Les alternatives à la transplantation d'organes

 

A l'heure actuelle, une pénurie de donneurs d'organes se fait sentir. Celle-ci est dûe, en partie, aux avancées des dernières années dans le domaine de la sécurité routière. En effet, la sécurité règne quand nous sommes au volant : port de la ceinture obligatoire à l'avant et à l'arrière obligatoire, renforts latéraux, système ABS, airbags…La science, et plus exactement la recherche médicale, y est cependant également pour quelque chose. En effet, le corps médical accomplit aujourd'hui de véritables miracles, la maladie et la mort sont poussées dans leurs derniers retranchements…on pourrait en arriver à croire que la vie est plus forte que la mort .La triste réalité nous rattrape néanmoins et les malades en attente d'une transplantation nous le rappellent chaque jour.  

 

A.Solutions actuelles au déficit d'organes de donneurs

1° Chaque hôpital doit être motivé au maximum pour signaler tout donneur potentiel au centre de transplantation avec lequel il collabore. Il faut appeler le coordinateur de transplantation indiqué. La collaboration entre les hôpitaux est nécessaire (eurotransplant).

2° La seconde solution à la pénurie d'organes de donneurs consiste à élargir les critères de donneur en ce qui concerne l'âge et la fonction de l'organe. Ceci a naturellement des limites.

3° Chaque donneur signalé doit être traité de manière optimale et professionnelle par l'unité de soins intensifs qui devra faire le maximum afin de garder intacts les organes de la personne en état de mort encéphalique.

4° Il faut prendre des mesures pour limiter le pourcentage des refus des familles et cela par une information professionnelle sur le don d'organe projeté.

5° Des mesures étaient à prendre pour empêcher la transplantation d'étrangers, notamment dans les hôpitaux bruxellois, et elles l'ont déjà été.

6° De plus, en cas de pénurie de donneurs décédés, il faut rechercher d'autres solutions telles que le don d'organes de donneurs vivants, et ceci dans le domaine de la transplantation rénale.

 

B. Autres alternatives

Il existe également trois autres alternatives au don d'organe par des personnes en état de mort encéphalique : les organes artificiels, les xénogreffes ainsi que le clonage (et les manipulations génétiques).

 

1°les organes artificiels

Depuis plusieurs années, la carence d'organes a incité les chercheurs à développer et à implanter des organes artificiels. C'est le cas notamment pour le cœur. Les appareils implantables permettent de suppléer à ce manque pendant un laps de temps donné, mais l'idée a germé de remplacer certains organes, dont le cœur, de manière perpétuelle. Il y a une quinzaine d'années, penser obtenir un tel appareil constituait un bon scénario de film de science fiction ; aujourd'hui c'est la réalité. La mise au point de Jarvik 2000 en est la preuve. Ce cœur artificiel est constitué d'une turbine qui entraîne le sang dans la circulation sanguine. Cette petite pompe se place à la sortie du ventricule et se fixe sur l'aorte à l'aide d'un tube. Selon certains médecins, il serait cependant trop tôt pour présenter ce projet comme une alternative à la transplantation, il faudra encore qu'il fasse preuve de fiabilité et de longévité. Précisons encore qu'il s'agit ici d'une assistance pour le ventricule gauche, le cœur totalement artificiel est en cours d'essai et pourrait servir à remplacer totalement le cœur droit et le cœur gauche. Les reins artificiels, ou plus exactement la dialyse, existent quant à eux depuis une quarantaine d'années. Cependant, il faut attirer l'attention sur le fait que ceux-ci ne sont pas implantables, ils constituent des solutions temporaires (qui peuvent devenir permanentes si le patient en fait le choix) au problème de la pénurie d'organe. Le même principe existe également pour le foie, cependant ce n'est une fois de plus que temporaire. En ce qui concerne le pancréas, les perspectives d'un organe artificiel semblent se préciser de plus en plus. En effet, il y a moins d'un mois, à Montpellier, un pancréas artificiel a été greffé. Par contre, d'autres solutions existent pour pallier partiellement aux insuffisances pancréatiques : l'implantation de pompes à insuline (une vingtaine aux USA et une dizaine au niveau européen).

 

2° les xénogreffes

Les xénogreffes, ou transplantation d'organes et de tissus animaux chez les humains, relevaient il y a quelques années de la science fiction mais pourraient bien devenir réalité dans la décennie à venir.

Pourquoi des organes d'animaux ? Depuis des années, il existe une pénurie dramatique d'organes humains, ce qui incite les chercheurs à tenter de greffer chez l'humain le cœur, les poumons, le foie, le pancréas ou les reins d'un porc. Aux Etats-Unis, 40 000 personnes ont besoin d'un nouveau cœur, mais à peine 2 200 d'entre elles l'obtiendront. En France, plus de 5 000 personnes sont en attente d'une transplantation et 20 000 dans toute l'Europe. 3Avoir accès rapidement et en tout temps à n'importe quel organe grâce à la xénogreffe est le rêve de tout chirurgien ", constate un grand nombre de médecins.

Si elle paraît futuriste, cette approche n'est pourtant pas nouvelle. Le réflexe premier des chirurgiens du début du siècle fut de transplanter des organes d'animaux. La raison en est simple : à l'époque, la notion de mort biologique était différente de celle qui prévaut aujourd'hui. On estimait qu'un homme était mort quand son cœur avait cessé de battre (à l'heure actuelle, on parle de mort encéphalique), si bien que les tissus prélevés sur un cadavre étaient souvent inutilisables. De plus, l'utilisation de l'humain soulevait des problèmes éthiques.

La première tentative de xénogreffe remonte à 1906. Un chirurgien lyonnais tente alors de greffer le rein d'un porc à une femme atteinte d'insuffisance rénale. Un échec total8 Par la suite, la médecine a délaissé l'idée au fur et à mesure que la recherche faisait des progrès en matière de transplantation humaines. On a tout de même tenté 30 xénogreffes entre 1962 et 1992. Bilan : 30 morts.

Mais depuis les cinq dernières années, les phénomènes de rejet lors de la xénogreffe sont de mieux en mieux compris, et on estime être près du but. Déjà, au laboratoire du docteur Jeffrey Platt, un médecin américain reconnu comme une sommité en la matière, on perfuse un foie de porc avec du sang humain et les résultats semblent être concluants. La première barrière à franchir pour faire battre un cœur de porc dans la poitrine d'un homme est celle de l'inexorable rejet hyperaigu. En moyenne, la durée de survie d'un cœur de porc non modifié génétiquement est à peine d'une trentaine de minutes. Le grand serait l'incompatibilité immunologique.

En bref, voici comment cela se passe. Dès que chirurgien suture les vaisseaux du cœur et que le sang fait irruption dans le greffon porcin, les anticorps du receveur entrent en action. Certains d'entre reconnaissent spécifiquement quelques-uns des antigènes du porc ( cellules étrangères) qui constituent la première cible à atteindre.

Dès qu'ils reconnaissent l'envahisseur, les anticorps partent au front et se fixent aux cellules étrangères. Ce corps à corps déclenche l'activation d'un mécanisme de défense du corps humain. En quelques minutes, cette arme réussit à percer l'enveloppe externe des cellules étrangères. Les conséquences sont fatales : thrombose, hémorragie et œdème. Arrêt de mort du cœur greffé.

Pour contrer cette réaction immune fulminante, il faut parvenir à modifier la cascade d'évènements moléculaires et empêcher l'attaque du complément. Et c'est exactement ce filon que les chercheurs suivent maintenant. L'approche la plus prometteuse : concevoir un animal transgénique. On a donc choisi " d' humaniser " le porc en le manipulant génétiquement afin de rendre ses organes plus tolérables pour l'humain.

Les premiers résultats de manipulation sont encourageants : greffé chez un babouin, le cœur humanisé d'u porc peut survivre en moyenne une dizaine d'heures au lieu de 60 à 90 minutes. En Grande Bretagne, une prouesse vient d'ailleurs d'être réalisée : on a transplanté un cœur de porc transgénique chez un jeune macaque soumis à un traitement immunosuppressif, une thérapie qui empêche le rejet classique des organes humains. Le cœur est resté en activité durant plusieurs semaines.

D'autres barrières restent cependant à franchir. De nombreuses questions se posent encore et la principale concerne l'éventuelle transmission de maladies exclusivement animales à l'homme, et notamment le prion de la peste porcine. A cela, certains chercheurs estiment que nous vivons avec des porcs depuis des siècles et que notre sang entre régulièrement en contact avec des tissus de porc (bouchers, éleveurs). A leur connaissance, il n'y aurait jamais eu d'infection sérieuse qui soit passée du cochon à l'homme.

On pourrait se demander pourquoi les chercheurs se sont intéressés aux organes du porc plutôt qu'à ceux du chimpanzé, par exemple. Surtout qu'il faut mentionner que le singe est considéré comme un donneur d'organes concordants en raison de ses similarités génétiques avec l'humain.

Mais il existe plus d'un motif d'avoir mis cette option de côté. D'abord, en ayant recours aux organes du chimpanzé, on courrait le risque d'une dangereuse contamination infectieuse. Ces animaux sont en effet porteurs de virus qui pourraient éventuellement attaquer l'homme. Notamment un virus similaire à celui du sida. De plus, l'animal e s'élève pas facilement en captivité, sa croissance est lente (de 7 à 10 ans pour qu'un de ses organes aie la taille suffisante pour une transplantation) et sa fréquence de reproduction est faible. Dernier argument et de taille : sacrifier des babouins pour leurs organes est beaucoup plus mal vu par le grand public que tuer des porcs qu'on envoie déjà à l'abattoir en quantités industrielles. On a donc choisi le porc qui, malgré les apparences, est proche de l'homme par sa physiologie et son anatomie, puisque la grosseur et la structure de ses organes s'apparentent à ceux des animaux. Et contrairement au singe, il possède très peu d'agents infectieux susceptibles d'être transmis à l'homme, il atteint une taille adéquate vers six mois et ses portées sont nombreuses. En conclusion, même si la plupart des chercheurs sont convaincus que la xénogreffe, celle-ci pose cependant un énorme problème éthique : est-ce que les gens eux-mêmes vont accepter de recevoir un cœur de porc ? La question est ouverte…

 

3° Le clonage

En 1990, le projet Génome humain, initié par les américains, fixait l'objectif : achever en 2005 la lecture des 3.5 milliards de lettres qui forment le message génétique d'Homo sapiens sapiens. A cette date, la recherche devait disposer d'un outil pour la découverte de tous les gènes humains, première étape vers l'élucidation de leur fonction biologique et la mise au point de nouvelles thérapies. Démarche savante ou inquiétante, les recherches actuelles dans le domaine ne laissent pas indifférent. L'une des perspectives se situe au niveau des possibilités thérapeutiques des manipulations du génome.

 

Avancée médicale ?

L'intelligence des cellules est aujourd'hui étudiée avec soin. Peut-être qu'un jour, la programmation des cellules pourra être modifiée pour fabriquer afin de traiter les maladies. En attendant, les recherches se poursuivent. Il sera possible de fabriquer de la moelle osseuse. Des greffes de cellules au niveau du tissu cérébral ont déjà été réalisées d'un point de vue expérimental dans le secteur des cellules fœtales. A l'avenir des greffes de cellules du pancréas permettront vraisemblablement de donner une solution constructive au diabète. Enfin, au niveau des tissus, le domaine qui touche de près la peau sera intéressant pour les hôpitaux qui traitent les grands brûlés. A quand les organes ? L'étape suivante se situera probablement dans le domaine des organes. Mais là, le chemin est encore long. Il faut être patient et prudent. C'est beaucoup plus complexe qu'un tissu. Les problèmes liés à l'irrigation et à la nutrition ne sont pas prêts d'être résolus. Ce sont vraisemblablement les problèmes techniques qui seront les plus difficiles à réaliser à court terme. Pour que ces initiatives se poursuivent dans le bon sens, les scientifiques doivent affiner leur travail : actuellement, on travaille avec des cellules multipotentes prélevées vers le 5ème ou 6ème jour dans l'embryon et le bouton embryonnaire plus exactement. L'étape suivante, ce sera de travailler sur les cellules pour contrôler la différenciation. Ce ne sera pas du clonage, mais de l'expérimentation sur l'embryon. Autogreffe A terme l'idée est de prendre un tissu sur un patient et de le réimplanter dans une autre fonction sur la même personne. Cela éliminerait le problème de rejet. On pourrait refabriquer de la moelle à partir des propres cellules du patient. Il n'y aurait plus de manque de donneur et de problème immunologique. L'aboutissement de ces recherches pourrait notamment offrir une alternative au cancer.

 

Autogreffe

A terme l'idée est de prendre un tissu sur un patient et de le réimplanter dans une autre fonction sur la même personne. Cela éliminerait le problème de rejet. On pourrait refabriquer de la moelle à partir des propres cellules du patient. Il n'y aurait plus de manque de donneur et de problème immunologique. L'aboutissement de ces recherches pourrait notamment offrir une alternative au cancer.

 

Le clonage d'embryons humains

Le 17 août dernier, le gouvernement de Tony Blair se prononçait en faveur des recherches sur le clonage d'embryons humains. Ce n'était ni un hasard, ni une surprise : depuis dix ans, il existe en effet un cadre légal qui autorise leur expérimentation. Sauf que leur clonage à des fins thérapeutiques n'y apparaissait pas comme une application possible des recherches. La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre suscitant l'admiration des uns pour cet acte courageux aux perspectives thérapeutiques inespérées et le rejet des autres qui n'y voient qu'une inacceptable " instrumentalisation " de la vie humaine.

L'embryon des premiers jours est-il humain ? Et quand bien même il le serait, peut-on risquer de laisser les coudées franches à la Grande Bretagne et aux Etats-Unis qui ont profité de la décision britannique pour permettre, depuis le 23 août, au secteur public de se lancer dans une recherche qui n'était jusqu'à présent réservé qu'au privé ? Questions lancinantes que la France a, jusqu'il y a quelques semaines tardé à affronter. La recherche embryonnaire sera donc désormais possible. Le pouvoir politique devrait en tous les cas prochainement le légaliser si l'on se réfère à l'avant projet de révision des nouvelles lois bioéthiques présenté par Lionel Jospin. Si le clonage thérapeutique demeurera interdit, l'autorisation de la recherche sur les embryons surnuméraires congelés, ne faisant plus l'objet d'un projet parental, signifie donc la fin d'un tabou. Le texte précise toutefois que la recherche ne sera autorisée que dans le but d'une " amélioration des techniques de procréation médicalement assistée et de la recherche de nouveaux traitements ".

En Belgique, une proposition de loi a été déposé par Monsieur Philippe Monfils. Il autorise l'expérimentation embryonnaire et la constitution d'une instance de contrôle.

Pourrait-on penser à une éventuelle intervention de l'Union européenne ? La question se pose… mais quoi qu'il en ressorte, la Commission européenne est déjà gênée aux entournures. En cause, la résolution adoptée le 7 septembre par le Parlement de Strasbourg qui condamne toute forme de clonage humain et demande des sanctions pénales pour les contrevenants. La résolution adoptée par le Parlement n'a qu'une valeur politique mais elle augure des clivages peut-être insurmontables qui réapparaîtront au moment de légiférer.

Ces avancées posent assurément un grand nombre de questions éthiques auxquelles il va falloir répondre et cela dans les plus brefs délais. En effet, la médecine n'attend pas, elle désire avant tout sauver des vies. Cependant aucune réponse n'est, à l'heure actuelle, véritablement avancée.