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Papier
Éditions Quintette/Seghers, 1991.
Une petite histoire du papier
Quintette, 2001.
Avec du papier, on ponce, on emballe, on
fume, on parfume, on filtre, on sèche, on essuie, on se torche,
on fait des fleurs, des cocottes, des cerfs-volants, des éventails,
on tapisse les murs, on se mouche, on attrape des mouches. Les Japonais
le considèrent comme un matériau de construction raisonnable.
La plupart de ces activités ou de ces usages sont honorables. Manque,
bien sûr, l'essentiel.
Depuis que les Arabes ont fait découvrir
aux Européens cette judicieuse invention des Chinois, le papier
est le support privilégié de nos uvres. Elles s'y créent,
s'y reproduisent, s'y conservent. On pense avant tout à l'écriture
et au dessin, mais le temps lui-même, et la musique, y sont couchés.
Plus que la pierre et les vieillards bavards, le papier est notre mémoire.
Son origine n'a rien de sacré. Son histoire
trahit une nette attirance pour le divin... du moins pour ses irruptions
décisives : chaque étape de sa marche vers l'ouest, de son
irrésistible conquête de l'Ancien Monde, est liée à
un phénomène religieux. Des Providences successives ont veillé
sur son destin. Après s'en être modérément servi,
sauf pour des usages vestimentaires ou hygiéniques, les Chinois
perfectionnent sa fabrication et ils en font un véritable support
d'écriture afin de diffuser l'abondante littérature du bouddhisme.
En 622, Mahomet se réfugie à Médine ; avant la fin
du premier siècle de l'Hégire, les Arabes prennent Samarcande
; en 751, ils écrasent les Chinois à Talas et, ça
tombe bien, font prisonniers des artisans papetiers : l'islam a trouvé
le glaive de l'esprit. La Chrétienté en hérite lors
de la Reconquête et des croisades. Au XVIe siècle, la Réforme
verrait bien une bible dans chaque foyer : cette sainte exigence et l'imprimerie,
à peine centenaire, expliquent (en partie...) le déferlement
final du papier sur le monde.
Ici ou là, on murmure que son temps est compté,
que la cathode est plus belle que la cellulose, que plus rien ne saurait
faire écran aux écrans, qu'un petit disque optique en sait
plus, en dit plus que des centaines de pages, peut-être. Il n'est
toutefois pas certain que les piètres performances du papier en
matière de stockage des données soient un argument suffisant
pour ébranler la fidèle bienveillance ou la reconnaissance
des Cieux à son égard.
[...]
Un peu d'histoire, pour commencer
Depuis qu'il sait dessiner et écrire, l'homme
a tracé des signes sur tout ce qui lui tombait sous la main, c'est-à-dire
sur à peu près tous les matériaux solides de la création.
[...]
Tout le monde le sait, le papier est natif de Chine.
Nous verrons que sa date de naissance ne peut être déterminée
avec la précision que la tradition lui prête, mais, qu'il
apparaisse au début IIe siècle « avant » ou «
après » J.-C, les Chinois ne l'ont pas attendu pour écrire,
puisqu'ils ont commencé à user de pictogrammes schématiques
vers 2500 avant J.-C., soit avec un retard dérisoire de huit siècles
sur les Sumériens et de six sur les Égyptiens. Les plus anciens
documents chinois sont des os d'animaux domestiques, souvent des omoplates
de porc, sur lesquels sont gravées des questions destinées
à tester la perspicacité du feu, oracle sûr. Puis vinrent
les carapaces ventrales de tortue et, passage décisif de l'animal
au végétal, les lamelles de bambou, l'écorce de divers
bois, toutes choses recueillant aisément de brèves inscriptions
oraculaires, mais dont les dimensions et le poids entravaient quelque peu
l'épanouissement d'une littérature ambitieuse ou la simple
tenue de registres efficaces. On essaya le bronze, on réunit des
bandes de bambou au moyen de cordons ou de lanières, et, surtout,
on s'avisa que la soie était un support épatant, quoiqu'un
peu onéreux. Mais si léger. On pouvait enfin faire coïncider
l'envergure de l'inspiration et celle du manuscrit. En chinois, la «
clef » de la soie figure dans le mot papier, et nous verrons que
ces deux-là ont bien d'autres points communs, à commencer
par le mûrier : Morus alba, sur lequel prospèrent les
vers à soie, Broussonetia papyrifera, dont l'aubier servit
à la confection des plus beaux papiers de Chine. Les premiers «
livres » chinois furent donc des rouleaux de soie ; si leur matière
est différente, leur forme est comparable à celle des papyrus
roulés méditerranéens. Les végétaux
ne furent pas abandonnés pour autant, bonne idée, l'avenir
et le papier étaient au bout de leurs fibres.
Pendant ce temps, très loin au-delà
de l'Himalaya et des steppes de l'Asie centrale, l'argile et la pierre
avaient été relayées par un matériau qui, pour
l'heure, détient encore le record de longévité des
supports élaborés par l'homme : fabriqué en Égypte
depuis la plus haute époque (~2500), le papyrus fut employé
jusqu'au XIe siècle de notre ère, ce qui nous donne un total
d'environ trente-six siècles. Le papier a effectué un peu
plus de la moitié du chemin, c'est bien , mais il faudra qu'il tienne
au moins jusqu'en 3400 s'il veut faire jeu égal avec celui qui lui
a donné son nom. Don royal, quasi divin (encore...) : « pharaon
» et « papyrus » ont la même étymologie
égyptienne. Le papyrus comme le papier sont faits de fibres végétales
; ce qui les différencie pourrait se résumer ainsi : le papier,
c'est la voie humide, le papyrus, c'était la voie semi-sèche.
Pour obtenir des feuilles de papyrus, les Égyptiens utilisaient
une plante qui poussait alors en abondance sur les bords du Nil et dans
les marécages de son delta, et que nous nommons Cyperus papyrus
pour deux excellentes raisons, la seconde est évidente, la première
est qu'il s'agit d'un souchet, en grec kupeiro. Sa haute tige, de
section triangulaire, était découpée en tronçons
d'une quarantaine de centimètres de long. De la moelle fibreuse
on détachait de fines lamelles que l'on disposait côte à
côte et qu'on recouvrait d'une seconde couche, perpendiculaire à
la première [...]. L'ensemble était ensuite martelé
furieusement afin d'imbriquer les fibres. Lorsque la sève avait
séché, la feuille, blanche, était lissée et
polie à l'aide d'une pierre ronde. Les qualités supérieures
bénéficiaient d'un encollage à l'amidon. Léger
mais solide, le « papier égyptien » se répandit
dans tout le bassin méditerranéen, qu'il soit grec, romain,
byzantin ou arabe. Chez nous, la charta ægyptiaca fut le support
mérovingien de prédilection (VIIe siècle).
Puisque rien ne s'y oppose, remontons et redescendons
très rapidement le cours des millénaires : depuis qu'il mérite
son nom, l'homme a utilisé la peau des animaux, d'abord pour se
vêtir chaudement lors des pénibles périodes glaciaires,
puis pour confectionner des gourdes et toutes sortes d'ustensiles pratiques,
enfin pour dessiner et écrire dessus. Dès le premier siècle
du troisième millénaire avant J.-C., les Égyptiens
écrivaient sur du cuir ; et bien d'autres firent de même après
eux : Perses et Hébreux eurent un faible pour le buf et le chameau,
Mayas et Aztèques pour le chevreuil. Les Arabes pour la gazelle.
Toutefois, si le cuir est une matière noble qui fait la joie des
sado-masochistes et des bibliophiles, il n'aime guère l'acidité
des encres et fait un assez médiocre support d'écriture.
Voilà pour quoi vint le parchemin. « Qu'est-ce qui différencie
le cuir du parchemin ? Le tannage, évidemment... Non. »
Il y a des parchemins tannés légèrement. Ce qui en
fait deux matières différentes, c'est la tension exercée
lors du séchage : nulle pour le cuir, qui conserve et renforce la
structure omnidirectionnelle des fibres de la peau ; extrême pour
le parchemin, où les fibres s'ordonnent parallèlement. Autre
différence, que l'on peut qualifier de basique : très réduite
dans le cuir grâce au déchaulage, l'alcalinité confère
au parchemin une meilleure résistance à l'acidité.
[...]
L'étymologie voudrait que le parchemin fût
né à Pergame, ville de Mysie et royaume hellénistique
d'Asie Mineure. Ce ne fut pas son berceau, mais c'est là qu'il a
grandi. Quant à la fable de son invention sous Eumenês II
(197-152 avant J.-C.), c'est une des nombreuses calembredaines de Pline
l'Ancien (Histoire naturelle XIII, 21), écrivain prolixe,
sauveteur courageux mais désastreux naturaliste (qui, comme tant
d'autres, puisa ses informations chez Varron, l'érudit éclectique).
Selon l'auteur à qui l'on doit une description documentée
du reptile vicieux au regard assassin, Pergame aurait donc conçu
son invention environ sept siècles après que d'obscurs chameaux
palestiniens avaient fourni du parchemin. (Pas du cuir... du parchemin.
Les paléographes sont certes contrariants mais formels.) Les raisons
ne manquent pas qui expliquent cette attribution flagorneuse quoique posthume
du vieux Pline et de Varron : outre qu'Eumenês II, traître
à l'hellénisme, fut un allié constant de Rome, outre
qu'il s'était assuré le quasi-monopole de la commercialisation
d'un produit dont, bien avant lui, la Mysie s'était fait une spécialité,
il est vrai que les rois attalides de Pergame protégèrent
les lettrés et favorisèrent la production de ce parchemin
qui leur permit de constituer une bibliothèque presque aussi riche
que celle, bourrée de papyrus, d'Alexandrie. En 47 avant J.-C.,
quand le feu eut détruit les papyrus des Lagides, les parchemins
des Attalides permirent à Cléopâtre de regarnir les
rayons.
Plus coûteuse mais beaucoup plus résistante,
la charta pergamena finit par supplanter la charta ægyptiaca.
Le « livre » fut une des causes et le bénéficiaire
de cette provisoire revanche du règne animal. Les feuilles de
« papier égyptien » étaient collées bord
à bord pour former une bande longue de plusieurs mètres qui
était ensuite roulée, la face des fibres horizontales à
l'intérieur. L'écriture ne posait guère de problème
: le scribe, accroupi, déroulait progressivement la bande sur ses
genoux. Une lecture linéaire et continue de ces volumen s'effectuait
sans trop de peine, mais la consultation ponctuelle d'un ouvrage de référence
était plus que malaisée... En moyenne, un volume faisait
dans les dix mètres, mais quelques champions égyptiens dépassèrent
les quarante. Lorsque l'on avait achevé de lire ou d'écrire
un tel livre, on était tout naturellement « au bout du rouleau
». À l'imitation des premiers codex romains, assemblages de
planchettes de bois recouvertes de cire, on tenta bien de réunir
des feuilles superposées, mais le papyrus était bien trop
fragile pour supporter qu'on le pliât. À l'inverse, le papier
de Pergame s'y prêtait volontiers et autorisait l'écriture
sur son recto et son verso. Un codex de parchemin contenait la matière
de plusieurs volumen, il était beaucoup plus facile à
ranger, résistait mieux à l'humidité et aux manipulations
un peu vives, et sa lecture, au fil des pages, était un vrai plaisir.
Le livre avait trouvé sa forme et bien d'autre chose encore : la
pagination, la table des matières, l'index... Matière décisive
dans l'histoire du livre, le parchemin le fut aussi dans celle de l'écriture
: c'est grâce à lui que l'Occident se détourna du calame
roide et adopta la plume d'oiseau dont la pointe nerveuse se plaisait peu
à buter sur une trame alors qu'elle glissait librement sur la tendre
peau des bovidés, des caprins et des ovins ou, mieux encore, sur
celle des veaux mort-nés (vélin). Aux rouleaux de papyrus
(volumen),
le livre doit ses « volumes » ; au liber (tissu végétal
où circule la sève), il doit son nom ; au parchemin, sa forme
et sa pagination ; au papier, son règne. Retournons quelques années
avant notre ère.
Au pays des Sères, à Cathay, en Chine...
Les circonstances de l'invention du papier par les
Chinois ne sont pas exclusivement liées au désir d'obtenir
un nouveau support d'écriture. Pour faire du papier, c'est-à-dire
des feuilles minces, il faut avoir découvert auparavant la pâte
de fibres cellulosiques... Avec elle, on peut faire quantité de
choses utiles, des chapeaux, par exemple. Ainsi, dès le VIe siècle
avant J.-C., un disciple de Confucius aurait-il porté un couvre-chef
fait d'une pâte d'écorce de mûrier. Et puis, de la pâte
grossière, sorte de carton archaïque ou plutôt de «
feutre végétal », on passa au papier. Jusqu'alors,
on s'était contenté de battre de l'aubier humidifié
et d'étaler la pâte sur une surface plane afin d'obtenir une
pellicule, la plus mince possible. Et l'on attendait qu'elle sèche.
On voit que cette technique archaïque est apparemment très
proche de la fabrication du papyrus par les Égyptiens. En fait,
seul le battoir est commun, car il manque l'essentiel : la trame formée
par les deux couches fibreuses du papyrus. Mais vint le jour magnifique
où les Chinois s'avisèrent qu'il serait plus judicieux de
délayer davantage la bouillie et d'y plonger un tamis une «
forme » afin de puiser les fibres en suspension qui, par sédimentation,
« formeraient » une feuille.
Il est probable que la soie fut déterminante
dans ce processus qui allait pourtant l'exclure du champ de l'écriture,
la réduisant à ne plus briller que dans le vêtement,
le mobilier et les arts décoratifs. Des chiffes de soie ou la bourre
des cocons, détrempées, ont certes composé de la pâte
à papier, mais au même titre que le chanvre ou l'écorce
de mûrier. Le rôle décisif du textile tient au fait
que les premiers tamis furent des tissus tendus sur des cadres de bambou.
L'idée était là, sublimement simple, restait à
perfectionner quelques détails : broyage des matières végétales,
préparation de la pâte, invention de la forme flexible, collage
à l'amidon, etc. Cela s'accomplira au cours des siècles suivants,
mais, redisons-le, il ne s'agira que d'améliorations accessoires
; le dépôt d'une pâte liquide de fibres cellulosiques
sur un tamis où elle forme une feuille par sédimentation
est le principe fondamental de la papeterie : il est à l'uvre dès
l'origine, il ne changera plus. Progrès subalternes donc, mais nécessaires.
Les premiers papiers étaient franchement rustiques, d'une texture
très inégale ; le pinceau le plus subtil y perdait tout talent.
En revanche, ils fournissaient de robustes mouchoirs ou des emballages
irréprochables.
Il est hasardeux de vouloir déterminer avec
précision à quelle date est apparu ce vrai papier. Dans des
conditions d'enfouissement ordinaires, c'est un matériau relativement
périssable ; il est, aujourd'hui, qualifié de biodégradable,
caractéristique appréciée par les défenseurs
de l'environnement, beaucoup moins par les archéologues et les historiens.
Se référer à la datation des plus anciens spécimens
mis au jour la plupart dans des régions sèches du nord
et du centre de la Chine est bien sûr la moins mauvaise des supputations.
En revanche, très discutable est la traditionnelle attribution de
sa paternité à l'honorable Ts'ai-louen (ou Cai Lun, ou Cailum,
ou Ts'ai Lun, ou Tsai lun, ou Tsaï-Lun, ou Tsaï Loun, ou Tsaü-lun,
selon les goûts ou la cuistrerie de la translittération ;
le « pinyin » s'étant hélas imposé à
la France érudite, il conviendrait de dire... non, d'écrire
Cai Lun ; et pourquoi pas l'Automne à Beijing et Tintin
au Xizang ?). Cet eunuque, directeur des Ateliers impériaux,
aurait eu son idée de génie en 105 après J.-C. ; ou
en 107, selon d'autres auteurs, sensibles au charme de la précision
des approximations. Pan Kou, chroniqueur mort en 92 après J.-C.,
se serait donc passablement fourvoyé en laissant accroire dans son
Histoire
des Han antérieurs (Ts'ien -Han-chou) que du papier était
fabriqué sous le règne de l'impératrice Lü (187-180
avant J.-C.), soit près de trois siècles plus tôt.
Il est vrai que la proximité des faits peut troubler la perception
et la compréhension de l'audacieux qui les relate. Que Ts'ai-louen
repose tranquille dans sa gloire, les fables sont encore prisées
et la présence de papier dans des tombes du IIe siècle avant
J.C. n'est tout de même pas suffisante pour remettre en cause et
son titre et nos certitudes brevetées. Pas plus que son culte
élaboré sur la base d'une biographie fantaisiste du VIe siècle
, pieusement entretenu par la République populaire de Chine.
Si la revendication de Ts'ai-louen, de ses maîtres
et de leurs successeurs s'explique par le souci bien légitime de
donner un cachet impérial à une invention mise au point par
des artisans morts depuis des siècles, est tout de même étrange
l'obstination des hagiographes à tenir pour authentique une date
qui, dans l'histoire du papier, ne correspond à rien : ni à
son invention ni à l'essor de sa fabrication. Outre l'avantage,
non négligeable, de ne pas être contredite par les preuves
matérielles, une attribution provisoire et collective aux artisans
de l'empire des premiers Han s'inscrirait dans un cadre historique assez
satisfaisant. (Inventé au début du IIe siècle avant
J.-C., transmis aux Arabes au VIIIe siècle de notre ère :
le papier est ainsi, non seulement béni des dieux, mais de Clio
; il insère sa petite histoire dans la grande en faisant correspondre
les jalons de sa carrière aux siècles décisifs, aux
pivots autour desquels s'articule toute l'histoire du monde.) Mais, comme
bien d'autres, la tradition chinoise se plaît à donner des
géniteurs identifiables à des objets et à des techniques
qui s'en passeraient assez facilement. Ces paternités ont pour conséquence
l'établissement d'une hiérarchie, que l'on peut trouver amusante,
ou poétique, ou niaise. Ainsi, dans le seul domaine de l'écriture,
outre le papier à l'eunuque lettré, le pinceau est-il attribué
à Meng-Tian, militaire féru de physique amusante ayant vécu
au IIIe siècle avant J.-C. (soit un millénaire après
les premiers pinceaux...), et l'encre à Hoang-ti, le mythique «
Empereur Jaune », à qui l'on doit également, entre
autres, le bateau et la céramique. L'encre, d'origine quasi céleste,
sera donc « Préfet du Parfum noir », et le pinceau «
sous-préfet ». Quant au papier, il se contentera du titre
de « chef de district ». On peut considérer qu'il y
a là une troublante injustice.
Admettons que Ts'ai-louen ait apporté quelques
perfectionnements à la technique papetière. On dit qu'il
aurait confectionné une pâte à base de nouvelles matières
premières, exclusivement végétales (chanvre, vieux
filets de pêche, cordages, pousses de bambou, écorces diverses),
alors qu'auparavant on employait surtout des chiffes de soie, donc d'origine
animale. Le chanvre et la ramie, de quoi sont faits les papiers d'avant
notre ère, contredisent cette assertion. Le seul indice apparemment
favorable à cette thèse est que le plus ancien bout de papier
couvert de caractères (une vingtaine) a été trouvé
dans les décombres d'une tour de guet qui fut détruite vers
110 après J.-C. Mais sa texture n'est ni meilleure ni pire que celle
des spécimens antérieurs. En outre, un siècle auparavant,
un secrétaire de l'Empereur était responsable des sceaux,
de l'encre, des pinceaux et du papier : cette fonction atteste clairement
le rôle, même marginal, que jouait déjà le papier.
Que reste-t-il alors à l'actif de notre cher Ts'ai-louen ? Pas grand-chose.
Par pure bienveillance, car cela semble un peu juste pour mériter
une célébrité bimillénaire, accordons-lui un
mérite : celui d'avoir vanté ceux du papier auprès
de ses maîtres. C'est d'ailleurs le seul qui soit mis à son
actif par ses contemporains. Il faudra quand même attendre plus d'un
siècle encore pour que le papier devienne un support d'écriture
largement répandu.
L'extrême et précoce centralisation
du pouvoir et la bureaucratisation exacerbée qui en résulte
est une explication traditionnelle du développement de la papeterie
en Chine. Elle est séduisante, mais sans doute un peu insuffisante.
L'unification initiale sous Ts'in Che Houang-ti, le Premier Empereur (~221-210),
s'est accomplie avant que n'apparaisse le papier. Elle vit, certes, la
prolifération des fonctionnaires, mais aussi la chasse aux lettrés
et la destruction des textes classiques. On l'a vu, le papier est probablement
inventé un demi-siècle plus tard, sous les premiers Han,
qui renforcent encore le pouvoir impérial, multiplient les ministères,
recrutent à tour de bras de nouveaux fonctionnaires, légifèrent,
concoctent un code de plus de dix-sept millions de caractères...
Seulement voilà, la « production de masse » ne commencera
véritablement qu'aux IIIe et IVe siècles, période
bien différente, caractérisée par le morcellement
de l'Empire, les invasions « barbares », les mouvements et
le brassage des populations du nord et du sud. Et l'essor du bouddhisme.
C'est en partie grâce au papier que cette religion étrangère
va rapidement conquérir la Chine.
La diffusion de traductions des textes sacrés
et d'images du Bouddha en diverses positions méditatives est une
activité essentielle des propagandistes, singulièrement après
que le Grand véhicule (mahayana) s'est imposé, vers 265.
Des pierres et des tablettes de bois gravées permettaient, par frottis,
d'obtenir des milliers de reproductions sur des feuilles d'un papier assez
fin. (On considère parfois que ces pratiques sont déjà
de l'imprimerie. Oui, si l'« imprimerie est l'art d'imprimer un texte
», ce que les sceaux ont toujours su faire, depuis des millénaires
; non, si l'on s'en tient à une définition moins équivoque
: les caractères mobiles chinois ne feront leur apparition qu'au
XIe siècle).
Si l'on excepte le mûrier, le rotang, le santal,
et l'hibiscus (mais il s'agissait de leur écorce), et les cendres
du rouissage, les arbres participèrent peu à l'élaboration
des pâtes à papier chinoises. On a tenté de l'expliquer
en soulignant que le bois est rare en Chine. Cela n'a aucun sens. La fabrication
du papier s'est développée à une époque où
la sylve chinoise n'avait pas encore été complètement
ravagée par les agriculteurs. Si les papetiers chinois n'ont pas
utilisé le bois, c'est qu'ils n'avaient pas plus de raison d'y recourir
que n'en auront plus tard les Arabes et les Européens ; ce n'est
qu'au XIXe siècle qu'un phénoménal accroissement des
besoins en pâte à papier justifiera l'abandon des chiffes
et des plantes annuelles. En Chine, les matières végétales
employées furent infiniment plus nombreuses et diverses qu'en terre
d'Islam ou en Europe, et, différence essentielle, les chiffes y
cédèrent très vite le pas aux fibres issues directement
des plantes. À l'écorce de mûrier, au chanvre et au
bambou, déjà évoqués à plusieurs reprises,
il faut ajouter la paille de riz et de blé, la ramie, le rotin,
les algues, le daphné, le safran... (La recherche se poursuit de
nos jours : à Taïwan, on vient de découvrir les mérites
des fibres d'ananas.)
Quel que soit le végétal, il subissait
d'abord un traitement aqueux, éventuellement calcique, destiné
à le rouir. Étape plus ou moins longue : en l'occurrence,
le bambou exige plus de patience que la paille de riz. Le rouissage des
bouts de ficelles (chanvre) et de chiffes qui composaient la pâte
des premiers papiers fut dès l'origine une technique « alcaline
» : l'eau chaude du bain était additionnée d'un filtrat
de cendres d'herbes et de bois, qui favorisait l'élimination des
substances indésirables. La pâte était ensuite rincée
à l'eau claire. On procédait alors au battage ou au pilonnage
des fibres. La bouillie ainsi obtenue était largement additionnée
d'eau afin de constituer une suspension de fibres que l'on pourrait puiser
dans la cuve avec un tamis. Le bambou, support séculaire sous forme
de lamelles, fut employé dans la pâte à papier lorsque,
sous la poussée des « barbares » mongols et turcs, le
centre de gravité de la Chine se déplaça vers le sud
où il pousse en abondance. Avec lui, le rouissage est une activité
de longue haleine. Vers le mois de juin, on le coupe, on en fait des fagots
que l'on plonge dans l'eau des étangs ou des rivières pendant
cent jours. Ensuite, on sort les cannes de l'eau, on enlève leur
écorce, on les débite en tronçons que l'on trempe
dans une solution de chaux bouillante, ou que l'on empile dans une fosse
en alternant avec des couches de chaux, éventuellement on pisse
dessus, on attend encore un mois ou deux, on les soumet à un bain
de vapeur qui dure huit jours et huit nuits, on les rince à l'eau
pure, on ajoute le filtrat de cendre, on remet à la vapeur pendant
plus de dix jours, c'est fini, on passe au broyage dans des mortiers.
À l'origine simple cadre de bambou tendu
de toile, la forme chinoise fut vite perfectionnée : le tamis se
désolidarisa du cadre et devint une claie flexible, constituée
de vergeures de bambou et de chaînettes de soie. Il n'était
donc plus nécessaire d'attendre que la feuille s'asséchât
pour l'ôter de la forme : on couchait la feuille sur une surface
lisse et l'on détachait la claie en l'enroulant. Une fois pressées,
séchées au soleil, ou brossées et lissées contre
un mur chauffé à la vapeur, les feuilles pouvaient partir
à la rencontre du pinceau et de l'encre pour faire la joie des fonctionnaires
et des lettrés. Cet usage noble n'implique pas l'abandon des autres.
Les Chinois, dont l'écriture, l'encre et les instruments qui l'appliquent
sont presque aussi anciens que ceux des peuples du Croissant fertile et
d'Égypte ont, dès l'origine, entretenu avec le papier des
rapports très diversifiés. Alors que les Arabes et l'Occident
s'en saisirent d'abord pour en faire le support quasi exclusif de l'écriture,
puis de l'imprimerie, les Chinois lui assignèrent toujours d'autres
emplois. Certains ne nous surprennent guère, nous les avons repris
; parfois très tardivement, car ils ne nous furent pas transmis
par les Arabes qui, musulmans, s'étaient bien gardés d'y
recourir. En 851, l'un deux nota que les Chinois avaient une très
étrange conception de la propreté, ou, pour tout dire, qu'ils
étaient franchement répugnants : « Ils ne se lavent
pas à l'eau après avoir fait leurs besoins. Ils se contentent
de s'essuyer avec du papier. »
Afin d'éviter tout mélange des genres
et une éventuelle utilisation abusive, les temples étaient
équipés d'incinérateurs destinés à détruire
les textes sacrés si le vieillissement ou une quelconque détérioration
en avaient rendu la lecture problématique. Fût-il laïque,
tout papier ayant servi à écrire bénéficiait
d'un certain respect. Un lettré du VIe siècle précise
qu'il n'aurait pas l'impudence d'employer « le papier couvert de
commentaires sur les Cinq Classiques » à des fins indélicates.
La fabrication de papier hygiénique est en
Chine une activité millénaire. Les feuilles étaient
généralement obtenues à partir d'une pâte de
paille de riz. N'imaginons pas, bien sûr, que dès les premiers
siècles de notre ère, toute la population chinoise en usait
; mais la production était déjà considérable
: les centaines de milliers de feuilles produites chaque année attestent
que cette commodité n'était pas cantonnée aux commodités
de la cour. Les défécations impériales bénéficiaient
en revanche de l'exclusivité des feuilles parfumées.
Papiers à tapisser, cartes à jouer,
papier-monnaie, mouchoirs et emballages divers semblent également
des emplois allant de soi, même si, là encore, nous ne les
adoptâmes que très tardivement. Les papiers rituels, objets
ou effigies destinés au culte des morts, sont une survivance peu
onéreuse des vraies offrandes archaïques. Beaucoup plus étonnants
sont les vêtements que les Chinois confectionnèrent dès
l'origine avec du papier et du carton. On concevrait sans trop de peine
qu'ils se fussent contentés d'en faire des chapeaux, des ceintures,
des tuniques, des sous-vêtements, des couvertures... mais des chaussures
? cela paraît extravagant. Des armures ? On n'y croit plus. On a
tort. Elles devaient même avoir une efficacité digne d'estime
puisque, au XIIe siècle, d'avisés stratèges n'hésitaient
pas à proposer l'échange de cent bonnes armures de fer contre
cinquante en papier. Doublées d'une couche de coton, elles demeuraient
légères mais arrêtaient les flèches ; certains
ajoutent les balles, ce qui est soit anachronique (avant le XIIIe siècle)
soit inconsidérément optimiste. La résistance supposée
de ces chaussures et de ces cuirasses de papier semble aujourd'hui déconcertante.
En vérité, comme elles étaient constituées
de plusieurs couches de papier, il serait plus juste de dire « armures
de carton » ; à l'instar des « imperméables »
chinois qui ne devaient pas leur vertu protectrice au papier mais à
l'huile dont ils étaient enduits, elles subissaient des traitements
assez particuliers. Leur réseau serré de longues fibres de
chanvre conférait aux cuirasses qui ceignaient le torse des guerriers
chinois une solidité dont il serait vain de vouloir se faire une
idée en palpant le papier recyclé de nos journaux. (Le papier
a toutefois servi à équiper une partie de l'armée
française lors de la Première Guerre mondiale. On n'en fit
pas des cuirasses mais des plastrons et des gilets. Le numéro d'août
1916 du Larousse mensuel leur consacre un article élogieux : «
Le plastron ou sous-vêtement militaire, dont les avantages au point
de vue hygiénique ont été reconnus par l'Académie
des Sciences, qui a consacré une somme de 500 francs pour l'achat
d'un certain nombre de ces sous-vêtements destinés à
être distribués sur le front, est chaud, imperméable,
souple et léger. On le porte généralement sur la chemise,
sous les bretelles, qui le maintiennent ».)
Sous les Han, après la conquête du
bassin du Tarim (à l'est du Sin-Kiang actuel), la Chine commerça
indirectement pendant quelques décennies avec le bassin méditerranéen.
Par l'intermédiaire des peuples de l'Asie centrale, Rome connut
la Via Serica qui menait du lointain et mystérieux pays des «
Sères » jusqu'à Antioche et à Alexandrie. La
Route de la soie contournait l'Himalaya par le nord et traversait le Pamir,
avant d'atteindre des régions de connaissance depuis les conquêtes
d'Alexandre, soit deux siècles plus tôt : Maracanda (Samarcande)
et le sud de la Caspienne. Rien d'étonnant à ce qu'aucun
bout de papier n'ait suivi les premiers périples de la soie, les
Chinois venaient tout juste de fabriquer leurs premières et médiocres
feuilles ; le papyrus et le parchemin n'avaient encore rien à craindre.
Mais à la fin du VIe siècle, lorsque la Sogdiane ouvre une
nouvelle route de la soie, qui cette fois aboutit à Constantinople,
pourquoi le papier n'en profite-t-il pas ? L'explication ne réside
sans doute pas dans la volonté des Chinois de tenir secrets les
procédés de fabrication... (cette frilosité supposée
est généralement considérée comme une évidence).
Ils savaient d'expérience que l'on peut vendre sans trahir : le
mystère n'en était plus un, mais ils avaient exporté
de la soie pendant des siècles sans que personne n'ait jamais soupçonné
l'existence du miraculeux bombyx du mûrier, qu'ils avaient domestiqué
dès le XIVe siècle avant J.-C... Quant au papier, il était
déjà « exporté » en Corée et dans
la péninsule indochinoise, il s'apprêtait à l'être
au Japon ; il n'était pas réservé aux voisins proches
géographiquement et culturellement : il venait aussi d'atteindre
l'Asie centrale, l'Iran sassanide et l'Inde. Mais, dans l'Empire byzantin,
à peine reconstitué par Justinien et déjà attaqué
par les Lombards, les Avars, les Bulgares, les Perses et quelques autres,
la papeterie n'était pas une des priorités de l'ordre du
jour. Le christianisme n'était pas encore redevenu une religion
du Livre, c'était le dogme impérial d'un empire assiégé.
Ce soir à Samarcande
Au début du VIIIe siècle, les Arabes
ne sont pas sur la défensive. En 622, Mahomet et quelques compagnons
se réfugient à Médine ; 650 : les quatre premiers
califes ont conquis la péninsule arabique, l'Égypte, la Palestine,
la Syrie, la Mésopotamie et l'Iran sassanides, l'Arménie,
l'Azerbaïdjan, la Cyrénaïque, la Tripolitaine ; 750 :
les califes omeyyades se sont rendus maîtres de tout le Maghreb et
de l'Espagne ; certes, en 732, ils ont subi un revers à Poitiers,
mais, à l'est, ils ont atteint l'Indus, le Pendjab, le Cachemire...
et l'Asie centrale, la Bactriane, la Sogdiane. Derrière, il y a
le bassin du Tarim et la Chine des T'ang. Le choc a lieu en 751, les Chinois,
venus défendre leur protectorat sur la Sogdiane, sont écrasés
à la bataille de Talas, l'oriflamme du Prophète flotte sur
Tachkent. Les Arabes emmènent des prisonniers à Samarcande,
vieille étape de la Route de la soie, fil de plus à l'écheveau
qui unit étroitement la soie et le papier.
L'islam des Omeyyades et des premiers Abbassides
était magnanime. On offrit aux prisonniers chinois la possibilité
de se racheter en exerçant leur métier. Parmi eux, il y avait
des artisans papetiers qui avaient été enrôlés
dans les armées de l'empereur Hiuan-tsong, ou qui, déjà
établis en Asie centrale, s'étaient bêtement trouvés
pris dans la tourmente. Ils se mirent immédiatement au travail et
firent de Samarcande la mère du papier en terre islamique. Notons
que les Arabes ne découvrent pas le papier en 751 : ils savent de
quoi il s'agit depuis environ un siècle, depuis leur entrée
à Ctésiphon, la capitale sassanide, en 637. En Asie centrale,
ils découvrent des papetiers, ils mettent la main sur des gens capables
de transformer de la bouillie en feuilles immaculées.
Ainsi résumée, l'histoire paraît
simple : au hasard de leurs conquêtes, les Arabes tombèrent
sur le papier, l'adoptèrent, le répandirent dans le vaste
monde qui était le leur, c'est étudié pour. En d'autres
terres, d'autres envahisseurs avaient été ou seraient d'un
commerce d'une limpidité toute différente. Les conquérants
arabes (et leurs successeurs immédiats) étaient aussi des
intellectuels. Le « miracle arabe » vaut mieux que ses homologues
allemand, italien ou japonais de notre après-guerre : c'en est véritablement
un. Et culturel, en sus. En un siècle et demi, partant de traditions
archaïques pas plus riches que celles de leurs voisins, et même
plutôt moins, ils avaient, « inspirés par l'islam »,
construit une civilisation qui rayonnerait des Pyrénées à
l'Indus, et qui, ayant recueilli une part oubliée de l'héritage
antique, serait pour l'Occident une sorte de pontage comblant un déficit
de flux nourricier. Si les musulmans ont réservé un accueil
enthousiaste au papier c'est que l'islam était jeune, grand et miséricordieux,
il n'était pas crispé sur le Livre et les livres, il les
aimait, tous.
Dans les deux paragraphes précédents,
on est passé d'arabe à musulman : si la conquête fut
achevée sous les Omeyyades, l'essor du papier est le fait des Abbassides.
Certes, les califes sont encore arabes, ils descendent même d'Abbas,
l'oncle du Prophète, mais le centre de gravité de l'Islam
s'est déplacé vers l'est : la capitale n'est plus Damas,
si proche de la Méditerranée et de l'hellénisme, mais
Bagdad, nouvelle cité construite sur le site et avec les pierres
de Ctésiphon la sassanide ; le pouvoir est en partie aux mains d'élites
non arabes et le vizir lui-même est un Barmakide, issu de l'aristocratie
persane. Papier chinois, puis arabe, puis européen : le découpage
traditionnel de l'épopée est certes laïc et à
peu près cohérent. Le mélange des genres serait, en
l'occurrence, admissible ; le vrai départ de la seconde étape
est musulman autant qu'arabe. Son train va être soutenu.
Al-Mansour, calife de 754 à 775, proscrit
l'usage du papyrus dans l'administration et impose celui du papier de Samarcande.
Dès 794, c'est-à-dire sous le grand Haroun al-Rachid, le
vizir barmakide Yaya ben Fadl fait construire une fabrique de papier à
Bagdad. D'autres suivront, à Damas, à Tripoli. (Dans la foulée,
plusieurs auteurs du XIXe et de notre siècle ajoutent Bombyce, car
il est évident que, si la charta damascena vient de Damas, la charta
bombycena vient de Bombyce. Honni [ver à] soie qui mal y pense.)
Et puis viendra le plus cultivé, le plus bibliophile de tous les
califes abbassides, al-Mamoun (813-833), et les fabriques se multiplieront
et tourneront à plein régime. La longue marche vers l'ouest
se poursuit : Fustat (Le Caire), Alexandrie... Attention, parce que, chemin
faisant, le temps passe, l'empire se morcelle, on quitte les Abbassides,
on traverse le Maghreb des Aghlabides (papeteries à Kairouan), des
Idrisides (papeteries à Fès) ; à l'ouest, il n'y a
plus que la mer, le grand océan, le papier n'aime pas ça,
il va remonter vers le nord ; on va rejoindre les Omeyyades rescapés,
le sublime émirat de Cordoue, terre d'Islam, mais déjà
l'Europe, et c'est déjà l'an mil.
[...]
Dis papier, c'est encore loin l'Europe ?
Non, on y est. On est même dans ce qui se
fait de mieux à l'époque en Europe, le califat omeyyade de
Cordoue, l'Andalousie, al-Andalus, papeteries à Séville,
à Cadix.
[...]
Parlons chiffons
Comparées à leurs devancières
chinoises et arabes, qu'avaient donc de nouveau les fabriques occidentales
?
[...]