[X] Les deux sont donc synonymes sauf dans deux cas :
[J.-P. Lacroux] En français... et
en dépit des dictionnaires d'usage courant et des
traducteurs de logiciels, les deux mots ne devraient jamais être
synonymes... surtout aujourd'hui !
Une majuscule est toujours un caractère. Une capitale non...
pas
nécessairement... c'est un format... Différence considérable
(théoriquement et pratiquement...). La première est affaire
de langue
écrite. La seconde est uniquement, étroitement, pauvrement,
affaire de
typographie... Certes, ces deux empires ont un territoire commun
(l'orthotypographie...), mais il ne faut pas l'élargir à
l'excès et
surtout ne pas considérer que leurs mots sont interchangeables.
Certes,
le glyphe d'une majuscule est celui d'une capitale (kif-kif avec les
minuscules et les bas de casse), mais ça s'arrête là...
Prenons la phrase suivante :
« Ici, dénigrer Claudel est le plus sûr moyen d'obtenir
un brevet de pensée libre. »
Deux majuscules, la première est démarcative, la seconde
est
distinctive. Tout le reste est en minuscules.
Maintenant, composons la phrase en toutes capitales :
« ICI, DÉNIGRER CLAUDEL EST LE PLUS SÛR MOYEN D'OBTENIR
UN
BREVET DE PENSÉE LIBRE. »
Rien que des grandes capitales... mais toujours deux majuscules...
pas une de plus...
L'amusant dans l'histoire est qu'« étymologiquement »
ce devrait être le
contraire (majuscule : plus grand que, capitale : en tête), mais
l'étymologie, ça va cinq minutes...
[JPL] Ben non, justement, sauf si tu appartiens
à la secte des adorateurs de l'étymologie...
Dans notre jargon contemporain, c'est la majuscule qui par définition
est en tête, qui est initiale... (Enfin... pas toujours... mais
quand
elle n'est pas en tête, par exemple dans les sigles et les acronymes,
disons le N et le U de « ONU », elle représente
quand même une
initiale...) C'est donc « majuscule initiale » qui a de
très fortes
chances d'être affreusement redondant... En revanche, une grande
capitale initiale est légitime... et a toutes les chances de
représenter
une majuscule... ce qui, bien entendu, est très rarement la
mission d'une petite capitale...
[JPL] Justement... grâce à
la différence entre majuscule (caractère) et
capitale (format typographique). Ce point -- très important,
disons-le,
capital -- a fait l'objet de longs débats sur la liste
Typographie où
il a recoupé en partie le marronnier des capitales (et des
majuscules...) accentuées (c'est le même « problème »,
donc j'en profite
pour répondre à ceux qui contestent bêtement et
périodiquement leur
absolue nécessité...).
En voici des extraits (attention ! je ne garantis que la pertinence
maciste... attention bis ! la véhémence finale ne vous
concerne en rien...) :
[JPL] Soit deux couples : majuscules/minuscules
(ortho) et capitales/bas
de casse (typo). La distinction est évidente, parfaitement
compréhensible, connue de tous... mais la terminologie résiste
par endroits.
État : composé en bas de casse, avec une capitale initiale
car c'est
une majuscule, soit trois minuscules et une majuscule.
ÉTAT : composé en capitales, dont la première
est aussi une majuscule,
soit quatre capitales dont une majuscule et... trois quoi ?
Trois minuscules ? (Clameurs horrifiées dans les coulisses.)
Comme il est prudent de ne pas le gueuler sur n'importe quel toit,
je
murmure : oui... car, contrairement à toi, je crois que la réversibilité
des casses n'est pas indépendante de cette notion, qui, sous
des
dénominations parfois burlesques et outrageusement contresensiques
(le
« Tout majuscules » et le « Petites majuscules »
d'Xpress...), est à
l'oeuvre dans nos logiciels. Conséquence : les majuscules s'obtiennent
directement* au clavier, grâce à la touche qui leur est
dévolue ; le
tout cap, non, enfin, de préférence, non... et les petites
caps, non,
nécessairement non**. C'est pourquoi le « on compose »
de ta phrase
citée plus haut implique une mise hors jeu de la saisie, car
on ne
devrait jamais saisir en capitales (avec « maj. » ou «
maj. verr. »)...
mais on doit toujours saisir les majuscules (avec « maj. »
ou « maj.
verr. ») ! Sinon, adieu réversibilité ! et même,
adieu choix serein
d'une casse...
* J'aurais volontiers ajouté « et nécessairement
», mais je crains que
des individus pervers ou mal équipés ne procèdent
autrement...
** Ne me réponds pas que les raccourcis de format ou de style
contredisent cette assertion... Tu as parfaitement compris ce que j'ai
tenté de dire... La majuscule n'est pas un format. La capitale,
si,
éventuellement. Et si tu me réponds qu'une police SC
permet d'obtenir
sans format des petites capitales... je te priverai de dessert ! Si
tu
me réponds que toutes ces foutaises n'ont aucun sens chez les
TeXans, je
m'écrase d'avance et t'offre une Rochefort capsule bleue...
[X] Si vous cédez à la
facilité du
verrouillage des majuscules, eh bien alors, adieu réversibilité
des vraies majuscules !
[JPL] C'est inexact. À moins que
vous n'ayez pas compris de quoi il retourne ?
Hors des contextes rustiques (comme ici...), on utilise le verrouillage
pour obtenir aisément une majuscule accentuée... non
pour obtenir des
capitales accentuées (du moins quand on est conscient du problème).
Voici trois éléphants initiaux (donc... avec une majuscule
obligatoire)
a priori semblables :
ÉLÉPHANT
ÉLÉPHANT
ÉLÉPHANT
Le premier a été obtenu ainsi : maj. verr. + «
é », « léphant » en bdc,
sélection du mot, format toutes caps.
Le deuxième a été obtenu ainsi : maj. verr. +
« éléphant ».
Le troisième a été obtenu ainsi : « éléphant
» en bdc, sélection du mot,
format toutes caps.
Maintenant, supposons que les caps subitement nous gonflent... Passons
en bdc. Nous obtenons :
Éléphant
ÉLÉPHANT
éléphant
Seul le premier sort victorieux de l'épreuve.
Allons plus loin et revenons à nos moutons. Voici deux autres
éléphants,
non initiaux et légèrement différents :
ÉLÉPHANT
ELÉPHANT
Le premier suit les recommandations des accentueurs systématiques
et
dogmatiques.
Le second obéit aux joyeux accentueurs alternatifs.
Revient l'envie ou la nécessité de passer en bdc. Allons-y
:
éléphant
eléphant
Vous me direz que ces passages d'éléphants du cap au
bdc sont
exceptionnels... Peut-être... mais il n'y a pas que les éléphants
qui
changent de casse... et surtout, SURTOUT, il serait temps de commencer
à
comprendre que le plomb et la machine à écrire sont morts
et enterrés...
que l'on ne « compose » plus dans l'inerte, le figé,
que l'on ne
« saisit » plus des glyphes mais des caractères
! qu'un autre temps est
déjà là ! un temps où ce que l'on « saisit
» n'a plus à être recommencé
quand le « contexte » change ! un temps aussi où
le dogmatisme et
l'archaïsme sont visiblement difficiles à discerner...
[...]
Je n'aime guère que l'on traite de « dogmatiques »
les accentueurs
systématiques... Non que cela me peine... j'en ai vu d'autres...
mais
parce que ceux qui brandissent ce vocable -- et ceux qui ne le
contestent pas... et ceux qui disent ou pensent « ben oui, y
a du
vrai... » -- sont en réalité les vrais dogmatiques,
les vrais
archaïques, les vrais coincés... L'accentuation systématique
des
majuscules est un des fondements de la « liberté »
(formelle...) que les textes composés ont acquis désormais
(théoriquement...). Ils peuvent modifier leur apparence sans
le moindre
risque. Les modernes, c'est nous ! Les archaïques (un usage bien
sélectionné et mes petites habitudes..), c'est vous !
[JPL] Ça dépend... Oui, quand
les adversaires de l'accentuation systématique pondent
des généralités hors contexte, alors que leur
position « théorique » exige que
les circonstances soient précisées... pour tous les cas
envisageables !
En revanche, difficile de reprocher aux partisans de l'accentuation
systématique de sortir d'un ou du contexte... puisque leur position
implique
précisément de n'y point entrer. (Pas de quiproquo :
je parle ici de leur
recommandation, non de la description historique.)
[JPL] Les Espagnols écrivent « civilización »
et « caña de azúcar », et nous
« civilisation » et « canne à sucre »…
Sommes-nous plus cons qu'eux ? Je
vous avoue que c'est une question que je ne me pose pas, car je la
trouve, comment dire ? un peu conne… Feindre de voir un lien
entre
l'accentuation et la connerie supposée de tel ou tel peuple
est un sport
dangereux. Laissez-le aux xénophobes.