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Les théories

Sur base des notes prises au cours du Pr. Ledoux (Université de Mons-Hainaut).

Approche sociologique, historique et géographique des consommations de psychotropes.

Un peu d'histoire.

La consommation de drogues n'est pas un phénomène récent. On retrouve l'usage de produits psychotropes dans toutes les civilisations. Un regard sur l'histoire permet de mieux comprendre et de relativiser le phénomène actuel de la toxicomanie et son évolution dans nos pays occidentaux ce dernier quart de siècle.

Le chanvre indien est décrit dans un document chinois datant de 2000 ans avant notre ère. Sa culture s'étendit en Inde puis dans tous les pays orientaux pour gagner l'Europe au 16 e siècle.

Le pavot, plante cultivée pour ses graines alimentaires, oléagineuses, plusieurs millénaires avant notre ère dans l'Est méditerranéen, d'où elle est vraisemblablement originaire (le type primitif est le pavot à feuilles velues, Papaver setigerum L., à capsule munie d'orifices sous le disque stigmatique). L'Iliade en parle et il semble qu'elle entrait dans la composition du breuvage de L'Odyssée (IV, 221), "procurant l'oubli de tous les chagrins". Les médecins grecs et latins des premiers siècles de notre ère connaissaient les pouvoirs narcotiques du pavot (Papaver somniferum ), mais n'en tiraient parti qu'avec une grande circonspection, tout comme les Arabes du haut Moyen Âge. Des accidents mortels ont été rapportés par Pline (Ier s.). Le médecin alchimiste Paracelse (1491-1541) introduisit l'usage de l'opium dans la matière médicale moderne. Les usages médicaux de l'opium datent de la haute Antiquité: une tablette sumérienne mentionne le pavot à opium comme "plante de la joie" et son exsudat, ou "graisse de lion". Certains écrits égyptiens datant d'Aménophis Ier (XVIIIe dynastie) et de Ramsès II vantent expressément les vertus "dormitives" et analgésiques de la plante et de son produit. Par la suite, Hippocrate et Théophraste en firent un médicament contre la douleur. Au Ier siècle, Dioscoride dans son De materia medica , qui fut un manuel traditionnel de pharmacologie pendant des siècles, décrit le pavot avec précision et, pour la première fois d'un point de vue chimique, distingue la plante elle-même de son latex, seul efficace. Mais la pénétration de l'opium en Europe est surtout due à Galien, qui en fit un élément d'une panacée promise à un long avenir, le thériaque, dans la composition duquel entraient de soixante à quatre-vingts drogues, et dont l'usage se maintint en Europe jusqu'au début du XXe siècle. D'autres opiacés apparurent aux XVIIe et XVIIIe siècles, et en particulier le laudanum de l'Anglais Thomas Sydenham (1624-1689), teinture alcoolique d'opium safranée et parfumée à la cannelle ou à la girofle, qui devint au XIXe siècle une sorte d'apéritif fort apprécié. Enfin, l'opium est encore employé dans la pharmacopée contemporaine sous les espèces de l'élixir parégorique, teinture camphrée diluée connue comme antidiarrhéique puissant.

Les commerçants arabes puis indiens vont apporter le pavot en extrême orient entre le neuvième et le dix-septième siècle. La culture asiatique du pavot qui débute au en Birmanie et se développe en Chine dans la province frontalière de l'Indochine, le Yunnan. Ces régions ont la fonction de plaque tournante entre la Chine et la péninsule: depuis les années 1980, huit centres commerciaux frontaliers ont été ouverts dont trois avec le Vietnam, trois avec le Laos et deux avec la Birmanie; le trafic est de plus en plus actif. Ces régions constituent le célèbre "Triangle d'Or".

En Asie, le pavot est une culture de montagne (altitudes supérieures à 800 m).

Les premières lois de prohibition :

Un roi thaïlandais promulgue un premier édit de prohibition de l'usage de l'opium en 1366.

 

La guerre de l'opium.

En Chine, les firmes étrangères acheteuses de thé et de soie supportaient mal restrictions imposées par le gouvernement mandchou. Seul Canton était ouvert aux marchands européens.

L'économie chinoise se suffisait à elle-même. Pour équilibrer le volume croissant de leurs achats autrement qu'en important en Chine du métal-argent, les Occidentaux s'étaient mis à pratiquer sur une grande échelle dans les provinces du Sud la contrebande de l'opium, denrée produite à bon compte par les sujets bengalis de la Compagnie britannique des Indes orientales.

En 1839, l'empereur, fit saisir toutes les caisses d'opium se trouvant dans la ville, pour les brûler au cours d'une cérémonie expiatoire à caractère religieux. L'Angleterre riposta en engageant en Chine une série d'opérations militaires ("première guerre de l'opium") qui aboutirent en 1842 à la défaite chinoise et au traité de Nankin. Ce fut le point de départ de la création des "concessions": ces quartiers résidentiels des ports étaient soustraits à l'autorité régulière chinoise et administrés par les communautés marchandes étrangères sous le contrôle des consuls. Lors de la "seconde guerre de l'opium", l'Angleterre prend à nouveau l'offensive, en 1856, appuyée cette fois par la France.

Ces "guerres de l'opium" le répandirent en Chine (où on l'utilisait à des fins médicales jusque-là) à une vitesse vertigineuse (de 50 000 caisses d'opium indien "importé" en 1850 à 180 000 caisses en 1880; 2 millions de Chinois étaient intoxiqués en 1850, 120 millions en 1878!).

La forte immigration asiatique en Californie se traduit par l'apparition de nombreuses fumeries d'opium. En 1885 une réglementation est prise à San Francisco en interdisant l'accès.

L'opiomanie s'étendait aussi rapidement en Europe: en 1903, le gouvernement français s'estima contraint d'en interdire la vente. L'année suivante, la convention de Shanghai posait la base d'une législation internationale limitant l'emploi des stupéfiants.

Production et commerce international.

Actuellement :

La guerre, qui a duré plus de dix ans, en Afghanistan a provoqué une extension, d'abord progressive, des cultures de pavot. L'opium produit dans le pays est transformé en héroïne dans les zones tribales du Pakistan. D'abord contrôlé par des contrebandiers, le trafic de drogue dans les plus importantes régions productrices – Helmand, Nangarhar, Badakshan – a été pris en main par certains commandants moudjahidin, et la transformation par les services secrets de l'armée pakistanaise. À la suite du retrait de l'Armée rouge en 1988 et, surtout, de l'arrêt des livraisons d'armes par les Soviétiques et les Américains à leurs protégés respectifs en janvier 1992, la production a fortement augmenté, passant de 500 tonnes en 1987 à plus de 3 000 tonnes cinq ans plus tard. Les besoins de centaines de milliers de personnes qui étaient réfugiées au Pakistan et qui doivent reconstruire des équipements indispensables expliquent également l'accroissement de la production.

Au Liban, le déclenchement de la guerre civile en 1976 a provoqué, dans un premier temps, une extension des cultures "traditionnelles" de cannabis. À la suite de l'invasion israélienne en 1982, qui a fini de désorganiser le pays, se sont développées des cultures de pavot, en particulier dans la plaine de la Bekaa. L'argent de la drogue a contribué à financer les achats d'armement de pratiquement toutes les milices, quelle que soit leur obédience religieuse ou politique. Les services secrets des grandes puissances et des puissances régionales ont fermé les yeux sur les trafics de leurs protégés. Les surfaces des cultures illicites de pavot ont atteint 4 000 hectares, produisant 60 tonnes d'opium qui étaient transformées sur place en héroïne dans des laboratoires artisanaux. Lorsque les Syriens ont pris le contrôle du pays, en 1990, ils se sont attaqués aux cultures, mais non aux fabriques qui ont de plus en plus utilisé de la matière première importée: morphine base du Croissant d'or et cocaïne en provenance d'Amérique du Sud.

La prohibition de l'alcool et des autres drogues.

Ce sont principalement dans des facteurs économiques qui, on peut le constater, sont à l'origine de la prohibition de l'opium. Des considérations philosophiques et religieuses jouent également un rôle important. Les missionnaires véhiculent une image négative des consommateurs d'opium. On voit apparaître au début du siècle "les ligues de tempérance" qui entrent en lutte contre la consommation de l'alcool. L' Oxford Group est un Mouvement composé surtout de non-alcooliques et qui mettait l'accent sur le recours à des valeurs spirituelles.. À cette époque, les Oxford Groups d'Amérique évoluaient sous la direction de l'église épiscopalienne. Par le XVIIIe amendement à la Constitution, ratifié en janvier 1919, la prohibition est instaurée aux États-Unis. Désormais, il est interdit de fabriquer, de vendre et d'acheter sur le territoire fédéral toutes les boissons qui contiennent plus de 0,5 p. 100 d'alcool. La campagne prohibitionniste remonte au milieu du XIXe siècle, lorsque l'État du Massachusetts décida que le rhum ne devait être vendu qu'en grosses quantités pour éviter que le peuple ne s'enivre. Mais c'est au début du XXe siècle que les prohibitionnistes deviennent particulièrement actifs. Ce sont alors des progressistes: combattre l'ivrognerie, lutter contre les injustices sociales et la corruption politique, voilà leur programme. Une Amérique saine reviendra, croient-ils, à ses traditions démocratiques.

Les lois internationales et nationales qui régissent actuellement le commerce des psychotropes et instaurent la prohibition de leurs usages non médical datent du début du vingtième siècle.

 

Évolution des modes de consommation.

Comme nous le verrons plus loin, l'opium peut s'administrer de multiples manières. Selon les cultures, il existe des modalités spécifiques de consommation parfois totalement inconnues.

Au Viet Nam, par exemple, où l'héroïne commence seulement son apparition, il existe de "galeries d'injection d'opium" lesquelles fonctionnent à l'instar des fumeries. Ce sont des lieux clandestins où officie un préposé qui prépare les seringues et administre les produits aux clients.

En Thaïlande, l'héroïne se raréfie et cède la pas à la méthamphétamine. Cette drogue est apparue par le biais des camionneurs thaïlandais qui l'utilisaient pour ses effets psycho analeptiques. Les usagers actuels l'utilisent en fumettes (à laide de pipes à eau). Ce mode de consommation rend substance très rapidement active, avec des effets spectaculaires, crises méthamphétaminiques, psychoses, délires, automutilations…

En Belgique, jusqu'aux années 60, les consommateurs se recrutaient essentiellement chez les médecins, et principalement parmi les chirurgiens et les psychiatres, les prostituées et également les sportifs et les étudiants avec des produits de dopage.

On constate que les habitudes de consommations se modifient. L'usage du LSD disparaît pratiquement durant des années 70 et se voit remplacé par l'héroïne. Le phénomène est amplifié par l'émergence de mouvements comme le mouvement punk et la crise économique.

 

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