Textes écrits pour un dossier pédagogique paru en mars 2004 dans "Actual Quarto" n°9 aux Editions Averbode
Les psychotropes accompagnent l'évolution de l'humanité.
Le Chanvre indien.
Les guerres de l'opium.
Production et commerce international de l'héroïne.
Produits, Médicaments et marché parallèle.
La florissante économie souterraine des produits illicites.
La prohibition responsable des ravages de la drogue?
Drogues dures - drogues douces.
Une vision des choses à corriger.
Dépendances à l'alcool.
Consommation dure de drogues dites douces.
Existe-t-il une "personnalité du toxicomane"?
Produits "sédatifs" - "stimulants" - hallucinogènes.
Les Sédatifs.
L'opium et les "opiacés" : morphine et héroïne.
Cocaïne et Crack.
Amphétamines et XTC.
Produits hallucinogènes.
LSD et autres hallucinogènes.
Les champignons hallucinants
Les "nouvelles drogues" dites "de plaisir".
Nous des "toxicos" ?
L'ère des antidépresseurs et des calmants.
La fête et l'ivresse.
Les drogues, témoins de leurs époques.
Shulgin, génie de la chimie et explorateur des neurones sous influence.
Drogues du plaisir ?
Quand le plaisir vire au drame.
GHB : "la" drogue du sexe ?
Et les autres substances?
Prohibition – dépénalisation - légalisation
Notre avis en tant que "parents inquiets"
Dépénalisation du cannabis
Interdire cette publicité ?
Comment s'y prendre ?
Et qu'est-ce qu'il faut faire pour prévenir les assuétudes en général ?
Apprendre le bonheur.
Il n'y a pas de toxicomane heureux.
Témoignage d'un éducateur
La réduction des risques et des dommages
Le SIDA donne à réfléchir…
Quelques exemples d'actions de réduction des risques.
Opération "Boule de neige".
Facilitation de l'accès aux seringues et au matériel stériles.
Programmes d'échanges de seringues.
Brochures explicatives sur les drogues.
Présence sur site lors de grands festivals de musique.
Les traitements psychologiques et médicaux et les traitements de substitution.
Pour en finir avec les "toxicomanies"
Se parler et s'aimer, et d'abord se comprendre.
L'aide : une affaire de "réseau".
L'abstinence n'est pas le but essentiel.
La substitution.
Traitement de substitution de l'héroïne.
Conduite du traitement.
OURANIA et le LSD.
Bad trip à l'ecsta.
Une maman s'inquiète.
Drogues dures – drogues douces…
Les mots toxicomanie[1] , dépendances , et assuétudes suscitent des réactions en sens divers et souvent extrêmes. Certaines personnes y voient le mal, la transgression, le vice. D'autres y perçoivent une forme d'exercice de libertés individuelles. D'autres encore considéreront comme des malades tous les consommateurs de produits psychotropes .
Depuis que l'homme est apparu sur la terre, il n'a eu de cesse à trouver des moyens pour soulager sa douleur ou sa détresse. A cette fin, il a testé et absorbé les substances végétales, mais également animales ou minérales qu'il pouvait puiser dans son environnement.
Avec les progrès de la chimie de nombreux s" ont été découverts ou créés. Constatant le danger que leur consommation constituait pour une part importante de la population, la "société" a estimé que la solution consistait à interdire l'usage de bon nombre de ces produits (Prohibition
Pour traiter des assuétudes, il faudra évidemment parler des produits qui entraînent des dépendances. Mais cela ne signifie cependant pas qu'ils soient les seuls responsables de dépendances : on peut être dépendant à des comportements (comme par exemple le jeu). De même, ce ne sont pas seulement les substances prohibées qui sont responsables d'assuétudes. Des autorisés comme l'alcool et certains médicaments sont tout aussi producteurs d'addictions que les produits interdits comme la cocaïne, l'héroïne, etc.
Cette prohibition en application depuis tant d'années a prouvé son inefficacité. Des vrais remèdes aux problèmes de dépendances existent mais leur mise en application nécessite la mise en place de politiques capables de réduire les inégalités sociales. Dans ce domaine, le rôle des éducateurs, des parents en premier lieu puis des enseignants, est prépondérant. C'est l'éducation qui apporte aux jeunes, avec les connaissances, une vraie qualité de vie ainsi que le sens des limites. Il faut privilégier l'éducation qui mieux que toutes les tentatives visant à faire disparaître les drogues, éloigne les jeunes de ces tentations.
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Un regard sur l'histoire permet de mieux comprendre le phénomène de la toxicomanieet son évolution ce dernier quart de siècle.
Le cannabis ou chanvre indien [2] est décrit dans un document chinois datant de 2000 ans avant notre ère. Sa culture s'étendit en Inde puis dans tous les pays orientaux pour gagner l'Europe au 16 e siècle.
Le pavot[3] a été cultivé pour ses graines alimentaires oléagineuses plusieurs millénaires avant notre ère dans l'Est méditerranéen, d'où il est vraisemblablement originaire. Les usages médicaux de l'opium datent de la haute Antiquité : une tablette sumérienne mentionne le pavot à opium comme "plante de la joie" et qualifie son exsudat de "graisse de lion". Certains écrits égyptiens datant d'Aménophis Ier (XVIIIe dynastie) et de Ramsès II vantent expressément les vertus "dormitives" et analgésiques de la plante et de son produit . L'Iliade en parle et il semble qu'il entrait dans la composition du breuvage de L'Odyssée "procurant l'oubli de tous les chagrins". Les médecins grecs et latins des premiers siècles de notre ère connaissaient les pouvoirs narcotiques du pavot (Papaver somniferum ) dont est extrait l'opium. Le médecin alchimiste Paracelse (1491-1541) introduisit l'usage de l'opium dans la matière médicale moderne. Mais la pénétration de l'opium en Europe est surtout due à Galien, qui en fit un élément d'une panacée promise à un long avenir, "la thériaque", dans la composition de laquelle entraient de soixante à quatre-vingts "drogues[4]", et dont l'usage se maintint en Europe jusqu'au début du XXe siècle. D'autres opiacés apparurent aux XVIIe et XVIIIe siècles, et en particulier le "laudanum" de l'Anglais Thomas Sydenham (1624-1689), teinture alcoolique d'opium safranée qui devint au XIXe siècle une sorte d'apéritif fort apprécié. Enfin, l'opium est encore employé dans la pharmacopée contemporaine sous la forme de teinture ou d'extrait d'opium.
En Chine, les firmes étrangères acheteuses de thé et de soie supportaient mal les restrictions imposées par le gouvernement mandchou. Seul Canton était ouvert aux marchands européens. L'économie chinoise se suffisait à elle-même. Pour équilibrer le volume croissant de leurs achats autrement qu'en important en Chine du métal-argent, les Occidentaux s'étaient mis à pratiquer sur une grande échelle la contrebande de l'opium, denrée produite à bon compte par les sujets bengalis de la Compagnie britannique des Indes orientales. En 1839, l'empereur fit saisir toutes les caisses d'opium se trouvant dans la ville, pour les brûler au cours d'une cérémonie expiatoire à caractère religieux. L'Angleterre riposta en engageant en Chine une série d'opérations militaires ("première guerre de l'opium") qui aboutirent en 1842 à la défaite chinoise et au traité de Nankin. Ce fut le point de départ de la création des "concessions": ces quartiers résidentiels des ports étaient soustraits à l'autorité régulière chinoise et administrés par les communautés marchandes étrangères sous le contrôle des consuls. Lors de la "seconde guerre de l'opium", l'Angleterre prend à nouveau l'offensive, en 1856, appuyée cette fois par la France. Ces "guerres de l'opium" répandirent rapidement la consommation de cette drogue en Chine (où, jusque là, on ne l'utilisait qu'à des fins médicales). De 50 000 caisses d'opium indien en 1850 l'importation arrive à 180 000 caisses en 1880. Deux millions de Chinois étaient intoxiqués en 1850, en 1878 ils sont cent vingt millions! La forte immigration asiatique en Californie se traduit par l'apparition de nombreuses fumeries d'opium. En 1885 une réglementation est prise à San Francisco en interdisant l'accès. En Europe, l'opiomanie s'étendait également. Ainsi, en 1903, le gouvernement français s'estima contraint d'en interdire la vente. L'année suivante, la convention de Shanghai posait la base d'une législation internationale limitant l'emploi des stupéfiant.
La culture asiatique du pavot a débuté en Birmanie et s'est développée en Chine dans le Yunnan, province frontalière de l'Indochine. Depuis les années 1980, huit centres commerciaux frontaliers ont été ouverts dont trois avec le Vietnam, trois avec le Laos et deux avec la Birmanie. Ces régions constituent le célèbre "Triangle d'Or".
Actuellement on estime que la Birmanie produit annuellement de 2000 à 2500 tonnes d'opium,le Vietnam :100 tonnes, le Laos : 400 tonnes, la Thaïlande : 25 à 50 tonnes, les pays asiatiques de l'ex URSS (hors Afghanistan) : 100 tonnes, l'Afghanistan de 500 à 3000 tonnes(?).
La guerre, qui a duré plus de dix ans en Afghanistan, a provoqué une extension des cultures de pavot. À la suite du retrait de l'Armée rouge en 1988 et, surtout, de l'arrêt des livraisons d'armes par les Soviétiques et les Américains à leurs protégés respectifs en janvier 1992, la production a fortement augmenté, passant de 500 tonnes en 1987 à plus de 3 000 tonnes cinq ans plus tard. D'abord contrôlé par des contrebandiers, le trafic de drogue dans les plus importantes régions productrices a été pris en main par certains commandants moudjahidin, et la transformation par les services secrets de l'armée pakistanaise. C'est en effet principalement au Pakistan que la morphine est extraite de cet opium. Elle sera ensuite transformée en héroïne dans différents laboratoires, sur place ou en Turquie. Les besoins de centaines de milliers de personnes qui étaient réfugiées au Pakistan et qui doivent reconstruire des équipements indispensables expliquent également l'accroissement de la production. Ces régions seront appelées "le Croissant d'or", par analogie avec le Triangle d'or de l'Est asiatique.
Au Liban, le déclenchement de la guerre civile en 1976 a provoqué, dans un premier temps, une extension des cultures "traditionnelles" de cannabis . À la suite de l'invasion israélienne en 1982, qui a fini de désorganiser le pays, se sont développées des cultures de pavo, en particulier dans la plaine de la Bekaa. L'argent de la drogue a contribué à financer les achats d'armement de pratiquement toutes les milices, quelle que soit leur obédience religieuse ou politique. Les services secrets des grandes puissances et des puissances régionales ont fermé les yeux sur les trafics de leurs protégés. Les surfaces des cultures illicites de pavot ont atteint 4 000 hectares, produisant 60 tonnes d'opiumqui étaient transformées sur place en héroïnedans des laboratoires artisanaux. Lorsque les Syriens ont pris le contrôle du pays, en 1990, ils se sont attaqués aux cultures, mais non aux fabriques qui ont de plus en plus utilisé de la matière première importée: morphine du Croissant d'or et cocaïne en provenance d'Amérique du Sud.
En Belgique particulièrement, on consomme de l'héroïne provenant de cultures de pavot situées en Afghanistan et produite en Turquie. Cette héroïned'assez bonne qualité est commercialisée par des familles souvent d'origine turque implantées dans les anciennes régions minières: bassin de Charleroi, Borinage. Ces familles, dirigées par quelques "dignes patriarches", sont à la tête de toute une hiérarchie mafieuse qui assure la distribution et un marketing efficace.
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Produits, Médicaments et marché parallèle.
Le vingtième siècle a vu se développer deux mondes de "produit " : celui, bien pensant et toléré du milieu médical et pharmaceutique délivrant ses "bienfaits" sur ordonnance, et celui, honni et pris en main par les milieux mafieux des "drogues interdites".
Naissant le plus souvent dans les zones urbaines défavorisées, le "business" des produits illicites semble constituer pour certains le seul moyen d'arriver au confort financier et à une forme de reconnaissance sociale. Synonyme d'argent facile, le "deal" procure une certaine aisance à toute une catégorie de jeunes souvent en décrochage scolaire.
Ces "sociétés" sont très hiérarchisées. Elles ont leurs règles de conduite et leurs chefs. Ces derniers apparaissant à ces jeunes comme un "modèle à suivre" que, ni leur famille, ni l'école n'a su leur apporter. Ils sont nés dans une société en crise où le chômage est l'unique perspective d'avenir. Et quand, à ce tableau, viennent s'ajouter des problèmes d'intégration culturelle, on peut comprendre leur désarroi et leur recherche d'une forme de reconnaissance fut-elle au sein d'une société mafieuse!
Au-delà des moyens financiers, le commerce des drogues offre aux personnes qui y participent un statut, une reconnaissance dans le groupe. Il leur permet d’accéder à cette estime de soi si nécessaire mais pourtant inaccessible au sein de la société officielle. On apprend ainsi que ce mode de socialisation parallèle génère une série de valeurs et de règles. Parmi celles-ci : la force de caractère. Ne compter que sur soi-même, ne jamais dévoiler ses sentiments, aller droit au but, dominer sa peur et masquer ses émotions font partie du code de conduite. Par rapport aux produits, on en consommera, mais on saura gérer sa consommation et son ivresse. Seront disqualifiantes, les attitudes de demande d'aide ou moralisatrices. Pauvreté, souffrance sont signes de faiblesse donc de l'ordre du méprisable. On voit ainsi éclore dans les couches souterraines de la société, un système de valeurs de type "ultra libéral".
La mise en évidence de l'économie souterraine liée au commerce des drogues et de ses conséquences sociales fait passer au second plan le rôle des produits eux-mêmes qui, en définitive, se réduisent à des "marchandises".
Qu'ils soient autorisés (les médicaments, l'alcool) ou interdits (les drogue prohibées), les "produits" ont pris une place prépondérante dans notre environnement.
Les progrès liés à la médecine et à la recherche pharmacologique sont indiscutablement à la base de l'allongement de la durée de vie et à l'amélioration des conditions d'existence des malades. Mais au-delà de la lutte contre la maladie, I'Industrie pharmaceutique s'est muée, avec des profits colossaux, en marchande de "pilules d'espoir". Selon les critères du moment, nous devons être et rester beaux, jeunes, performants et, bien sûr, heureux. Pour chaque problème, les lobbies de la pharmacie ont leur solution sous la forme d'une petite pilule-miracle.
On a ainsi assisté à l'éclosion de toute une pharmacopée de produits agissant sur nos facultés mentales. Ces produits psychotropes comme on les appelle, peuvent, tour à tour, calmer (produits sédatifs), exciter (produits stimulants), déformer (produits hallucinogènes) nos perceptions. Il rendent le sommeil aux insomniaques (hypnotiques) et "ramènent au réel" les personnes frappées de démence (neuroleptiques).
Toutes ces substances, tant celles issues de la nature comme la morphineou la cocaïne, que celles que les chimistes ont créées, tant qu'elles ont été consommées dans le cadre strict de la médecine, ont été disponibles sur ordonnance médicale.
A côté de cela sont apparus des consommateurs "libres" ou clandestins parce qu'ils avaient trouvé dans ces substances une aide, un réconfort ou un plaisir. Alors, prenant en compte une certaine dangerosité de ces produits, liée soit à leur toxicité, soit aux troubles de comportement qu'ils entraînent, les législateurs ont cru bon de réglementer strictement leur usage. En Belgique, une loi pénale datant de 1921 (et plusieurs fois amendée depuis) règle encore l'usage et le trafic des "substances vénéneuses, stupéfiantes ou toxiques". Elle les réserve aux seules fins médicales et prévoit toute une série de sanctions pénales pour tous ceux qui en détiendraient, en consommeraient ou en feraient commerce.
Partant de ce désir somme toute logique et louable de protéger les citoyens des dangers liés à l'utilisation de produits psychotropes, nos législateurs ont commis l'erreur de fonder toute leur politique sur la seule interdiction et répression. L'idée est simple : si le produit n'est pas disponible, il n'y a aucun danger qu'il soit consommé. C'était compter sans l'intelligence des trafiquants. Ceux-ci, principalement depuis les années septante, ont étendu leur commerce florissant à l'Europe, touchant au début les grandes capitales et les grands ports par lesquels sont introduits les produits, puis s'étendant dans la plupart des villes.
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Drogues dures - drogues douces.
Très souvent vous entendrez dire des phrases comme: "l'héroïne est une drogue dure, le cannabis une drogue douce".
Qu'est ce que cela veut-il dire?
Il y aurait-il plus de "danger" de consommer une substance qu'une autre ? Les termes "dur" ou "doux" ont-ils quelque chose à voir avec la toxicité du produit ?
En fait, On est amené à parler plutôt de consommation dure ou douce que de drogues dures ou douces. Il serait absurde de mettre toutes les drogues sur un pied d'égalité en termes de "dangerosité" et de risque de dépendance. Mais c'est également une erreur de croire que certaines drogues dites douces n'entraîneront jamais de dépendance et que les autres, qualifiées de "dures" rendront toxicomanes toutes celles ou tous ceux qui, par malheur, s'y seront essayés.
En fait, ce n'est pas le produit qui fait la dépendance. Une première expérience de consommation de produit ne sera renouvelée que si la rencontre de cette personne avec la substance lui aura fait découvrir des émotions qu'elle aura ressenties comme capables d'améliorer son fonctionnement quotidien. Ainsi se créera une "habitude" de consommer; et cette habitude pourra se muer en "assuétude" si, par malheur, le consommateur découvre que la vie sans son produit lui devient ou redevient insupportable. Comme l'exprime le Dr Jean-Pierre Jacques [5] : "A l'origine de cette quête du produit, se trouve une douleur. Douleur d'un mal-être, douleur inconsciente d'origine traumatique, douleur souvent déniée mais présente."
On parlera alors d'assuétude, de dépendance ou d'addiction .
Dans notre culture, l'alcool est "à peine" considéré comme une drogue. Dans d'autres cultures, comme dans l'islam, l'alcool est diabolisé mais d'autres drogue, comme le haschich sont tolérées. Nous considérons l'alcool comme une substance à caractère gastronomique capable, il est vrai, d'apporter une ivresse lorsqu'on en abuse mais dont on apprécie le caractère convivial, les qualités de rapprochement social qu'il procure, etc. Or, une part importante de notre population, se situant aux alentours de 5%, souffre de dépendance à l'alcool avec tous les risques et inconvénients que cela comporte.
Pour un alcoolique, le stade de "l'habitude" est largement dépassé. Au delà de l'ivresse quasi permanente qui lui est devenue nécessaire, son organisme a intégré le toxique "alcool" dans son mode de fonctionnement et n'est même plus capable de fonctionner sans en être imprégné. On peut qualifier cette alcoolo-dépendance de toxicomanie.
Un fumeur de cannabis qui a besoin de ses 15 joints quotidiens n'est plus vraiment capable de mener une vie sociale intégrée à notre type de société. A ce stade, on parlera en termes d'assuétudeet de consommation dure de cannabis.
A côté de cela, comme l'explique si bien le Professeur Isy Pelc[6], on a constaté qu'il existait des "consommations douces" de produits comme la cocaïne ou l'héroïne.
Disons en résumé que :
La notion "spirale infernale" est souvent évoquée. Est-il raisonnable de penser que tout consommateur "abusif" de drogue dite "douce" deviendra inévitablement consommateur de produits plus puissants ?
Eh bien non! Ce n'est pas la quête du bien-être absolu qui entraîne la dépendance mais plutôt la recherche inconsciente d'un moyen d'échapper à une condition jugée invivable. Autrement dit : le toxicomane n'est pas le jouisseur égoïste que d'aucuns décrivent. Il n'est la plupart du temps qu'une personne en recherche d'une solution à son mal-être, d'un remède à sa douleur morale. Mais c'est clair que les personnes qui auront rencontré, souvent dès leur plus jeune âge, l'ivresse cannabique et y auront aperçu comme l'ébauche d'une solution de vie, n'auront de cesse qu'à explorer les "autres univers" que les dealers leur proposeront, et à en devenir les esclaves.
En quelque sorte, nous référant une nouvelle fois au Dr Jean-Pierre Jacques : "ce n'est pas la drogue qui fait le toxicomane et tous les usagers de drogues n'en deviennent pas dépendants. La dépendance nécessite l'adhésion du sujet à consommer, ainsi, également qu'une appétence préalable. On a développé plus haut la drogue comme antalgique à une douleur inconsciente ou du ressort de l'inconscient. Ce n'est pas une personnalité particulière de toxicomanemais cette recherche de solutions antalgiques à ses douleurs[7] qui pousse le futur consommateur vers les milieux où les produits circulent et qui développe l'appétence à ces comportements.
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Produits "sédatifs" - "stimulants" - hallucinogènes.[8]
Schématiquement, les "drogues" se répartissent en trois grandes familles.
Ce sont :
Certaines substances participent aux différentes catégories. Déjà cité : l'alcool stimulant puis sédatif. Mais également le cannabis qui est sédatifet légèrement hallucinogèneet enfin l'XTC (ecstasy) qui cumule propriétés stimulantes et également hallucinogène.
En dehors des médicaments, qui, parce qu'ils sont souvent mal employés sont probablement les plus grands responsables d'accoutumances et de dépendances diverses, la drogue prohibée la plus célèbre est l'héroïne .
L'opium est constitué du latex secrété au niveau d'incisions que les cultivateurs pratiquent sur les capsules de la plante de pavot. Ces exsudats de latex sont rassemblés en une boule qui après séchage est dénommée "pain d'opium". Cet opium contient un certain nombre de substances à action psychotrope dont la plus importante est la morphine. En pharmacie, on utilise l'opium tel quel ou très légèrement modifié (poudre, teinture, extrait). On connaît également l'utilisation (interdite) de l'opium par inhalation de ses fumées produites dans une pipe spéciale.
La morphine, présente dans l'opium, en est extraite par diverses manipulations de laboratoire. Ses usages médicaux, en tant qu'antidouleur majeur, sont nombreux.
On lui connaît des usages abusifs et des dépendances se produisent.
L'héroïne est un dérivé semi-synthétique de l'opium. On l'obtient en pratiquant des réactions chimiques sur la morphine. L'héroïne se présente sous la forme d'une poudre dont la couleur va du blanc au brun ou au gris. Cette poudre dégage une odeur de vinaigre. Elle s'utilise principalement par injection ou par inhalation. Lors de l'injection, l'héroïne est dissoute dans de l'eau additionnée de jus de citron ou de poudre de vitamine C (acide ascorbique). L'inhalation (on parle de "fumettes") se pratique en respirant les vapeurs que dégage le produit placé sur une feuille d'aluminium en dessous de laquelle on promène une flamme. L'injection d'héroïne provoque une réaction intense de tout l'organisme (le flash). A ce bref épisode succède une sensation d'euphorie, de calme et de bien-être.
L'usage régulier des opiacés et particulièrement de l'héroïne provoque une dépendance physique se traduisant par des symptômes désagréables en cas de privation du produit: angoisse, transpiration, crampes, nausées, nez qui coule, somnolence... De plus il se produit un phénomène de tolérance consécutif à une désensibilisation progressive des sites récepteurs aux opiacés des cellules nerveuses[11]. Cette tolérance amène la personne à devoir consommer des doses croissantes pour continuer à ressentir un effet semblable.
Les utilisateurs d'héroïne en intraveineuse sont particulièrement exposés aux risques d'infections bactériennes mais surtout virales (hépatite C, SIDA...). On déplore également des décès par "overdoses souvent suite à la livraison de produit plus concentré qu'à l'habitude ou en cas de reprise de consommation après un sevrage. Dans ces cas, une dose "normale" pour un sujet accoutumé peut se révéler mortelle pour une personne désintoxiquée.
Les stimulants.
La cocaïneest extraite des feuilles de coca, un arbuste qui pousse en Amérique latine. Elle se présente soit sous forme d'une poudre blanche (neige), c'est le chlorhydrate de cocaïne que les usagers prisent (sniff de coke) ou s'injectent. Le crack est constitué de cocaïne-base, moins pure et moins coûteuse que la forme à priser. Le crack se présente sous forme de petits "cailloux". Ces derniers, beaucoup plus résistants à la chaleur que la forme chlorhydrate peuvent être fumés dans des pipes spéciales.
La cocaïne comme le crack provoquent une intense stimulation physique et mentale. Les effets du crack sont plus intenses mais de plus courte durée que ceux de la cocaïne blanche. Ces produits apportent un sentiment de "toute puissance", une hyperactivité, des idées de grandeur, des signes de mégalomanie. Agissant sur les récepteurs à dopamine
que l'on considère comme ceux du "circuit de récompense", la cocaïne, comme d'ailleurs les autres psychostimulants, peut provoquer une forte dépendance psychologique. De plus, lorsque les effets de la droguedécroissent (période appelée "la descente"), l'usager se retrouve face à ses réalités et entre dans une forme de dépression dont il tente de s'extraire par la consommation de nouvelles doses. La courte durée d'action du crack invite à la répétition frénétique des doses (compulsivité) entraînant une dépendance accrue et dans certains cas des dégâts psychiques importants. Les consommateurs de crack manifestent parfois un comportement agressif pouvant aller jusqu'à la violence extrême.
Les amphétamines sont des produits de synthèse. Elles ont été utilisées initialement comme stimulants (entre autres par les pilotes d'avion de combat durant le guerre de 40-45) et, en médecine, comme coupe-faim (anorexigènes). Les sportifs en ont fait usage pour augmenter leurs performances jusqu'à leur totale interdiction suite à la survenue d'accidents mortels dans les années soixante. L'XTC (ecstasy) est un dérivé de l'amphétamine sans intérêt médical. Il fut introduit sur le marché clandestin pour ses effets légèrement hallucinogènes et euphorisants s'ajoutant aux propriétés stimulantes et pour contourner, dans un premier temps, la législation sur les amphétamines. Ces dernières se présentent sous forme de comprimés ou de poudre, l'XTC sous forme de comprimés. Selon le laboratoire (clandestin) qui les fabrique, les comprimés d'XTC sont de formes et de couleurs différentes. Il n'existe cependant aucune garantie qu'une fabrication soit identique à une autre tant du point de vue de la qualité que du dosage, même si l'apparence du comprimé est la même. En dehors des risques qu'entraîne cette absence de garantie de qualité de l'XTC, la consommation des dérivés amphétaminiques présente des dangers. Comportementaux d'abord, avec des crises d'agressivité ou de violence. Mais également physiques car des problèmes cardiaques et respiratoires peuvent survenir et mettre en danger la vie même de personne. Enfin, on déplore chaque week-end de graves accidents de la route consécutifs dans de nombreux cas à la conduite sous l'influence de ces produits.
Le cannabis sativa est une plante qui permet de produire trois types de drogues :
La plante est cultivée en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. On la cultive également en serres un peu partout en Europe. La marijuana a l'apparence d'une herbe séchée que l'on hache finement. Le haschich se présente sous forme de barrettes, de poudre ou de petits blocs brunâtres à noirs. L'huile est de couleur brune ou noire. Les trois produits ont une odeur caractéristique. On mélange la marijuanaou le haschich à du tabac en vue d'en faire des cigarettes (joints) à fumer. Il existe également des pipes spéciales. L'huile est consommée en imprégnant des cigarettes ordinaires.
Le haschich contient dix fois plus de principe actif que la marijuana et l'huile est encore plus concentrée. Les effets sont semblables à ceux de l'alcool : euphorie, détente... Mais des hallucinations sont possibles et l'orientation dans le temps et l'espace est déformée.
Le cannabis est considéré par certains comme une droguepeu dangereuse. Il faut cependant mentionner des crises d'angoisse voire même l'apparition de crises de schizophrénie probablement chez des personnes prédisposées, et chez les consommateurs réguliers, une perte des centres d'intérêt et l'abandon progressif de toute motivation. Cependant, comme l'écrit le journaliste Christian Van Rompaey, la théorie selon laquelle le cannabis conduirait immanquablement aux autres drogues ne résiste pas à l'examen. S'il est vrai que la quasi totalité des consommateurs de cocaïne ou d'héroïne sont passés par le cannabis, ils sont aussi passés par l'alcool et le tabac. Le grand consommateur de cannabis fume moins souvent chaque jour que le grand consommateur de tabac, mais il inspire plus profondément et plus longtemps la fumée. Si bien que le risque de maladies pulmonaires, y compris le cancer, est considéré comme élevé.[12]
Ces substances modifient et déforment nos perceptions sensorielles. Des images peuvent être ressenties comme des sons et inversement. Des hallucinations visuelles ou auditives apparaissent et sont perçues comme réelles. Les couleurs paraissent plus éclatantes et les objets semblent se déformer. Avec une dose de LSD, la durée d'un "trip" (voyage) est d'environ 12 heures durant lequel l'usager quitte sa réalité quotidienne. Le LSD est une substance synthétisée en laboratoire. D'autres substances hallucinogènes sont d'origine naturelle comme les champignons hallucinogènes (Psylocibe mexicana) ou la mescaline (extraite du cactus Peyotl). Les hallucinogènes sont ingérés, très rarement injectés. Vu qu'il est actif à très faible dose, le LSD se présente le plus souvent sous forme de "timbres" ou de papier imprégné de produit mais aussi sous forme de comprimés. On ne note aucune dépendance physique à ces produits, mais des dépendances psychiques sont possibles. Des dépressions pouvant être graves, et même des troubles psychotiques (dissociation du réel, tendances suicidaires, manies) peuvent survenir chez les consommateurs réguliers. Parfois très longtemps après l'absorption du produit (plusieurs jours, voire plusieurs semaines), peuvent survenir des "flash back" où des effets hallucinatoires réapparaissent brutalement. Enfin, dans certains cas, le "trip" peut se révéler particulièrement éprouvant ("bad trip") amenant la personne dans un état d'angoisse ou de panique potentiellement dangereux. On a décrit également des cas où l'hallucination est telle que le sujet, convaincu d'avoir la capacité de voler, s'était jeté par la fenêtre...
Encadré :
On raconte que la première chose que mangeaient les Indiens lors de leurs banquets, c'étaient des petits champignons noirs appelés nanacatl qui soûlent, donnent des visions et peuvent même conduire à la luxure. Ils les mangeaient avec du miel, et quand les effets commençaient à se faire sentir, certains se mettaient à danser, chanter ou pleurer, tandis que d'autres restaient assis, immobiles, pensifs. Dans leurs hallucinations, certains voyaient qu'ils mourraient dévorés par une bête féroce ou seraient faits prisonniers de guerre. D'autres qu'ils deviendraient riches et possèderaient de nombreux esclaves. D'autres voyaient qu'ils vivraient et mourraient en paix, et quelques-uns sentaient qu'ils se noyaient dans l'eau, tombaient de très haut et mouraient de leur chute... Une fois l'enivrement des petits champignons passé, ils se les racontaient."
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Les "nouvelles drogues" dites "de plaisir".
Au terme de "toxicomane" sont habituellement associées une suite de représentations sociales : marginalisation, délinquance, autodestruction, retrait social, renoncement[13].
L'utilisation des produits stimulants comme les amphétamines ou la cocaïne semblerait aller de pair avec d'autres représentations sociales très actuelles: efficacité, dépassement de soi, réussite. A ces "valeurs actuelles" qui se résumeraient comme une quête de l'euphorie perpétuelle, s'associe une fascination populaire pour la chimie et la pharmacologie[14]. On voit apparaître une sorte de "dopage généralisé" non seulement dans les milieux du sport, mais également au sein de l'entreprise, dans les écoles, parfois depuis le plus jeune âge. Toute fragilité est rejetée ainsi que la maladie et même le vieillissement puisque "l'industrie pharmaceutique saura nous en préserver".
La civilisation du Prozac® et des benzodiazépines, ce sont les adultes d'aujourd'hui, et leurs parents qui l'ont amenée. La tendance qui consiste à appliquer une "solution produit" au plus banal des maux voire à la moindre des contrariétés, est en grande partie imputable au milieu médico-pharmaceutique qui conçoit, produit, prescrit et délivre ces "solutions". On peut se poser la question s'il ne serait pas plus opportun d'éduquer les gens non au culte de la souffrance, loin s'en faut, mais à celui du naturel et de la tempérance.
Depuis la nuit des temps et dans toutes les cultures, des usages de produits psychotropes ont accompagné nos fêtes et nos réjouissances. S'ajoutent à ces consommations des danses sur des musiques scandées et répétitives qui nous placent dans un état de conscience modifié propice à lever nos inhibitions. Toutes ces activités servent à resserrer les liens sociaux, en un mot : à nous amuser. Et nous en avons bien besoin.
Les adultes considèrent d'un très mauvais oeil les grandes soirées dans les méga dancings, les rave parties, les grands festivals en plein air comme celui de Dour. Au-delà de la crainte légitime que s'y produisent des accidents dont leurs enfants seraient les victimes, ils devraient peut-être "balayer devant leur porte", tenter de comprendre le phénomène et mettre en oeuvre une politique qui minimiserait les risques.
Les années soixante ont vu, dans quelques milieux très limités, se populariser l'usage du LSD, drogue psychédélique par excellence, inspirant la musique entre autres de groupes comme les beattles avec leur célèbre "yellow submarine". Les amphétamines, elles, ne feront leur apparition dans les milieux festifs que lors de la vague punk fin des années septante. Le chanteur Plastic Bertrand (1978) apparaissant alors "hyper speedé" sur scène, cheveux courts et vêtu de façon recherchée. Il incarnait une nouvelle jeunesse, branchée, sachant s'amuser mais active et intégrée au monde des affaires.
Quelques années plus tard, un autre vieux produit, l'XTC [15] doué de propriétés stimulantes auxquelles s'ajoutent des effets hallucinogènes fait son apparition aux Etats-Unis, puis en Europe en Espagne, Angleterre, Belgique... L'XTC, également baptisé "drogue de l'amour" se démocratise et devient le complément des soirées techno. Ces produits au minimum rendront les jeunes capables de maintenir l'effort physique consistant à danser des heures durant dans un infernal déferlement de décibels d'une musique tout électronique. Souvent ils procureront également une "défonce" apte à s'intégrer dans cet univers et finalement à s'y trouver bien!
En tant que psychotrope ," l'alcool "de papa" perd heureusement une partie de son importance car il s'associe très mal à ces nouvelles drogues : les boissons à base de caféine restent favorites et combattent plus ou moins bien les déshydratations et les hyperthermies (fièvres) fréquentes lors de ces nuits.
Ainsi, une part non négligeable de la jeunesse, loin de se considérer comme toxicomane(ce qu'elle n'est d'ailleurs pas et qu'elle fustige) prend régulièrement des risques considérables. Ces jeunes risquent leur vie en consommant des produits pouvant se révéler dangereux à court terme par leur toxicité ou par les troubles de comportement qu'ils provoquent, notamment au volant. Heureusement, malgré les origines douteuses de ces produits (laboratoires clandestins), les intoxications graves et décès par overdose sont exceptionnels mais des accidents mortels sont survenus ce qui, bien entendu, est intolérable.
De la création des premiers neuroleptiques[16] à la découverte des neurotransmetteurs sédatifs[17] et de leurs récepteurs, en passant par les recherches - fort discutées -visant à l'exploration du psychisme au travers de l'utilisation des psychodysleptiques comme le LSD, se dessine une revendication au droit donné à chaque individu de transformer ses états de conscience à son gré et selon les moyens qu'il a choisis, que ce soit par la prière ou la méditation, la musique, le jeûne ou les drogues, notamment hallucinogènes[18].
Alexander Shulgin, un biochimiste génial né en 1925, professeur à Berkeley, ayant publié des centaines d'articles scientifiques va s'intéresser, après une carrière brillante dans l'industrie pharmaceutique, aux drogues psychédéliques. Il fonde son propre labo et y crée près de 250 molécules psychoactives nouvelles qu'il va tester… La finalité des créations et des recherches de Shulgin est la sensation de plaisir. Le plaisir du ressenti, le plaisir de l'exploration de nouvelles contrées psychiques, le plaisir de nouveaux états de conscience. Il deviendra le vulgarisateur de l'ecstasy. Toutes ces recherches, les effets et potentialités de toutes ces substances ont été publiés dans deux livres aux titres surprenants, véritables catalogues pour chimistes et trafiquants potentiels[19]. Bien entendu, les autorités américaines ont frappé ces substances d'interdit, imitées en cela par la plupart des pays occidentaux. Cette prohibition se situant dans la logique de prohibition de toutes substances psychoactives autres que l'alcool et les médicaments.
On peut dire qu'elles existent. Entre autres grâce aux expériences de "chimie amusante" de Shulgin cité plus haut. Le LSD synthétisé en 1938 est certainement l'hallucinogène le plus puissant. Il garde, malgré ses inconvénients[20] un niveau d'utilisation non négligeable.
L'XTC, datant de 1912, permettrait : "la levée des inhibitions, la confiance en soi et l'amour universel". L'utilisation de ce produit facile à synthétiser et bon marché s'est répandue comme traînée de poudre. "L'ecsta" n'est cependant pas dénuée d'effets secondaires (hyperthermie et troubles neurologiques). Interdite aux Etats Unis en 1985, elle apparaît en Europe avec l'éclosion des "raves". Le premier cas d'overdose mortelle est mentionné en 1988 en Angleterre.
Shulgin, a aimé et testé ses produits, sur lui-même d'abord et avec des personnes de son entourage, volontaires et pleinement responsables de leurs actes. Pour chacun de ces produits, Shulgin a donné des notes allant de "+", pour les substances ayant un certain effet mais peu défini jusqu'à "++++" pour les drogues procurant une expérience unique, un état de sérénité, une sensation mystique.
Cependant, des drames surviendront lorsque des centaines de jeunes franchiront le pas. C'est-à-dire que loin de l'exploration scientifique de Shulgin et ses collaborateurs, ils passeront à la consommation de produits d'origine douteuse, aux dosages imprécis et cela dans les conditions spécifiques de grands rassemblements festifs avec ce que cela sous-entend de bruit, de fatigue, de chaleur et déshydratation. On ne s'étonnera donc pas de voir la fête virer au cauchemar ni que certains n'en reviendront pas.
En 1998, en Angleterre, un jeune homme de 22 ans, pourtant un habitué des consommations de produits lors de soirées festives, décède lors d'une "rave party" rassemblant plus de 9000 personnes. La cause ? Testant un comprimé "nouveau" vendu pour une ecstasy plus forte que l'habituelle, il s'étonne de l'absence d'effets et reprend un deuxième. Il ignore que la substance qu'il avait absorbée, la 4-MTA[21] se différenciait de l'XTC par l'intensité de son d'action mais surtout par le fait qu'il agit tardivement. Il faut près de deux heures entre l'ingestion et les premiers effets. Ainsi, ayant l'impression que le produit n'est pas assez actif, il est amené renouveler les prises dans le but d'atteindre la défonce attendue. Lorsque le premier comprimé agit réellement, il s'est trouvé engagé dans une surdose inattendue. Le pauvre garçon, encore en pleine forme à 22 heures a ressenti les premiers symptômes de l'intoxication une demi-heure plus tard jusqu'à se retrouver incapable de se mouvoir à trois heures du matin. Il entre alors progressivement dans un coma dont il ne se sortira plus. D'autres participants à la "fête" le laisseront pour mort dans les heures qui suivent. Finalement, la matinée s'avançant, ses "amis" appelleront les secours d'urgence médicale mais trop tard. Pris en charge en arrêt cardiaque, les médecins ne peuvent que constater le décès du jeune homme.
Ce 4-MTA, inconnu à l'époque des services de toxicologie n'était, de ce fait, l'objet d'aucune interdiction. Il ne faut donc pas longtemps pour que les comprimés jaunâtre à la légère odeur de soufre fassent leur apparition en Europe. D'autres décès par overdose se produiront, ce qui amènera l'Union Européenne à adopter dès la fin de l'année 1999 l'interdiction de la substance.
Réputée capable d'améliorer l'intensité et la durée des rapports sexuels, cette drogue, appelée improprement "liquid ecstasy", entraîne également des amnésies prolongées. Inodore, incolore et, presque insipide, le produit peut facilement être introduit dans un verre de cocktail à l'insu de la personne qui va le consommer. Cette substance rassemble ainsi tous les "ingrédients" favorisant les viols et les cas dûment recensés sont nombreux.
Il n'est pas possible - ni utile- de dresser ici l'inventaire de tous les produits que l'imagination humaine et particulièrement celle de M. Shulgin ont créés et dont il est fait clandestinement usage. Ces produits sont nombreux[22].
Enfin, poursuivant à l'extrême la quête de recherche d'une certaine forme de plaisir et de sensations uniques, certains groupes ont recours à des substances permettant des dissociations de type psychotique voire des voyages aux portes de la mort.
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Le statut des substances psychoactives (psychotropes) a connu une évolution où à la seule fonction thérapeutique - traitement de la douleur, de la névrose ou de la psychose - est venue s'ajouter la notion de produit de confort visant à aider à s'adapter aux contraintes quotidiennes. En toute logique, le stade ultime est celui du produit purement récréatif.
Nous nous inquiétons de l'éclosion de cette pharmacopée du plaisir avec le cortège d'accidents de la route, d'échecs scolaires, de délinquance, d'altération des capacités cognitives, de désinsertion sociale que ces substances ne manquent pas de provoquer chez un public de jeunes inexpérimentés et influençables.
Mais regardons la réalité en face, et acceptons de reconnaître notre large part de responsabilité dans cette problématique : responsabilité liée au mode de fonctionnement, économique, social et politique de notre société.
Considérons enfin que la prohibition telle qu'on la pratique ne donne pas de bons résultats et qu'il serait urgent d'envisager d'autres solutions. Michel Hautefeuille[23] dit à ce propos : il ne s'agit plus de savoir comment la société pourra éradiquer les drogues mais comment elle pourra les intégrer à son fonctionnement, à ses repères, au rôle qu'elle voudra éventuellement leur voir jouer.
Fin des années nonante, le député carolorégien Patrick Moriaux a introduit une proposition de loi visant, dans un premier temps à dépénaliser puis à légaliser l’usage du cannabis. On sait ce qui en a résulté : en juin 2003, après bien des discussions, le Parlement a adopté un texte aux termes duquel le cannabis est toujours un produit prohibé dont la vente et la détention restent des délits. La nouvelle loi distingue cependant le cannabis par rapport aux autres drogues prohibées. Ainsi, les usagers majeurs, non problématiques[24] surpris en possession de petites quantités[25] de haschich ou de marijuana à usage personnel ne feront pas l'objet de poursuites pénales mais d'un simple avertissement. En fait, par cette nouvelle loi, le législateur ne faisait qu'entériner la situation telle qu'elle se présentait sur le terrain.[26]
Ainsi, contrairement à ce que pensent beaucoup, en Belgique, la culture de cannabis, sa détention ainsi que sa consommation en groupe restent un délit pour tous et particulièrement pour les mineurs d'âge.
Pourtant, les auteurs du projet de loi initial se fondaient sur le fait, scientifiquement établi, que la consommation douce de cette drogue, par des personnes mûres et ne présentant aucun trouble mental, serait plutôt moins dangereuse que celle de tabac ou d’alcool. Cette drogue prohibée est distribuée par des circuits mafieux forcément sans qu’aucun contrôle de qualité soit pratiqué. De plus, ce sont ces mêmes circuits mafieux qui distribuent, avec plus de profits, les produits beaucoup plus dangereux comme l’héroïne. Les dealers tentent ainsi d'orienter les petits consommateurs de haschich vers des drogues plus lucratives pour eux. L'idée maîtresse était donc que légaliser le cannabis, en organiser la distribution légalement et en garantir la qualité casserait ce circuit et éviterait à de nombreux jeunes d’entrer en contact avec les dealers.
Enfin, les "profits" obtenus par le circuit de distribution légal pourraient être utilement recyclés dans des campagnes de préventioncontre les consommations dures de ces drogues autorisées et contre les drogues dangereuses dont il ne pourrait être question d'autoriser la distribution.
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S'il est un terme galvaudé, c'est bien celui de prévention. On n'entend que cela : il faut "faire de la prévention" ! Il faut "mettre en place une politique axée plus sur la prévention que sur le thérapeutique..."
Tout le monde en parle, mais quand il s'agit vraiment de passer à l'acte, les problèmes apparaissent.
Non pas que les intervenants manquent d'imagination ni d'expertise dans ce domaine. Loin s'en faut!
L'obstacle est tristement, mais essentiellement financier.
En Belgique, les subventions qui doivent venir du monde politique, et qui plus est sont du ressort des communautés ne permettent aucune entreprise d'envergure suffisante.
L'industrie du tabac ou de l'alcool consacre des budgets colossaux dans le seul but de vendre leurs produits quitte à rendre dépendants des milliers de consommateurs. La Communauté Française de Belgique qui a en charge le budget «Prévention» pour l'ensemble des francophones du pays n'a pratiquement rien à leur opposer.
Imagineriez-vous que le lendemain d'une victoire en «Grand-Prix» d'un bolide rouge frappé du logo d'une grande marque de cigarettes, les ventes de la marque s'envolent elles aussi vers des sommets ?
Savez-vous que le nombre de décès par cancer du poumon (plusieurs millions) qui surviendront dans les 10 prochaines années sur le continent asiatique est déjà «programmé» consécutivement à l'offensive que l'industrie du tabac mène actuellement sur ce continent ?[27]
Pourquoi pas... Mais c'est compter sans l'imagination fertile des agences de publicité des cigarettiers et autres distillateurs! Rien n'empêche «le sympathique cow-boy»de promener sa dégaine sur des affiches au logo de la marque non pour des cigarettes mais pour une ligne de vêtements ou même un modèle de briquet (ressemblant à s'y méprendre à un paquet de cigarettes en miniature).
Dans le cas de la prévention spécifique de la tabagie, il apparaît qu'il est bien plus efficace de mener dans les écoles, dès le plus jeune âge, des campagnes d'information sur la nocivité du tabac. Il faut également montrer aux jeunes à quel point ils sont manipulés par les multinationales du tabac. Il importe de leur ouvrir les yeux et de les amener à devenir des militants de l'action anti-tabac.
La prévention des dépendances passe avant tout par l'éducation et par l'apprentissage d'une vraie qualité de vie. L'éducation au goût des belles et des bonnes choses est le meilleur moyen de faire découvrir ce qui rend la vie agréable... Au goût d'un fruit mûr, au parfum d'une rose, viennent s'ajouter, par petites touches successives, une multitude de petites sensations, physiques ou intellectuelles qui révèlent un plaisir de vivre. Les éducateurs, parents et enseignants, compléteront cette formation en introduisant les limites à ne pas franchir, le respect et l'amour des autres, tous ces éléments culturels qui ne sont pas innés mais qui permettent à chacun de s'épanouir dans la société.
Prévenir les assuétudes ce n'est donc pas «diaboliser» les produits ou les comportements à risques. La prévention, c'est avertir les jeunes de l'existence de ces produits et des dangers qu'ils présentent. Tout comme on apprend aux enfants le danger des allumettes ou à se méfier des inconnus même s'ils leur paraissent gentils… La prévention, c'est faire des citoyens d'un pays, et de notre jeunesse en particulier, des êtres humains éduqués, capables d'exercer leur sens critique et aussi de prendre des risques en connaissance de cause. C'est également l'ensemble des moyens éducatifs qui amènent les générations à vivre en harmonie, malgré l'obstacle des différences d'âges et de cultures. C'est enfin, et surtout amener le plus grand nombre à une vie heureuse.
Une prévention ainsi menée prémunit la plus grande majorité contre les dépendances. Car en venir à ne plus trouver son éphémère bonheur qu'au fond d'un verre ou d'une seringue... n'est vraiment que la plus triste des parodies de cette vraie jouissance que la vie est capable d'apporter à chacun d'entre nous.
Je voudrais vous parler de l'attitude que devrait avoir tout parent, tout éducateur, face aux premières expériences de drogue des enfants ou adolescents.
Pour aborder cette question, il nous faut commencer par nous mettre en recherche de sens. Sens que peut avoir pour le jeune adolescent une première expérience en matière de drogue, et surtout sens de la vie, de l'amour, du bonheur que nous sommes invités à lui faire découvrir comme un " plus " par rapport à son expérience que d'aucuns appelleront " déviante ". Il faut donc nous convaincre, comme d'une évidence, du mal-être de ces jeunes dont une première expérience de produits plus ou moins considérés comme toxiques n'est que l'expression, la manifestation, la pointe de l'iceberg !
Tous les jeunes aujourd'hui sont susceptibles de vivre pareille expérience. II n'y a plus en la matière de milieu protégé. Nous convaincre de cela, sans angoisse ni culpabilité, c'est déjà faire œuvre de préventio , c'est nous permettre d'approcher cette réalité à laquelle nos adolescents seront confrontés un jour.
C''est probablement le défi le plus important pour l'adulte confronté pour la première fois à un jeune touchant à la drogue : pouvoir être réceptif, à l'écoute, accueillir la souffrance qui se cache derrière ce comportement, oser dénoncer le danger sans enfoncer le jeune dans sa situation douloureuse, lui permettre de s'exprimer, porter sur lui un regard d'espérance et non un jugement qui l'enfermerait dans son mal-être.
Je voudrais illustrer mon propos en évoquant cette jeune fille de moins de quinze ans, placée dans une institution de protection de la jeunesse, qui multipliait les expériences de prise de produits ordinaires (colle, Sassi, alcool...) en ne se cachant pas, que du contraire... Ses éducateurs, il y a vingt ans de cela, ont opté pour la banalisation, faire semblant qu'on ne la voit pas ; ils n'ont donc pas compris l'appel au secours, ils n'ont pas perçu le signal de détresse. Plus tard, cette adolescente s'est mise à fumer du haschich, ce qui a provoqué de la part des éducateurs une réaction de punition: la loi avait été transgressée... Enfin, cette adolescente a fini par se taillader les veines des poignets, en public, pour être sûre d'en réchapper, bien sûr, mais surtout d'être enfin prise au sérieux dans son mal-être, dans sa quête d'identification !
Que retenir de ce bref parcours ? Comme adulte, en responsabilité éducative d'une manière ou d'une autre, il nous faut interpréter le signal, le symptôme. Il nous faut ensuite créer un climat de confiance qui va permettre de libérer la parole. Il nous faut enfin donner de l'espoir à ce jeune en mal-être, l'aider à trouver du sens à sa vie, faire un bout de chemin avec lui. S'il le veut bien[29].
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La réduction des risques et des dommages
Jusqu'au début des années quatre-vingts, toute l'aide aux usagers de drogues était centrée essentiellement sur le retour à l'abstinence. Le point de départ était toujours le sevrage physique. Ensuite, si le "patient" était toujours là, une aide sociale et psychothérapeutique était envisagée. On ne s'étonnera pas, dès lors, que les succès thérapeutiques étaient rares[30]. Mais c'est à cette époque que le SIDA, dû à un virus encore inconnu, va faire son apparition. Il bouleversera et modifiera durablement les relations humaines. Aux prises avec cette maladie, l'humanité qui se croyait en route vers l'immortalité, va refaire connaissance avec les peurs ancestrales des grandes épidémies. Et, comble d'ironie, maladie vénérienne par excellence, c'est par l'acte d'amour, censé combattre la mort que le SIDA tue. On s'aperçoit très vite que ce virus se transmet également lors d'un échange sanguin entre une personne contaminée et une personne saine. Des SIDA surviennent suite à des transfusions de sang contaminé mais la maladie s'étend particulièrement dans les milieux d'usagers de drogues en intraveineuse. A cette époque, il était en effet courant de pratiquer l'échange de seringue et de mettre en commun le matériel d'injection.
Confrontés à cette menace, les professionnels de la toxicomanie vont devoir modifier complètement leur approche. Privilégiant la lutte contre la menace principale, à savoir la mort assurée par le SIDA, il sera toujours temps de prêcher l'abstinence après ! Le discours ne sera plus : "ne te drogue pas", mais "si tu te drogues, drogue toi propre" ! Cette évolution va changer la relation entre intervenants et usagers. "Tu n'es plus là pour me faire la morale, tu te préoccupes de ma santé, donc tu m'aimes !" Les programmes de réduction des risques et des dommages amènent ainsi, sans que cela n'ait été planifié, une ouverture et une amélioration des relations entre le milieu psychothérapeutique, médical et des usagers (encore) non demandeurs d'aide.
Parmi des usagers actifs, sont "recrutés" des volontaires. Ces derniers s'engagent, contre rétribution, à suivre une formation sur les aspects sanitaires de prévention de maladies transmissibles par voie sexuelle et intraveineuse chez les usagers de drogues (SIDA, Hépatites B et C). A l'issue de cette formation, ils reçoivent pour mission de transmettre l'information à une dizaine, au moins, d'usagers de leur entourage. Ce programme de "formation par les pairs" a débuté dans les années quatre-vingts et se prolonge encore actuellement. Ce mode de transmission de l'information "par les pairs" faisant effet "boule de neige" s'est révélé extrêmement efficace. La faible proportion de Sida chez les consommateurs de drogue en Belgique n'y est peut-être pas étrangère.
Ce n'est pas tout de connaître les risques encourus par la consommation de drogues en intraveineuse, encore faut-il disposer de matériel stérile. Ainsi ont vu le jour, dans un grand nombre de pharmacies, les campagnes de délivrance de seringues stériles dans des pochettes contenant, outre deux seringues stériles, de l'eau injectable, un tampon désinfectant et un préservatif (Pochettes Sterifix[31]). Ces opérations ont également eu pour heureuse conséquence de modifier profondément les relations, jusqu'alors tendues et méfiantes, entre usagers et pharmaciens : un climat de confiance et de respect mutuels favorise l'établissement d'une relation d'aide ainsi que, pour le pharmacien, une amélioration de ses conditions de sécurité.
Constatant qu'un public très marginalisé ne se rendait pas dans les pharmacies aux heures normales d'ouverture, des comptoirs de distribution et d'échange de seringues ont été institués. Ouverts en soirée, avec des horaires convenant à leur "clientèle", ils offrent seringues et matériel, et favorisent, dans un souci de santé publique, la récupération du matériel souillé. Les animateurs de ces comptoirs sont des personnes formées au dialogue avec ce type de public, attentives à toute demande d'aide, qu'elle soit d'ordre social, médical (dépistages, premiers soins) ou psychologique.[32]
Toujours dans le même souci d'aider les usagers à se protéger des risques liés à leur consommation, l'ASBL "Modus Vivendi" édite à leur intention des petites brochures dédiées chacune à un produit particulier : héroïne, cocaïne, cannabis, XTC, etc. Loin d'être une invitation à consommer, l'usager y trouve une série de renseignements et de conseils visant à minimiser au maximum les risques liés à l'usage de ce produit.
Par exemple à Dour en Hainaut où se tient chaque année un grand festival de musique "rock", techno, etc., l'ASBL Modus Vivendi installe un point préventionet information. Des éducateurs spécialisés se tiennent la disposition du jeune public pour l'informer sur les risques liés aux nombreuses "pilules" qui circulent inévitablement dans ces manifestations. En plus d'informations générales, les travailleurs présents sur le stand disposent d'un catalogue de produits suspects ou dangereux et peuvent au besoin mettre en garde les jeunes qui leur présentent leurs "achats" avant de les consommer. Ils se procurent également des "échantillons" des produits proposés au public pour les envoyer dans un laboratoire pour analyse afin de compléter leur banque de données. A certaines occasions, le stand dispose d'un petit matériel de chimie permettant non l'analyse, mais l'identification qualitative et non spécifique du MDMA, principe actif de l'XTC. Cette démarche appelée "testing" permet, d'entrer en contact avec le consommateur soucieux d'en savoir plus. On peut cependant craindre qu'il attende de la part de son interlocuteur une sorte de "label de qualité" que celui-ci serait , vu le matériel et le temps dont il dispose, bien incapable de lui donner.
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Les traitements psychologiques et médicaux et les traitements de substitution .
On l'a vu plus haut, ce n'est pas seulement aux produits qu'il faut attribuer les problèmes de dépendances[35]. D'autres facteurs doivent pré-exister à la rencontre avec le produit : problèmes sociaux et / ou familiaux, aggravés ou non de maladies mentales débutantes ou déjà installées font le nid du développement des dépendances. Se limiter à la suppression du produit en vue de traiter les "toxicomanies" reviendrait à ne soigner les infections qu'en faisant baisser la température !
Traiter des "toxicomanies" revient donc à s'occuper de ses causes indirectes, bien plus responsables du mal-être de la personne que les produits eux-mêmes.
Que de fois entend-on dire que "les toxicomanes sont des menteurs, des voleurs et des manipulateurs?"
Pourtant, il sera impossible d'aider une personne dépendante si on éprouve vis à vis d'elle de la peur ou de la méfiance, ni d'ailleurs si elle-même n'en fait pas la demande.
Je crois que tout traitement des dépendances commence par l'établissement d'une relation de confiance. Les spécialistes parlent "d'alliance thérapeutique". Les études montrent que l'amélioration des conditions psychologiques et sociales des usagers de drogues dépend très fortement de l'intensité de cette alliance thérapeutique. Pas plus qu'il ne s'agit d'être naïf, tout discours moralisateur ou faussement compréhensif, voire complice, aura un effet répulsif.
Simplement, il faut faire savoir, que l'on est là, bien sûr dans les limites de notre vie privée et des contraintes auxquelles nous sommes soumis professionnellement. Le thérapeute saura être prêt à entendre toute demande d'aide, à ouvrir un dialogue et une relation sans jugement préalable.
C'est ainsi que la démarche d'offrir une seringue[36] en étant conscient qu'elle sera destinée à l'injection du produitest déjà thérapeutique. Car à ce stade, aucune autre relation n'est possible.
Et quand, comme c'est malheureusement si souvent le cas, la dépendance se sera installée, que les problèmes s'accumuleront (exclusion sociale, familiale, délinquance, prison, etc.) peut être se souviendra-t-on de cette main tendue et peut être ira-t-on demander cette aide.
Ne pas s'étonner alors de n'être pressenti que par des demandes de guérison, d'abstinence, des volontés de "s'en sortir"! C'est évidemment le discours attendu. On le voit alors proférer une demande de sevrage qui singe à merveille celle qui est attendue.... Il trouve les mots qu'on attend de lui, et qui ne sont autres que ceux dont on l'a bassiné parfois pendant les années où il semblait faire le sourd. Rien n'est plus convaincant pour la mère du toxicomane, pour le psychiatre ou le travailleur social commis à évaluer la "motivation", que d'entendre les mots que lui-même a mis dans l'oreille de celui qui les tient. Puis tout échoue et la cure avorte... Et tous de conclure que le toxicomane est manipulateur. Sans envisager que la manipulation n'était pas moindre chez eux.[37]
La rechute fait partie du traitement, et pas plus qu'on ne se fâche sur un malade qui fait une nouvelle crise d'arthrose, il ne convient de l'être vis-à-vis d'une personne dépendante.
Il ressort donc des précédentes lignes que l'aide aux personnes dépendantes va (devrait) mobiliser autour d'elles des thérapeutes issus tant du milieu psychomédical que du social et même du judiciaire. Faisant de leurs différences un atout plutôt qu'une raison de conflits, ces professionnels vont établir entre eux des liens et travailler "en réseau"
Si le souhait profond des thérapeutes reste d'affranchir le toxicomanede sa dépendance, il importe de ne pas le considérer comme le but primordial à atteindre, encore moins de vouloir l'imposer. Le réseauest là pour analyser la demande d'aide au-delà des mots prononcés et de lui trouver la réponse la plus adéquate. A l'objectif initial, qui consiste à minimiser les risques afin de prolonger la vie, se substitue celui d'amener la personne à trouver d'autres sources de bien-être que celles que lui apporte son produit. Tout ce cheminement n'étant possible que dans le cas où les problèmes annexes (désinsertion sociale, problème avec la Justice, avec la famille…) ont été pris en charge et trouvent des débuts de solutions. On est donc loin du modèle ancien, par lequel on démarrait tout traitement par "le sevrage physique" à l'issue duquel on prenait en considération le "sevrage psychologique". Qui s'étonnera alors si le taux d'échec avoisinait les 100 %?
Bien implantée en Belgique depuis plus d'une décennie, la substitution de l'héroïne par la méthadone est devenu le modèle le plus connu du traitement médical des dépendances.
La substitution devra permettre à la personne de supporter physiquement et/ou psychologiquement l'arrêt total ou partiel du produitdont elle est devenue dépendante. Ce substitut est bien entendu autorisé, il est de qualité et de dosage garantis et délivré dans des conditions contrôlées. La pourvoyance de médicaments sédatifs aux alcooliques (benzodiazépines) et de nicotine sous forme de patchs ou de gommes aux fumeurs sont des exemples de traitement de substitution[38].
Les substituts peuvent donc être des "médicaments" au sens premier du terme[39], mais également des substances de même nature que la drogue originale dont le mode d'action ou de prise est différent (méthadone, buprénorphine comme substitut de l'héroïne). Ce peuvent être enfin les produits eux-mêmes, mais sortis de leur clandestinité et fournis dans un cadre thérapeutique (pourvoyance légalisée d'héroïne[40]).
Ce traitement ne vise donc pas prioritairement à supprimer la dépendance, mais à en réduire ou supprimer les effets néfastes ou destructeurs. Pour la population en général, il faut mentionner que les traitements de substitutionont un impact positif au niveau de la sécurité.
Et puisqu'on parle de "traitement", il importe de ne pas se limiter à la seule substitution. Donner un substitut ne dispense évidemment pas de l'accompagnement psychosocial. Celui-ci, au contraire, reste plus que jamais l'élément essentiel de l'aide que l'on peut apporter à la personne dépendante.
L'héroïne, ou diacétylmorphine , est une substance préparée au départ de dérivés de l'opium . Elle agit, comme les autres opiacés sur certains sites récepteurs dits à "endorphines" naturellement présents dans nos cellules nerveuses. Les produis opiacés ont également la propriété de provoquer une accoutumance plus ou moins rapide, et des symptômes désagréables dits de "manque" lorsque la personne est soudainement privée du produit.
Dans le cas particulier des opiacés, on a découvert que des produits synthétiques de structure comparable agissaient sur les mêmes régions du système nerveux que l'héroïne. Les sites récepteurs se trouvant ainsi saturés (car ces substances viennent effectivement se substituer à l'héroïne), on constate durant 24 heures environ une absence de manque et une moindre appétence à l'héroïne. Enfin, lorsque la dose idéale, fort variable d'une personne à l'autre, a bien été déterminée, l'état de conscience du sujet ne se trouve pas altéré par la prise du substitut.
A l'heure actuelle, deux produits sont utilisés. En Belgique, on utilise principalement la méthadone. Il s'agit d'un opiacé de synthèse mis au point durant la guerre de 40-45 par des chimistes allemands pour pallier le manque de morphine de l'époque. La buprénorphine, commercialisée sous le nom de Subutex ® est également utilisée, principalement en France. Son principal avantage serait de rendre les sujets moins dépendants qu'à la méthadon mais il est plus onéreux.
Le traitement de substitution met "entre parenthèses" la souffrance ressentie par la personne lorsqu'elle est privée de son produit. Ce qui est considérable !
Le substitut matérialise également l'alliance. Les nécessités de sa prescription entraînent des rencontres régulières entre le " patient " et ses thérapeutes. Il importe alors de mettre à profit ces moments privilégiés pour "ouvrir un espace de parole ", aider la personne à formuler ses demandes et exprimer ses souffrances.
Idéalement, le traitement démarre par la recherche, en suivant les réactions du patient, de la dose journalière la plus adéquate. Cette dose idéale est celle qui lui permet de ne pas ressentir le manque tout en n'étant pas tenté de re-consommer son produit . On se maintiendra à cette dose aussi longtemps qu'il faudra, c'est-à-dire, tant que le patient n'aura pas acquis la capacité de vivre harmonieusement dans son corps et dans la société, sans recours aux produits. A ce moment, c'est lui-même qui exprimera sa volonté de diminuer les doses en vue d'un sevrage total, marquant la fin et la réussite du traitement.
Enfin, l'expérience a démontré que la méthadone n'est pas qu'un substitut à l'héroïne . Dans un certain nombre de cas, on s'aperçoit qu'elle joue également un véritable rôle thérapeutique, agissant en tant que médicament pour certaines affections mentales.
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Ourania est une jeune fille d'environ 18 ans, mince, spontanée et sensible. Elle est étudiante en cinquième technique secondaire. Elle veut devenir infirmière. Elle commence une expérience avec les joints à l'âge de 15 ans. Ensuite, elle a l'occasion et expérimente un demi carton de LSD. Elle parle également d'une troisième expérience. Elle refuse d'expérimenter l'alcool, l'héroïne ainsi que la méthadone. Elle dit en cela agir sur les conseils d'une amie qu'elle définit comme son ange gardien. Actuellement, elle dit ne plus consommer de "produits", et pratique les arts martiaux.
Elle a consommé des substances hallucinogènes avec des amis, une nuit dans un appartement. Elle stresse à l'idée de voir arriver son frère pressenti pour venir la chercher, parce qu'elle a un rendez-vous avec ses cousines et qu'elle trouve que le temps passe trop vite alors qu'elle se sent si bien. Elle est prise de tics, à l'impression de devoir lever ses jambes très haut pour pouvoir marcher. Lors de la "descente", elle se sent tout à coup très fatiguée, presque "vert de la tête"... Çà, dit-elle, je l'ai vu en réalité : vert olive!. "Et on crevait de faim, c'était atroce, cette peau qui était verte et des boutons qui poussaient partout, avec du pus. Et ce n'était pas imaginaire, je l'ai vraiment vu comme ça. Je voyais des choses qu'on ne voit pas quand on est dans un état normal : un meuble qui faisait des vagues, la porte me paraissait immense... Je parlais avec une autre fille qui est devenue comme un monstre, sa peau fondait presque. La lumière s'agrandissait tellement que c'était comme toutes des explosions, tout était agrandi, comme une grosse bombe qui éclate; j'étais très excitée, je dansais sans cesse et regardais vers le haut. Je regardais les autres qui dansaient aussi et ils avaient l'air bizarroïde et leurs visages devenaient horribles, se déformaient, la peau fondait. Les voitures faisaient plein de vagues, devenaient molles, tout était mou autour de moi".
Retour à la maison.
"Dans le tram, tout le monde était vert et tout était mou, mais on se sentait très bien, il n'y avait rien de mal, je ne sentais rien qui me faisait mal ni à l'intérieur ni à l'extérieur".
Arrivée à la maison.
"Il y avait plein de serrures sur la porte... j'essayais peu à peu. J'étais consciente que j'étais complètement pétée". Je regarde mon visage dans le miroir et je voyais des lignes rouges qui ondulaient de tous les côtés sur mon visage. Et entre ces lignes c'est comme si je voyais mes globules rouges. Tout faisait comme un flux qui avançait, reculait, comme si je voyais toute la circulation de ma tête, et j'ai eu peur".
Elle conclut que c'était agréable "jusqu'aux hallucinations avec la porte, les globules rouges et le fait qu'elle oublie comment est le visage de sa mère. Cela lui procure beaucoup de chagrin et d'angoisse pendant la descente. "Je me mets à penser à ma mère, puis tout à coup, le flash, l'horreur : je ne me rappelle plus son visage... c'est encore plus triste que tout ce que j'avais vécu".
J'ai récemment essayé l'ecstasy et je tiens à vous encourager dans votre lutte contre cette "saloperie". En effet, pendant deux heures après l'ingestion, tout allait bien jusqu'au moment où, pris de vertiges, de troubles visuels, etc. je dus prendre l'air durant une heure, presque inconscient. En fait, je savais les effets positifs de cette merde mais je n'avais aucune connaissance de ce que l'on appelle une descente ou plus précisément un "bad trip" dans mon cas. C'est pourquoi je tiens sincèrement à vous féliciter de décourager les jeunes à toucher aux ecstasy car lorsque l'on vit l'expérience que j'ai vécue, que l'on croit que c'est la fin, qu'on va y rester, il est un fait qu'on voit la chose différemment...
Je suis maman de 3 adolescents (18, 16 et 14 ans) et je suis très tracassée par mon aîné. Il me dit fumer du cannabis très régulièrement, et ne fumer que ça. Mon mari et moi en parlons ouvertement avec lui et il reste sur ses positions (c'est-à-dire qu'il n'a pas l'intention d'arrêter. Je ne lui dis pas d'arrêter, mais de diminuer sa consommation), il en fume depuis qu'il a 15, 16 ans.
Maintenant, je viens de découvrir par hasard qu'il vend des pilules d'ecstasy et qu'il en consomme lui-même. Nous ne savons pas comment réagir, comment lui en parler, que faire pour l'aider. En visitant des sites consacrés aux assuétudes, je suis tombée sur le vôtre, d'où mon mail. Je n'ai probablement par encore tout lu sur le sujet, mais je trouve qu'on décrit beaucoup les produits, leurs effets, etc., etc. Mais nous, PARENTS, comment doit-on réagir ? Je sais que chaque enfant est différent et que chaque parent fait du mieux qu'il peut avec les moyens qu'il a, mais il doit tout de même exister des constantes, des bouts de piste, des conseils, des idées sur les façons de faire. Je suis désemparée face à cela, j'ai peur pour lui et vous remercie d'avance de me donner quelques points de départ.
Réponse:
Vous pourrez peut être vous interroger sur le sens qu'il faut donner à ce comportement de consommation de votre fils, et peut être à l'appel au secours inconscient que cette consommation pourrait constituer vis à vis de vous. Il faudrait sans doute aussi suggérer à votre fils que toute consommation de produits psychotropes constitue une certaine prise de risque sur son avenir - en termes de santé physique, de santé mentale, de qualité de vie future, de développement intellectuel, etc. Il existe des centres de documentation; des éducateurs peuvent aborder le sujet etc. Je n'interdirais certainement pas un comportement de consommation, mais j'insisterais pour qu'elle se pratique en pleine connaissance de cause et en réduisant les risques au maximum. A 18 ans on doit être capable d'entendre cela.
Ce qui m'inquiète plus, ce serait qu'il participe au "business" en faisant de la revente. Le jour où il y aura un problème avec la Justice, et cela ne manquera pas d'arriver, ce sera lui, le gamin naïf qui se fera prendre et pas les "gros" dealers... Avec tout ce que cela comporte en termes de casier judiciaire, de correctionnelle etc. Donc pour ce point, essayer de lui faire comprendre qu'il commet un grosse bêtise (en le mettant en relation avec des éducateurs en qui il pourrait avoir confiance).
Enfin, vous concernant, renseignez-vous sur les "groupes de parents" dans votre région. Ces groupes de parents sont des lieux de parole encadrés avec l'aide d'animateurs spécialisés. Il y a moyen là de faire des rencontres qui vous permettront de définir et d'adopter l'attitude la plus adéquate, à vous interroger sur vous-même, vos erreurs, vos faiblesses, vos points forts...
Comment pouvez-vous avancer que la vente de produits
dérivés du cannabis soit liée à la mafia
des drogues dites dures. Je suis consommateur de cannabis et JAMAIS je ne suis
entré en contact avec un revendeur qui proposait autre chose que du hash et de
l'herbe. Dans mon entourage aussi, on s'étonne, on s'insurge de l'amalgame
fait entre les consommateurs de cannabis et les toxicomanes...
Encore une chose : alcool et cigarettes sont des drogues DURES... Le manque
alcoolique, dans ses manifestations est assimilable au manque toxique
d'héroïne. Alors, cessons de faire une distinction 'drogues douces-dures'. Ce
ne sont pas les substances qu'il faut condamner mais les comportements par
rapport à celles-ci. Plus que de la répression, c'est de l'éducation qu'il
faudrait faire. Pas de la prévention, de
l'EDUCATION.
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Addiction |
Néologisme au départ du mot anglais "addict" signifiant dépendance, "goût immodéré pour". Ce mot anglo-saxon est lui-même issu d'un terme juridique de vieux français qui signifie "devenir esclave pour rembourser ses dettes". |
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Alliance thérapeutique |
Se dit lorsque le patient et son thérapeute en viennent à unir volontairement leurs efforts respectifs dans une démarche de guérison |
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Amphétamine |
Ou "speed" : substance de synthèse ayant une action stimulante sur le système nerveux central. Utilisée comme produit "dopant" |
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Assuétude |
Du latin "ASSUETUDO" qui signifierait, selon le contexte : "j'ai l'habitude de" ou "je suis l'esclave de". On parle d'assuétude lorsque un comportement de la personne passe du stade de "l'habitude" à celui de l'esclavage. (voir : addiction) |
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Bad trip |
En anglais : "mauvais voyage". Lorsque les sensations provoquées par le produit sont désagréables ou effrayantes. |
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Buprénorphine |
Substance opiacée de synthèse utilisée comme antalgique (antidouleur) et comme produit de substitution à l'héroïne. |
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Dépénalisation |
Suppression des poursuites et des peines consécutives à des comportements légalement considérés comme fautifs. |
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Dépendance |
Lorsque le fonctionnement quotidien d'une personne n'est possible qu'en exerçant un comportement donné. Ainsi, on parlera de dépendance à un produit lorsque la vie d'une personne ne peut se concevoir en dehors de la consommation de ce produit. (voir : assuétude) . |
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Diacétylmorphine |
Nom scientifique de l'héroïne. |
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Dopamine |
Une des molécules présentes dans le cortex cérébral et exerçant une fonction de transmission de l'influx nerveux (neurotransmetteur). L'installation de la dépendance est liée à ce qu'il est convenu d'appeler "le système de récompense", lequel se trouve stimulé par la libération de dopamine dans une zone précise du cerveau. |
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Drogue |
Étymologiquement : chose sèche (de "droog" en néerlandais). En Pharmacie : plantes médicinales séchées. Par extension : médicament de mauvais goût ou de mauvaise qualité, inutile voire dangereux. Enfin, toxique ou stupéfiant. (voir à ce mot). |
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Hypnotique |
Qui provoque le sommeil. |
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Légalisation |
Rendre légal. Dans le cas d'une drogue, le fait de la légaliser consiste à reconnaître son existence et son utilisation, généralement dans des limites précisées par la loi : la réglementation (âge, conditions d'obtention, consommation en public ou non, conduite de véhicules…). |
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Neuroleptique |
Classe de médicaments utilisés pour traiter certaines pathologies mentales (psychoses, manies). |
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Méthadone |
Substance opiacée de synthèse utilisée principalement comme produit de substitution à l'héroïne. Actuellement, on ne l'utilise pratiquement plus pour ses propriétés antalgiques (antidouleur). |
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Opiacé |
Qui contient de l'opium ou est constitué d'un de ses dérivés. |
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Produit |
Désigne une substance naturelle ou artificielle (produit de synthèse). Autre terme pour désigner une drogue ("être dépendant à un ou à son produit") |
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Prohibition |
Interdiction légale de fabriquer, d'importer, de vendre, de détenir, de consommer ou d'utiliser certaines marchandises, denrées ou substances. |
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Psychotrope |
Se dit d'une substance capable de modifier le fonctionnement du psychisme. |
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Réduction des risques |
Plus complètement : réduction des risques et des dommages. Ensemble des moyens visant à minimiser les inconvénients au niveau de la santé consécutifs à un comportement. Cette réduction des risques s'adresse tant au niveau de la personne qui pratique ce comportement que de son entourage. |
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Réseau |
Dans le cas des dépendances : un ensemble d'intervenants appartenant à différentes disciplines ou institutions et ayant établi entre eux des relations dans le but de favoriser et de coordonner l'ensemble des actions psychologiques médicales et sociales. |
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Sédatif |
Se dit d'un produit qui calme l'activité exagérée d'un organe. Dans le cas particulier du système nerveux central : qui procure un apaisement. |
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Sevrage |
Action visant à séparer progressivement une personne d'une nourriture, d'un comportement ou d'une consommation, avec une visée finale d'abstinence. |
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Stupéfiant |
Concerne une liste de substances psychotropes soumises à une réglementation spéciale. Cette liste est publiée dans la législation relative à "l'art de guérir" et reprend une série de médicaments faisant l'objet d'une surveillance particulière ainsi que les "drogues prohibées" dans le cadre de réglementations internationales. |
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Substance |
Matière constitutive de produits, d'objets, d'organes, d'êtres. La substance peut également désigner le produit (voir à ce mot). |
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Toxicomane |
Personne dépendante d'un produit. Par extension, personne consommatrice de produits prohibés (avec ou sans dépendance). |
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Toxicomanie |
Etat d'intoxication engendré par la prise répétée de substances toxiques créant un état de dépendance psychique et physique à l'égard de ses effets. (Dictionnaire "Petit Robert" 1995). |
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addiction, 3, 9
alliance thérapeutique, 26, 28
amphétamine,11, 13, 15
assuétude,3, 9, 10, 20, 21, 31
bad trip,14, 30
buprénorphine,28
cannabis, 4, 5, 9, 19, 24, 31
cocaïne, 5, 8, 10, 11, 12, 14, 15, 24
crack,11, 12
dépénalisation,18, 19
dépendance, 3, 20, 21, 26, 27, 28
diacétyl-morphine,28 Voir héroïne
dopamine,12
Dr Jean-Pierre Jacques, 9, 10, 26, 27
ecsta : Voir ecstasy
ecstasy,11, 16, 17, 18, 30, 31
GHB,18
hallucinogène, 7, 11, 13, 14, 16, 17, 30
haschich, 9, 13, 19, 21 : Voir cannabis
héroïne,3, 5, 6, 9, 10, 11, 12, 19, 24, 27, 28,
29, 30
hypnotique, 7
légalisation, 18
LSD,11
marijuana,13, 19 : Voir cannabis
méthadone, 27, 28, 29, 30
morphine, 5, 8, 11
neuroleptique, 7, 16
opium, 4, 5, 11, 28 Voir pavot
pavot, 4, 5, 11
prévention,19, 20, 21, 24, 32
produit, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 14, 15, 16,
17, 18, 19, 21, 24, 26, 27, 28, 29, 30, 31
prohibition, 3, 8, 17, 18
psycho-actifs : Voir psychotrope
psychotrope, 3, 4, 7, 8, 11, 15, 16, 18, 31
réduction des risques, 23
réseau, 27
sédatif, 7, 11, 16, 27
sevrage, 12, 23, 26, 27, 29
Shulgin, 16, 17, 18
stupéfiant, 5, 8
substitution,11, 26, 27, 28
Subutex, 28 : Voir buprénorphine
toxicomane, 9, 10, 15, 16, 21, 26, 27, 32
toxicomanie, 3, 4, 9, 23, 26
Triangle d'Or, 5
XTC,13, 16, 17, 24 : Voir ecstasy
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1. Jean-Pierre Changeux (2003) "Mécanismes moléculaires de la dépendance à la nicotine", Biofutur 234, 22-25.
2. Michel Hautefeuille (2002), "Drogues à la carte", Ed. Payot, Paris.
3. Jean-Pierre Jacques (1999), "Pour en finir avec les toxicomanies", Ed. De Boeck Université, Paris – Bruxelles.
4. Pascale Jamoulle (2000), "Drogues de rue", Ed. De Boeck Université, Paris – Bruxelles.
5. H. Lüllmann, K. Mohr, A Ziegler (1991), "Atlas de poche de pharmacologie", Flammarion, Médecine-Sciences.
6. Jean Paul Brohée site web "Assuétudes et Pharmacie" www.users.skynet.be/toxicomanie.
7. R. Verbeke (1990)"Diversité et évolution des usages d'héroïne",Psychotropes VII. 1
8. A. Lallemand, P. Schepens (2002), "Les nouvelles drogues et la génération rave" Editions Grasset.
[1] Les mots en italique et caractère gras lors de leur première apparition dans ce texte sont repris et dans un glossaire.
[2] Voir cannabis.
[3] Voir opium, opiacés, héroïne.
[4] Ici le mot "drogue" est utilisé selon sa signification initiale : en pharmacie, on appelle "drogues" les plantes
médicinales séchées. Ces drogues sont ensuite réduites en poudres que l'on utilise telles quelles ou qui serviront
d'élément de base pour la fabrication de teintures, d'extraits, etc.
[5] Le Dr Jean-Pierre Jacques est l'auteur de l'ouvrage auquel nous nous référons : "Pour en finir avec les toxicomanies" (cf. bibliographie).
[6] Le Dr Isy Pelc est le chef du service de psychiatrie et du service d'alcoologie et de toxicomanie de l'Hôpital Brugmann à Bruxelles
[7] On parle ici d'une recherche de solution permettant de calmer des douleurs morales.
[8] Sur base, entre autre, de la documentation produite par la Police Fédérale.
[9] Je classe l'alcool parmi les sédatifs bien qu'il soit doté également de propriétés stimulantes comme bon nombre d'autres psychotropes sédatifs. Ainsi constate-t-on une excitation initiale suivie d'endormissement lors d'une imprégnation alcoolique.
[10] Produits de la "famille" du Valium ®; Lexotan ®, Lysanxia ®, etc.
[11] On a découvert des substances naturelles capables de modérer des douleurs au sein de nos cellules nerveuses. Ces "endorphines" ou morphines naturelles agissent en s'intégrant à des sites récepteurs spécifiques. Il est apparu que les dérivés opiacés comme la morphine, l'héroïne, etc. possèdent des analogies de structure chimique qui leur permettent d'interagir avec ces sites récepteurs à endorphines et d'exercer une action sédative et antalgique.
[12] "En Marche" 5 juin 2003.
[13] A. Lallemand, P Schepens, "Les nouvelles drogues et la génération rave". Ed. Grasset 2002.
[14] idem
[15] XTC, Ecstasy nom donné aux MDMA ou 3,4 méthylène-dioxyméthylamphétamine et à des substances proches comme le MDA et MDEA.
[16] Henri Laborit en 1952 avec des recherches sur le Largactil®
[17] Dont l'acide gamma aminobutyrique ou GABA.
[18] Michel Hautefeuille (2002), "Drogues à la carte", Ed. Payot, Paris.
[19] Titres : PIHKAL en 1991 pour: Phenylethylamaines I Have Knowed And Loved, puis en 1997, TIHKAL pour Tryptamine I Have Knowed And Loved ! Dans ces ouvrages qui reprennent la liste exhaustive des produits synthétisés et testés par Shulgin sont diffusées "les recettes" de centaines de drogues synthétiques de type amphétamine et tryptamines .
[20] Lisez, pour en savoir plus, le chapitre consacré aux produits et particulièrement le témoignage d'Ourania sur son trip au LSD.
[21] 4-MTA ou 4- méthyl thioamphétamine. Autres dénominations: "falt liner", "golden eagle", "S5".
[22] Citons "en vrac" : MDA, 2CB, 2C-T-7, DMT, MDEA, PMA, STP, DOB, TMA, MBDB et j'en passe
[23] Michel Hautefeuille (2002), "Drogues à la carte", Ed. Payot, Paris.
[24] "usager non problématique" est un terme non défini, laissé à l'appréciation de l'autorité judiciaire et donc susceptible d'interprétations variables selon les Parquets
[25] "petite quantité" : même problème que celui cité ci-dessus. On parle de quantités allant de cinq à dix voire quinze grammes, d'autres sources citent le chiffre de trois grammes. Voir article de C. Van Rompaey dans "En marche", juin 2003.
[26] Déjà, en 1996, une circulaire du ministre de la Justice de l'époque avait recommandé de traiter les cas de consommation de cannabis avec la "dernière des priorités".
[27] Le tabagisme est un facteur de risques majeur pour les cancers : dans les années 90, près d'un tiers d'entre eux étaient dus au tabac. En France, il tue plus de 60.000 personnes par an. A lui seul, aux Etats-Unis, le tabagisme tue plus que l'usage de l'alcool, de la cocaïne, de l'héroïne, les homicides, le suicide, les accidents de voiture, le feu et le SIDA combinés. (J-P Changeux, Biofutur 234, juin 2003, 22-25)
[28] Il s'agit d'un extrait d'une communication du R.P. Michel Scheuer, recteur de la F.U.N.D.P de Namur, lors d'un séminaire sur les assuétudes.
[29] R.P Michel Scheuer.
[30] voir le sujet "thérapeutique"
[31] Pochettes Sterifix en Communauté Française de Belgique est une opération initiée et menée par l'ASBL "Modus Vivendi" (67 rue de Béco, 1050 Bruxelles).
[32] Chaque année, en Communauté Française, environ 350.000 seringues sont distribuées et échangées dans les comptoirs.
[33] Voir chapitre " La génération rave".
[34] Titre de l'ouvrage du Dr Jean-Pierre Jacques : "Pour en finir avec les toxicomanies", (1999), DeBoeck Université.
[35] On est étonné du nombre de consommateurs capables de "gérer" leur consommation d'héroïne Cf. article publié en 1990 par R. Verbeke dans la revue "Psychotrope" (vol VII, N°1, automne 1990) : "Diversité et évolution des usages d'héroïne".
[36] Voir le chapitre consacré à " la réduction des risques ".
[37] Dr Jean-Pierre Jacques, "Pour en finir avec les toxicomanies"
[38] S'il est vrai que nicotine du tabac entraîne une dépendance physique importante, il faut néanmoins mentionner que le tabac ne modifie pas la conscience. Il ne faudrait donc pas attribuer aux fumeurs de tabac les mêmes motivations qu'aux usagers de psychotropes.
[39] On appelle médicament les substances utiles pour éviter ou traiter des maladies (agents anti-infectieux, anti-douleurs, …) mais aussi pour explorer des malades (agents de diagnostic) ou modifier une activité normale de l'organisme (comme la pilule contraceptive).
[40] Cette pourvoyance d'héroïne se pratique déjà en Suisse et aux Pays-Bas. Des études de faisabilité sont actuellement menées en Belgique.