Genre des noms de ville

Ce qui suit n'est pas destiné à être reproduit... (où que ce soit et
sous quelque forme que ce soit), sous peine de représailles salées.

[X] Y a-t-il une règle concernant le genre des villes (masculin/féminin/variable) ?

[J.-P. Lacroux] Une règle ? Pourquoi une règle ?... La liberté n'est pas angoissante...
Voici un extrait (simplifié) d'un travail en cours (Achtung ! on ne
pique pas, c'est copirailleté un max, représailles sanglantes à
craindre ; Achtung-bis ! l'enrichissement typo, en particulier l'ital,
s'est fait la malle...) :
A. Nombre
Seules sont des pluriels les dénominations commençant par un article défini pluriel :
    Les Andelys sont situés dans l'Eure
Quels que soient les éléments pluriels qu'ils incluent, tous les autres
noms de localité sont des singuliers :
[...]
    Forges-les-Eaux est en Normandie, Salins-les-Bains est dans le Jura
    Des Moines est la capitale de l'Iowa.
    Carrières-sur-Seine est peuplé (ou peuplée) de Carillons (ou de Carriérois)
[...]
B. Genre
Quiconque a soif de certitude ne se désaltérera pas ici. Le genre des
villes est un des hauts lieux de la liberté onomastique. Hormis celles
dont le nom contient un article (singulier) initial, les villes ne se
laissent pas facilement attribuer un genre immuable.
Sont a priori des noms masculins :
    Le Caire, Le Havre, Le Vésinet
Sont a priori des noms féminins :
    La Ferté-Alais, La Havane, La Nouvelle-Orléans
Lorsqu'un article pluriel précède un « nom commun courant », le genre
est aisé à deviner :
    Les Sables-d'Olonne sont situés sur l'Atlantique
Les « saints » sont d'un grand secours :
    Saint-Étienne et Sainte-Menehould ne sont pas du même genre.
Pour les milliers de villes dont le nom ne contient aucun élément d'un
genre clairement identifiable, on suggère parfois de se fier à la
dernière syllabe, à la rime. Syllabe muette, le nom a de grandes chances
d'être féminin ; syllabe sonore, le nom a de grandes chances d'être
masculin. Certains auteurs présentent comme une vieille règle française
l'attribution du féminin aux noms de villes se terminant par une
voyelle, du masculin à ceux qui se terminent par une consonne. Ces deux
« règles » sont souvent contradictoires. Même si elles peuvent aider
parfois à « se faire une idée », il est préférable de les considérer
toutes les deux avec circonspection ou, mieux, de les oublier. Pour deux raisons :
-- Si l'on tente de vérifier leur pertinence avec des exemples
indiscutables, on obtient ceci : Le Caire, Le Havre, Les
Sables-d'Olonne, Saint-Étienne (voyelle, syllabe muette... masculin) ;
La Ferté-Alais, La Nouvelle-Orléans, Sainte-Menehould (consonne, syllabe sonore... féminin) ;
-- Selon les circonstances (syntaxe et niveau de langue, registre), les
noms de villes peuvent être soit masculins, soit féminins...
Syntaxe. Déterminées occasionnellement par un article défini, les villes
adoptent de préférence le masculin. Certains adjectifs antéposés (grand,
vieux) accentuent cette tendance.
[...]
    Marseille est belle sous le soleil. Il regrette le Marseille des années
trente.
    Bruxelles est belle (ou beau) sous la drache. Le vieux Bruxelles a été
liquidé par les spéculateurs et les architectes.
    Alger est blanc sous le soleil, aussi l'appelle-t-on Alger la Blanche.
Précédées de « tout », toutes les villes renoncent au féminin, y compris
celles dont le nom inclut un article défini féminin :
    Tout La Rochelle est saisi d'allégresse, toute la ville en parle.
Remarque. -- Tout signifie ici « toute la population de » et non
« l'ensemble de la ville de ». C'est donc à tort que l'on écrit parfois
    [Tout Londres est en flamme].
Tout Paris est dans les rues
[...] le Tout-Paris
Quelques villes italiennes sont très attachées à leur genre. Mais il y a
des limites à tout :
    La Florence des Médicis. [...] La Rome des papes. Rome est belle sous
    les Césars. On circule mal dans le Grand Rome. Tout Rome est à Ostie.
L'emploi métonymique « capitale pour l'État » appelle le masculin :
    Rome est déconcerté par l'attitude de Lisbonne.
Lorsque le nom d'une ville est employé pour désigner une équipe ou un
club, le masculin est de rigueur (même s'il s'agit d'une équipe
féminine) :
    La Rochelle a été battu au Havre.
    Marseille, affaibli, renonce à rencontrer Valenciennes.
Registre. La français littéraire privilégie le féminin ; le français
courant ou technique, le masculin.
Dans l'accord des adjectifs et des participes, toute grande localité
« masculine » peut s'approprier le genre du mot ville :
Dakar est beau (ou belle) sous les nuages. Oslo est beau (ou belle) sous
la neige.
Les petites peuvent toujours s'approprier le genre de bourgade...
Attention ! à ne pas confondre nom propre composé (trait d'union
obligatoire) et surnom (pas de trait d'union) :
    Louvain-la-Neuve, Sainte-Foy-la-Grande
    Alger la Blanche
C. Article
L'article initial prend la majuscule, sauf s'il y a contraction :
    Le Havre, La Nouvelle-Orléans, La Rochelle, Les Sables-d'Olonne, Le Tréport
    le port du Havre ne doit rien à Le Nain, je vais au Tréport puis aux Sables-d'Olonne
Les toponymes et les patronymes sont soumis à des « règles » très
différentes. Le classement alphabétique des localités ne tient pas
compte de l'article défini initial : Havre (Le), Rochelle (La).
[...] Cet usage est incohérent. D'excellents typographes [...] ont
suggéré d'écrire comme jadis : le Havre, la Rochelle. Les lexicographes
ne les ont hélas pas suivis.



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