QUATRE PRINCIPES DE TEMOIGNAGE

Après un aperçu général sur la façon dont le musulman analyse et rejette le christianisme (ce qu'il nous faut considérer quand nous l'abordons), voyons quelques éléments de témoignage. Il me paraît indispensable, pour une meilleure approche, de développer plusieurs points de notre comportement à son égard tels que:

1- l'amour

Aimer le musulman, parce que c'est le plus grand commandement donné par Jésus dans Luc 10: "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le musulman est ce prochain que nous devons aimer comme nous-mêmes. Christ ne nous demande pas ici d'aimer seulement notre frère qui nous est semblable, mais d'aimer notre prochain c'est-à-dire celui qui est différent, de l'aimer avec sa différence. L'amour est incontournable car si l'on n'aime pas, on ne peut pas témoigner, et encore moins parler de l'amour de Dieu.

Aimer comme soi-même, c'est venir au secours de l'autre quand il est dans le besoin. D'une façon générale, c'est avoir une attitude bienveillante à son égard, surmonter les préjugés dont il est l'objet, prendre l'initiative d'aller à sa rencontre, faire le premier pas malgré les barrières culturelles, religieuses et traditionnelles qui nous séparent. C'est aller vers l'autre, à l'exemple de Jésus quand il est allé voir la femme samaritaine, en essayant de briser le mur du silence. Dans un sens, Jésus était en situation de faiblesse, car il n'était pas sur son territoire, il était en Samarie, et les rapports entre Juifs et Samaritains n'étaient pas des meilleurs. Pourtant, c'est lui qui a pris l'initiative, parce que son message était pour tous. De même, nous qui sommes témoins de Jésus, en sécurité dans nos pays, allons vers les étrangers, car nous avons un message pour eux.

Aimer l'autre comme soi-même, c'est aussi savoir qu'il est une personne unique créée à l'image de Dieu. C'est reconnaître ses qualités humaines et religieuses; savoir apprécier tout ce qui est positif dans sa foi. Malheureusement on ne parle de nos jours que des choses négatives associées à l'islam : intégrisme, violence, attentat, guerre, et que sais-je encore. Et l'on oublie tout ce qui est positif dans cette religion : la crainte de Dieu, le respect des parents, l'hospitalité, la fidélité. Nous commettons ainsi la même erreur que la majorité des musulmans quand ils jugent le christianisme à travers la société occidentale. Savoir reconnaître les qualités de l'étranger, du musulman, un peu comme Jésus l'a fait dans Luc 17:11-19 à propos de ce Samaritain qui fut le seul parmi les dix lépreux guéris (les 9 autres étant juifs) à manifester sa reconnaissance.

Aimer le musulman, c'est parfois accepter que l'on soit rejeté par lui sans chercher à se venger, ni à condamner, c'est avoir une attitude différente de celle des disciples de Jésus ( Jacques et Jean) lorsqu'ils n'avaient pas été bien accueillis par un village de la Samarie (Luc 9:51-56). Ils avaient alors réagi en disant "Seigneur veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel pour les exterminer ?".

Aimer le musulman, c'est aussi ne pas l'exploiter dans sa solitude, en parlant du Christ comme la personne qui ouvre toutes les portes: travail, argent, logement et oublier qu'il y a souvent un prix élevé à payer. Non, aimer le musulman c'est aussi s'intéresser à lui en tant qu'homme créé à l'image de Dieu, c'est l'aimer et se soucier de lui en tant que personne et pas uniquement comme une âme à gagner. Ce n'est pas seulement lui dire notre amour mais le lui montrer.

2- l'amitié

Le musulman en général et surtout celui qui se trouve dans un pays étranger, est très sensible à tout ce qui vient de l'extérieur. Déraciné sur le plan familial, social, culturel et religieux, il peut prendre beaucoup de temps pour trouver une identité dans le pays d'accueil. Notre devoir est de savoir l'approcher non à la seule condition qu'il se convertisse à Jésus-Christ, (et pourquoi pas), mais pour lui témoigner de notre affection. Il faut que l'amour et l'amitié envers un musulman ne soient pas uniquement un bon moyen d'évangélisation, mais plus simplement, la manifestation de l'amour que Dieu veut que nous pratiquions. Il ne faut pas se lier d'amitié par intérêt seulement, mais prendre pour exemple l'attitude de Dieu à l'égard de son peuple, sachant qu'une relation se construit patiemment et ne doit pas s'achever après quelques mois de prêche et de bon contact.

3-L'hospitalité

La troisième exigence de l'Evangile, c'est le respect. Mieux que d'autres, les chrétiens savent ce qui sépare véritablement les hommes entre eux : les frontières les plus difficiles à lever ne sont pas géographiques, politiques, économiques ou culturelles ; ce sont les frontières spirituelles. Deux Français peuvent être bien plus étrangers l'un à l'autre qu'un Arabe et un Israélien qui partagent la même foi en Jésus Christ. C'est la raison pour laquelle même les lois les plus justes ne peuvent à elles seules garantir le respect des droits des étrangers. En France par exemple, pays qui s'honore d'être un pays d'accueil et d'asile, la loi est relativement satisfaisante pour ce qui est des droits des étrangers qui vivent sur son sol. On ne peut pas dire pour autant que les Français soient tous hospitaliers vis-à-vis des étrangers. Il arrive même que pour des raisons religieuses, certains chrétiens soient les moins disposés à reconnaître leurs droits aux musulmans. N'oublions donc pas que Jésus nous a commandé d'agir envers les autres non pas comme ils agissent envers nous, mais comme nous, nous aimerions qu'ils agissent à notre égard (Matthieu 7.12).

4- L'honnêteté et le respect

Il faut savoir s'arrêter en toute honnêteté sur les points qui nous unissent. La foi en un seul Dieu, le Créateur. Le musulman aime en général parler de Dieu et de la religion. Il aime parler de Dieu quand il constate que sa foi est respectée. Il faut savoir dialoguer avec une volonté d'écoute mutuelle, essayer de balayer les malentendus, les préjugés que nous pouvons avoir l'un envers l'autre et cela, pour arriver à une relation vraie et fructueuse. Avoir toujours raison sur tous les points n'est pas la meilleure façon de témoigner. Il faut se servir de ce que le musulman connaît déjà sur Dieu, sur Jésus-Christ et cela afin de l'amener à accepter toute la vérité biblique.

En conclusion

La présence des musulmans en France est une chance pour les chrétiens. Il y a des millions de musulmans en Europe. Ne peut-on pas parler d'une stratégie divine qui nous envoie ces peuples qui ne connaissent pas le Christ sauveur ? Combien de missions dépensent chaque année des millions pour envoyer des missionnaires dans des pays lointains, alors que les musulmans, eux, sont chez nous ! Combien de temps chaque missionnaire doit-il passer pour apprendre une langue étrangère et être capable de communiquer, alors que la plupart des musulmans dans nos pays parlent notre langue ? Combien de pays musulmans ferment leurs frontières aux missionnaires, alors que des millions de musulmans vivent en France ?

Le monde est à notre porte, allons-nous l'y laisser ? Ou allons-nous inviter ces musulmans à entrer dans nos maisons, à entrer dans nos vies et nos cœurs ? A notre tour, nous serons invités à entrer dans leur intimité. Nous découvrirons alors que derrière le visage du musulman se cache un homme ou une femme qui nous est semblable.

Plus nous nous identifions au musulman en tant qu'étranger, plus nos paroles auront une signification pour lui et c'est ainsi que le musulman connaîtra que Jésus est vraiment unique. Unique par sa vie, par son enseignement, par son amour, par sa mort, par sa résurrection et sa puissance discrète mais efficace. Unique aussi parce qu'il est le seul à pouvoir réconcilier l'homme avec lui-même, avec son prochain et avec Dieu.

Certes, il n'est pas toujours facile de communiquer l'Evangile à des personnes qui ont une autre culture que la nôtre, mais c'est pour nous une très bonne occasion de réfléchir à notre foi et de grandir ainsi dans la connaissance de notre Seigneur.

Jamil CHABOUH
Responsable des relations auprès des étudiants arabes et musulmans
Membre de la Commission Eglise-Islam