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Séminaire  :  L ’approche thérapeutique.

Exposé de M. le Professeur A. Noirfalise.

Introduction:

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Le pantin Liégeois. 

Cette gravure, issue d'une brochure d'information sur les drogues publiée par la province de Liège illustre la vie de la personne dépendante aux "drogues". Un pantin, une marionnette soumise à sa propre dépendance, à son mode de vie, à ses pourvoyeurs...

 

Note :

Le professeur Noirfalise a illustré son exposé au moyen d’une série de documents que je reproduis ci-dessous. Afin de restituer le fil conducteur de l’exposé, un texte explicatif en encadré sur fond jaune " de mon cru " précède chaque document.

Le Professeur Noirfalise signale à son auditoire que son exposé n’abordera pas l’aspect psychosocial du phénomène de la toxicomanie. Il préfère laisser ce soin à son co conférencier, le Dr Jadot.

En tant que toxicologue, il abordera préférentiellement les aspects chimiques, toxicologiques et pharmacologiques des dépendances aux produits ainsi que les traitements pharmacologiques mis au point pour venir en aide aux usagers. Il insiste sur le fait que les traitements par les médicaments ne constituent jamais l’approche unique de la thérapeutique des assuétudes et n’en sont qu’un des éléments.

 

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SSPF/formation sur les ASSUETUDES

 octobre 2001LM. Jadot et A. Noirfalise

Bruxelles 02.10.2001 /Liège 10.10.2001

Charleroi 17.10.2001/ Namur 18.10.2001

PLAN DE L'EXPOSE

00 pantin liégeois et introduction

01 sevrage/maintenance/prévention rechute

02 méthadone/ Laam / buprénorphine

03 récepteurs

04 méthadone 1941-2000

05 méthadone 1990-2001

06 méthadone 1994-2001

07 méthadone (CDULG 1992/consensus 1994)

08 effets secondaires

09 bilans sur 17 cas

10 synthèse conférence de consensus 1994

11 buprénorphine

12 L. Maisse 2001

13 traitement anesthésie générale (OR8/RODA)

14 délivrance diamorphine

15 prévention rechute (craving)

16 polytoxicomanie

17 d'abord comprendre

Annexe : Suivi de la conférence de consensus méthadone ( C.S.H. nov 2000).

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Doc. 1
  • Il existe une série de techniques de sevrage aux produits psychotropes. Ces techniques vont du sevrage " aux tisanes " du célèbre et décrié " Patriarche " jusqu’aux cures de sevrage dites " ultra rapides " sous anesthésie générale.
  • Si le sevrage s’avère impossible ou en cas d’échec dans cette tentative, des programmes de maintenance par agonistes opiacés peuvent être mis en place.
  • Certains produits médicamenteux sont utiles dans la prévention de la rechute.

 

TECHNIQUES DE SEVRAGE

accompagnées d'un programme de prévention de la rechute

PROGRAMMES DE MAINTENANCE PAR AGONISTES OPIACES

PREVENTION DE LA RECHUTE (maîtrise du " craving ")

SSPF/AN. 10/O1

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Doc. 2

Les agonistes morphiniques utilisés dans les programmes de maintenance aux opiacés sont :

  • La méthadone
  • Le lévométhadyl Acétate (LAAM)
  • La Buprénorphine.

 

Méthadone.                                                 Narcotic Analgesic

Synonyms Amidone; Phenadone

(+) -6-Dimethylamino-4,4-diphenylheptan-3-one

C21H27NO=309.5

CAS--76-99-3; 297-88-1(±).

 

Levomethadyl acetate                         Narcotic Analgesic

Synonyms. l-Acetylmethadol ; LAAM ; LAM; Levacetylmetha

dol.

(-)-4-Dimcthylamino1-ethyl-2,2-diphenylpentyl acetate

C23H31, NO2 = 353.5 .

CAS-1477-40-3 (levomethadyl); 34433-66-4 (acetate)

 

 

Buprenorphine Narcotic Analgesic

(6R,7R,14S) -17 - Cyclopropylmethyl - 7, 8 - dihydro - 7 – ((1 S) - 1 -hydroxy-1,2,2=trimethylpropyl]-6-O-methyl-6,14-ethano- I7 normorphine

C29H41NO4=467.6

CAS-52485-79-7.

 

 

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Doc 3.

Les opiacés agissent sur une série de récepteurs spécifiques. L’activation de ces récepteurs induit des réactions physiologiques particulières. Les différents opiacés agissent soit sur tous ces récepteurs, (agonistes complets), soit sur certains d’entre eux ( agonistes partiels) soit positivement sur certains et négativement sur d’autres qu’ils inhibent ( gonistes/antagonistes). Avec des solubilités différentes, des caractères lipophiles différents d’un type de molécule à l’autre et des affinités spécifiques pour les différents récepteurs, on verra des substances chimiquement proches agir différemment, avec plus ou moins d’intensité, avec des durées d’action très variables. C’est cette variabilité des effets et des durées d’action qui permet l’utilisation d’agonistes opiacés dans les traitements de substitution.

 

 

 Types de récepteurs aux opiacés: actions pharmacologiques1

Types de récepteurs Actions
mu (m) analgésie supraspinale

analgésie spinale

euphorie

sédation

myosis

dépression respiratoire

baisse de la motilité intestinale

Kappa (k) analgésie spinale

dysphorie

sédation

myosis

effet anorexigène

Delta (d) analgésie spinale

 dépression respiratoire

Sigma (s)2  dysphorie

hallucinations

stimulation vasomotrice


1Tous les opiacés connus à ce jour induisent une tolérance et une dépendance.

2Récepteurs impliqués également dans l'action pharmacologique d'autres agents psychotropes, par exemple la phencyclidine ou PCP (Angel Dust).

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Doc. 4

Inventée par les Allemands en 1941 comme substitut à la morphine, la méthadone a fait l’objet d’études comme substance de substitution à l’héroïne, aux Etats-Unis, dès les années soixante. ( V. Dole).

Depuis, et jusqu’à l’époque actuelle, elle n’a cessé d’être l’objet d’études et de publications.

 

1941 MÉTHADONE (Bockmuhl et Schaumann)

1965 A MEDICAL TREATMENT FOR DIACÉTYLMORPHINE ADDICT (V. Dole and M. Nyswander)

1966 MÉTHADONE HYDROCHLORIDE : A CASE OF IDIOSYNCRASIE (K.A. Tomlinson and ai.)

1975 TWELFE CASES OF DEATH INVOLVING MÉTHADONE (P.E. Nelson and R.C. Selkirk)

1982 MÉTHADONE IN PREGNANCY :CLINICAL-TOXICOLOGICAL ASPECT S(C. Offidani and al.)

1994 TRAITEMENT DE SUBSTITUTION A LA MÉTHADONE (Conférence de consensus)

1999 MÉTHADONE TREATMENT DURING PREGNANCY (E.C. Wang)

2000 MÉTHADONE AS AN ANALGESIC (M. Kamp jensen)

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Doc. 5

En Belgique, plus particulièrement, le véritable essor de  la méthadone date du début des années nonante. (Liège, centre ALFA, Dr Ch. Figiel).

Le document présente, classés par ordre chronologique, une série de faits et de publications qui, au cours du temps, ont marqué l’évolution du modèle de maintenance aux opiacés.

La quasi unanimité actuelle quant à l’intérêt de cette méthode n’a pas toujours existé. Le concept " donner de la drogue aux drogués " a longtemps prédominé dans les milieux médicaux et particulièrement chez les pharmaciens.

Le point d’orgue de l’évolution des mentalités dans ce domaine restera, en Belgique, les conclusions de la " Conférence de Consensus " sous l’égide du ministre Santkin. Les conclusions de cette conférence ont d’ailleurs fait l’objet d’une relecture et de quelques modifications le tout faisant l'objet d'un document du Conseil Supérieur d'hygiène (C.S.H) (2000).(voir annexe)

 

 

1990 Liège, Centre ALFA (Ch. Figiel)

RÉSEAU DE PRISE EN CHARGE PAR TRAITEMENT DE SUBSTITUTION

1992 Commission médicale de la province de Liège (G. Henrard)

PRISE EN CHARGE D'UN(E) PATIENTE) TOXICOMANE

1992 Fondation Phénix (J.J. Deglon et coll.)

RÉSULTAT D'UNE PREMIÈRE ÉVALUATION (de programme méthadone)

1992 Cellule Drogues de l'Université de liège

LA MÉTHADONE, une réflexion interdisciplinaire

1992 Fondation Roi Baudouin (Brice De Ruyver et coll.)

LES TRAITEMENTS DE SUBSTITUTION A LA DROGUE, état de la question ...

1993 Bruxelles, Réseau d'aide aux toxicomanes (RAT) (Y. Ledoux, C. Remy et coll.)

ÉVALUATION D'UN TRAITEMENT DE SUBSTITUTION ...premiers résultats

1994 Conférence de consensus de Gent (J. Santkin/CSH)

TRAITEMENT DE SUBSTITUTION A LA MÉTHADONE

1994 Université de Liège, criminologie (Ch. Lentz)

L'UTILISATION DE LA MÉTHADONE DANS LE TRAITEMENT DES

TOXICOMANES EN RÉGION LIÉGEOISE

1994 Université de Liège, pharmacie/santé publique (I. Noirfalisse)

LE PHARMACIEN ET LES TRAITEMENTS DE SUBSTITUTION

1995 Fondation Phénix (J.J. Deglon et colll.)

ÉVALUATION DE QUATRE PROGRAMMES MEDICO-PSYCHOSOCIAUX

1995 Université de Liège, psychologie (P. Clukers)

LE PROGRAMME MÉTHADONE COMME INSTRUMENT FAVORISANT

LA RÉINSERTION SOCIALE DES TOXICOMANES

1996 Université de Liège, sciences de la communication (D. Miatton)

APPROCHE ANTHROPOLOGIQUE DU TRAITEMENT DE MAINTIEN A LA MÉTHADONE

1996 Université de Liège, criminologie (L. Massart)

LES REPRÉSENTATIONS SOCIALES DES MÉDECINS RELATIVES A LA

PLACE ET A L'UTILISATION DE LA MÉTHADONE DANS

LE TRAITEMENT DES HÉROÏNOMANES

1997 Université de Liège, santé publique (F. Gulot)

PHARMACIENS ET MÉTHADONE DANS LA RÉGION OURTHE-AMBLEVE

1997 Université de Liège, criminologie (Houbeau B.)

LES TOXICOMANES TRAITES PAR MÉTHADONE, un profil spécifique ?

1998 Liège, Centre START (V. Britte)

LA DÉLIVRANCE DE LA MÉTHADONE DANS LES OFFICINES DE LA RÉGION LIÉGEOISE

2000 Revue médicale de Lège (J. Reggers et M. Ansseau)

RECOMMANDATIONS DANS LE TRAITEMENT DES TOXICOMANIES AUX OPIACÉS

2000 Conseil supérieur d'hygiène

SUIVI DE LA CONFÉRENCE DE CONSENSUS MÉTHADONE DE 1994

2001 Conseil des ministres

NOTE POLITIQUE DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL RELATIVE A LA

PROBLÉMATIQUE DE LA DROGUE

2001 Alto-SSMG (B. Denis et coli.)

ÉVALUATION DES TRAITEMENTS DE SUBSTITUTION

(MÉTHADONE) MENÉS PAR LES MÉDECINS GÉNÉRALISTES

EN COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE BELGIQUE

2001 Université de Liège (l. Maisse et coll.)/Observatoire liégeois des drogues

ÉVALUATION DES TRAITEMENTS PAR MÉTHADONE DANS LE CADRE

DES CURES DE SUBSTITUTION EN PROVINCE DE LIÈGE

2001 Université de Liège, criminologie (C. Jason)

LES REPRÉSENTATIONS DES PHARMACIENS RELATIVES A LA PLACE ET A

L'UTILISATION DE LA MÉTHADONE DANS LE TRAITEMENT DES TOXICOMANES

 

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

Toxicologie et Bromatologie

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Doc. 6

La méthode de maintenance méthadone est sans conteste une approche utile dans le traitement des usagers dépendants d’héroïne en demande d’aide. Mais si on examine attentivement diverses publications on remarque que quelques bémols viennent entâcher cette belle unanimité.

formation lacunaire du pharmacien (1994),

nécessité de propositions complémentaires aux conclusions de la conférence de 1994,

…. Paraît de qualité, néanmoins…. (2001)

etc.

 

1994 Conférence de consensus de Gent (J. Santlkin/CSH)

TRAITEMENT DE SUBSTITUTION A LA MÉTHADONE

1994 Université de Liège, pharmacie/santé publique (1. Noirfalisse)

LE PHARMACIEN ET LES TRAITEMENTS DE SUBSTITUTION

... trop de pharmaciens refusent encore de prendre en charge des traitements par la méthadone. On peut expliquer, en partie du moins, ce non-engagement par une formation lacunaire du pharmacien...

2000 Conseil supérieur d'hygiène

SUIVI DE LA CONFÉRENCE DE CONSENSUS MÉTHADONE DE 1994

" le nombre réduit de modifications apportées au texte de la Conférence de consensus souligne sa très large acceptation par l'ensemble des intervenants dans le champs de la toxicothérapie ... propositions complémentaires ... "

2001 Alto-SSMG (B. Denis et coll.)

ÉVALUATION DES TRAITEMENTS DE SUBSTITUTION

MÉTHADONE) MENÉS PAR LES MÉDECINS GÉNÉRALISTES EN COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE Belgique

                   " ... paraît globalement être de qualité et semble effectivement apporter chez les usagers de                      drogues les résultats que l'on peut généralement attendre de ce type de traitement ... néanmoins ... "

 

2001Université de Liège (L. Maisse et coll.)/Observatoire liégeois des drogues

    EVALUATION DES TRAITEMENTS PAR MÉTHADONE DANS LE CADRE

    DES CURES DE SUBSTITUTION EN PROVINCE DE LIÈGE

" Cette étude originale a permis de mieux cerner les pratiques de prises en charge dans le cadre des cures de substitution en province de liège et constitue une base solide pour entamer une discussion avec les différents experts liégeois ... mise en commun de nos connaissances et échanges d'idées ... "

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

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Doc. 7

Spécificités propres à la méthadone.

 

Méthadone.

" La MÉTHADONE est un MÉDICAMENT MORPHINOMIMETIQUE PUISSANT, classé parmi les " STUPÉFIANTS " en application de la Loi du 24 février 1921,concernant le trafic de substances vénéneuses, soporifiques, stupéfiantes, désinfectantes ou antiseptiques. Ce médicament, utilisé chez les patients héroïnomanes, prolonge la dépendance physique acquise, et peut induire une dépendance chez les patients non préalablement dépendants d'opiacés. Il nécessite donc des précautions particulières de prescription et de délivrance.

Le traitement prolongé et adéquatement dosé à la méthadone est sûr du point de vue médical. Ce traitement n'est toutefois pas dénué d'effets secondaires. A l'heure actuelle, il n'a pas été démontré que la méthadone soit toxique pour quelque organe que ce soit. "

(conférence de consensus oct.1994)

• AGONISTE DES RÉCEPTEURS MU.

• LONGUE DURÉE D'ACTION

- 4 - 6 heures après une première dose unique

- 24 heures après administration répétée

• Efficace par VOIE ORALE

- apparition de l'effet après 30 minutes

• Syndrome d'abstinence moins sévère mais plus long.

(La Méthadone: une réflexion interdisciplinaire Cellule Drogue U.Lg.. Décembre 1992)

 

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

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Doc. 8

Effets secondaires de la méthadone.

On s’aperçoit qu’il ne s’agit nullement d’un produit anodin et qu’il n’est pas dépourvu de toxicité.

Des décès accidentels  chez des personnes adultes polytoxicomanes ou non et surtout lors de prises accidentelles par des enfants doivent inciter à la plus grande prudence.

 

 

METHADONE (effets secondaires)

Effets SIMILAIRES à ce qui est décrit pour la MORPHINE

  • TOLÉRANCE et DEPENDANCE psychologique et physique
  • DEPRESSION RESPIRATOIRE (C.I. insuffisant respiratoire)
  • HYPOTENSION ARTERIELLE
  • TROUBLES NEUROPSYCHIQUES  
  • (euphorie, dysphonie. hallucinations encéphalopathie)
  • RETENTION URINAIRE (CI. chez prostatique)
  • CONSTIPATION                                                           Scrigner(1970) (Cuskey 1971)
  • RETARDS dans la MENSTRUATION
  • OBÉSITÉ
  • OEDÈME des CHEVILLES
  • NAUSÉES
  • IMPUISSANCE (10 à 25%.)
  • " la plupart des effets secondaires enregistrés diminuent au fur et à mesure que l'organisme laisse apparaître une tolérance à l'action pharmacologique de la méthadone "

     

  • SOMNOLENCE                                                        (Mercandi (1996) (SED21 /88)
  • SUDATION
  • NAUSÉES, VOMISSEMENTS
  • CONSTIPATION (12/24 " cancer pain ")
  • SÉCHERESSE de la BOUCHE (8/24 " cancer pain")
  •  
  • LYMPHOCYTOSE                                                            Goodman (1991)  
  • AUGMENTATION du % sanguin de
  • PROLACTINE
  • ALBUMINE
  • GLOBULINE

INTERACTIONS avec les ANTIDÉPRESSEURS             Moreno Brea (1999)

  • méthadone augmente le taux sanguin de DESIPRAMINE
  • FLUVOXAMINE augmente % sanguin de méthadone

 

                                                                                              Harding-Pink (1993

AUGMENTATION du nombre de DÉCÈS d'ENFANTS de  MÈRE sous TRAITEMENT de MAINTENANCE

DOSE LÉTALE pour ADULTE non-tolérant : 50-100 mg

                                                       ENFANT : 10 mg

 

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Doc. 9

Pour les services d’urgences hospitalières, aux précautions évoquées plus haut, il faut encore ajouter l’existence des risques engendrés par la consommation simultanée de divers psychotropes.

L’étude présentée ici, bien que portant sur un petit nombre de cas, amène à réfléchir. Sur 17 bilans mettant en évidence une présence de méthadone, il apparaît qu'un seul sujet n'aurait absorbé que de la méthadone. Chez tous les autres, on retrouve des traces de consommation d’autres produits, généralement plusieurs, avec une prédominance de benzodiazépines et d’alcool.

 

Sur 17 bilans sanguins et / ou urinaires mettant en évidence la présence de Méthadone :

Une fois, présence de méthadone seule

Seize fois, présence de méthadone + autre(s) psychotrope(s)

  • Benzodiazépines 75%
  • Morphiniques 56%
  • Cannabinoïdes 50%
  • Alcool 50 %
  • Autres psycho. ou médicaments 31%
  • Nicotine 31%
  • Barbituriques 19%
  • Morphinomimétiques autres que
  • la méthadone 13%
  • Cocaïne 13%
  • Amines psych./anorex. 6%
  • Salicylés 6%

Noirfalise et coll. 11/94 03/95.

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Doc.10

Les recommandations essentielles de la conférence de consensus de 1994 portent sur :

La durée du traitement (variable : de courte à illimitée…)

La dose (variable, basse à élevée, constante ou décroissante)

La forme galénique adéquate (fort discutée, mais ne pouvant faire l’objet de détournement d’usage, autrement dit : d’être rendue injectable).

Les traitements associés : (la nécessaire approche thérapeutique psychosociale)

Les compétences des intervenants. (formation et, pour éviter l’isolement et la marginalisation, supervisions et recyclages spécifiques).

Note : cette dernière remarque vaut aussi pour les pharmaciens.

 

TRAITEMENT DE SUBSTITUTION A LA MÉTHADONE

Conférence de Consensus octobre 1994


- moyenne durée (2=5 ans) .................................

................................ ou sans durée déterminée

- 30 à 40 mg./jour jusqu'à 64-80 mg./jour ........

..........dose adaptée à l'évolution INDIVIDUELLE

- traitements rapidement dégressifs ..................

.................................. (3 semaines à 3 mois) mais

CHANGEMENT de MILIEU et : ................................

...........:.......RÉDUCTION EXPOSITION à l’HEROINE

     

  • forme ORALE LA PLUS ADÉQUATE ......................

ne pouvant faire l'objet de déviation d'usage

- APPROCHE et SOUTIEN PSYCHOSOCIAL sont

...........des facteurs ESSENTIELS d'amélioration

- les médecins doivent avoir acquis la formation nécessaire et veiller à l'entretenir ............... ÉVITER un ISOLEMENT préjudiciable à la pratique du médecin

 

AN. 03/ 1997

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

Toxicologie et Bromatologie

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Annexe

pour le texte complet : www.health.fgov.be./CSH_HGR

et plus précisément :

http://www.health.fgov.be/CSH_HGR/Francais/Brochures/conference_consensus_methadone.html

Ci dessous : Le texte des CONCLUSIONS DES AUDITIONS DES INTERVENANTS INSTITUTIONNELS ET DES PRACTICIENS PAR LE GROUPE D'EXPERTS
" SUIVI DE LA CONFERENCE DE CONSENSUS" ORGANISE PAR LA SOUS-SECTION 1. " ASSUETUDES " DU CONSEIL SUPERIEUR D'HYGIENE

 

17.1. Proposition de modifications du texte de la Conférence de Consensus lors du suivi réalisé au Conseil Supérieur
d’Hygiène

Sur base de l’ensemble des auditions des parties en présence, des analyses complémentaires effectuées sur des données recueillies, d’enquêtes ponctuelles présentées par des participants, d’éléments bibliographiques belges et internationaux, il a été proposé les adaptations suivantes au " Rapport du Jury " daté du 12 octobre 1994, constituant les conclusions ou recommandations de la Conférence de Consensus du 8 octobre 1994 sur le Traitement de Substitution à la Méthadone.

On trouvera dans les tableaux suivants, dans la colonne de gauche, l’énoncé des questions, des sections et sous-sections, du texte de Consensus octobre 1994 et, en-dessous, les réponses.
On trouvera dans la colonne de droite les énoncés des questions, des sections et sous-sections, telles qu’analysées par le groupe d’experts 1998 (ces questions sont les mêmes que celles de 1994, à une exception près : la question 1. Qui devient " La méthadone constitue-t-elle un traitement efficace de la dépendance à l’héroïne et aux autres opiacés ? Sur quels paramètres agit-elle ? ") ainsi que les modifications des réponses. Si aucune modification n’a été apportée, il a été noté " idem ".

TEXTE DE CONSENSUS

OCTOBRE 1994

 

NOUVEAU TEXTE APRES MODIFICATION

(UNIQUEMENT SI MODIFICATION)

1.

La Méthadone constitue-t-elle un traitement efficace de la dépendance à l’héroïne ? Sur quels paramètres agit-elle ?

La Méthadone constitue un médicament efficace dans le traitement de la dépendance à l’héroïne.

1.

La Méthadone constitue-t-elle un traitement efficace de la dépendance à l’héroïne et aux autres opiacés ? Sur quels paramètres agit-elle ?

La Méthadone constitue un médicament efficace dans le traitement de la dépendance à l’héroïne et aux autres opiacés.

1.1

Effets sur la consommation d’héroïne.

Le traitement à la Méthadone réduit la consommation d’héroïne et le recours aux injections.

1.1

Effets sur la consommation d’héroïne et des autres opiacés

idem

1.2

Effets sur la santé

Le traitement à la Méthadone

réduit la mortalité associée à l’héroïnomanie.

1.2

Effets sur la santé

Le traitement à la Méthadone

idem

 

Le traitement à la Méthadone

réduit le risque de contamination par le virus du SIDA (HIV) et les hépatites B et C.

 

Le traitement à la Méthadone

réduit le risque de contamination par le virus du SIDA (HIV) et l’hépatite B.

 

Le traitement à la Méthadone

ralentit le développement de la maladie chez les patients héroïnomanes séropositifs pour le HIV.

 

Le traitement à la Méthadone

Les experts consultés ayant exprimé des réserves, nous proposons de supprimer ce point dans l’attente d’une confirmation scientifique

Le traitement à la Méthadone

Améliore la compliance thérapeutique des patients héroïnomanes séropositifs pour le HIV.

Facilite le dépistage et les stratégies d’éducation à la santé.

 

Le traitement à la Méthadone

Améliore l’état général du patient héroïnomane

idem

1.3

Effets sociaux et professionnels :

Le traitement à la Méthadone est associé à une amélioration des aptitudes socio-professionnelles et à une réduction des activités délinquantes.

1.3

Effets sociaux et professionnels :

Le traitement à la Méthadone est associé à une amélioration des aptitudes socio-professionnelles et à une réduction des activités délinquantes induites par la toxicomanie.

2.

Quelles sont les indications, les contre-indications et les limites d’un traitement à la Méthadone ?

2.

Quelles sont les indications, les contre-indications et les limites d’un traitement à la Méthadone ?

2.1

Indications

Le traitement à la Méthadone a pour indication la dépendance à l’héroïne reposant sur un diagnostic établi par l’anamnèse et l’examen clinique et étayé par des examens complémentaires si nécessaire (dosages urinaires par exemple).

2.1

Indications

Le traitement à la Méthadone a pour indication la dépendance à l’héroïne et aux autres opiacés-agonistes puissants, état de dépendance reposant sur un diagnostic établi par l’anamnèse et l’examen clinique et étayé par des examens complémentaires si nécessaire (dosages urinaires par exemple).

 

Sauf exceptions documentées et réservées à des prises en charge spécifiques ou exigeant des compétences particulières, le patient doit avoir 18 ans au moins et des antécédents certains de dépendance depuis plus d’un an.

 

idem

 

La notion de dépendance inclut la notion d’échec de tentatives spontanées ou encadrées de sevrage.

 

idem

2.2

Contre-indications

Il n’y a pas de contre-indication mais les morbidités psychiatriques éventuellement associées (alcoolisme, polytoxicomanies, dépression, psychose...)

La grossesse ne constitue pas une contre-indication

2.2

Contre-indications

idem


idem

2.3

Limites

Il n’y a pas de raisons scientifiques de limiter le nombre global de patients admis en traitement à la Méthadone, à condition qu’ils répondent aux critères d’indication

2.3

Limites

idem

3.

Quelle est la place des autres traitements de substitution ?

3.

Quelle est la place des autres traitements de substitution ?

A l’exception de la buprénorphine (Temgesic) aucun autre médicament de substitution n’a fait l’objet de recherches scientifiques convaincantes ; ils ne peuvent actuellement être recommandés en pratique courante

A l’exception de la buprénorphine aucun autre médicament de substitution n’a fait l’objet de recherches scientifiques convaincantes ; ils ne peuvent actuellement être recommandés en pratique courante

4.

Quelles sont les modalités du traitement médicamenteux ?

En quoi influencent-elles les résultats thérapeutiques ?

4.

Quelles sont les modalités du traitement médicamenteux ?

En quoi influencent-elles les résultats thérapeutiques ?

Les traitements à la Méthadone sont généralement des traitements de moyenne durée (2-5 ans) ou sans durée déterminée

Les traitements à la Méthadone peuvent être des traitements de moyenne durée (2-5 ans) ou sans durée déterminée

Les dosages généralement recommandés en début de traitement sont de l’ordre de 30 à 40 mg/jour. Généralement, la dose moyenne de stabilisation sera plus élevée, de l’ordre de 60 à 80 mg/jour. Elle doit cependant être adaptée à l’évolution individuelle

Les dosages généralement recommandés en début de traitement sont de l’ordre de 30 mg/jour. Généralement, la dose moyenne de stabilisation sera plus élevée, de l’ordre de 60 à 80 mg/jour. Elle doit cependant être adaptée à l’évolution individuelle

 
 
 

L’administration doit se faire sous la forme orale la plus adéquate, ne pouvant donner lieu à une déviation de l’usage.

 

idem

 

En début de traitement et jusqu'à stabilisation, la prudence recommande que le patient absorbe quotidiennement sa dose en pharmacie ou dans un centre spécialisé.

 

idem

 

L’absorption occasionnelle d’héroïne ne peut constituer une raison d’arrêt de traitement ou de diminution de dose.

 

idem

 

Certaines associations médicamenteuses peuvent nécessiter une adaptation des doses.

 

idem

 

Les traitements rapidement dégressifs (3 semaines-3 mois) connaissent également leurs indications. Elles sont généralement associées à un changement de milieu avec réduction de l’exposition des patients à l’héroïne.

 

idem

 

En cas de grossesse, il n’est pas recommandé d’interrompre le traitement à la Méthadone mais la prise en charge de cette situation exige une compétence spécifique.

 

idem

5.

En quoi le cadre thérapeutique influence-t-il le résultat du traitement ?

Les traitement de substitution doivent-ils faire l’objet d’un enregistrement spécifique ?

5.

En quoi le cadre thérapeutique influence-t-il le résultat du traitement ?

Les traitement de substitution doivent-ils faire l’objet d’un enregistrement spécifique ?

 

L’accessibilité aux traitement à la Méthadone doit être accrue en fonction des besoins et inclure les intervenants de première ligne (médecins généralistes et psychiatres, pharmacies, centres de santé) tout en respectant les nécessités d’une pratique médicale responsable.

 

idem

 

L’approche et le soutien psychosocial sont les facteurs essentiels d’amélioration des résultats thérapeutiques des traitements à la Méthadone.
Le soutien doit être adapté aux besoins individuels des patients. Ceux-ci peuvent être traités soit dans un centre multidisciplinaire, soit par un médecin généraliste ou spécialiste.

 

idem

 

Ces médecins doivent avoir acquis la formation nécessaire et veiller à l’entretien, par exemple, par la pratique de l’intervision clinique.

 

idem

 

Ils doivent être soutenus par une relation fonctionnelle avec un centre spécialisé ou avec un réseau de soins aux toxicomanes, afin d’éviter notamment un isolement préjudiciable à la pratique du médecin.

 

idem

 

Afin de permettre une évaluation permanente plus aisée et d’éviter les doubles prescriptions, les traitements à la Méthadone devraient être enregistrés par une instance ad hoc, dans le respect du secret médical et de la loi sur la protection de la vie privée. A cette fin, un système d’encodage approprié devrait être élaboré

 

idem

 
Le nombre réduit de modifications apportées au texte de la Conférence de Consensus souligne sa très large acceptation par l’ensemble des intervenants dans le champ de la toxico-thérapie.
Les participants au suivi ont cependant émis une série d’autres commentaires additionnels qui précisent certaines dimensions du Consensus.

17.2. Commentaires additionnels au texte de la conférence de consensus de 1994

Le texte suivant fournit un ensemble de recommandations générales qui ont été émises par le Groupe de Travail et jugées essentielles.
Certaines recommandations reprennent, en les distinguant, des éléments déjà énoncés dans le texte de la Conférence de Consensus, car jugés fondamentaux étant donné le suivi réalisé.
D’autres recommandations sont nouvelles et destinées aux praticiens comme aux Autorités Publiques.
Ce texte constitue donc des commentaires additionnels synthétiques et concerne la pratique individuelle, les relations entre praticiens et les systèmes d’enregistrement.

 

17.2.1. Pratique individuelle
1. Ne pas prescrire plus de 30 mg en début de traitement comme dose initiale. En effet, tout praticien doit évaluer le risque de ne pas prescrire immédiatement, par rapport à celui de prescrire dans l’urgence, à un usager de drogues, non dépendant. La résolution de ce dilemme, proposée par le groupe d’experts, consiste, de façon pratique, à ne prescrire pour le premier jour qu’une dose faible de 30 mg et de vérifier son effet chez le patient.
De fait, si le patient déclare avoir dormi plusieurs heures ou ressenti une grande somnolence, on peut être assuré qu’il n’y a pas de sévère dépendance. Quitte alors au médecin de modifier son approche pharmacologique. Il y a aussi, dans cette situation spécifique, une alternative : une indication de prescription de Buprénorphine, ce psychotrope combinant des effets agonistes et antagonistes aux opiacés.
2. Revoir le patient en consultation si possible encore le jour même de la première consultation où la Méthadone fut prescrite ou, au plus tard, 48 heures après, pour évaluer la réaction du patient et l’adaptation des doses.
3. Eviter de prescrire des doses, à emporter par le patient, en début de traitement. Rédiger la prescription de façon claire en ce sens. La notion de début de traitement est délicate à préciser ainsi que celle de stabilisation.
Cependant, un délai minimal de 6 semaines paraît raisonnable pour définir la notion de période de " début de traitement ". Des exceptions, notamment dans le cas du maintien de l’insertion sociale, à la prise en charge, sont envisageables. Ainsi, un toxicomane fortement dépendant mais exerçant une activité professionnelle qui l’astreint à un rythme régulier de présence sur le lieu de travail, pourrait être pénalisé par une visite quotidienne en pharmacie. Il bénéficierait dès lors d’une mesure lui permettant d’emporter des doses (p.ex. pour la semaine) à domicile.
4. La prescription de psychotropes autres que la Méthadone ou la Buprénorphine dans un traitement de substitution est à éviter (hormis le cas de double dépendance nécessitant un traitement par psychotropes spécifiques).
Certains sont dangereux dans l’immédiat et sont susceptibles de produire des dépendances. Il fut confirmé que le Flunitrazepam (Rohypnol ®) ou le Vesparax ® qui ont des effets inhabituels, paradoxaux, surtout de stimulation excessive chez les toxicomanes, sont à proscrire. Par ailleurs, la prescription de ces substances ne constitue en rien un traitement de substitution.
5. Toujours informer le patient sur les risques encourus par son entourage ( lui rappeler de ne pas laisser traîner le médicament, de le mettre hors de portée des enfants, ne pas le mettre au réfrigérateur...). Il est recommandé de délivrer la substance dans un conditionnement susceptible de résister à l’ouverture par un enfant.
6. Le nombre de patients pris en charge en même temps par praticien ne peut être fixé d’autorité, aucune évaluation ne démontrant d’ailleurs une relation entre la qualité des soins et l’étendue de la patientèle. Un nombre anormalement élevé (quelques dizaines) entraîne généralement un épuisement du praticien dommageable aussi pour ses patients.
7. Tout traitement de patients toxicomanes ne donne des résultats qu’à moyen ou long terme, les abandons prématurés étant le signe d’une défaillance du processus thérapeutique. Le praticien doit favoriser cette rétention en traitement. Le fait de ne réaliser que très rarement une prise en charge d’un patient toxicomane, n’empêche pas d’éviter tout abandon de traitement prématuré.
8. Il est souhaité que le praticien participe à un système d’enregistrement. Il veillera ainsi à recueillir de son patient des éléments d’information qui permettent une évaluation de l’évolution de la cure. Une anamnèse classique est à compléter utilement par des modèles d’enregistrement clinique plus standardisés.
9. L’éparpillement de la patientèle implique qu’un grand nombre de praticiens auront très peu de patients toxicomanes dans leur clientèle. Si cette évolution favorise la liberté de choix du praticien et du toxicomane, elle pose des problèmes d’organisation du " système de soins ", notamment dans la formation continue.
Une réflexion des instances concernées devrait dégager des pistes raisonnables pour améliorer les échanges d’information de et vers ces nouveaux praticiens qui prennent en charge un très petit nombre de toxicomanes.
Par exemple, la mise en œuvre d’un processus de formation " allégée " selon une méthodologie à élaborer (Bulletin d’information, cassettes audio/vidéo...)
 
17.2.2. Relations entre praticiens
10. L’intervision est un processus à stimuler mais elle n’est réaliste pratiquement seulement pour des praticiens qui ont un nombre suffisant de patients en cure de substitution. Pour ceux qui n’ont que peu de cas la charge de travail d’une intervision n’est pas réaliste.
11. Même sans fonctionner de façon organique dans un " Réseau " pluridisciplinaire, tout praticien prescripteur de Méthadone tire avantage pour lui et son patient de la concertation avec des confrères expérimentés. La présentation de cas et de problèmes spécifiques et leur discussion avec d’autres praticiens font partie intégrante du bon déroulement du processus thérapeutique dans lequel s’engage le médecin qui prend en charge des toxicomanes.
12. Le développement de " réseaux " de praticiens existant et la promotion de nouveaux dans toutes les régions du pays doit permettre d’améliorer la qualité des soins. En réduisant les abandons de cure et en favorisant l’adaptation individuelle du traitement, la pratique en réseau mérite l’attention et le soutien matériel des pouvoirs publics.
13. Une concertation locale des pharmaciens d’officine et des praticiens doit être promue par les instances et les groupements professionnels concernés.
14. Le rôle du pharmacien d’officine en tant qu’acteur de Santé Publique à part entière dans la prise en charge des toxicomanes, doit être soutenu par toutes les instances concernées. Il constitue, en effet, un maillon essentiel du processus thérapeutique actuel dans son contact répété privilégié avec le patient toxicomane. Son implication dans des programmes de réduction des risques liés à l’usage de drogues doit se poursuivre et être promue. Il apparaît aussi comme élément clé des systèmes d’enregistrement de données épidémiologiques de la toxicomanie en Belgique (voir point 20).
15. Il faut encourager les relations entre praticiens et médecins pénitentiaires. Il s’agit notamment de faciliter la poursuite des contacts entre le médecin traitant et le patient incarcéré. Il y a lieu de prévoir avant la sortie de prison une couverture sociale appropriée.
16. Le développement de centres pluridisciplinaires doit être soutenu et ne doit pas être oblitéré par l’extension de la prise en charge en cabinet privé. Le maintien de la diversité des choix de prises en charge constitue une garantie de la qualité des soins.
17. Un processus d’autorégulation du corps médical avec, en particulier, un développement de forums, de séminaires ou de colloques, ainsi que la promotion de recherches et d’évaluations dans le domaine, à la fois de façon locale et plus élargie, constituera une garantie d’une amélioration des traitements de la toxicomanie, en général, et des prises en charge substitutives, en particulier.
18. Les praticiens considèrent que les instances concernées doivent avoir les moyens ad hoc pour intervenir lors du constat d’écarts notables aux normes du consensus.
19. La formation continuée des praticiens doit être soutenue dans des programmes " ad hoc " (p.ex. interuniversitaires ou des sociétés scientifiques de médecine générale), sans oublier l’amélioration de l’information en Santé Publique. Un inventaire des possibilités actuelles existe et est diffusé par les Mouvements de Coordination (p.ex. Alto). Les changements qui interviennent dans la délivrance en officine, les procédures de remboursement des types de conditionnement et toute pratique des officines relative à la délivrance de Méthadone ou de Buprénorphine doivent faire l’objet, par les instances concernées, d’une information organisée régulièrement à destination des praticiens.
17.2.3. Systèmes d’enregistrement
20. Les systèmes d’enregistrement de la toxicomanie en Belgique doivent être développés et coordonnés.
1. L’anonymat du patient doit être respecté par l’adoption d’une solution technique (p.ex. traduction mathématique du nom et de la date de naissance en un code unique pour chaque patient avec l’impossibilité de connaître le nom à partir du code).
2. Les systèmes actuels mis en place par l’Inspection Générale de la pharmacie et les Commissions Médicales Provinciales doivent bénéficier d’un renforcement de leurs moyens techniques, notamment au niveau de la saisie des données et leur encodage, défaillante actuellement.
3. La coordination des systèmes entre les provinces doit se faire avec l’élaboration d’un système fédéral standardisé.
4. Une procédure informatique impliquant les officines dans l’encodage des données en continu est indispensable.
21. La recherche évaluative des pratiques thérapeutiques dans le domaine des toxicomanies, y compris le traitement de substitution, est notoirement insuffisante en Belgique. Les autorités compétentes devraient soutenir des programmes de recherche évaluative.

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Doc. 11

Autre substance utilisée dans les traitements de substitution : la buprénorphine.

Cette substance est largement utilisée en France sous le nom de Subutex ®. Elle y est en effet nettement plus facilement accessible aux médecins généralistes que la méthadone. On déplore malheureusement de très nombreux dommages provoqués par des détournements d’usage extrêmement fréquents.

Le Subutex ® a fait son entrée en Belgique mais n’est pas (encore ?) remboursé par la Sécurité sociale.

Intérêt particulier : possibilité de substituer la buprénorphine à de faibles doses de méthadone.

 

La buprénorphine (Temgesic ®) (Subutex )®

La buprénorphine peut être une alternative intéressante à la méthadone dans les programmes de maintenance aux opioïdes.

La buprénorphine est un opioïde semi-synthétique, très lipophile, dérivé de la thébaïne et de structure proche de celle de la morphine. II est 25 à 50 fois plus puissant que la morphine et peut être utilisé par voie intramusculaire ou sublinguale.

La buprénorphine est un agoniste partiel des récepteurs mu et un antagoniste des récepteurs kappa. Elle se dissocie lentement des récepteurs opioïdes.

Un agoniste partiel est une substance qui, à concentration maximale effective, entraînera un effet d'amplitude inférieure à celle produite par un agoniste total (comme la morphine).

La buprénorphine exerce donc des effets pharmacologiques qualitativement semblables à ceux de la morphine mais limités dans leur intensité. De l’analgésie, de la dépression respiratoire et des effets subjectifs de type morphinique seront observés à faible dose, mais une augmentation des doses n'entraînera pas une dépression respiratoire parallèlement plus importante.

Quoique variable, la durée de l'analgésie est généralement plus longue qu'avec la morphine.

Un agoniste partiel peut également agir comme antagoniste car sa fixation au récepteur (qui entraîne donc une réponse sous-maximale) empêche la fixation d'un agoniste complet. Selon les doses utilisées, : la buprénorphine peut induire des signes d'abstinence chez des patients traités chroniquement par la morphine.

Après plusieurs semaines d'administration sublinguale de 4 à 8 mg/jour, l'arrêt brutal de buprénorphine entraîne des symptômes d'abstinence graduels et peu sévères.

Comme c'est un agoniste partiel, il est possible de substituer la buprénorphine à de faibles doses de méthadone sans entraîner des signes d'abstinence sévères.

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

Toxicologie et Bromatologie

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Doc. 12

 

Ces tableaux reprennent les recommandations de la conférence de consensus réactualisée, et celles de la Commission médicale de la Province de Liège. On compare ces dernières aux résultats d’une enquête menée par le Phn. L. Maisse ( U Lg – collaborateur du Pr. Noirfalise) sur la réalité de terrain quant à la manière dont les traitements sont menés dans cette province. Cette enquête a été réalisée au départ des rapports mensuels que les pharmaciens liégeois sont tenus d’établir à l’intention de l’Inspection de la Pharmacie. Les renseignements ainsi obtenus sont donc représentatifs de l’image que les pharmaciens entendent donner d’eux-mêmes à une autorité ayant pouvoir de les sanctionner. Il faut donc appréhender ces résultats avec une certaine réserve.

On remarquera néanmoins quelques inadéquations entre la réalité du terrain et lesdites recommandations.

Ces dernières portent sur :

  • Prescription de flunitrazépam,
  • Prescription sous des formes galéniques manipulables par le patient,
  • Dosages (moyenne conforme, mais écarts importants),
  • Durées : la Commission privilégie le sevrage.

 

 

SUIVI DE LA

COMMISSION

ÉVALUATION DES TRAITEMENTS

 

CONFÉRENCE DE

MÉDICALE

PAR MÉTHADONE DANS LE

 

CONSENSUS DE 1994

PROVINCIALE

CADRE DES CURES DE

     

SUBSTITUTION EN PROVINCE DE

     

LIÈGE

Quelles sont les

- Il est formellement

 

Flunitrazépam

modalités du

proscrit de recourir à des

   

traitement

psychotropes aux effets

 

- 35 % des patients l'ont reçu au

médicamenteux ?

paradoxaux (tel le

 

moins une fois

 

flunitrazépam) hormis en

   
 

cas de double diagnostic.

 

- 1 % des patients le reçoive tout au

 

Par ailleurs, la

 

long de leur traitement

 

prescription de ces

   
 

substances ne constitue

   
 

en rien un traitement de

   
 

substitution

   

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

Toxicologie et Bromatologie

 

 

 

 

SUIVI DE LA

CONFÉRENCE DE

CONSENSUS DE 1994

COMMISSION

MÉDICALE

PROVINCIALE

ÉVALUATION DES TRAITEMENTS

PAR MÉTHADONE DANS LE

CADRE DES CURES DE

SUBSTITUTION EN PROVINCE DE

LIEGE

Quelles sont les

- L'administration doit

- la méthadone est

- sirop uniquement : 69.6

modalités du

se faire sous la forme

prescrite par voie

 

traitement

orale la plus adéquate

orale buvable et

- gélules uniquement: 2.5%

médicamenteux ?

possible, ne pouvant

consommée devant

 
 

donner lieu à une

un témoin autorisé

- sirop et gélules : 28

 

déviation d'usage

- l'administration de

 
 

- En début de traitement

produits de

 
 

et jusqu' à stabilisation,

substitution ne peut

 
 

la prudence

se faire que par voie

 
 

recommande que le

orale sous une forme

 
 

patient absorbe

non manipulable par

 
 

quotidiennement sa

le patient

 
 

dose en pharmacie ou

- [...] à ne prescrire

 
 

dans un centre

que des produits de

 
 

spécialisé (éviter, au

substitution

 
 

moins au cours des 6

administrables par

 
 

premières semaines, de

voie orale [...] (code

 
 

prescrire des doses à

de déontologie

 
 

emporter)

médicale, art. 37)

 

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Toxicologie et Bromatologie

 

 

 

SUIVI DE LA

CONFÉRENCE DE

CONSENSUS DE 1994

COMMISSION

MÉDICALE

PROVINCIALE

ÉVALUATION DES TRAITEMENTS

PAR MÉTHADONE DANS LE

CADRE DES CURES DE

SUBSTITUTION EN PROVINCE DE

LIÈGE

Quelles sont les

Les dosages généralement

 

Dose journalière moyenne de

modalités du

recommandés en début de

 

méthadone pour l'ensemble des

traitement

traitement sont de l'ordre

 

patients

médicamenteux ?

de 30 à 40 mg/jour.

   
 

Généralement, la dose

 

Pour les 3 premiers mois

 

moyenne de stabilisation

 

36.3 mg (2.7 - 99.2)

 

sera plus élevée, de

   
 

l'ordre de 60-80 mg/jour.

 

Au mois 12

 

Elle doit être adaptée à

 

34.8 mg ( 1.25 - 134.3)

 

l' évolution individuelle.

   
     

Au mois 24

     

36.1 (0.5 - 118.3)

     

Au mois 36

     

35.7 (0.7 - 120)

     

Au mois 48

     

35.6 (0.33 - 126.3)

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

Toxicologie et Bromatologle

 

 

 

SUIVI DE LA

CONFÉRENCE DE

CONSENSUS DE 1994

COMMISSION

MÉDICALE

PROVINCIALE

ÉVALUATION DES TRAITEMENTS

PAR MÉTHADONE DANS LE

CADRE DES CURES DE

SUBSTITUTION EN PROVINCE DE

LIÈGE

Quelles sont les

Les traitements à la

- le profil dégressif de la

Durée des traitements

modalités du

méthadone peuvent être

posologie et le terme

 

traitement

des traitements de

de la prescription

18.8 % <_ 1 an

médicamenteux ?

moyenne durée (2-5 ans)

doivent être

 
 

ou sans durée

initialement planifiés

19.3 % >_ 1 an et <_ 2 ans

 

déterminée

et l'objectif de sevrage

 
   

inlassablement

16 % >_ 2 ans et <_ 3 ans

   

poursuivi.

 
   

- L'objectif [ ] est le

14.9 % > 3 ans et <_ 4 ans

   

sevrage du patient

 
   

toxicomane [ ]

14.6 % >_ 4 ans et <_ 5 ans

   

- Le patient souscrira de

 
   

plein gré au plan de

16.5 % >_ 5 ans

   

traitement prévoyant

 
   

son sevrage dans un

 
   

délai raisonnable

 

Prof. A. NOIRFALIS(S)E

Toxicologie et Bromatologie

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Doc. 13

Ce tableau décrit les modalités des sevrages ultra rapides sous anesthésie générale.

On y insiste particulièrement sur les critères d’inclusion très spécifiques. Les indications de ce type de traitement sont extrêmement limitées.

 

BLOCAGE des RÉCEPTEURS OPIACÉS (ORB) par l'intermédiaire d'une DÉSINTOXICATION RAPIDE SOUS ANESTHÉSIE GÉNÉRALE (RODA) chez des PATIENTS DÉPENDANTS AUX OPIACÉS

ne peut se concevoir qu'intégré dans une stratégie de soins plus globale ...

programme efficace de prévention des rechutes...

  • critères d'inclusion et d'exclusion très stricts, évalués au cours d'une procédure de quelque trois semaines
  • anesthésie générale IV par midazolam(Dormicum®) et propofol(Diprivan®)

induction du sevrage par IV de 2 mg de naloxone en 30 minutes suivi d'une administration progressive par sonde gastrique de 200mg de naltrexone

perfusion continue de hautes doses de clonidine en vue de prévenir les effets neurovégétatifs

  • après 6 à 8 heures d'anesthésie générale, le traitement de prévention de la rechute est instauré à savoir 50mg/jour de naltrexone ...
  • suivi psychiatrique durant six mois ...

E. Pinto et coll., Rev. Med. Liège 2001.56.8.572-576

(AN. 09.01)

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Toxicologie et bromatologie

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Doc. 14

Stade ultime de la substitution des opiacés : substituer à l’héroïne " de la rue " une héroïne de qualité pharmaceutique, prescrite, délivrée et éventuellement administrée médicalement.

Le Pr. Noirfalise exprime les plus nettes réserves quant à la " faisabilité " de ces traitements.

Les obstacles légaux, moraux, médicaux sont (encore) nombreux.

Actuellement, en Belgique, l’Université de Liège s’est limitée à l’établissement d’un protocole de recherche scientifique.

A ce jour, au niveau international, il semble qu’on manque encore d’études et de données scientifiques suffisantes.

 

DÉLIVRANCE DE DIAMORPHINE [HEROÏNE) (Cellule Drogues ULG, 26.09.95)

  • analgésique puissant dont l'objectif est de supprimer la perception de la douleur et non de procurer du plaisir
  • durée d'action relativement brève
  • nécessité de multiplier les prises quotidiennes
  • ajustement de la dose plus difficile à réaliser que pour la méthadone
  • sur le plan pharmacotoxicologique, risques connus, nombreux et sévères
  • sur le plan sociopsychologique, les inconnues sont plus nombreuses que les certitudes
  • sur le plan sécuritaire, aucune information sur le moyen terme et long terme
  • actuellement ne peut ni souscrire ni, à plus forte raison, recommander un tel programme
  • si un consensus devait en permettre le lancement, celui-ci ne pourrait se concevoir que dans un cadre scientifique strict

ULG/PROTOCOLE CLINIQUE/DELIVRANCE D'HÉROÏNE SOUS CONTRÔLE MÉDICAL

Commanditaires : Ministère de l'intérieur, Réseau psychiatrique liégeois, Ville de Liège

J. Reggers sous la direction de M. Ansseau, M. Born, A. Lemaître (décembre 1998)

" Son objet est la mise en évidence de l'opportunité ou non d'inclure dans le panel des traitements actuels des assuétudes aux opiacés, une option de délivrance d'héroïne sous contrôle médical. Ce nouvel outil thérapeutique s'inscrit, si l'expérience conclut à la validité de son emploi, dans la voie du sevrage de toute substance. "

" ... divers projets de délivrance de diacétylmorphine sous contrôle médical ont vu le jour. A l'heure actuelle, seules deux études contrôlées et quelques expériences cliniques limitées ont été menées à terme. Trois autres études sont programmées ou en cours de réalisation. "

AN. 10/Ol

 

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Toxicologie et Bromatologie

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Doc. 15

Décrit les substances antagonistes des opiacés utilisées lors des sevrages sous anesthésie (naloxone par injection) et de lutte contre le " craving " après sevrage (naltrexone ou Nalorex ®).

 

NALOXONE

 

 

C19H21NO4 Mr = 327,37

Oxymorphone R = - CH3

Naloxone : R = -CH2-CH=CH2

 

ANTIDOTES.

Le naloxone est un dérivé de l'Oxymorphine par remplacement d'un groupement méthyle par un groupement allyle sur l'N de l'Oxymorphine. Comme le N-al1yl morphine (nalorphine) le naloxone est un antagoniste pur. et spécifique sans l'effet agoniste des morphinornimétiques. Par suite, chez des malades ayant reçu des morphinomimétiques, le naloxone antagonise leurs effets (dépression respiratoire, myosis, analgésie).On l'utilise dans le traitement des dépressions respiratoires secondaires aux morphinoimimétiques en fin d'interventions chirurgicales, dans le traitement des intoxications par morphinomimétiques.

Ampoules de 1 ml dosées à 0,4 mg de naloxone pour adultes et enfants de plus de 3 ans : I.V., I.M.. ou S.C. En anesthésiologie, injections I.V. de l à 2 μg/kg. Intoxications aux morphinomimétiques : doses variables en I.V. Diagnostic différentiel. des comas toxiques 1 amp. en I.V. à 5 mn d'intervalle à 3 reprises.

Effets indésirables. -- Frissons, hyperventilation et vomissements sont les signes d'une dose trop forte de naloxone.

Contre-indications. - Hypersensibilité à la naloxone.

NALTREXONE

 

 

C20H23,NO4 Mr = 341.41

ANTIDOTES

Propriétés. Indications. Posologies. - La Naltrexone est un antagoniste des opiacés, compétitif au niveau des récepteurs, centraux et périphériques, à la morphine et aux opiacés. Sa demi-vie est très longue.

Le chlorhydrate (Nalorex, N.D.) est indiqué comme traitement de soutien chez les toxicomane, aux opiacés, après la cure de sevrage ou pour éviter les rechutes.

Les cures de Naltrexone ne doivent être réalisée que sous la responsabilité d'équipes spécialisée dans la prise en charge des toxicomanes. Dose initiale : un demi-comprimé (25 mg). Dose d'entretien : un comprimé (50 mg) par jour. Une administration trois fois/semaine peut être conseillée, pendant 3 mois.

En pratique, le traitement devra durer aussi longtemps que le patient en exprimera le besoin.

Effets indésirables. -- Difficiles à mesurer dans le contexte de !a toxicomanie. Le plus souvent insomnie, anxiété, nervosité, crampes, et douleur abdominales, nausées et/ou vomissements, cépha fées... Surveiller les fonctions hépatiques. .

Interactions médicamenteuses Contre-indications

Contre-indiquée en cas d'hypersensibilité à la Naltrexone ou d'insuffisance hépato-cellulaire grave. Attention, chez le sujet en état de dépendance aux opiacés, le morphinique doit être arrêté pendant une période suffisante avant de donner 1a Naltrexone : 5 à 7 jours pour l'héroïne, 10 jours au moins pour la méthadone.

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Doc. 16

Avant de conclure son exposé, le Professeur Noirfalise fait état du dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues.

On y observe une stabilisation de la consommation d’héroïne. L’âge moyen des usagers s’accroît d’année en année, laissant donc espérer que le nombre de nouveaux usagers est plutôt en décroissance.

Les divers plans d’action, d’aide et de prévention mis en place par les différents pays ne sont probablement pas étrangers à ces résultats plutôt encourageants.

Ce sont en revanche les apparitions de nouvelles consommations et surtout de la généralisation de la polytoxicomanie qui doivent interpeller les intervenants. Médicaments, alcool, drogues synthétiques, (GHB, XTC…) et aussi cocaïne se répandent un peu partout et dans toutes les couches de la population.

Il importe donc d’y être très attentifs.

 

Rapport annuel sur l'état du phénomène de la drogue dans l'Union européenne - 2000

 

Héroïne

L'héroïnomanie reste stable en général. Les consommateurs répertoriés constituent une population largement vieillissante, présentant de sérieux problèmes médicaux, sociaux et psychiatriques, bien que certaines indications révèlent une consommation d'héroïne parmi des groupes plus jeunes.

• La consommation générale d'héroïne demeure faible (1 à 2 % des jeunes adultes), et des études en milieu scolaire indiquent que les élèves sont extrêmement prudents en ce qui la concerne.

• Certains pays font état de preuves sporadiques d'une recrudescence du nombre de jeunes fumant de l'héroïne, et certaines études en milieu scolaire signalent davantage d'expériences de ce type.

• La prise d'héroïne a été signalée chez des jeunes consommant de grandes quantités d'amphétamines, d'ecstasy et d'autres drogues, à des fins récréatives. D'autres groupes à haut risque comprennent les minorités marginalisées, les jeunes sans-abri, les jeunes de l'Assistance publique et les jeunes délinquants ainsi que les prisonniers (les femmes en particulier) et les prostituées.

• Les nouveaux patients qui entament un traitement pour consommation d'héroïne ont davantage tendance à fumer la drogue plutôt qu'à se l'injecter, à l'inverse des patients qui recommencent un traitement.

• Le nombre de saisies d'héroïne et les quantités correspondantes sont stables dans l'Union européenne, malgré des variations d'un pays à l'autre.

 

 

 

Polytoxicomanie

Les modèles de consommation de drogues durant les week-ends ou à des fins récréatives impliquent de plus en plus la combinaison de drogues licites et illicites, y compris l'alcool et les tranquillisants.

• Des études sur la "vie nocturne" révèlent une polytoxicomanie chez une minorité de jeunes gens.

• La consommation de drogues synthétiques telles que la kétamine et le gammahydroxybutyrate (GHB) a été enregistrée, mai elle est beaucoup moins répandue que l'usage d'amphétamines ou d'ecstasy.

• La hausse de la consommation de cocaïne, souvent accompagnée d'une forte consommation d'alcool, est plus significative.

• L'usage de substances volatiles (essence à briquet, aérosols, colle) est souvent plus répandu parmi les adolescents que la consommation d'amphétamines et d'ecstasy et augmente dans certains pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Toxicologie et Bromatologie

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Doc. 17

En guise de conclusion, le Pr. Noirfalise rappelle que ce ne sont pas les " produits " qui font les " toxicomanes " mais bien les circonstances de la vie, l’environnement, les éventuelles pathologies mentales, les traumatismes….

Il laisse ainsi la parole au psychiatre, le Dr Jadot qui va exposer les conceptions actuelles de l’accompagnement psychologique des usagers de drogues en demande d’aide.

Phn. Jean Paul Brohée

01/2002

 

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2e partie : intervention du Dr Jadot : la démarche (psycho) thérapeutique

LA DEMARCHE THÉRAPEUTIQUE

M. JADOT

Médecin-Directeur du Service de Santé Mental de Verviers.

Maître de conférences et Maître de stages ULg.

  SOMMAIRE

 I. LES PREMIERS ENTRETIENS ET LES SEVRAGES

Deux remarques préliminaires :

I. a. LA PREMIÈRE ÉTAPE DE LA PRISE EN CHARGE

I.b LA RENCONTRE

I.c. LE SEVRAGE

I.d. LIEUX DE SEVRAGE POSSIBLES

II. LES TRAITEMENTS PSYCHOLOGIQUES ET

PSYCHOTHERAPEUTIQUES

II.a. LE SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE

II.b. LA PSYCHANALYSE ET LES PSYCHOTHÉRAPIES D'INSPIRATION

ANALYTIQUE

II.c. LES THÉRAPIES COGNITIVES ET COMPORTEMENTALES

II.d. L'APPROCHE CENTRÉE SUR LA SOLUTION

II.e. LES THÉRAPIES FAMILIALES

CONCLUSION

 

 

I. LES PREMIERS ENTRETIENS ET LES SEVRAGES

Avant de vous parler des premiers entretiens avec le toxicomane, je voudrais aborder deux remarques préliminaires.

La première est liée à l'état actuel de nos connaissances.

la notion d'urgence

La clinique des toxicomanies, beaucoup plus encore que la clinique des névroses et des psychoses est une science qui se construit mais qui en est toujours aux premières étapes de son développement. Elle se construit à travers les rencontres que nous offrent les patients, qui sont souvent les seuls détenteurs du savoir en la matière, et les réflexions théoriques dont nous encadrons ces rencontres. Donc, prudence, les vérités d'aujourd'hui seront peut-être demain des contre-vérités, voire des erreurs impardonnables. Je n'en prendrai pour preuve que quelques références historiques issues de mon expérience personnelle.

1975 : je rencontre, à l'occasion d'une garde, mon premier héroïnomane en sevrage. Je me tourne vers mes maîtres pour connaître le traitement approprié. La réponse est à côté de la question, comme c'était souvent le cas à l'époque, mais bien sûr je fais référence à un passé bien lointain qui n'a certainement plus cours aujourd'hui : " C'est grave, le patient va probablement mourir ".

1976 : je termine ma formation en psychiatrie et je me retrouve à la tête du secteur " adultes " du Service de Santé Mentale de Verviers où il existe depuis une dizaine d'années, une consultation destinée aux alcooliques : l'A.V.A.T. Nous décrétons que les alcooliques sont des patients comme les autres et qu'ils peuvent très bien se fondre dans la consultation du S.S.M.

Résultat : pratiquement plus de demandes de nouveaux cas ; les anciens disparaissent progressivement.

Début des années 1980 : nous entendons parler de toxicomanes aux drogues illicites mais ils ne consultent pas le SSM. La S_M.A.V. nous pousse à relancer l'A.V.A.T., à étendre son personnel, à nous préparer à recevoir ces bêtes curieuses. Parallèlement, nous décidons d’ouvrir à la clinique Henri-Chapelle, un service spécialisé dans le domaine des toxicomanies (12 lits devenus aujourd'hui 54).

Les années suivantes, les toxicomanes arrivent. Les sevrages physiques - quand ils sont souhaités par les patients - sont beaucoup plus faciles et présentent moins de risques que le sevrage des alcooliques, les prises en charge doivent être spécifiques. Le sevrage immédiat tel qu'on le propose à l'époque aux alcooliques n'est peut-être pas la meilleure voie à suivre pour les toxicomanes aux drogues illicites.

1990 : les traitements de substitution font leur apparition à Liège. Nous refusons de devenir des pourvoyeurs de drogues en prescrivant des stupéfiants aux drogués.

1992 : nous démontrons, avec O. Lex et C. Rossi, qu'il est impossible de sevrer un héroïnomane qui reste dans son cadre de vie habituel sans recourir à des produits de substitution.

1993-1994 : le projet Alto permet la formation de généralistes à la prise en charge des toxicomanes, notamment par les thérapeutiques de substitution et je me retrouve parmi les formateurs, ce qui aboutira au partage du travail entre le généraliste et le Centre : le généraliste prescrit et nous assurons le suivi psychosocial.

En 1998 : il est de plus en plus difficile de trouver, à Verviers, des médecins généralistes qui acceptent de prescrire de la méthadone et même du Temgésic.

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La deuxième concerne la notion d'urgence

Il est difficile de parler des premiers entretiens avec le toxicomane sans évoquer, d'abord, la notion d'urgence. Vous le savez pour l'avoir souvent expérimenté, les demandes de prises en charge des toxicomanes sont toujours urgentes, alors que l'intoxication dure parfois depuis des années.

C'est urgent pour le toxicomane car pour son traitement, comme pour le reste, il veut tout, tout de suite ; qu'on le prenne immédiatement et qu'on en finisse. Si vous avez une pilule miracle pour le guérir, c'est encore mieux ... Malheureusement, nous n'avons pas de pilule miracle, nous ne fabriquons pas de prêt-à-porter et il faut du temps et de la réflexion pour mettre sur pied le programme qui convient le mieux pour chaque cas particulier.

C'est urgent pour les parents qui vivent l'enfer depuis des mois et qui ne souhaitent qu'une seule chose, voir leur enfant partir en cure le plus vite possible et parfois pendant longtemps.

C'est urgent pour la population qui considère les toxicomanes comme des brebis galeuses à éliminer au plus vite. En fait, ces jeunes crient trop haut des choses que souvent nous pensons sans oser les exprimer, ils remettent trop clairement en question le mode de vie de notre société et ce n'est pas admissible.

C'est urgent pour les pouvoirs publics qui veulent s'en débarrasser au plus vite, comme s'ils leur brûlaient les doigts.

C'est urgent pour les magistrats qui savent très bien que la prison ne soit pas un lieu thérapeutique et qui veulent agir rapidement pour protéger le jeune contre lui-même, comme s'ils ignoraient qu'il est impossible de faire quoi que ce soit pour un toxicomane qui n'a pas décidé d'arrêter et qui n'est pas prêt à payer un lourd tribut à cette entreprise.

En fait, les urgences médicales objectives sont rares dans ce domaine et même le fameux syndrome de manque dont les toxicomanes parlent tout le temps ne montre guère de symptômes objectifs : pouls accéléré, respiration haletante, sueurs, tension artérielle basse, douleurs diffuses ... La plupart du temps, c'est tout mais il s'y ajoute une anxiété intense, une angoisse qui crève le yeux, au point que le médecin n'y voit plus clair. Le somaticien oublie la discrétion des signes objectifs, le psychiatre sort de sa légendaire neutralité et c'est l'expédition à l'hôpital à moins qu'abandonnant toute prudence, le médecin ne saisisse son carnet d'ordonnances et qu'au nom de l'urgence, il réponde sur le champ à la demande que le toxicomane lui adresse en lui offrant de la drogue ou le moyen de s'en procurer.

Voyons maintenant les vraies urgences

1. Certaines ivresses pathologiques :une dose unique d'alcool, exagérée mais parfois modérée chez des sujets prédisposés, peut produire une perturbation importante et momentanée du psychisme que l'on appelle l'ivresse.

Les médecins arabes distinguaient 4 stades dans l'ivresse normale : gazelle (pétillement du champagne), lion (agressivité), singe (pitreries) et porc (sans commentaire).

Dans certains cas, l'ivresse revêt des caractères psychotiques importants à connaître au point de vue médico-légal, elle doit être considérée comme une ivresse pathologique.

L'ivresse pathologique peut se présenter sous 5 formes, parfois imbriquées ou successives

  • excito-motrice ou maniaque : le sujet est pris d'agitation, voire de fureur clastique et inattendue en général. L'homicide est possible.
  • dépressive : avec parfois des réactions suicidaires.
  • hallucinatoire : le sujet est la proie d'hallucinations essentiellement visuelles et auditives (scènes de carnage, entourage menaçant, voix injurieuses) ; possibilité d'une réaction meurtrière de type défensif-offensif.
  • délirante : le sujet est la proie d'un délire soudain d'interprétation, de préjudice (bouffée délirante de jalousie notamment). Plus rarement, délire mégalomaniaque.
  • confusionnelle : de l'état crépusculaire intermittent à l'état pré comateux.

Caractères de l’ivresse pathologique :

a) comportement psychotique du sujet

b) la longue durée de l’ivresse (parfois 24 heures), avec terminaison fréquente par un coma.

c) l’amnésie post-paroxystique : le sujet ne garde aucun souvenir ou des souvenirs lacunaires des événements survenus pendant l'ivresse (black-out éthylique).

2..Le delirium tremens. : syndrome confusionnel dû à l'arrêt brutal d'alcool, il reste grave et doit être traité. Selon de récentes estimations, 5% des alcooliques en sevrage présentent un delirium. Le risque de mort est toujours présent.

• Syndrome confusionnel et hallucinatoire

confus : désorienté

obnubilation de la conscience

onirisme

perplexité anxieuse

amnésie post-critique

halluciné: hallucinations surtout visuelles

• Perturbation neurovégétative

température

déshydratation

• Troubles biologiques

3. L'overdose se présente sous la forme d'un coma plus ou moins profond. Elle peut conduire à la mort selon la dose et la nature des produits utilisés. Elle peut être due à un surdosage d'opiacés ou de barbituriques et très souvent à une polyintoxication, avec apport d'anxiolytiques, d'alcool ou pratiquement de n'importe quel produit. L'appel au 100 est indispensable même si l'entourage s'y oppose car personne ne peut savoir comment le coma va évoluer.

Les circonstances de l'apparition de l'overdose sont variables d'un cas à l'autre.

Tantôt il s'agit d'un accident: le toxicomane a oublié " les doses qu'il a déjà absorbées et il en prend de nouvelles ".

Tantôt il utilise un produit plus pur que ce qu'il reçoit d'habitude et l'ignore.

Tantôt il s'agit d'un véritable suicide, le toxicomane sachant très bien qu'il utilise des doses létales et que son flirt avec la mort, son jeu de roulette russe se terminera un jour ou l'autre.

Tantôt enfin, il s'agit de doses qui ne sont pas supérieures à celles que le toxicomane absorbe habituellement mais ces doses sont prises sans préparation psychologique dans des endroits inhabituels : une arrière salle de café, le W-C. d'un train, une rue déserte la nuit ...

Des pharmacologues louvanistes ont montré que, chez le rat, la dose létale d'héroïne est de loin inférieure si l'animal n'est pas préparé psychologiquement par une ni ùsique d'ambiance, la présence de garçons de laboratoires familiers, une température agréable ...

4. Le coma aux solvants (Sassi, laques ...) est particulièrement grave avec ses risques de suffocation et de fibrillation ventriculaire. La réanimation cardio-respiratoire s'impose avec transfert dans un service adéquat pour oxygénothérapie et maintien des fonctions vitales. Attention à l'intoxication du sauveteur lors du bouche-à-bouche.

5. Le " bad trip"sous L.S.D. : s'accompagne d'une très vive anxiété et parfois d'agitation psychomotrice. Le diagnostic différentiel avec un épisode délirant psychotique est souvent impossible si vous ne connaissez pas le sujet et ignorez la prise de L.S.D.

Si, par contre, vous connaissez cette notion, il suffit d'attendre; la durée moyenne est d'une dizaine d'heures. Il faut s'assurer que le sujet ne restera pas seul dans les dernières heures d'évolution et qu'il trouvera une présence rassurante pour l'aider à reprendre contact avec la réalité. Evitez si possible l'hospitalisation, évitez de décapiter le voyage avec un neuroleptique.

En cas de nécessité, aidez le toxicomane trop anxieux avec un anxiolytique type Valium.

6. Le délire_paranoïaque aux amphétamines. Il est dû au " speed " absorbé massivement de façon chronique. Le tableau est dominé par des thèmes délirants de persécution avec excitation psychomotrice et angoisse massive. Le sujet peut, dans certains cas, devenir dangereux, se livrer à des actes d'agression graves. L'administration d'un neuroleptique incisif (Haldol - DHBP) est indispensable. Si le tableau persiste, il faudra hospitaliser d'urgence en milieu psychiatrique.

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I. a. LA PREMIÈRE ÉTAPE DE LA PRISE EN CHARGE

Le sevrage a été longtemps considéré comme la première étape de la prise en charge du toxicomane. Comme l'enfant doit être amené progressivement à abandonner le lait maternel, le toxicomane doit renoncer à son produit pour grandir, retrouver son libre arbitre, reprendre son existence en main. Si le terme utilisé pour caractériser ces deux démarches est identique, il faut bien admettre que les conditions de réalisation sont loin d'être semblables.

Alors que l'amour maternel joue un rôle de premier plan dans le sevrage du bébé, il est probable que les sentiments qui prévalent envers son aîné dans les exigences du juge, de la famille ou de certains thérapeutes sont d'un tout autre ordre. Dans nos pays qui, d'habitude, sont relativement soucieux du respect des droits de l'homme, nous avons vu et nous voyons se développer des pratiques qui ne sont pas sans rappeler les usages en vigueur sous des cieux moins cléments.

Connaissez - vous une situation de crise, médicale ou non, devant laquelle il existe un tel risque d'inversion des rôles chez les professionnels ayant pour mission de la gérer ? Pour prendre un exemple : dans les toxicomanies, il n'est pas rare de voir le médecin enfermer et le juge tolérer, comprendre, soigner même, tous les deux d'ailleurs avec une extrême bonne volonté. La " collocation " ou, pour utiliser la terminologie actuelle " la protection de la personne ", mesure qui, selon les termes mêmes de la loi, doit permettre à la société de traiter, bon gré mal gré, des malades mentaux dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, a été largement utilisée et l'est parfois encore aujourd'hui, notamment pour de jeunes toxicomanes, ces brebis galeuses que nous retrouvons alors dans les hôpitaux psychiatriques fermés, à côté de psychotiques gravement perturbés, entourés d'un personnel insuffisant, pas du tout formé à leur écoute et les percevant plus comme des gêneurs, des profiteurs, et depuis la découverte du sida, comme des vicieux plutôt que comme de véritables malades. Il est inutile de dire que les résultats obtenus dans de telles conditions sont décevants.

Quand un juge veut " aider " un toxicomane après avoir épuisé toutes ses possibilités thérapeutiques personnelles, il le met en prison, en contact avec des assassins, des voleurs, des pervers et jusqu'il y a peu des Témoins de Jéhovah et des objecteurs de conscience récalcitrants, oubliant que la prison n'est pas un lieu thérapeutique, que la drogue, sous toutes ses formes, circule dans la totalité des établissements pénitentiaires et que si, avant d'entrer le toxicomane n'est que peu intégré dans la pègre, il s'est fait de solides connaissances après quelques mois de séjour.

Que dire des sevrages-blocs, sans le moindre médicament en dehors de quelques tisanes qui ont été la règle dans les structures du Patriarche et du recours à la violence pour convaincre les récalcitrants de ne pas quitter les centres de désintoxication ?

Que penser de la condamnation aux travaux forcés sans jugement préalable et les vexations utilisées quotidiennement dans certaines communautés dites thérapeutiques aux Etats Unis ou ailleurs ?

Je ne vous parlerai pas de pratiques courantes dans certains de nos hôpitaux de pointe, de l'alcoolique venu aux urgences pour demander de l'aide et qui, après avoir cuvé quelques heures, est remis à la rue pour laisser place à un " vrai malade " sans qu'un médecin, un psychiatre ou un assistant social ait pu lui adresser la parole.

Je ne voudrais pas non plus attirer votre attention sur celui qui présente, après une intervention chirurgicale, une crise d'épilepsie ou un délirium tremens parce qu'il n'a pas osé parler de sa toxicomanie et que l'anesthésiste a oublié de lui poser la question lors des examens préopératoires.

Je me refuse d'insister sur le cas de jeune homme de 17 ans qui prend de temps en temps un peu d'héroïne et qui se retrouve après une consultation médicale d'un quart d'heure avec 50, 60 ou 80 mg de méthadone par jour.

Certains " spécialistes " de la toxicomanie ne font guère mieux quand, déçus de n'avoir pu obtenir l'aveu de la faute, le nombre exact de verres absorbés chaque jour ou la quantité d'héroïne fumée ou injectée, ils décident d'hospitaliser le toxicomane et de ne rien prescrire pour lui faire percevoir l'intensité de sa dépendance. A propos, je voudrais vous rappeler que la plupart du temps les alcooliques ont tendance à minimiser les doses absorbées et les toxicomanes aux drogues illicites à les multiplier par 2 ou par 3.

Les psychothérapeutes, dont l'ouverture d'esprit et les qualités d'écoute sont bien connues, se rendent-ils compte de l'absurdité de leurs positions quand ils n'acceptent de prendre un toxicomane en traitement qu'au moment où il ne se drogue plus ? Heureusement, tous les psychothérapeutes n'agissent pas de la sorte car cette réponse équivaut à celle d'un chirurgien qui attendrait que la crise aiguë d'appendice soit guérie avant d'intervenir.

Le sevrage n'est pas pour moi la première étape de la prise en charge du toxicomane, même s'il est un temps nécessaire du long parcours que nous avons à effectuer avec lui et ses proches.

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I.b LA RENCONTRE

Bien avant le sevrage, et peut-être bien plus importante que lui, se situe la rencontre, la prise de contact avec le consommateur, avec la personne qui se drogue.

Cette rencontre peut se situer à de multiples endroits, en fonction de la spécificité de la profession de celui qui la mène (médecin généraliste, pharmacien, assistant social, infirmier, psychologue, psychiatre ...) mais surtout, elle devrait être réalisée avec le plus grand soin, la plus grande prudence, la plus grande clairvoyance car les erreurs commises par les intervenants au début de la prise en charge peuvent être lourdes de conséquences.

Pour parler de cette rencontre, je vais me situer à un endroit que j'occupe régulièrement et que je connais bien : la consultation d'un service de santé mentale possédant un secteur spécialisé dans le traitement et la prévention des toxicomanies.

La demande de prise en charge peut émaner de plusieurs instances : le consommateur lui-même, la famille, un ami, le médecin généraliste ou encore une autre institution: hôpital général, hôpital psychiatrique, maison d'accueil, communauté thérapeutique, intervenant justice.

A première vue, la demande émise par le consommateur lui-même est la plus adéquate mais elle est rare, du moins sous forme d'une demande explicite " aidez-moi à ne plus boire, à ne plus me droguer ". Et quand elle est là, reste encore à savoir si elle est authentique ou pas et ce qu'elle recouvre comme contraintes familiales, professionnelles, sociales.

A l'expérience, je crois que c'est souvent pour " avoir la paix " ou pour se conformer au désir de l'autre, du co-alcoolique, du co-toxicomane (pour reprendre la formulation de Jean-Paul Rousseau), que le toxicomane verbalise, dès le premier contact, une demande explicite. D'autres fois, nous avons affaire à un vieux routier de la toxicomanie et des circuits de traitements ou à un adolescent qui est fier d'appartenir à ce monde marginal qu'est le monde des drogués. Il amène son identité d'alcoolique ou de toxicomane comme une carte de visite. Mais s'agit-il là d'une véritable demande ? L'expérience nous prouve en tout cas que ces patients ne sont pas plus faciles à traiter que d'autres et que la première chose à faire est d'interroger la personne qui se cache derrière l'étiquette si nous ne voulons pas tomber dans le piège qui nous est tendu : exprimer un projet pour le consultant, désirer à sa place et lui permettre de nous mettre en échec comme il a déjà mis en échec des tas de sauveurs avant nous.

La demande implicite est, quant à elle, beaucoup plus fréquente. Qu'attend de nous le toxicomane quand il vient dire " je n'en peux plus, je suis déprimé, je suis fatigué ... " ou encore " mes angoisses sont insupportables, occupez-vous de moi, hospitalisez-moi ... " " J'en ai marre de la galère ". Même dans le cas où le toxicomane se laisse traîner à la consultation par un membre de sa famille, s'il refuse de parler, s'il menace, s'il injurie, cela ne veut pas encore dire qu'il ne demande rien mais qu'il n'accepte pas d'être désigné comme toxicomane, symbole de faiblesse, de rejet, voire de folie dans notre société.

Notre objectif va être avant tout d'établir une bonne relation avec la personne qui se trouve devant nous en nous rappelant le clin d'oeil de Curtet : " les toxicomanes ont bien plus besoin d'un sourire que d'un divan ", entendez un divan de psychanalyste.

Ce ne sera pas facile chez un patient dont le discours est souvent pauvre, avec des énoncés vagues, des clichés conformistes et impersonnels dans lesquels l'individu n'apparaît guère, mais où les non-dits, les expressions d'emprunt reviennent constamment, de même que des termes comme " pareil ", " comme les autres ", " comme vous, docteur ", " je ne sais pas ". L'apsychognosie décrite par Fouquet pour les alcooliques est omniprésente et se caractérise par " un état marginal de mutilation fonctionnelle des instances psychiques supérieures aveclibération concomitante des dispositifs instinctivo-affectifs les plus archaïques, longtemps compatible avec une bonne adaptation apparente externe en trompe l'œil ". Cette apsychognosie qui n'est pas sans rappeler l'alexithyrnie d'Alexander, ni le fonctionnement opératoire des psychosomatiques, entraîne la perte de la capacité de se jauger, de s'apprécier par rapport aux autres. L'analyse psychologique n'est pas le fait du toxicomane. La problématique est exceptionnellement présentée comme conflit intra psychique. Les rêves ne sont pas spontanément rapportés ni facilement racontés. Le factuel envahit le discours. De plus la régression affective se traduit par une exagération du narcissisme, un désintérêt pour l'entourage familial et pour tout interlocuteur malgré l'affirmation spectaculaire d'une revendication affective intense et de sentiments de rejet voire d'abandon. Le déni est omniprésent. Il porte sur la gravité de la maladie et la détérioration du corps anosognosie, asomatognosie - sur l'importance de la consommation " je prends une fumette de temps de temps, comme tous les jeunes d'aujourd'hui " , sur le dépendance " je peux m'arrêter quand j e veux ". Déni et projection se complètent dans le refus du toxicomane de reconnaître sa responsabilité personnelle en l'attribuant à la famille, aux amis, à la société, aux circonstances de vie.

Tout cela fait du toxicomane un patient qui n'est généralement guère apprécié des psychiatres, sauf peut-être des plus masochistes.

Dans un premier temps nous allons écouter le patient, essayer d'entendre sa souffrance, de comprendre ce qu'il désire derrière un discours souvent stéréotypé, lui faire sentir notre soutien, reconnaître avec lui combien est difficile la démarche qu'il a entreprise, celle de se séparer du produit qui était au centre même de son existence.

Chemin faisant, nous allons tenter de situer l'intensité de sa dépendance. S'il s'agit d'un toxicomane occasionnel - quelqu'un qui fume de temps en temps une cigarette de haschich, qui prend une dose de L.S.D. ou consomme une petite quantité d'héroïne ou de cocaïne ... - nous cherchons à lui éviter les circuits de prise en charge des drogués car le risque de contamination ne nous paraît pas négligeable, surtout chez les adolescents en crise, à la recherche d'une identité. Nous leur proposons quelques entretiens de clarification et, si nécessaire, une psychothérapie ou une prise en charge psychosociale, en évitant soigneusement les moments où il pourrait nouer des contacts avec de grands toxicomanes.

Si le diagnostic de toxicomanie se confirme, nous allons la plupart du temps travailler la demande au cours de deux ou trois entretiens rapprochés, étant persuadés que le traitement ne peut réussir que si le patient est quelque part demandeur d'un changement personnel et s'il a dépassé le stade de la lune de miel avec son toxique, en d'autres termes, si les désavantages liés à la prise de drogue l'emportent sur les bienfaits du produit. Il est toujours possible à ce stade comme à d'autres, que le toxicomane décroche, mais, si la relation a été bonne, il reviendra quand il se sentira prêt à quitter le chemin de la pharmacodépendance ou à réfléchir sur ce qu'il vit. Il demandera alors à être reçu, non pas par n'importe quel soignant du service, mais par la personne même qui a établi le premier contact et les chances de réussite du traitement, sont, dans ces circonstances, beaucoup plus grandes.

Une fois installée une relation transférentielle positive, se pose seulement la question du type de traitement à proposer - ambulatoire, hospitalier, individuel, familial, de groupe, avec ou sans traitement médicamenteux, avec ou sans substitution, une orientation rapide ou à plus long terme vers un sevrage, le recours ou non à une équipe pluridisciplinaire ... Mais, quelle que soit la formule choisie, un jour ou l'autre se posera la question du sevrage.

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I.c. LE SEVRAGE

N'est-il pas anachronique d'encore parler de sevrage en 2001 ?

Plus que jamais, la société apprend à ses jeunes que le bonheur se trouve dans la consommation de produits. Les thérapeutiques de substitution sont devenues un droit pour tous les héroïnomanes du royaume qui le souhaitent, comme le droit au suicide et demain sans doute, le droit à l'euthanasie.

La politique de soins au toxicomane se transforme de plus en plus en une politique sécuritaire ayant comme premier objectif la réduction de la délinquance considérée un peu hâtivement comme étant l'apanage des toxicomanes.

Les moyens mis à la disposition du Ministère de l'Intérieur pour faire régner l'ordre grâce aux contrats de sécurité sont infiniment plus importants que ceux dont disposent les régions et les communautés pour assurer leur politique de prévention et de traitement des toxicomanies.

Bientôt, des expériences de distribution d'héroïne aux toxicomanes seront menées en Belgique, comme elles l'ont été en Angleterre, en Suisse, en Hollande, ... et sans doute allons-nous voir resurgir des projets de loi antiprohibitionnistes libéralisant la consommation de certaines drogues. C'est déjà le cas pour le haschich aujourd'hui.

Je suis persuadé que dans ce contexte général où tout le monde - homme politique, policier, juge, éducateur de rue ... - veut intervenir dans le soin donné au toxicomane et à sa famille, le médecin et le pharmacien doivent rester les garants du traitement du patient dans le respect des règles déontologiques et éthiques, avec comme seul objectif le bien-être de ce patient et la restauration la plus rapide possible de sa santé. Pour cela, même s'il fait appel à d'autres intervenants, le médecin doit revendiquer la position centrale dans le dispositif de soins mis en place autour de son patient. C'est lui qui posera le diagnostic, sans se laisser égarer par l'angoisse de la famille et par la pression sociale. C'est lui qui décidera de s'associer ou non à d'autres partenaires, qui synthétisera et qui harmonisera les différents processus thérapeutiques engagés. In fine, c'est lui seul, en accord avec son patient, qui prendra la décision d'instaurer un traitement de substitution ou un traitement de sevrage et du moment adéquat pour le débuter. Le pharmacien, quant à lui, prendra la responsabilité de la délivrance des médicaments.

Quelle que soit la formule choisie, l'objectif à court ou à moyen terme sera que le patient cesse toute prise de drogue, quelle qu'elle soit.

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I.d. LIEUX DE SEVRAGE POSSIBLES

a) Le sevrage peut se faire au domicile du consommateur, d'un parent ou d'un ami non toxicomane. Dans tous les cas, nous souhaitons établir un contrat thérapeutique entre les différents intervenants : le toxicomane, le parent ou l'ami chargé de l'hébergement et du suivi 24 heures sur 24, le médecin traitant, l'infirmière visiteuse si elle existe, le pharmacien et les représentants de l'équipe psycho-médico-sociale du Centre.

Ce contrat définit clairement le rôle de chacun, ses devoirs et ses droits. Il constitue un cadre sécurisant pour les utilisateurs du Service et permet une articulation des processus thérapeutiques. Son intérêt majeur est d'harmoniser les différentes interventions pour en faire un tout cohérent. Ses gros handicaps sont

1) la nécessité pour plusieurs intervenants de travailler ensemble et on sait combien c'est difficile, même dans des équipes qui à certains moments fonctionnement correctement, mais à d'autres n'ont plus que l'illusion de le faire.

2) l'investissement en temps qu'il nécessite pour un nombre important de personnes. Les difficultés sont telles que nous n'utilisons que rarement cette formule et plutôt sur un mode expérimental alors que nous sommes convaincus de ses indications pour des consommations de drogues n'entraînant pas de dépendance physique ; des patients utilisant des quantités pas trop importantes de toxiques, même si ces toxiques engendrent une dépendance physique mais à condition qu'ils possèdent une personnalité suffisamment forte, un véritable désir de changement, un état général bien conservé et qu'ils bénéficient de bonnes conditions de vie, notamment un logement correct, et un entourage prêt à les soutenir et à les aider. Un seul produit nous paraît être une contre-indication, c'est l'héroïne.

b) Devant les mêmes indications mais des accompagnants extérieurs qui travaillent et ne sont pas disponibles pendant la journée, nous proposons au toxicomane de fréquenter régulièrement, de 9 à 16 H., un hôpital de jour ou un centre psychothérapeutique de jour. Rappelons qu'il s'agit d'une unité thérapeutique à temps partiel où sont dispensés , par une équipe pluridisciplinaire, des soins intensifs pouvant être variés. Le groupe de patients est un petit groupe de 15 à 20 adultes et grands adolescents des deux sexes présentant des détresses psychologiques, des troubles psychiques du registre névrotique, psychotique et limite, sans exclure les désordres psychosomatiques. Le syndrome dépressif est présent chez une bonne part des consultants et associé à des problèmes relationnels. Après avoir rencontré quelques succès avec des éthyliques, les hôpitaux de jour de la région ont étendu leur réponse à des demandes d'autres toxicomanes, notamment des héroïnomanes et des patients absorbant des amphétamines, des hypnotiques, des anxiolytiques et des analgésiques.

c) Dans les cas graves avec absorption de doses importantes de toxique, une grosse perturbation de l'intégration sociale, des troubles psychopathologiques sévères, une dégradation physique importante, une motivation plus fluctuante ou tout simplement une demande du toxicomane allant dans ce sens, nous recourons au transfert vers un centre résidentiel de cure.

Trois possibilités s'offrent à nous

  • un hôpital psychiatrique;
  • un hôpital général ;
  • une communauté thérapeutique.

Dans les deux premiers cas, il est impérieux de nous assurer que les soignants qui reçoivent le malade sont sensibles et formés aux problèmes de toxicomanies et ne vont pas se contenter de remplir leurs lits libres avec ce type de patients.

L'hôpital général est réservé à des mises au point somatiques mais aussi à des personnes dont la séparation avec le cadre de vie habituel peut rester brève et qui se montrent désireuses de s'engager immédiatement après la sortie dans une psychothérapie en ambulatoire.

Sous la pression des demandes, plusieurs hôpitaux psychiatriques se sont intéressés les dernières années au traitement des toxicomanes et ont spécialisé certaines équipes qui sont capables aujourd'hui d'offrir des cures résidentielles de durée courte ou moyenne (moins de six mois). Les résultats les plus intéressants sont obtenus dans des services spécifiques avec des techniques d'approche qui tiennent compte, non seulement de la psychopathologie sous-jacente, mais aussi de la maladie toxicomanie. Les patients pharmacodépendants ne sont pas orientés vers tous les secteurs de l'hôpital mais sont regroupés dans de petites unités où ils sont entourés par un personnel compétent, disponible et formé aux techniques socio et psychothérapeutiques.

Les pathologies les plus sévères et les plus résistantes doivent être réservées à des communautés thérapeutiques qui ont les moyens de travailler de façon intensive pendant des périodes longues et de remodeler en profondeur la personnalité de leurs résidents.

Quelle que soit la formule choisie, le sevrage physique est terminé en quelques jours, exceptionnellement quelques semaines, tout dépend du toxique utilisé et de la gravité de l'intoxication. Mais la prise en charge est loin d'être terminée. Le sevrage psychologique, qui est en fait un travail de deuil, de séparation par rapport à la drogue, va se poursuivre pendant des mois, et pas toujours sans heurts ni sans rechutes.

L'abstinent entame une nouvelle vie où tout pour lui est à rebâtir.

Il se retrouve dans un monde où il est souvent l'exclu, le marginal, le " fou ", un monde qu'il déteste puisque pendant des mois, des années, il a voulu le fuir: Et cette fois, il n'a plus l'aide de son toxique pour s'échapper, se créer son propre univers, adoucir les dures lois de l'existence. Il est un peu dans la situation du paraparétique à qui on demande de marcher après lui avoir enlevé sa chaise roulante.

Cette expérience ne peut réussir que si les béquilles que nous offrons - nos prises en charge psychosociales et nos programmes de réadaptation - sont de qualité et si lui-même a la volonté et la force de sortir de l'abîme dans lequel il s'était engagé.

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II. LES TRAITEMENTS PSYCHOLOGIQUES ET

 

PSYCHOTHERAPEUTIQUES

II.a. LE SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE

Le soutien psychologique n'a fait l'objet d'aucune évaluation scientifique dans le traitement des toxicomanes, mais cette dimension thérapeutique est incontournable dans la pratique. Elle s'étend sur un continuum allant de l'écoute à la psychothérapie de soutien en passant par la relation d'aide et la thérapie de soutien en fonction du cheminement personnel du sujet toxicomane. Même s'il a été décrié par les psychothérapeutes, notamment les analystes, le soutien est souvent la seule thérapeutique relationnelle accessible aux toxicomanes.

L'écoute : ne peut se réduire à des techniques ou à des recettes. Rappelons-nous ce que dit le renard, symbole de l'inconscient, au Petit Prince : " On ne voit bien qu'avec le coeur et l'essentiel est invisible aux yeux ". Écouter, c'est se faire l'hôte de celui qui vient, c'est l'accepter comme il est, sans vouloir nécessairement comprendre immédiatement, sans avoir réponse à tout, sans vouloir interpréter en fonction d'une théorie particulière, sans juger, sans rien vouloir pour l'autre. Quoi de plus simple en apparence que l'écoute mais quoi de plus compliqué en même temps car il faut saisir le mot, la mimique, le geste qui soudain donne au discours une tout autre dimension. Et puis, il ne faut pas se le cacher, il y a des écoutes intolérables parce que la parole de l'autre vient frapper un élément de carence en nous, carence consciente mais également inconsciente. Rappelons Balint : " Le malade me fait mal là où je suis déjà blessé ".

La relation d'aide : Schneider la différencie de la relation de soutien, en ce sens que " la relation d'aide part souvent de celui qui veut aider et non pas de celui qui a besoin d'être aidé. En langage psychologique, l'aide satisfait tout d'abord les besoins narcissiques de l'aidant, bien que l'on désire qu'elle soit favorable à l'aidé. A la limite et dans les cas heureux, il peut y avoir adéquation de l'aide à la demande d'aide. Le danger de ce type de relation est que la soumission infantilisante de l'aidé n'a pas d'autre issue que de se perpétuer ". C'est la relation de l'assistant social classique qui fait les démarches à la place de son client.

La thérapie de soutien : l'attitude du soignant est supportive mais non directive. Elle amène le patient à résoudre certains conflits actuels qui ont déterminé les troubles ou qui empêchent l'amélioration de certains symptômes. Aucun plan thérapeutique d'ensemble n'est établi. La stratégie du soignant se modifie selon les demandes et offres du malade. On n'envisage pas la fin de la relation. Le thérapeute reste à disposition pour soutenir son malade parfois la vie durant. Il devient une figure d'identification qui comprend, avec l'arrière-plan magique que cela peut comporter. Il n'est bien sûr pas question dans ce type de traitement, de toucher aux conflits intrapsychiques inconscients. La thérapie de soutien est souvent réalisée par le médecin généraliste ou le psychiatre ayant une orientation pharmacologique.

La psychothérapie de soutien : tient compte de la situation conflictuelle interpersonnelle et intrapsychique dans ses dimensions conscientes et inconscientes. Selon les cas, le thérapeute peut aider le malade à reconnaître un conflit inconscient, à le comprendre et parfois même à l'analyser grâce à ses interprétations. Mais à côté de ces moments psychothérapeutiques, il existe dans cette forme de psychothérapie, des moments où les interventions du thérapeute sont uniquement supportives et recouvrantes. Comme toute psychothérapie, la psychothérapie de soutien a un début, une phase d'état et une fin. Il existe un plan thérapeutique qui doit être établi avec le patient.

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II.b. LA PSYCHANALYSE ET LES PSYCHOTHÉRAPIES D'INSPIRATION

ANALYTIQUE

La cure-type n'est pas un traitement très répandu ni adéquat des toxicomanies. Elle n'a pas pour but premier la réduction des symptômes mais la modification profonde de la personnalité et la prise de conscience d'un certain nombre de dimensions irrationnelles dans le fonctionnement intrapsychique et relationnel du sujet. C'est un traitement long, coûteux et réservé à des personnes dotées d'une grande capacité d'introspection.

Les psychothérapies d'inspiration psychanalytique : ont beaucoup contribué à comprendre les phénomènes de dépendance et elles occupent une place importante dans le traitement des toxicomanes au-delà de la phase de sevrage quand ces toxicomanes sont prêts à se lancer dans un travail d'analyse du transfert qui est perçu comme une répétition sur l'analyste d'une problématique infantile non résolue.

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II.c. LES THÉRAPIES COGNITIVES ET COMPORTEMENTALES

Ces thérapies nous viennent essentiellement des Etats-Unis et du Canada et ont largement dépassé le cadre des recherches de leurs pionniers Pavlov, Watson, Skinner, ... Elles restent cependant basées sur la méthode expérimentale et sont soumises en permanence à l'analyse scientifique et à une évaluation rigoureuse. Elles ont manifestement rencontré des difficultés à s'implanter en Belgique francophone et surtout en France où la psychanalyse et l'approche psychodynamique ont occupé une place prépondérante dans la formation des divers intervenants en santé mentale, mais les temps changent et ces traitements paraissent promis à un bel avenir. L'approche comportementale a démarré avec le conditionnement classique de Pavlov et les cures de dégoût destinées aux alcooliques Une fois découverte la théorie du conditionnement opérant de Skinner, l'alcoolisme a été analysé de manière fonctionnelle et on a estimé qu'il comprenait des événements particuliers, des situations à haut risque ainsi que des conséquences imposant son maintien, ce qui a donné naissance à des traitements axés sur l'apprentissage de compétences. Les processus de pensée tels que les attentes et l'auto-efficacité ont été inclus dans l'approche thérapeutique avec l'apparition des thérapies cognitivo-comportementales et le développement de techniques de motivation. En quelques années, le champ de l'alcoolisme s'est déplacé de la confrontation à la motivation, les thérapies sont devenues beaucoup plus brèves, les programmes ne s'adressent plus exclusivement à des personnes présentant un alcoolisme sévère mais à des personnes présentant un problème avec l'alcool sans véritable dépendance. Les soins se sont donc déplacés du traitement à la prévention secondaire. Il est probable qu'au cours des années qui viennent nous allons assister à la même évolution dans le traitement des personnes consommant d'autres drogues, notamment des drogues illicites. De plus, certains auteurs espèrent qu'avec l'entrée dans le nouveau millénaire une meilleure compréhension de la composante affective de la modification du comportement toxicomaniaque permettra d'améliorer encore l'efficacité des thérapies cognitivo - comportementales.

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II.d. L'APPROCHE CENTRÉE SUR LA SOLUTION

Thérapie brève théorisée par De Shazer, Kim Berg et Miller trois thérapeutes américains qui font largement appel dans leurs publications aux travaux de Milton H. Erickson ; cette approche ne se centre pas sur le symptôme ou sur ce qui fait problème mais sur les moments et les circonstances où la solution est en germe. Il s'agit de créer un contexte thérapeutique où il est possible de recadrer le comportement du patient et le valider comme un comportement compétent. Le travail se fait à partir des ressources du consultant et non pas de ses déficits. Le cœur de la philosophie de la thérapie centrée sur la solution repose sur 3 axes exprimés par les auteurs en termes " hautement scientifiques " - ce qui n'est pas cassé, ne le réparez pas ; - une fois que vous avez fait ce qui marche, faites plus de la même chose ; - si cela ne marche pas, alors ne le refaites pas, faites quelque chose de différent.

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II.e. LES THÉRAPIES FAMILIALES

Pour les thérapeutes familiaux, l'hypothèse de base est que la conduite toxicomaniaque n'est pas seulement le témoin de conflits intrapsychiques importants mais qu'elle doit être également comprise comme la résultante de dysfonctionnements sévères entre le sujet et ses environnements familiaux. Il ne s'agit pas de proclamer les " mauvais parents " d'un côté et les " bons enfants victimes ou héros " de l'autre côté mais de définir la toxicomanie comme le reflet d'un dysfonctionnement du système familial où tous les membres de la famille sont les victimes d'un jeu sans fin dont les symptômes ne font que répéter les effets. Le processus thérapeutique se caractérise, selon les écoles, par la mise en évidence de communications inconscientes, par la mise en place de stratégies visant à modifier certains jeux stéréotypés, par l'élargissement et la multiplication des rôles joués par chacun des membres de la famille pour éviter que le système ne se fige en ne laissant à chacun qu'un seul rôle, par exemple celui du tox. (pour le jeune), celui du sauveur (pour le père), celui de la poire (pour la mère) .. .

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CONCLUSION

Pour conclure, je voudrais ajouter ce qui me paraît une évidence après toutes ces années passées à traiter des toxicomanes, c'est qu'aucun médecin, aucun psychologue, aucune équipe thérapeutique, aucun centre de cure n'a jamais pu et ne pourra sans doute jamais stopper la consommation d'un toxicomane qui ne le souhaite pas. C'est lui d'abord qui doit le vouloir et nous ne pouvons que mettre à sa disposition des moyens pour l'aider à atteindre ce but. Cette constatation évidente nous amène souvent, à l'AVAT, à adopter une " position basse " avec le toxicomane qui, en écho, est reconnu comme l'artisan principal de son traitement et a ainsi moins tendance à jouer le rôle de l'innocent ou de la victime que nous lui connaissons si souvent.

 

 

 

 

 

 

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