
approche psychologique des assuétudes.
Comme nous l’a appris notre maître le Docteur Henri Boon, interrogeons nous sur les modalités profondes qui feront que mis en relation avec une substance ou un comportement addictogène, certains individus vont développer une dépendance et d’autres pas.
Prenons l’exemple du psychotrope le plus consommé dans nos sociétés occidentales – l’alcool- et demandons-nous pourquoi, en définitive, la proportion d’alcooliques ne se situe qu’aux alentours de cinq à dix pourcents de la population ! Chiffres inquiétants et élevés, incontestablement. Néanmoins, la proportion d’alcooliques reste largement minoritaire face à une substance bon marché, disponible, agréable et dont les effets de renforcement sont incontestables.
Tentons donc d’examiner le phénomène de la dépendance sans préjugé ni a priori et de comprendre en quoi diffèrent les modalités fondamentales d’une personne qui va développer un comportement de dépendance par rapport à celles qui maîtriseront voire abandonneront l’un sa consommation d’alcool ou d’autres drogues, l’autre son intérêt pour le jeu, etc . autrement dit, quelles sont les structures fondamentales communes aux personnes dépendantes et en quoi diffèrent-ils des autres ? Et peut-être 'en les comprenant mieux pourrons-nous mieux leur venir en aide.
En examinant quelques modalités d’existence (modalité d’être), de relation aux autres (altérité), en les plaçant dans l’espace (spatialité) et dans le temps (temporalité) et en tenant compte des besoins fondamentaux liés ces modalités, il est en effet possible de cerner les structures mentales qui seront plus propices à l’éclosion de diverses dépendances chez certains individus.
Modalité d'être
Consommer des produits, mais aussi jouer, manger, boire, faire du sport, exercer une activité sexuelle. Toutes ces activités apportent une facilitation à se sentir exister, à être reconnu, à nouer des contacts.
Au départ de toute assuétude on retrouve un manque de capacité à se sentir exister et reconnu. Inconsciemment, on cherchera à remplir ce vide en jouissant au maximum pour se sentir exister, quitte à abuser des artifices (produits, comportements) qui auront aidé à combler ce manque.
Temporalité - Spatialité
Le joueur vit dans l'exaltation du moment présent ainsi que dans une projection sur l'avenir : je vais gagner, demain je vais me refaire...
Le consommateur du produit vit le moment présent et l'avenir tout proche en effaçant le passé et en ignorant l'avenir éloigné. Je prends toujours l'avant dernier verre, parler du dernier c'est sortir du présent.
L’usage de substances psychotropes peut constituer un moyen excellent de sortir un moment de l’angoisse que provoque un passé mal digéré (traumatismes psychologiques divers) un présent insoutenable (situations de détresse morale, sociale, … un avenir incertain. De pourront-elles combler ce « besoin d'être ailleurs que là où je suis et où je ne me sens pas bien. »
Modification de l'état de conscience.
Sortir de notre quotidien, d’une réalité souvent difficile, être capable de créer en soi l’hallucination d’un bien-être à venir à court ou moyen terme sont des conditions essentielles à notre équilibre psychique. Ainsi en est-il de chacun d’entre-nous d’anticiper mentalement la détente de fin de journée, le plaisir du repas familial, de la lecture, du repos, de l’amour physique, etc. Toutes activités au cours desquelles notre fonctionnement cérébral se placera en état de conscience modifié, intermédiaire entre l’état d’éveil attentif pur et celui de sommeil proprement dit.
Les psychotropes sont consommés pour cette faculté qu'ils ont de modifier artificiellement l'état de conscience et cette propriété n’est pas sans conséquences.
Quelle découverte pour celui ou celle que l’environnement psycho social ou familial, la structure mentale ou la pression culturelle restreignent voir empêchent l’accès aisé à ces états naturels et vitaux de modification de conscience. Seul je n’y arrive pas, avec le produit je m’éclate, je sors de moi-même je participe à l’extase….(littéralement : ex – stase ).
Ce ne sera pas le produit lui-même qui provoquera l'addiction (attraction vers) c'est cette découverte qu'il permet de modifier la conscience jusqu’à à un niveau jugé agréable, enfin agréable oserons-nous dire.
La drogue agira, selon la personne qui en consomme, comme moyen de survie, comme moyen d'alléger un état de mal-être consécutif à son état mental (éventuellement pathologique) ou au caractère insupportable de son environnement. Comme l’écrit le Docteur Jean-Pierre Jacques, la dépendance à une consommation de psychotropes ne sera donc jamais le fruit du hasard de la rencontre d’une personne avec le produit.
La consommation, le jeu, tout ce qui mène à l'assuétude est de l'ordre de l'irrésistible. Le toxicomane consomme et consommera quelles qu'en seront les conséquences et bien qu'il les connaisse.
Et le Docteur Herni Boon d’en conclure :
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Que ce soit pour les drogues illicites, l’alcool, le tabac, le jeu et d’autres comportements: nourriture, sexe, sport, ... On retrouve une pulsion croissante de vie pousse à une consommation croissante devenant une contrainte. On ne peut plus parler de choix. Cette pulsion sous contrainte sera dirigée vers un objet différent selon le type d'assuétude, mais qui dans tous les cas amène à un Etat Modifié de Conscience lié à la façon d'être là, d'exister, de se sentir...lié à l’existence et cela quelles qu'en seront les conséquences :physiques - psychologiques ou légales. Autrement dit : « Se droguer est un cri de vie qui va mener à la mort. |
La recherche de l'État Modifié de Conscience est propre à la nature humaine il en est un besoin fondamental. L'utilisation de drogues est un moyen parmi d'autres. Si on veut remplacer ce moyen, car les effets négatifs qu'il produit sont trop importants il faut le remplacer par d'autres.
L'abstinence passe donc par la mise en pratique de nouvelles sources de satisfactions pour exprimer sa modalité d'être et trouver d'autres échappatoires à sa condition de conscience éveillée.
Phn Jean Paul Brohée
octobre 2008