Il règne sur cette île une
singulière symbiose entre deux continents.
Le regard y est asiatique et le
sourire africain.
Parfois, un continent l'emporte sur
l'autre.
Dans le Sud aride, c'est l'Afrique qui domine. La peau des hommes s'y fait plus
sombre. Sur la côte Ouest, il n'est pas rare d'entendre le tam-tam résonner sur le
bord du fleuve.
Sur les Hauts plateaux, les paysannes merina ou betsileo perpétuant les millénaires
techniques asiatiques du repiquage du riz vous rappelleront que leurs ancêtres étaient
indonésiens.
L'île Rouge est donc un résumé
du monde où toutes les gammes de mélanges nés de l'amour se lisent dans la couleur des
peaux, des yeux, des étoffes et des coiffures.
"Dans ma famille, tout le
monde est mélangé, certains ont les cheveux raides et d'autres les cheveux crépus.
Entre les deux, il existe un éventail de textures capillaires que nous remarquons,
nous, les filles, en nous coiffant mutuellement, mais auxquelles personne ne pense.
Ma grand-mère paternelle était indiscutablement asiatique et ressemblait à une
Indonésienne. Mon grand-père, lui, avait tout du guerrier bantou. Moi, j'ai
la peau noire, les cheveux ni raides ni crépus, les yeux en amande. Je danse le
kwassa-kwassa comme les Africaines, et dans ma tête subsistent des modes de pensée dont
je sais maintenant que j'ai étudié et rencontré d'autres peuples, qu'ils me viennent
d'anciens ancêtres d'Extrême-Orient, d'Indonésie, de Malaisie, d'Océanie. Il en
est ainsi dans toutes les familles malgaches. Mon village natal est situé sur les
Hautes Terres, on me dit merina, mais je suis noire et asiatique. Partout où je
vais, dans les maisons de terre et de ravinala des six régions de Gasikara où je
séjourne, avec les femmes des pêcheurs vezo et betsimisaraka, avec les paysannes
sakalava, les filles des pasteurs tandroy et mahafaly, les chercheuses de rubis
masikoro... l'accueil est toujours le même : fraternel, chaleureux, confiant. La
situation qui y prévaut est identique à celle de mon village de Mandosoa: mortalité
infantile élevée, mauvais état sanitaire, rareté de l'eau et de l'alimentation.
Nous parlons la même langue, nous évoquons des préoccupations qui sont communes à 90
pourcent des Malgaches : des problèmes d'urgence et de survie."
Didier Mauro et Emeline
Raholiarisoa dans
"Madagascar, l'île essentielle" Anako Editions
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