Clos des Grives, Claude Charbonnier, à Chille (environ 5 hectares)

Ma visite

 Claude Charbonnier

Vendredi matin, rendez vous tôt au Clos des grives où Claude Charbonnier doit nous recevoir. Nous le connaissons de la foire de Rouffach 2003 où nous avions sympathisé avec le personnage et apprécié ses vins. Nous sommes reçus par madame Charbonnier, 86 ans et encore active, voire pétillante comme le crémant qui entame la dégustation (je préfère son rosé, très bonne mâche). Claude est un personnage, il a repris le domaine que son père avait construit de toute pièce dans les années soixante. L’agrobiologie chez les Charbonnier, ce n’est certainement pas de l’opportunisme. C’est de la conviction depuis 1968 que c’est un passage obligé pour le vin comme pour la terre (étrange cette date). Le style des vins est très différent des deux précédents (Tissot et Overnoy), très typé Jura, du très bon oxydatif sous voile, et c’est tant mieux car il serait dommage de voir le balancier effacer progressivement ce genre de vin. La querelle entre les modernistes et les traditionalistes n’a pas lieu d’être, seule la biodiversité doit dominer. Revenons à Claude, dont le franc-parler fait vite dévier la conversation sur les choses de la vie. Je ne sais si c’est son expérience de psychologue, mais Anne (ma femme) a le doDégustationn d’attirer les confidences. Nous découvrons donc une autre facette du personnage direct, sûr de lui et de la qualité de ses vins. Un personnage plus torturé, un peu écorché vif, qui le rend encore plus sympathique. D’un côté, il nous raconte fièrement sa dégustation avec les sommeliers de chez Jeunet (2* Michelin) à Arbois et sa présence sur leur carte. De l’autre, le doute l’habite également. Pour exemple ses hésitations sur un chardonnay (01) mis en bouteille et qui présente un léger dépôt levurien. Le nez est pourtant très pur, et nous prenons plutôt cette présence pour un gage de qualité prouvant l’absence de filtration. Claude lui hésite, il a même déjà débouché quelques palettes pour les filtrer. La qualité, son objectif de qualité l’empêche de dormir. On découvre comme chez les meilleurs vignerons, cette angoisse dissimulée derrière beaucoup d’assurance. Mais la dégustation se poursuit, avec un côte de Jura 02, selon moi un des meilleurs assemblages de pinot, poulsard et trousseau dégusté dans la région. Beaucoup de fraîcheur et de fruits, loin des arômes compotés souvent trop dominants. Bref, un grand vin de soif (ce n’est pas toujours contradictoire). Enfin, le vin jaune (96) ! Il est excellent mais très viril, pas vraiment l’introduction idéale pour les novices. Par contre le vin de paille (98) est plus féminin, très aromatique, avec un raisin presque muscaté, voire abricoté. Avec ses 90 g de sucres résiduels et une acidité fraîche, l’équilibre est parfait. Au fil de la discussion et de la dégustation, qui durera près de 3 heures, il nous parle aussi de son domaine et de son avenir. Il approche de la cinquantaine et aimerait transmettre un jour ses vignes et pourquoi pas, son savoir. De quoi faire germer des idées folles dans notre petite tête. On se calme !


Les vins


Côte du Jura Chardonnay 2001, Clos des Grives, Chille

Abordons le style traditionnel du Jura et ses vins élevés sous voile. Le chardonnay du Clos des Grives est non filtré comme en témoigne la présence d’un peu de lies. Pourtant la robe légèrement dorée est brillante. L’aération dévoile d’abord des arômes minéraux de pierre à fusil et ensuite de la noix verte et de la noisette grillée. La bouche est concentrée mais sèche et très rafraîchissante. A boire sur des préparations aux champignons maintenant et sur les 10 prochaines années.

Côte du Jura Vin jaune 1996, Clos des Grives, Chille

Beaucoup de puissance et de potentiel pour ce vin jaune de Claude Charbonnier. Le nez dévoile ses arômes traditionnels de noix verte avec force et rigueur, dans un style très pur à l’acidité cristalline. La qualité de la longueur est irréprochable et se poursuivent par vagues successives. Beau, mais viril, à apprécier à l’apéritif par petites gorgées avec des noix et du Comté, ou à laisser vieillir une ou deux décennies

Macvin du jura, Clos des Grives, Chille

Nous ne pouvons quitter le Jura sans la dernière de ses spécialités, le Macvin. Ce vin de liqueur est élaboré depuis le 14ème siècle à partir de moût de raisin muté avec du Marc du Jura et vieilli en fûts de chêne au moins 18 mois. L’arôme est puissant et entêtant, mais la bouche est une véritable gourmandise. Elle est bien sûr sucrée mais équilibrée par une fine acidité, veloutée et gorgée d’arômes de fruits confits et de noix. C’est un de mes vins de liqueur préférés qui, en plus de l’apéritif, accompagne merveilleusement les entrées au melon, les jambons fumés ou les fromages persillés.

Vin de Paille 1998, Clos des Grives, Chille

La fabrication du vin de paille est également très originale. C’est tout d’abord un savant assemblage des cépages Savagnin, Chardonnay et Poulsard. Les grappes destinées à ce vin sont choisies et récoltées dans des paniers d'osier. Elles doivent être parfaitement saines. Elles sont ensuite étalées sur des claies recouvertes de paille dans une pièce sèche et aérée, où elles resteront plusieurs mois. Les raisins vont progressivement se déshydrater et se concentrer en sucres et en arômes. La teneur en sucre est donc très élevée : elle dépasse  généralement les 300g/l. Ils sont généralement  pressés à la Noël et 100 kg de vendanges ne fournissent finalement que 15 à 18 litres de moût !

Le jus mis à fermenter doit atteindre 14° pour l’appellation, mais ne transformera pas tout son sucre. Il donnera un vin blanc liquoreux qui séjournera encore 3 à 4 ans en petits tonneaux de chêne, puis sera mis en demi-bouteille de 37,5 cl. Celui-ci conserve 90 grammes et est parfaitement équilibré, concentré, onctueux, mais conservant une belle fraîcheur. Il rappelle un peu certains Tokaj sans leur acidité mordante. Presque muscaté au nez, des arômes de raisins en tout cas, d’abricots, de fruits confits ou secs (noix). C’est de toute beauté pour un superbe rapport qualité prix. A servir avec une tarte tatin, au sucre ou aux abricots, la longévité est d’une trentaine d’années.

Crémant du Jura  Rosé, Poulsard et Pinot noir,  Clos des Grives, Chille

C’est avec ce crémant que nous avions découvert le Clos des grives à la foire de Rouffach. Regoûté au domaine, il nous a à nouveau séduit. Ouvert à l’improviste à notre première dégustation Jura, il a conquis les dégustateurs présents. J’en ramène quelques caisses de Rouffach, et vous le propose maintenant officiellement ! Le nez est sur les fruits rouges (framboise, cerise), la bouche est gourmande et rafraîchissante sans excès d’acidité. L’apéro idéal pour amateurs de bulles … et de vin!

Côte du Jura , Trousseau, Pinot noir, Poulsard, 2002, Clos des Grives, Chille

Le nez décline un beau fruité apporté par les 3 cépages, la bouche est élégante et structurée par des petits tannins qui appellent la charcuterie. Très friand, il est à boire dès cette année ou à garder 5 ans pour apprécier les notes de cuir qui se développeront. Un excellent rapport qualité prix !

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