Domaine André et Mireille Tissot, Montigny les Arsures, 145 000 bouteilles

Ma visite

 

Premier visite dans le Jura. Départ de Pécrot le mercredi soir, nous comptons laisser les enfants chez papy et mamy et démarrer le jeudi tôt pour être à l’heure à ce rendez vous. La tuile, les grands parents sont grippés. Hésitation, mais ils garderont pourtant les petits monstres, un tout grand merci à eux.

Arrivée au moulin de La Ferté vers midi, un très bel endroit conseillé par Pierre Overnoy et un caviste d’Arbois. Le temps est froid mais un rayon de soleil nous encourage à une petite promenade de repérage, nous nous sentons en vacances. Rendez-vous à 14 heures au domaine Tissot. Nous découvrons le village de Montigny au pied des collines; superbe, des maisons en pierres jaunes aux reflets ocres, de petites ruelles, un calme presque déroutant, et moi qui croyais que Pécrot était encore un village campagnard …

 

C’est Mireille Tissot qui nous accueille, très chaleureuse et respirant la bonne humeur. La dégustation est au moins conforme à mes attentes. Le domaine est étoilé dans le Bettane, et la qualité des 2002 me semble encore un peu supérieure aux bouteilles dégustées avec les amis belges et assimilés de www.lapassionduvin.com. Effet millésime mais également progrès de Stéphane Tissot qui confirme être un des vignerons les plus doués de sa génération. Et travailleur, Stéphane est dans les vignes, qu’il termine de lier. Nous le rencontrons à notre départ, le temps de nous parler d’une nouvelle parcelle prometteuse mise en culture (le clos de la tour de Curon), des différences de terroirs (nous repartirons avec des morceaux de marnes bleues et marnes feuilletées) et de nous offrir une bouteille de crémant. Ce gars bouillonne d’énergie, de passion et d’idées nouvelles. C’est lui qui a fait prendre au domaine ce virage à 180° avec la conversion en bio et les essais sans soufre. Le domaine était déjà réputé avant, mais travaillait de manière beaucoup plus conventionnelle. Il avait donc beaucoup à perdre, mais aussi tant à gagner. Le lendemain, André Tissot nous expliquera par exemple que le travail sur lies était évité car les levures adsorbant les résidus chimiques, il valait mieux les séparer rapidement du vin. Maintenant, ces lies sont bâtonnées, apportent du gras au vin et aident à sa protection durant l’élevage. Mireille Tissot parle avec fierté de sa famille et donc de son fils Stéphane ; elle traduit notre sentiment le concernant par cette phrase, « Stéphane veut toujours avoir de nouvelles idées pour préserver une longueur d’avance sur les autres domaines ». Cela semble lui réussir. Stéphane a également lancé une petite activité de négoce (Les caves de la Reine Jeanne), qu’il utilise un peu comme champ d’investigation pour ses essais. Nous avons eu l’opportunité d’en déguster une réalisation, un traminer (autre nom du savagnin) ouillé, sur les fruits exotiques, très prometteur et d’un excellent rapport qualité-prix. A suivre également. Au final, beaucoup de passion et de séduction dans l’approche du métier, dans l’accueil et surtout, …. dans les verres.


Les vins


Arbois Savagnin 2000, Domaine A. M. Tissot, Montigny les Arsures

Sans hésiter le plus beau style de savagnin traditionnel et ma plus grande émotion rencontrée lors de nos nombreuses dégustations dans la région avec ce type de vin. Il est élevé plus de trois ans, un an avec ouillage et ensuite 2 ans sous voile. Les arômes de noix, d’épices et de curry sont déjà très développés, mais surtout, la bouche est onctueuse et non acerbe comme chez beaucoup de ses voisins. Grand, tout simplement !

La Mailloche 2002, Arbois Chardonnay, Domaine A. et M. Tissot, Montigny les Arsures

Issu de vieilles vignes et situé sur le lieu-dit de la Mailloche au sous sol marneux jaune et exposée à l’Est, ce Chardonnay 2002 est élevé sans soufre, ouillé et batônné tous les 15 jours. Le nez associe les fleurs, la mirabelle et un peu de vernis enrobés d’un boisé léger et de quelques notés fumées. La bouche est grasse mais vive, dotée d’une belle minéralité. La longueur un peu saline est très élégante et la finale à nouveau minérale et vive est de grande finesse. J’adore ! C’est la classe mais le vin reste très désaltérant, à servir seul ou avec des hors d’œuvres,  poissons ou coquillages.

Les Graviers 2002, Arbois Chardonnay, Domaine A. et M. Tissot, Montigny les Arsures

Ici l’exposition est au Sud et le sous-sol est calcaire. Cela se sent par une grande maturité et une puissance impressionnante. Fermenté sa ns levurage, il est élevé comme la Mailloche, avec ouillage et bâtonnage, et mis en bouteille sans filtration. Le style est vraiment complémentaire et met bien en évidence les différences de terroir. Les arômes de pommes un peu beurrées, sont saupoudrés de notes grillées et de touches un peu vanillées dues au léger boisé. Le tout offre un bouquet très complexe. La bouche est concentrée, grasse et tendre mais la bonne acidité et les petites pointes de vernis structurent le tout avec précision. 

Arbois Traminer 2002, Stéphane Tissot, Les Caves de la Reine Jeanne, Arbois

Parallèlement à ses activités dans le domaine familial, Stéphane Tissot a lancé un petit négoce, qui lui sert aussi de laboratoire pour ses nombreux essais de vinification. Celui-ci est très réussi ! Il s’agit d’un Traminer, autre nom du Savagnin qui est élevé avec ouillage et ne porte donc jamais le voile. Des parfums légèrement exotiques (mangue, ananas) rappellent le cousinage avec le gewurztraminer. Beaucoup de classe en bouche et en retro-olfaction où les arômes prennent toute leur dimension. Plus qu’une curiosité, une nouvelle voie à suivre. Excellent rapport qualité-prix!

Côte de Jura, En Barberon, Chardonnay, 2001, A&M Tissot, Montigny les Arsures

Vin d’amateurs ! Certains vont fuir en observant la robe légèrement voilée, d’autres vont être déroutés par la présence occasionnelle d’un peu de CO2 résiduel, il faut simplement ne pas oublier de le carafer ! 

Le millésime n’était pas simple et il fallait avoir l’habitude de limiter ses rendements (ici 9 hl/ha !) pour nous offrir une telle concentration. Le nez est encore un peu fermé, dévoilant de la pomme mûre, de la noisette grillée, et quelques notes fumées. Déjà beaucoup de complexité. Un vin de gastronomie, à garder pour de grandes occasions avec les meilleurs poissons en sauce ou un beau homard.

Spirale 1999, Moût de raisins partiellement fermentés, méthode vin de paille, Poulsard et Savagnin, Domaine A. M. Tissot, Montigny les Arsures

A la manière d’un vin de paille, les raisins sont laissés à sécher sur claies pendant près de 6 mois. Le pressurage a lieu début mars et le rendement est minime, soit environ 16 litres de moût pour 100 kg de raisin. La fermentation est naturelle, sans levurage et elle s’arrête quand elle trouve son équilibre, soit après environ 1 an et vers environ 9° d’alcool seulement ; ce qui prive la cuvée de l’appellation vin de paille. Le vin est encore élevé pendant un an en fûts avant la mise en bouteilles. La robe est ambrée et le nez puissant, sur les arômes de coing, d’abricots et de pain d’épice. La bouche est onctueuse mais équilibrée et fraîche malgré la grande concentration. A savourer lentement car on approche de la perfection !

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