuits)

Des rameaux, on extrait la spartéine qui, sans être un tonicardiaque vrai, agit sur le cœur en coupant la conduction nerveuse (action ganglioplégique). D'autre part, la spartéine est un stimulant des fibres de l'intestin et de l'utérus (ocytocique).

Les fleurs, riches en flavonoïdes, sont diurétiques.

Les rameaux et les fruits verts ont des propriétés vasoconstrictrices.

Le genévrier : Juniperus communis

Conifères (baies).

Diurétique et stomachique (infusé à 10g/l, extrait, vin diurétique de Trousseau)

Conifère (bois).

Le bois fournit le goudron (ou huile) de cade officinal dont les antiseptiques et parasiticides.

Le groseillier rouge  : Ribes rubrum, ribésiacées (fruits, feuilles).

Le fruit est officinal comme aromatisant. Il renferme des glucides, des pigments anthocyaniques et de la vitamine C.

Le hêtre  : Fagus silvatica, fagacées (écorce, fruits).

Le bois sert à préparer par combustion incomplète un goudron.

Le fruit (faine) a une amande riche en huile (40 %) qui, consommée, en excès, peut provoquer des troubles hépatiques.

Le tourteau pourrait être toxique pour les porcs.

Le houx  : Ilex aquifolium , illicinées (feuilles, écorce).

Inusité actuellement. Les feuilles étaient vantées contre le rhumatisme et les fièvres intermittentes (en décoction à 50 % o . En Bretagne, on faisait la glu avec la seconde écorce de la tige.

« Faire bouillir l'écorce moyenne pendant 8 heures, enfouir dans du fumier pendant 15 jours, battre dans un mortier puis laver à l'eau. On obtient une substance verdâtre, glutineuse qui a beaucoup de propriétés du caoutchouc : elle est émolliente et résolutive. »

Le laurier commun

Laurus nobilis , lauracées (fruits, feuilles).

Le laurier était très connu dans l'Antiquité, consacré à Apollon et symbole de gloire, ses propriétés médicinales étaient appréciées et son huile utilisée comme antirhumatismal.

Aujourd'hui, les feuilles sont un condiment très employé (laurier-sauce) mais les fruits utilisés seulement en usage externe (alcoolat de Fiorenti, pommades antirhumatismales et parasiticides).

Usage vétérinaire également.

Le laurier rose

Nerum oleander, apocynacées (feuilles)

Les feuilles sont utilisées comme cardiotonique et diurétique.

Par ailleurs, connue depuis l'Antiquité, sa toxicité (toutes les parties de la plante et le latex) peut provoquer des accidents.

Le laurier tin

Viburnum tunus, caprifoliacées (baies)

Ses baies sont violemment purgatives.

Le merisier

Prunus avium, rosacées (fruit).

Le fruit (cerise douce ou guigne) est inscrit à la pharmacopée française (sucs et sirops).

Fréquemment substitué par le fruit du roncier (mûre), le fruit composé du mûrier est riche en pigments anthocyaniques, en glucides et en vitamine C. Il sert à préparer le suc de mûre officinal. Il est utilisé aussi en gargarismes dans les maux de gorge.

Le noyer

Juglans regia, juglandacées (feuilles, fruits).

La feuille est un astringent très employé en médecine populaire. Elle a des propriétés hypotensives et on lui a trouvé récemment un pouvoir tranquillisant.

Lorsque les feuilles jaunissent au bout, c'est le moment de les cueillir: elles sont dépuratives en infusion de 20g/l d'eau.

Le brou sert à préparer des liqueurs et des extraits à propriétés antiseptiques (dermatoses). Actuellement, la France en importe quelques tonnes.

Le peuplier tremble

Populus tremula, salicées (bourgeons, écorce).

Les bourgeons floraux récoltés à la fin de l'hiver étaient autrefois inscrits à la pharmacopée et utilisés en onguent en usage externe comme vulnéraire et antihémmoroïdal.

Le bois des peupliers sert à préparer un charbon léger, très absorbant utilisé comme antiseptique intestinal.

Le prunier

Prunus serotina. Risacées (écorce).

L'écorce séchée est officinale aux Etats-Unis. Elle renferme un tanin et une résine notamment.

En teinture, c'est un aromatisant et un sédatif de la toux.

Les saules

Salix alba, S. purpurea, S. fragilis, S. caprea, S. viminalis. Salicacées (écorces, inflorescences, feuilles).

En usage externe, les feuilles sont employées contre les cors aux pieds. Les écorces renferment du tanin qui est employé en extrait fluide comme fébrifuge, antirhumatismal. Les chatons femelles renferment des substances oestrogènes et l'extrait fluide de chatons de saule blanc est utilisé comme sédatif nerveux et calmant des douleurs utérines.

Le sureau noir

Sambucus nigra. Caprifoliacées (fleurs, Fruits, écorces).

Les fleurs sont réputées, en médecine populaire, comme sudorifiques, diurétiques, émollientes sous forme d'infusion. Elles font partie des espèces purgatives.

Les fruits donnent un suc laxatif.

L'écorce interne est efficace dans les cirrhoses (mais toxique à forte dose).

Usage vétérinaire laxatif (fruit, écorce). Usage homéopathique.

Dans notre prochain numéro: le sorbier, les tilleuls, le troène, les viornes, le chèvrefeuille, le lierre, l'églantier et les ronciers,

Bibliographie sommaire

Dovault, 1880 — L'officine ou répertoire général de Pharmacie pratique.

Paris, R.R,, Moyse, H.. t967 — Matière médicale. Tomes II et III, Ed. Masson.

Schuenberg, P., Paris, F., 1977 — Guide des plantes médicinales. Ed. Delachaux et Niesilé.

 

(1) Entre parenthèses : partie de la plante utilisée.

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