Particules

[J.-P. Lacroux] L'origine noble ou roturière n'est plus un critère valide dans les
règles typographiques françaises, qui ont un agréable cachet républicain
depuis fort longtemps... Chers amis (A.B., A.L.), tenter de réintroduire
cette distinction  est une entreprise vouée à l'échec... Je ne vous
compte certes pas dans leurs rangs, mais permettez-moi de vous dire
qu'elle ne peut intéresser que les nostalgiques des lettres de cachet...
On ne va tout de même pas passer notre temps (je parle surtout du
mien...) à faire le tri entre les purs fins de race, les aristocrates de
seconde main, les nouveaux riches, les prolos à particule syntaxique !
On s'en fout ! À moins d'être rédacteur à Point de vue ou à
Gala, pourquoi vouloir repérer les vrais et les faux nobles,
puisqu'il n'y a plus de noblesse ? Je me goure ? j'ai mal lu notre
histoire et les maîtres typographes ? J'ai pas regardé ma montre et
c'est déja la Deuxième Restauration ?
Nobles ou roturiers, tous* les « de » précédant un patronyme
« français » sont en France des prépositions (et des particules) qui ne
prennent pas la capitale initiale ET qui ne déterminent pas l'ordre
alphabétique...
C'est simple, c'est démocratique, très pratique, c'est admis par tous
les rédacteurs, réviseurs, correcteurs d'ouvrages de référence.
L'Institut Charles-de-Gaulle peut dire et écrire ce qu'il veut... Sur le
sujet, il a moins d'autorité et de compétence que, par exemple,
l'Imprimerie nationale ou Larousse...
En outre, devant les patronymes plurisyllabiques non précédés d'un
prénom, d'un titre de civilité, d'un grade ou d'une fonction, qu'elle
soit noble ou roturière, la particule saute... Et vous voudriez coller
une capitale initiale aux particules plébéiennes ? Vous voulez vraiment
lire des romans de De Balzac ? C'est des astuces pour Villiers (Philippe de)...
*Si les cas particuliers vous intéressent, on pourra y revenir... Ce
soir, je n'ai plus beaucoup de temps (j'ai un calva à prendre)...
Ah ! juste ça, pour éviter un débat inutile (je ne suis pas Mazo...) :
cette affirmation péremptoire ne s'applique évidemment pas aux
patronymes anglo-saxons d'origine française (De La Rue, De La Roche...),
chacun fait ce qu'il veut chez lui, ni aux patronymes « français » dont
l'origine flamande ou néerlandaise (article) est patente, assumée,
revendiquée... ni (sauf exceptions se comptant sur les doigts d'un
manchot) aux patronymes italiens... (mais aux patronymes espagnols et
portugais...).



[BL] - de Haan et De Haan n'est pas le même nom, surtout en Belgique (même si
l'origine flamande est attestée --je réponds à la suite de votre message)

[JPL] Cher ami, la Belgique est un royaume où le goût pour les particularités
héréditaires est encore vivace. Dans mon message, j'ai bien précisé que
j'évoquais les règles typographiques françaises (à mon sens, les seules
qui comptent...). Elles s'appliquent aux patronymes des citoyens, mais
les sujets du roi des Belges ont bien le droit de chérir des traditions
différentes et de croire que les de Becker n'ont pas d'ancêtre boulanger
alors que les De Becker en ont indiscutablement un. Je croyais avoir
écrit que les règles typographiques françaises respectent les usages
étrangers : pour les patronymes belges, elles acceptent les « De »
(article néerlandais) et les « de » (ancien article néerlandais devenu
préposition française devant un nom francisé et même... simple article
néerlandais honteux)...

[BL] - l'on pert une information, ce qui est toujours dommage

[JPL] Quelle information ? La règle française élimine toutes les foutaises
liées au sang, à la race, aux prétentions nobliardes, mais respecte
toutes les subtilités grammaticales. Si l'on a un article, son initiale
est capitalisée, as in french : De Haan (Le Coq). Si l'on a une
véritable préposition française (cas assez rare devant un nom
germanique), son initiale demeure minuscule : de Haan (Haan : lieu). La
prétendue noblesse n'a rien à voir ici, seule la langue est à
respecter...

[BL] - vous devrez chercher à deux endroits dans les bibliothèques, puisque vous
aurez perdu cette information (étant donné les règles en vigueur, ou du moins
celles que l'on m'a apprises) -- von Bismarck est classé à B; De Haan est
classé à D, de Haan est classé à H et de Ghelderode à G

[JPL] Comprends pas... En quoi la règle que j'ai énoncée modifie-t-elle les
conditions de cette recherche ?

[BL] - vous devrez donc réviser aussi les règles de catalographie ou multiplier les
fiches de renvoi

[JPL] Non. Précisément, non. En revanche, si vous soutenez ceux qui veulent
écrire « De Gaulle » (car De Wall, Le Mur..., donc « De » serait encore
un article devant un nom francisé depuis belle lurette), bonne chance
avec les fiches de renvoi... En France, tout patronyme francisé peut
rejoindre ses pairs...

[BL] - vous allez vexer beaucoup de monde, à tort ou à raison; mais

[JPL] Je m'en tape...

[BL] vexer pour cela , c'est à mon avis toujour à tort. Il ne faut pas avoir lu
Carnégie pour savoir que les gens tiennent énormément aux particularités de leur blaze.

[JPL] Je ne suis pas payé pour respecter les susceptibilités mondaines...

[BL] Je veux dire que si vous écrivez «de» partout, vous perder une information
dont était porteuse la distinction de/De -- particule ou article.

[JPL] Voilà la preuve qu'un quiproquo s'est introduit entre nous... car je
n'écris pas « de » partout et je maintiens évidemment la distinction
préposition (en l'occurrence française)/article (en l'occurrence
néerlandais). Ce que j'élimine (« je » stupide et abusif, car c'est la
pratique commune en France), c'est la distinction particule
nobilière/particule roturière, qui se situe sur un autre plan, dénué
d'intérêt...

[BL] L'indécidable porterait donc sur l' «origine... patente, assumée, revendiquée...».

[JPL] Dans le cas qui nous occupe (patronyme « français » [et même francisé]
d'origine flamande), oui... J'attends toujours une source fiable
établissant que de Gaulle considérait son « de » comme un article... et
une autre établissant que « Gaulle » est de nos jours un terme
germanique signifiant encore « mur »... C'est un coup à réveiller les
Pink Floyd. Pas prudent.



[X] Pour De Gaulle par contre, est-ce une question d'usage ou bien y-a-il
> une raison precise au maintien de la particule ?

[JPL] Les deux. L'usage fait sauter la particule (s'il s'agit d'une simple
préposition... et non d'un article contracté comme « Du » ou « Des »...)
devant les patronymes plurisyllabiques (Alfred de Musset, Jean de La
Fontaine > Musset, La Fontaine [mais parfois l'élision fout le bordel :
d'Artagnan]...) employés « seuls » (sans prénom, titre, fonction, etc.)
mais la maintient toujours devant les patronymes monosyllabiques (et
assimilés...), qui sans elle se trouveraient bien pauvrets, voire
équivoques : de Gaulle, de Grasse... Quelques exceptions célèbres :
Sade, Retz...
Tout cela peut sembler inutilement compliqué mais n'a par bonheur qu'une
médiocre importance...

« Il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire. Etre de
quelque chose, ça pose un homme, comme être de garenne, ça pose un
lapin. » (Alphonse Allais.)



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