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Le ROLE des pharmaciens et leur absence de 

preparation A ce rOle.

 

Parler de la relation de la profession de pharmacien avec l'approche des assuétudes nécessite quelques remarques préliminaires.

Notre profession fait partie intégrante de ce qui se définit par "l'art de guérir", mais l'évolution de la médecine et de la pharmacie ont été telles que notre rôle s'est modifié. Nous voyons aujourd'hui se déglinguer de nombreux aspects de notre profession. Nous les considérions encore il y a peu comme immuables, et pourtant ! On remet en cause les préparations magistrales dont les pharmaciens étaient les spécialistes. Des ristournes sauvages sont consenties. On voit s'ouvrir des magasins de produits para pharmaceutiques, on commence à pouvoir se procurer des médicaments en les commandant sur le réseau Internet.. Et j'en passe. En Belgique, la préparation magistrale reste encore une activité importante que nous défendons. Mais nous ne nous faisons pas d'illusions, partout en Europe cette activité disparaît sous la pression de l'Industrie pharmaceutique et au nom de normes de qualité draconiennes indispensables à l'échelon industriel mais inaccessibles au niveau de l'officine.

Nous nous trouvons alors dans une situation inconfortable : la société a-t-elle besoin d'universitaires (coûteux) pour faire de la distribution de boîtes de médicaments? Bien sûr me répondrez-vous, car la dispensation de molécules très spécifiques et très actives requiert bien plus que la simple délivrance : des explications doivent être fournies : les posologies, le moment des prises, les raisons liées à ces prescriptions. Il faut s'assurer de la bonne compliance du patient à ces traitements, vérifier les incompatibilités et les interactions éventuelles. Bref, développer tout un concept de "pharmaceutical care" pour agir efficacement en tant que conseillers sanitaires et agents de prévention...

Personnellement, je m'inscris tout à fait dans cette approche, mais j'attire l'attention de mes confrères que ce n'est peut être pas l'avis de tout le monde. Et en tous cas, plus que jamais, elle implique une remise à niveau régulière des connaissances, et une implication plus importante du pharmacien dans le travail de comptoir, lequel est trop fréquemment laissé aux assistantes. Il est donc temps de bien réfléchir à ce qu'est notre rôle. Et à ce qu'il doit devenir.

Nous sommes à la croisée des chemins, notre profession a peut être devant elle un avenir fabuleux si nous prenons pleinement pied dans l'acte médical en tant que professionnels spécialistes du médicament et de la pharmacologie. En revanche, si nous privilégions une rentabilité directement proportionnelle aux nombre de boîtes délivrées, nous risquons de voir notre monopole se diluer, et l'utilité même de notre fonction remise en cause. Notre situation est instable et l'avenir n'est pas garanti. Notre intervention dans le traitement des assuétudes représente bien cette situation: la société attend de nous un rôle important dans ce domaine, et paradoxalement, aujourd'hui, notre formation, le mode d'organisation de nos officines, la manière dont la société nous rétribue et nous protège, nous éloignent de cette tâche bien plus qu'ils nous en rapprochent.

 

Premier paradoxe : notre formation

Le pharmacien d'officine belge a reçu une formation universitaire orientée essentiellement vers la chimie, la biochimie et la pharmacologie. Lorsqu'il l'exerce sa profession, le public attend de lui des compétences de conseiller en matière de santé physique mais aussi psychologique, d'agent de prévention et également d'acteur social. Il n'a été formé pour aucune de ces compétences, et même si par un effort personnel en termes de formation post universitaire ou de formation continuée il acquiert ces connaissances, il n'est pas directement rétribué pour les utiliser et en faire bénéficier les personnes qui viennent dans son officine. Bien entendu, une telle attitude renforcera son impact sur sa clientèle et il en sera indirectement "récompensé".

En revanche, lorsqu'il s'agit de déployer tout ce dévouement pour des personnes aussi déstructurés et aussi "difficiles" que les patients toxicomanes, on peut réellement parler d'altruisme. En effet, l'effort à fournir est grand, le bénéfice matériel est nul, la gratification morale peut paraître faible. La méconnaissance, par la plupart des pharmaciens, du point de vue psychologique des assuétudes fait qu'ils ne sont pas préparés aux désillusions qu'ils vont devoir affronter. Ainsi, on voit souvent des pharmaciens et des pharmaciennes, après avoir sincèrement voulu jouer leur rôle dans les approches thérapeutiques des toxicomanies, exprimer à cet égard une attitude de rejet total.

Second paradoxe : rejet des toxicomanes et défense du monopole.

Seringues stériles et méthadone sont des médicaments. Donc ils participent au monopole dont les pharmaciens revendiquent le maintien. On a vu à quel point cette défense du monopole était vitale pour la survie de la profession.

Bon nombre de pharmaciens souhaiteraient que les usagers d'héroïne trouvent leur seringues ailleurs que dans leurs officines, de même qu'ils refusent de dispenser eux-mêmes la méthadone. Comment concilier cette démission et leur volonté de maintien de leur monopole ?

Les autres intervenants ont alors beau jeu de leur reprocher leur manque d'enthousiasme : "vous revendiquez la délivrance de tous les médicaments, et vous démissionnez quand cela vous pose problème".

Troisième paradoxe : insécurité liée à la toxicomanie.

La délinquance urbaine est un fait lié au développement de la toxicomanie aux produits interdits. Tout le monde est d'accord sur ce point. Les pharmacies ont fait l'objet de nombreuses agressions. Un climat de peur et de tension réciproque s'est donc créé entre certains pharmaciens et les usagers de drogues. Ce climat n'est évidemment pas propice à inciter les pharmaciens à s'insérer dans le réseau d'aide aux toxicomanes.

La société nous demande de jouer notre rôle d'aide aux toxicomanes, mais elle n'est pas en mesure d'enrayer l'insécurité que ces mêmes toxicomanes engendrent (en grande partie à cause des interdits que leur impose cette société).

Notons donc, avant de poursuivre, que :

 

 

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