GEORGES
GLINEUR : portrait d’un dirigeant communiste.
Nous
sommes aujourd’hui réunis pour célébrer un anniversaire, pour rendre
hommage à un homme, à un communiste, à un militant.
Georges,
originaire d’une famille ouvrière de Roux vivra dès son plus jeune âge les
difficiles conditions de la classe ouvrière du début de ce siècle. Marqué
par la révolution de 1917, il s’engagera très jeune dans les luttes qui
visent à améliorer le sort des travailleurs, de tous les humbles, de tous les
démunis.
C’est
ainsi qu’en 1930, il rallie le Parti Communiste. Choix réfléchi, choix conséquent
comme nous le constatons aujourd’hui, 58 ans plus tard.
Lors
des élections communales de 1932, à Courcelles, le Parti Communiste obtient
son 1er élu, le camarade Piret qui bien vite devra laisser sa place
au camarade Rigaux. Piret, employé de la SNCB, dut démissionner car le
gouvernement de l’époque venait de voter une loi interdisant aux membres des
services publiques représentant un parti révolutionnaire de siéger dans les
conseils communaux sous peine de perte d’emploi.
En
1938, le parti Communiste voit sa représentation renforcée et l’entrée
d’un jeune homme de 27 ans au sein du conseil communal, notre camarade
Georges.
1940,
l’occupation nazie n’arrête pas ses activités politique et Georges Glineur
avec d’autres va fonder une coopérative de ravitaillement des commerçants,
coopérative, qui par exemple, offrait du lait aux enfants.
Avec
1941, vient la clandestinité, la lutte contre l’occupant, l’arrestation, la
prison puis la déportation. Georges fera partie du fameux train de la mort qui
ne quittera pas la Belgique suite aux manœuvres de retardement provoquées par
le Partisans.
Ce
sera alors le retour à Courcelles.
1945,
les élections envoient 3 communistes siéger aux conseil communal. Une parenthèse :
entre 1938 et 1946, date du nouveau scrutin 8 années se sont écoulées.
Georges est ainsi un des rares conseillers à avoir siégé pendant 50 ans.
1952
puis 1958, suite à la campagne anticommuniste faisant rage, le PC perd
progressivement une partie de sa représentation et Georges finira par se
retrouver seul élu communiste.
A
ce moment, il va conquérir une position stratégique car du scrutin, deux
grands groupes ayant obtenu le même nombre de mandats vont se retrouver face à
face, le PSB d'une part, de l'autre les IC regroupant PSC–PLP et dissidents
socialistes. Georges se verra offrir le poste de bourgmestre par la droite et le
refusera.
1964,
l'action constante du PC renforcera la représentation communiste. Georges
deviendra échevin des travaux pendant que notre regretté Fernand Grimart
assurera la présidence de la CAP.
1970,
grâce à l'excellent travail accompli, le groupe communiste comptera désormais
4 représentants mais le PS retrouvant la majorité absolue nous écartera du même
coup de pouvoir. Parmi les élus un jeunot : Roger Romain.
1976,
lors des fusions des communes, nous conservons nos sièges dans un cartel au
sein duquel vont travailler Marcel Beynaerts, chrétien progressiste et René
Smoes, socialiste indépendant.
1982,
la diminution importante du corps électoral nous coûte un siège. Voici brossé
très rapidement, au travers d'une vie d'homme la présence des communistes à
Courcelles.
Cette présence
affirmée, constante, crédible, à l'écoute de la population, nous la devons
en partie à Georges, qui, par ses qualités personnelles y a contribué
largement.
Je
siterai ici l'hommage qui lui a été rendu en 1981 pour ses 25 années de député
par le Président de la Chambre de l'époque.
Le
désintéressement, la probité des communistes sont la conséquence logique
d'un choix et d'un engagement politique. Dira-t-on jamais assez que le
communiste à quel qu'échelon de la hiérarchie où il se trouve remet ses
gains au Parti. On ne presse pas au portillon pour devenir représentant du PC.
L'intransigeance
des communistes est réelle lorsqu'il s'agit des valeurs essentielles pour
lesquelles ils luttent. Le respect de nos principes est primordial et nous amène
bien souvent à lutter contre vent et marées, à ramer à contre-courant. On ne
peut attendre des communistes reniements, volte-face.
Inlassablement,
nous avons combattu pour le rassemblement des progressistes. A Courcelles, grâce
à notre motivation constante, nous réalisons aujourd'hui partiellement nos
objectifs.
Comme
nous ne sommes pas un parti électoraliste,
le Parti Communiste ne peut élaborer des alliances contre – nature avec la
droite.
La
fermeté, l'opiniâtreté, la ténacité, la rigueur sont de mise pour défendre
nos idéaux. Cela nous vaut souvent le rejet, l'injure d'une partie de nos
citoyens qui voient en chaque communiste un être barbare, assoiffé de sang.
Mais
la grande majorité des Courcellois apprécient cette constance idéologique. Ce
comportement allié aux qualités-humaines, celles de Georges en particulier
nous permettent d'obtenir un soutien fidèle de notre population.
On
peut être détenteur de la vérité, coller aux préoccupations des gens, être
un politologue averti et manquer de courtoisie, de savoir-vivre, de convivialité
et de sincérité.
Georges
possède ces dernières qualités, courtois, aimable, il est resté route sa vie
à l'écoute de ses concitoyens. Il le dit lui-même "Mes
pieds sont toujours restés attachés à mes racines, je suis resté militant de
base, en contact permanent avec la population
". Ses mandats ne lui sont jamais montés à la tête. Avoir été échevin,
député, membre du Bureau politique du PC, Président de la Chambre, avoir côtoyé
ou conversé avec des personnages qui ont fait l'histoire n'ont rien changé à
ses comportements. Voilà pour nous tous une belle leçon de modestie.
Ces
qualités alliées aux souvenirs des dures leçons de son enfance l'ont amené
à jouer un rôle social important.
S'il
a aujourd'hui abandonné bon nombre de ses responsabilités politiques, demain
il continuera "à servir" slogan qu'il reprenait jadis sur ses
affiches électorales. Sa maison depuis des décennies a accueilli tous ceux qui
ont des problèmes et qui lui demandaient son aide. Ils ont toujours été reçus
avec affabilité et jamais, il ne leur fut demandé leur carte de parti.
Beaucoup s'en souviennent et sont ici dans cette salle à nos côtés.
A
Courcelles, on dit souvent : " Si
Glineur avait obtenu la reconnaissance de tous les électeurs, de tous ceux
qu'il a aidés, il aurait été mayeur".
Les
capacités, le sens de ses responsabilités ont marqué pour longtemps le
service des travaux lorsqu'il était échevin. Nombreux sont encore aujourd'hui
ceux qui comparent la gestion pitoyable de ce service avec celle que Georges a
assurée, il y a presque 20 ans.
Enfin,
la plus grande des qualités,
celles dans laquelle se trouvent tous les communistes, celle qui fait leur fierté
: la fidélité.
Qu'il
est dur à travers une vie, à travers toutes ses vicissitudes de rester fidèle
à un parti, à son idéologie, aux principes qu'on a définis. Georges y est
fidèle depuis 58 ans. Malgré tous les moments difficiles, malgré les
souffrances physiques et morales que ce soient : les moments de misère partagés
avec les travailleurs, la bestialité du nazisme, la chasse aux sorcières
anti-communistes, les sarcasmes, la bêtise, la lâcheté, l'ingratitude, les
dissidences dont l'une l'a touché plus particulièrement.
Les
tristes réalités de la vie façonnent un homme. Les communistes savent que la
lutte qu'ils mènent est difficile. La fidélité, c'est aussi l'enracinement
dans le terroir qui l'a vu naître, c'est l'adaptation d'une théorie
scientifique aux conditions du milieu dans lequel on vit : conditions sociales,
politiques, historiques, géographiques, morales,…
C'est
l'attachement à Courcelles, au pays Noir (les communistes n'ont pas honte eux
de ce nom comme le libéral Knoops). C'est l'attachement à la Wallonie que les
communistes ont été parmi les premiers à défendre. Cet attachement est
incompatible avec l'image négative que l'on fait de nous : " Les hommes de
Moscou".
Enfin,
le communiste est un homme de dialogue. Georges, pour tout ce que tu as donné
à Courcelles, pour tout ce que tu as donné au Parti, je te dis merci.
Tu
t'es dégagé de certaines responsabilités et nous savons tous, ici, présents
qu'un homme comme toi continuera à nous apporter ta force de travail. Tu vas
continuer à servir, à assurer tes permanences sociales. Tu continueras à nous
donner tes sages conseils, à nous faire partager ton expérience.
Reçois
mon cher Georges, ce cadeau de ta section, c'est une peinture retraçant une
partie de notre folklore, elle est l'œuvre d'un ami, d'un collègue qui fut lui
aussi la victime du stalinisme local et qui contribue de cette façon à te
rendre hommage.
Enfin,
je tiens maintenant en notre nom à tous à faire participer à cet hommage
celle qui est ta fidèle compagne depuis 50 ans. Ce que tu as pu faire, elle en
est en partie responsable. Le climat familial qu'elle a créé, sa complicité,
sa compréhension, la communauté d'idées qui vous unit ont permis au Parti
d'utiliser au maximum tes capacités de dirigeant.
Merci
pour tout cela Lucienne car cela le fut au détriment de votre confort personnel
et de votre intimité. Voici Lucienne 50 œillets rouges et un blanc, illustrant
le seul moment de votre vie, celui où vous avez oublié totalement le Parti, ce
moment, il y a 50 ans, celui où vous avez procréé un communiste…
La
dynastie communiste Glineur se porte bien d'ailleurs, le dernier rejeton a pris
la relève, n'est-ce pas Dimitri?
Discours
prononcé en octobre 1988 par Robert TANGRE, représentant le Parti communiste
sur la liste d'alliance "Union Communale Progressiste et Wallonne" à
l'occasion du 50ème anniversaire du mandat de conseiller communal de
Georges Glineur.