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Tour en images et récit du séjour au Vanuatu (du 24 avril au 6 mai 2005) - Circuit proposé par Terra Incognita -- cliquez ici pour en savoir d'avantage sur ce circuit.

VANUATU - 2005 / "Terra Incognita" (Lyon, France)

Sismographe installé dans la cave du département de sismologie et volcanologie du Vanuatu à Port-Vila

Volcans du Vanuatu -- Global Volcanism Program

Volcans actifs du Vanuatu -- site de John Seach

Institut de Recherche et Développement (page relative aux volcans du Vanuatu)

Cliquez sur les zones cerclées en rouge pour accéder aux informations du G.V.P. (en anglais)


Le Vanuatu, archipel de contrastes fait d'eau, de végétation luxuriante et de feu, est doté d'une nature généreuse à exubérante où vivent des populations d'une gentillesse extrême. Ce chapelet de 80 îles coralliennes et volcaniques de rêve est un véritable jardin d'Eden au coeur du Pacifique. Et, de surcroît, pour ne pas décevoir les amateurs de sensations, on y trouve un volcan strombolien très actif (le Yasur sur l'île de Tanna) et un volcan bouclier, recelant au moins un lac de lave bouillonnant (si tout au moins le temps permet de l'apercevoir), formant l'île "sauvage" et luxuriante d'Ambrym. Un véritable petit paradis préservé s'offre à nos yeux ébaillis. Les odeurs, les papilles, les vibrations, les sons et murmures sont inoubliables... en un mot, ce pays est un délice pour les sens et l'âme humaine.   

!

De gauche à droite: Daniel (ingénieur), Antonin (étudiant en ethnologie), Monique (géographe-photographe) & Jacques (juriste) ont participé à ce voyage organisé par Terra Incognita et guidé/encadré par moi-même.


AMBRYM - Photos de D. Loulergue & A. Melchior

Profile topographique approximatif entre Raventlam et le campement dans la plaine de cendre

Notre campement de fortune au pied du cône de cendre raviné du Marum (à gauche dans les nuages)

  

Sous la pluie et le vent, c'est une petite aventure pour aller s'approvisionner en eau. Après avoir percolé lentement au sein du cône éteint du MarumLiglar, elle en ressort filtrée et donc d'excellente qualité  !

Isaac et son sourire ravageur... toujours de bonne humeur le Chef guide de Ranvetlam.

Cliquez sur la photo pour voir en vidéo (345 Ko) l'allumage du réchaud multi-carburants, un "must" dans ces conditions météo.

Profile topographique ("cross section") entre le campement et la lèvre nord du cratère du Mbwelesu

La purée de poix ne parviendra pas à éteindre nos enthousiasmes. Des ombres chinoises se profilent dans la brume du Mbwelesu.

De gauche à droite sur le bord du puits actif du Mbwelesu (cratère adventif actif du Marum): Daniel, Jacques, Antonin et Isaac bien emmitouflé.

Les entrailles du cratère actif du Marum (Mbwelesu) étaient complètement occultés par les gaz et la brume. Impossible de voir au-delà d'une cinquantaine de mètres à l'intérieur du puits. Le ressac d'un éventuel lac de lave n'était pas audible à cause du masquage sonore produit par les fortes rafales de vent tourbillonnant au niveau du cratère. Une fine pluie continue associée à des bourrasques de vent et des nuages de basse altitude ont caractérisé le séjour à Ambrym du 24 au 30 avril. Cette fois, l'attraction était ailleurs que dans le volcan bien que la sensation engendrée par le mystère d'un cratère actif embrumé était bel et bien présent. Elle prenait l'apparence de la magie offerte par d'impressionnants paysages observés dans des conditions météorologiques, certes difficiles, mais contribuant à dévoiler un autre spectacle, la beauté mystérieuse des végétations tropicales humides insérées dans l'écrin formé par la caldeira d'un volcan actif.

Carte géologique simplifiée de l'île d'Ambrym

Carte de la caldeira d'Ambrym (12 x 9 km)

Lors des deux premières journées, nous avons parcouru la partie centrale de la caldeira sous une fine pluie chaude (voir tracé en vert sur la carte ci-dessus). Le chemin de retour est signalé en bleu.

Récit de l'expédition à Ambrym du 26 avril au 30 avril 2005

Nous arrivons à Craig Cove (aérodrome situé à l'ouest d'Ambrym) à 9h30 le 26 avril après un vol mouvementé, principalement du aux fortes rafales de vent qui ont secoué l'appareil lors de la procédure d'atterrissage sur la petite île de Paama située à l'est du volcan Lopevi. Le vol s'effectue dans un Twin Otter de la compagnie Vanair. Isaac Bong, notre guide et Chef du village de Ranvetlam jouxtant au sud le village de Ranon (situé au NO de l'île, voir carte 3D ci-dessous), nous attend. Nous montons dans un "truck" qui nous conduit en quelques minutes à la zone d'embarquement localisée à quelques centaines de mètres de l'aérodrome. Sur la plage, nous observons une épave d'un cargo complètement rongé par la rouille. Mais il est déjà temps d'embarquer dans l'esquif à moteur qui nous conduira à Raventlam, point de départ de notre montée au volcan. Isaac a sorti son matériel de pêche, c'est-à-dire un fil en nylon auquel est attaché un hameçon et un appât. Nous voyons bientôt son visage s'illuminer d'un sourire satisfait. Il vient de prendre son premier thon argenté du jour... et ce n'est qu'un début nous affirme-t-il. Il a raison d'être optimiste, surtout que nous semblons lui porter chance. Il pêche rapidement 2, 3 et jusqu'à une dizaine de petits thons argentés. Isaac est très satisfait car le repas de ce soir est au moins assuré pour sa grande famille. En longeant la côte, nous pouvons observer des falaises formées de couches de cendres jaunâtres à grisâtres stratifiées subhorizontalement et témoins de l'épisode cataclysmique liée à l'éruption qui s'est produite il y a environ 2000 ans. C'est cette éruption qui a donné naissance à la caldeira sommitale d'Ambrym, après expulsion dans les airs de 80 km3 de téphra (plus précisément de matériaux pyroclastiques fins de type cendre) associé à une activité hydromagmatique principalement surtseyenne (dynamisme provenant du contact d'un magma basaltique avec de l'eau). Après 1h30 de navigation dans une barque où nous sommes assis assez inconfortablement sur des planches de bois, nous sommes contents de débarquer sur une plage de sable noir où quelques faibles fumerolles s'exhalent. Nous marchons environ 300 mètres pour atteindre, à l'embouchure d'un torrent, une vasque où de la fine argile ocre de dépôt fluviatile est mêlée à de la cendre noire. Nous marchons avec précaution car la cendre est très chaude et même bouillante à certains endroits. Cette zone hydrothermale est liée à la grande éruption latérale de 1929 dont les seuls témoins aujourd'hui sont ce secteur hydrothermal jouxtant un cône adventif égueulé vers la mer et, aujourd'hui,  recouvert entièrement de végétation. Il n'est pas question de se baigner dans cette source d'eau chaude car il n'y a simplement pas assez d'eau et, de ce fait, la température y est bien trop élevée. Nous réembarquons donc et longeons une nouvelle fois la côte en observant une belle série de coulées noires, de composition basaltique, de type "pahoehoe" (laves cordées ou lisses). 2h45 après avoir quitté Craig Cove, nous sommes en phase d'approche de la zone des bungalows de Raventlam. Au passage, Isaac en profite pour signaler notre arrivée aux porteurs qui nous rejoindrons au lieu de débarquement que nous atteignons 10 minutes plus tard. Le débarquement a lieu au niveau d'une petite falaise taillée dans une coulée de basalte. A la sortie de la barque, nous escaladons cette petite muraille avant de retrouver nos bagages sur un replat de cendre. Il ne reste plus qu'à marcher une dizaine de minutes pour rejoindre les bungalows de Raventlam, construits et gérés par Isaac, Chef guide de ce village. Nous aménageons dans nos charmants bungalows respectifs avant de rejoindre la salle à manger et de séjour afin d'y prendre un repas très convoité. La maîtresse de maison nous sert des fruits (bananes et quartiers de papaye) et quelques biscuits accompagnés d'une carafe d'eau légèrement citronnée. Au cours du repas, j'en profite pour sortir de mon sac des photos réalisées lors d'un premier séjour à Ambrym en mai 1988. Isaac, rejoint par d'autres habitants du village, ne cache pas sa joie et son émotion de visionner ces clichés réalisés il y a 17 ans lors d'une expédition organisée par l'ORSTOM (aujourd'hui devenu IRD) où j'accompagnais Charley Douglas en expédition sur ce volcan. Nous étions partis à cette époque du village de Ranon pour une équipée de deux jours dans la caldeira. En voici quelques photos...

Lire l'article (format pdf, ± 300 Ko) rédigé dans la revue "L.A.V.E". en 1989 à la suite de cette mission ORSTOM

Le 27 avril à 8h, nous entamons notre montée vers la caldeira en compagnie d'Isaac et des porteurs. Il pleut légèrement et finement mais la température est agréable. Le chemin serpente en pente douce au sein de la forêt tropicale humide. Le cheminement est assez facile malgré l'humidité ambiante. Après environ trois heures de marche, nous apercevons l'arête de la caldeira parsemée de fougères arborescentes géantes. Encore quelques pas et nous serons dans le chaudron (traduction du mot portugais caldeira). Mais avant, Isaac nous rappelle que l'entrée dans la caldeira ne peut se faire qu'après avoir sacrifié au rite du cérémonial traditionnel. Celui-ci consiste à lancer un bâton (un genre de bambou local) dont l'extrémité a été taillé en forme de pointe de flèche. D'un endroit situé dans les derniers mètres du chemin de descente vers la caldeira, il faut lancer le bâton de toutes ses forces dans la plaine de cendre... et on ne peut pas la rater. Toute l'équipe a donc respecté la tradition en honorant le volcan de cette façon. Désormais, nous pouvons cheminer en paix dans la caldeira avant d'atteindre le volcan actif. Nous marchons donc tranquillement durant une heure sur la plaine de cendre, bordée par deux murs de végétation luxuriante, avant d'atteindre l'endroit choisi pour installer notre campement. A la lisière d'une forêt d'arbustes et de hautes herbes grasses bordant la plaine de cendre, nous sortons rapidement les tentes de leur sac de protection et les montons dans un crachin qui semble déjà interminable. Après avoir effectué cette tâche, nous décidons d'allumer notre réchaud multi carburants (pour des évidentes raisons écologiques, nous avons choisi l'essence sans plomb) afin de préparer un premier repas constitué de soupe multi légumes assortie d'un café soluble dont je ne citerais pas la marque.

A peine arrivés sur l'emplacement de notre camp de base et après avoir avalé ce premier repas intra-caldeira, nous décidons de tenter l'ascension du cône adventif actif du Marum, le Mbwelesu, malgré les mauvaises conditions météorologiques. Nous parcourons le kilomètre nous séparant de l'entrée de l'étroit canyon qui nous conduira sur la lèvre du puits actif. Nous escaladons de véritables marches de géant s'offrant à nous sous la forme de barres rocheuses compactes et sombres, des basaltes émis autrefois par le volcan bouclier. Des tranches de coulées fluides ont principalement été mises à nues par le lent mécanisme d'abrasion exercé par les particules de cendre et les blocs frottant violemment sur la roche en période de crue. Le spectacle est dantesque sous la pluie battante. Après 30 minutes d'escalade, nous atteignons une arête effilée dans la cendre noire. Elle nous mène en 10 minutes jusqu'à la bordure nord du puits abrupte du Mbwelesu. A quelques minutes de l'objectif, un vent violent nous prend aux tripes. Il transporte les gaz sulfureux (essentiellement du dioxyde de soufre mêlé à de la vapeur d'eau) expulsés par le cratère actif. C'est le moment d'utiliser nos précieux masques à gaz. Notre arrivée sur la lèvre de cendre du cratère ne nous révèle pas le lac de lave tant attendu. Nous tendons bien l'oreille mais aucune rumeur, aucun bruit de ressac ni d'explosion ne se fait entendre. Seul les violentes rafales de vent sifflent violemment dans nos oreilles. Je me penche vers l'intérieur du puits pour tenter de minimiser les effets sonores du vent, mais je ne perçois toujours rien ! Dommage, nous aurions apprécié que le volcan nous salue, ne fût-ce que par un léger soubresaut ou ronronnement... mais non, décidément, il se refuse à nous. Nous ne sommes pas tristes pour autant. La montée dans la pluie a été superbe et spectaculaire et nous sommes bel et bien sur la lèvre d'un cratère actif, même si il laisse planer son mystère. Le considérant de cette façon, le charme reste intact malgré l'absence de spectacle fréquemment offert par un lac de lave souvent bouillonnant et virevoltant. En ce moment, nous nous sentons vivre intensément en compagnie de notre hôte et désormais ami, Isaac !

La deuxième journée dans la caldeira sera consacrée à une excursion vers la chute d'eau du cône éteint MarumLiglar. Nous cheminons au sein de l'étroit lit creusé par un impétueux petit torrent dégringolant le col séparant les pentes septentrionales du Marum des flancs méridionaux du MarumLiglar (Liglar est le nom donné par les habitants de l'île au volcan primitif d'Ambrym alors que Marum signifie volcan dans la langue indigène). A l'instar de notre parcours du premier jour, des mini falaises sombres et luisantes de basalte jalonnent à nouveau le chemin en même temps que des secteurs de cendre humidifiées, ce qui les rend souvent pénible à traverser. On s'y enfonce allègrement, quelques fois jusqu'au haut du tibia. Cet effet est bien connu lorsque la cendre devient saturée en eau. Des troncs d'arbre pourris et des bambous  barrent régulièrement notre route. Heureusement, notre ami Isaac manie si habilement la machette qu'il ne fait de ces obstacles encombrants qu'une bouchée. A notre arrivée au sommet du ravin, trempés jusqu'aux os mais heureux d'avoir vécu des sensations que je qualifierais de primaires dans le sens noble du terme, certes différentes de celles initialement prévues sur le puits du volcan actif mais aussi captivantes, nous nous reposons un bref instant. Au cours de la redescente, nous récupérons les bidons qui s'étaient finalement remplis gouttes à gouttes au pied de la rive suintant et même, par endroits, dégoulinant.

Profile topographique entre le campement et les bungalows de Meltuan (village d'Emiotungan)

Vendredi 29 avril, nous entamons le retour vers Meltuan (ou Emiotungan), petit village situé à l'ouest Ambrym, où nous aurons le grand plaisir de passer une nuit dans un lit confortable. Nous contournons par le nord le cône de cendre raviné du Marum et atteignons, après avoir monté une colline de cendre et parcouru environ 3 kilomètres, un secteur de la caldeira très raviné et sans végétation. Nous cheminons d'abord dans un secteur plat niché entre la paroi septentrionale de la caldeira et le Marum, dans le NO de la caldeira. Le fond est constitué de cendre et est lacéré de multiples petites ravines superficielles (10 à 50 cm de profondeur). La marche y est aisée. Après environ 6 kilomètres, nous atteignons le pied septentrionale du Benbow. L'odeur du dioxyde de soufre y est pestilentielle. La pluie commence à tomber et, pour ne rien arranger, elle est acide. Nous ressentons bien le picotement de l'acide sulfurique dans les yeux. Nous nous protégeons rapidement les yeux en portant nos lunettes (de soleil même si il pleut). Le masque à gaz n'est pas encore nécessaire mais c'est limite. Nous nous dépêchons pour franchir les quelques 2 ou 3 kilomètres qui nous séparent encore de la paroi NNO de la caldeira. Il faut à nouveau escalader une paroi de cendre bien ravinée avant de pouvoir redescendre le flanc OSO du volcan. Debout sur l'arête, nous observons une dernière fois, à la faveur d'une éclaircie perçant la couche nuageuse, et durant un bref instant à cause de la fine pluie acide, le spectacle offert par l'intérieur de cette grande caldeira décharnée et ravinée, la plaine de cendre. Le sommet du cône du Benbow, légèrement dans la brume, semble à portée de main ...mais nous sommes obligés d'entamer rapidement la descente vers Meltuan car le chemin est encore long. Après avoir dégringolé allègrement un dernier tapis de cendre à pente raide, nous atteignons une large vallée à faible dénivellation qui nous mènera directement au village. A cette époque de l'année, il n'y coule qu'un mince filet d'eau. Pour notre grand bonheur, un véhicule tout-terrain nous attend à mi-pente afin de nous transporter vers nos cabanons. La route est spectaculaire et le chauffeur doit être excellent pour pouvoir franchir sans encombre les nombreuses petites barres rocheuses qui jalonnent le cours d'eau. Il doit véritablement slalomer entre les obstacles placés en travers du lit du cours d'eau. Et lorsque ce n'est plus possible, il faut emprunter un chemin de fortune taillé à la machette dans les bambous. De part et d'autre de notre route, nous observons bel et bien très distinctement la végétation véritablement brûlée par les pluies acides. Ce sont surtout les grand arbres (cocotiers et autres espèces de grande taille) qui ont reçu la plus grande dose d'acide sulfurique et chlorhydrique au sommet de leur feuillage. A plusieurs reprises, nous devons baisser la tête afin d'éviter les branches d'arbre qui bordent le vallée. Finalement, après plus de 7 heures de route depuis notre départ du campement, nous atteignons nos douillets cabanons en bois. Nous sommes éreintés mais heureux d'avoir vécu toutes ces aventures, même sous la pluie et dans le vent. Quand au chauffeur, comme il doit probablement le faire à chaque trajet, il effectue à nouveau des réparations de fortune sur son véhicule dont la portière est badigeonnée du sigle de la croix rouge. A peine installés dans notre résidence du jour, nous dégustons avec grand plaisir le jus d'une grosse noix de coco fraîchement coupée par les enfants du village et apprécions le bon repas (viande de porc et riz) offert par le propriétaire des lieux. Le lendemain, samedi 30 avril, nous repartons en véhicule 4X4 vers Craig Cove où nous reprenons le Twin Otter de Vanair à destination de Port-Vila, après avoir fait escale à Ulei (SE d'Ambrym), Paama et Epi. Malheureusement, le sommet ainsi qu'une grande partie des flancs du volcan Lopevi étaient toujours enveloppés dans une épaisse couche de nuages cotonneux.

L'histoire du volcan d'Ambrym d'après le récit d'Isaac Bong

Il y a assez longtemps, le volcan est arrivé à Ranon en provenance de l'île d'Ambae (où
se trouve aujourd'hui le volcan Aoba). Les habitants du village s'aperçurent rapidement que ce n'était pas une bonne chose. Ils prirent donc la chose rouge et la posèrent derrière le village. Le volcan commença
à s'illuminer en permanence et à faire du bruit en continu, de telle sorte que les
habitants de Ranon eurent peur. Ils prirent donc la chose rouge et se rendirent à un autre
village, nommé Awah, situé beaucoup plus haut dans la montagne que Ranon. Ils offrirent l'étrange chose aux habitants d'Awah, ce qui finit par leur poser le même problème. Un jour, à leur tour, ils ne
voulurent plus du volcan. Ils décidèrent alors de l'emporter jusqu'au village d'Isaac, Fambo.
Le volcan engendra à nouveau les mêmes difficultés. C'est ainsi que l'arrière grand-père d'Isaac
monta dans la plaine de cendre avec le volcan. Lorsqu'il vit qu'il se trouvait au milieu de l'île,
il aperçut un arbre dénommé Liglar. Il déposa la chose rouge dans la commissure située entre deux branches
de l'arbre et la laissa à cet endroit. Le volcan descendit à l'intérieur de l'arbre jusqu'au sol où il
prit racine. Depuis ce jour, il vit à cet emplacement. Désormais, on lui donna le nom de Marum Liglar. Marum
signifie feu (et volcan) dans le langage local mais le vrai nom du volcan est Liglar, du nom de l'arbre
qui l'abrite encore. Le Marum Benbow a lui été dénommé par la suite, probablement par Cook d'après Isaac, car ce nom a une consonance anglophone.

Cliquez ici pour entendre le récit original en anglais (format WMV; 1.05 Mo)  !


YASUR (Tanna) - Photos de D. Loulergue & A. Melchior

   

Activité strombolienne et pseudo-vulcanienne au Yasur.

Localisation et dénomination des bouches du Yasur vues du sud -- Carte schématique du Yasur

Le Yasur, visité les 1er et 2 mai, était assez actif (niveau d'alerte 2 sur une échelle qui comporte 4 niveaux). Les trois cratères (A, B, C) éructaient, le plus souvent tour à tour, leurs lambeaux de lave incandescente et des volutes de cendres mélangés dans les gaz. La bouche A expulsait, régulièrement et exclusivement, des petits panaches (en forme de champignon) de cendres brunes à grisâtres associées à de la vapeur d'eau alors que l'évent C passait allègrement d'un dynamisme de débourrage (blocs lithiques et colonnes de cendres) à un dynamisme strombolien (lambeaux de lave juvénile ayant quelques fois une taille impressionnante). Lors des explosions les plus violentes, les blocs incandescents éjectés à grande vitesse de l'évent C retombaient souvent au-delà des bouches A et B après avoir parcouru approximativement 200 à 300 mètres horizontalement et 300 à 500 mètres verticalement. Parmi les explosions les plus violentes de l'évent C, quelques unes présentaient une trajectoire oblique (le plus souvent vers l'est) ou même subhorizontale (étalement des bombes en forme de parapluie). Quant à la bouche B, elle éjectait exclusivement des bombes et des lambeaux incandescents qui retombaient le plus souvent sur le plan assez peu incliné (± 25-30°) formant le flanc interne ONO de cet évent. Quelques fois, des explosions beaucoup plus fortes, émanant principalement de l'évent C et accessoirement de la bouche B, généraient de puissantes ondes de chocs parcourant l'air à grande vitesse (brusque détente des gaz en surface avec éclatement de la bulle de gaz et brusque compression de l'air) accompagnées d'une secousse dans le sol liée à l'explosion superficielle ("explosion quake" que mesure la station automatique de l'IRD localisée au pied du cône de cendre). Les deux phénomènes étaient bien ressentis sur le bord du cratère principal. L'onde de choc dans l'air, générée par les explosions les plus violentes et provoquant une compression soudaine de l'air ambiant, était même souvent visible, principalement au-dessus du cratère C. Lors du premier jour (1er mai, fête du travail) de notre visite,les trois cratères étaient fréquemment actifs simultanément. Le spectacle offert était alors dantesque et féerique !

A l'instar de ma première visite en 1988, les habitants du Vanuatu sont restés accueillants,charmants et d'une gentillesse extraordinaire ! Par ailleurs, ils ont su préserver leur simplicité et leur nature généreuse face aux pressions de modernisation exercées par le monde occidental.


Photos numériques réalisées par Daniel Loulergue & Alain Melchior

Daniel, ingénieur dans le secteur pétrolier. C'est un spécialiste des phénomènes de corrosion dans le matériel des puits pétroliers et du matériel de forage.


Photos d'AMBRYM

C

Carte en 3D de la partie NO de l'île d'Ambrym -- Les flèches indiquent les itinéraires suivis.

Embarquement sur la frêle esquif du Chef Isaac Bong de Ranvetlam - Côte de sable noir et de rochers basaltiques épars près de Craig Cove (Ouest Ambrym)

Débarquement sur une plage de sable noir (cendre basaltique) percée de fumerolles de relativement haute température (±80°c). Des fumerolles s'échappent principalement au pied d'un cône adventif formée lors de la grande éruption latérale de 1929.

Antonin en charmante compagnie ! Préparation pour le départ vers la caldeira aussi appelée la plaine de cendre.

Les bungalows de Ranvetlam, endroit tout à fait charmant, sympathique et reposant avant de passer aux furies du volcan....

L'emplacement du campement au pied du cône du Marum, protégé partiellement de la pluie et des rafales de vent. A droite, un cône secondaire éteint,le MarumLiglar, percé en son milieu par un détroit défilé dans lequel dévale quasi verticalement une cascade impétueuse en période pluvieuse.

Ambiance de fête journalière au village de Ranvetlam -- Préparation traditionnelle du Kava et musique rythment en douceur la fin de journée. Le Kava est la boisson traditionnelle du Vanuatu et est préparée à partir de racines d'une espèce de poivrier local. Cette boisson assez soporifique est préparée au cours d'un cérémonial scrupuleusement respecté.


Photos de TANNA - Oasis Jungle bungalows & Port Resolution

Carte en 3D de la région du volcan Yasur -- Itinéraires suivis

Bungalows et "Tamtams" (statues de basalte) cohabitent harmonieusement dans un décor de rêve.

Nos cabanons de planches se dressent dans un jardin tropical luxuriant -- Le flanc sud du Yasur se dissimule derrière l'épaisse végétation tropicale où les fougères arborescentes semblent garder l'entrée du volcan.

Jungle Oasis Bungalows : un mini jardin d'Eden au paradis, malgré les quelques moustiques avec lesquelles la cohabitation est quelques fois difficile et même douloureuse !

Kelson, heureux propriétaire du "Jungle Oasis Bungalows" situé au pied du Yasur.... et, pour ne rien gâter, ce petit paradis n'est qu'45 minutes à pied de la lèvre brûlante du chaudron infernal.

Magnifiques paysages de Port Resolution. Il y règne une quiétude magique !

A Port Resolution, comme dans beaucoup d'autres endroits de l'archipel, la préparation du plat national du Vanuatu, le lap lap, est un cérémonial quotidien.

La plage de sable blanc est jonchée de débris de coraux morts et de coquillages. Attention, il est assez dangereux de se baigner au niveau des rouleaux car le fond de l'océan se trouve à cet endroit sous faible profondeur d'eau. En outre, il est parsemé de débris coralliens et coquilliers très coupants ! En plus, le courant latéral est puissant et peut très vite vous emporter vers le SE ou, à marée basse, carrément au large.

Les fougères arborescentes géantes nous rappellent que nous sommes dans une nature préservée depuis des temps immémorables.

Un des nombreux superbes banyans égrenant la région.


Photos du Yasur (le plus petit volcan en activité permanente au monde) -- altitude: ±365 m.

Récit du séjour dans la zone du volcan Yasur, du 1 au 3 mai 2005

Profile le long de la montée du"Jungle Oasis Bungalows" au cratère du Yasur

                         Coupe topographique NO-SE                                                                 Coupe topographique NE-SO                                        

Le 1er mai, jour de la fête du travail chez nous, nous sommes montés à pied au cratère du Yasur, un comble, non ? Pour les plus rapides, la grimpette a été effectuée au pas de charge (40 minutes depuis l'Oasis Jungle Bungalows) ! C'est que nous étions empressés de dévorer des yeux et des oreilles de l'activité volcanique, après ces journées de frustration volcanique passées dans la caldeira d'Ambrym. Nos deux jeunes guides accompagnatrices de ce premier jour en étaient même quelque peu épuisées à leur arrivée sur le bord du trou de l'enfer local. Le spectacle féerique était bel et bien au rendez-vous ! En ce 1er mai, le volcan Yasur ne chômait pas ! Ses trois évents (A, B et C) intracratériques étaient très actifs. Lors de l'ascension, nous nous sommes arrêtés à plusieurs reprises afin d'écouter les éructations les plus impressionnantes de la "bête" de Tanna. Dès notre arrivée sur le bord du grand cratère circulaire, le volcan nous salue en expulsant dans les airs une belle gerbe de feu suivi de près par un panache de cendre et de gaz. Il semble nous souhaiter la bienvenue ! Ce premier jour, nous décidons de nous installer sur un point haut localisé sur l'arête méridionale du cratère principal. Là, sans avoir pu observer au préalable de loin l'activité du volcan et sans information à propos du degré d'activité, nous serons sans aucun doute en sécurité pour l'observation de nuit. Comme indiqué dans le compte-rendu ci-dessus, l'activité est soutenue et relativement puissante (degré 2 /4). Jacques et Monique déballent précautionneusement leur matériel photographique qu'ils ont à l'évidence hâte d'utiliser.

Visualisation en relief ombré du modèle topographique (données topo. SRTM) de la caldeira Yenkahe incluant sur sa bordure occidentale le cône du Yasur. Le point rouge et la flèche indiquent le point de départ et le sens pour le profile le long de l'arête du cratère principal. Les positions d'observation  des 1er et 2 mai sont indiquées sur le profil topographique.

Après environ 1 heure d'observation, je propose à Daniel et à Antonin d'effectuer le tour du cratère pour tenter d'apercevoir le petit lac de lave (plutôt une marre bouillonnante) qui doit probablement se nicher au fond de la bouche B. Nous partons en compagnie d'un jeune garçon de la région qui nous signalera le chemin à suivre au niveau des endroits les plus délicats. Malheureusement, après avoir atteint le secteur ouest, les gaz nous empêchent de poser l'oeil dans l'antre du diable. Le seigneur des lieux ne semble pas d'accord de dévoiler, ainsi d'emblée, tous ses secrets, a fortiori à de simples étrangers de passage. Nous poursuivons donc notre randonnée sur l'arête étroite du cratère principal. Après quelques minutes de marche, nous nous installons quelques instants sur la pente douce, juste en contrebas du sommet, qui dévale vers le secteur NO du cratère principal. Ici, nous sommes en relative sécurité pour pouvoir observer l'activité sporadique du cratère C (voir carte ci-dessus). Il éructe bien mais assez faiblement. Nous continuons notre route et, avant d'arriver au point le plus bas et le plus anxiogène du cratère principal, je préviens mes compagnons qu'ils ne sont pas obligés de poursuivre la route et que l'on peut très bien faire demi-tour à cet endroit. Ils me donnent leur assentiment pour continuer l'aventure. Je les mets en garde des dangers potentiels et des précautions à prendre en cas de grosse explosion soudaine accompagnée de projections de lambeaux de lave en dehors du cratère principal. Nous courrons pour franchir les quelques dizaines de mètres les plus sensibles lorsque qu'une très forte détonation nous fige sur place. Le volcan vient de nous prévenir que l'endroit est précaire ! Nous observons avec grande attention la trajectoire des plus grosses bombes expulsées à 200 m/s par l'évent C. Mes compagnons sont très impressionnés mais me disent ne pas ressentir d'anxiété particulière. Il suffit d'être attentif et sûr de la trajectoire des bombes. Une de celles-ci retombe à une vingtaine de mètres de notre position, juste au pied de la paroi interne du cratère principal. Elle est incandescente et doit bien peser 200 kilogrammes. Je préviens mes compagnons de presser le pas pour sortir de cette zone rouge comme les bombes expulsées par cette bouche infernale. Ils ne bronchent pas et acceptent volontiers cette sage décision. Nous avons eu notre dose de sensation et le reste du chemin ne sera plus qu'une ballade de santé, même si d'autres explosions puissantes viendront troubler quelque peu notre cheminement. Dans ce cas, la position d'arrêt est requise et l'attention doit être à son maximum. Nous rejoignons bientôt nos deux autres compagnons qui fixent sur la pellicule ces moments inoubliables. La nuit se déroulera dans une succession ininterrompue d'explosions stromboliennes dont certaines se révèleront plus puissantes que d'autres. Nous redescendons vers 22h30 et atteignons une heure après, éreintés mais contents, nos bungalows. Une brève discussion autour d'un bon repas chaud nous maintiendra éveillé encore quelques instants avant d'aller nous endormir et de rêver à la montagne fumante et sacrée de Tanna. Notre nuit fût bercée par quelques détonations sourdes et puissantes. Le lendemain, après une grasse matinée, nous partons vers Port Resolution, superbe endroit où nous nous baignons dans l'océan Pacifique turquoise léchant une plage de sable corallien. Nous apprécions un déjeuner chaud pris dans la salle à manger entourée par les frêles bungalows de Port Resolution avant de repartir, avec un certain empressement, vers le volcan. Cette fois, nous décidons de monter au cratère en véhicule 4X4. Nous sommes ballottés dans tous les sens et contents d'atteindre l'extrémité de la piste. Nous escaladons rapidement les quelques centaines de mètres qui nous séparent encore du bord du cratère principal. Aujourd'hui, nous nous posterons sur la lèvre SE du gouffre infernal. A notre arrivée, nous remarquons que le volcan semble beaucoup plus calme que la veille. Son activité est ralentie comme si il s'était épuisé afin de nous éblouir le jour précédent. Mais le calme est tout relatif sur le Yasur ! Le volcan nous délivre quand même par moments de puissantes giclées de feu qui satisfont en grande partie notre appétit insatiable de volcanophile. J'ai en effet réussi à convertir mes compagnons d'aventure à la beauté du spectacle volcanique et à ses fortes sensations prenant aux tripes selon l'expression consacrée. Tout comme moi, ils semblent heureux du spectacle offert au point que certains ne souhaitent plus quitter le cratère. Il faut quand même se décider car un orage menace au loin et il n'est pas bon de stationner sur un volcan actif par temps d'orage, a fortiori en manipulant des appareils électroniques et métalliques. Pour argumenter ce sentiment, il m'a été rapporté, lors de ma dernière expédition au Guatemala, qu'un touriste canadien avait été foudroyé récemment sur le bord du cratère actif du Pacaya. Nous redescendons donc un peu plus tôt que prévu pour rejoindre nos bungalows que nous atteignons vers 23h. Comme d'habitude, nos repas sont déjà préparés et nous le dégustons avec avidité ainsi que des bières achetées le jour même à Lenakel par Kelson, le propriétaire des lieux. Le lendemain, nous repartons de bonne heure vers l'aérodrome de Tanna afin de reprendre un Twin Otter qui nous ramènera à Port-Vila. L'aventure des volcans du Vanuatu prend fin le lendemain avec notre départ pour Sydney.

Le Yasur, un cône de cendre où il n'y a pas une seule coulée de lave !

Au pied ouest du cône de cendre, la station sismique de l'I.R.D.. Trois évents actifs percent le fond du cratère principal profond en moyenne d'environ 80 mètres.


Très belles photos spectaculaires d'explosions stromboliennes du Yasur (par Jacques Renaud)


Cliquez sur les photos ci-dessus pour visionner et entendre des explosions spectaculaires du Yasur (86 Ko-1.44Mo, format WMV)

L'activité strombolienne (souvent assez puissante) est typique du Yasur. Les trois bouches présentent des dynamismes quelque peu distincts mais toujours très spectaculaires.

Des bombes (à gauche, en croûte de pain, < la nature andésitico-basaltique du magma ) et des lambeaux de lave plus fluide (en bouse de vache) frais jalonnent, par endroits, les rebords externes du cratère principal.

 

Activité pseudo-vulcanienne caractérisée par l'émission de panaches de cendre et de gaz.(dynamisme de débourrage)

Activité strombolienne continue au cratère B

Le tour du cratère principal au coucher du soleil sous une lumière rasante à la montagne, nous permet de profiter d'un superbe paysage au pied septentrional du Yasur. En bas, la rivière Siwi coulant dans une fracture. Jusqu'en 2001, il y avait un lac à cet endroit, le lac Siwi.


... et bonne santé surtout car les petites blessures n'ont pas manqué lors de ce voyage !!!

Notre charmant hôtel à Port-Vila, le Kaiviti (vue de son bar et de sa piscine) --  L'île d'Iririki située juste en face du centre de Port-Vila

Sur le chemin du retour ...

La belle architecture moderne du célèbre opéra de Sydney -- Le fameux "Harbour Bridge" qui fût illuminé de mille feux à l'occasion du passage à l'an 2000 et lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Sydney en 2000.


Copyright © 2005 Alain Melchior

Les photos sont les propriétés d'Alain Melchior , Daniel Loulergue & Jean Renaud. Prière de faire la demande auprès des auteurs des clichés avant toute utilisation.


Autre voyage "Terra Incognita" (été 2003):  Volcans actifs du Pacifique Nord (Big Island; Hawaï)