1830. La Ville de Marseille (France)

 

ENTRE le Premier Empire et la Restauration, l'évolution de la marine se reconnaît à de nombreux signes. La transition est bien marquée par un vaisseau comme la Ville de Marseille. Construit sur les plans de Sané, lancé à Toulon en 1812 et transformé en 1824, ce deux-ponts de 74 canons eut une longue carrière. En 1835 il était encore en service actif sous les ordres de l'homme qui, en France, a complètement réformé les méthodes de combat sur mer : l'amiral LALANDE. Ce dernier professait que la man'uvre n'était qu'un moyen et non un but ; le but, pour lui, le seul but, c'était la bataille ; et comme, pour gagner la bataille, l'arme prépondérante est le canon, tous ses efforts tendront à en augmenter l'efficacité. Faisant placer des hausses sur les canons, ce militaire réaliste mais non dépourvu d'humour s'en expliquait ainsi : « je ne saurais comprendre quel avantage on peut avoir à ne pas viser le point que l'on veut atteindre... » Cette innovation faillit d'ailleurs coûter cher à Lalande, puisque la direction de l'artillerie lui réclama le remboursement du matériel qu'il avait ainsi « mutilé » ! Heureusement l'Amiral de Rigny, nouveau Ministre de la Marine, lui épargna la colère des bureaucrates. C'est encore pour obtenir une plus grande justesse de tir que Lalande fut le promoteur de la platine à capsule, puis de l'étoupille fulminante produisant la mise à feu instantanée par la percussion d'un marteau. Tir plus précis, mais aussi plus rapide grâce à la « charge précipitée », qui consistait à introduire, d'un seul coup de refouloir, les gargousses et le projectile dans l'âme de la pièce. Envoyé en orient en 1833 et en 1839, l'Amiral Lalande s'y distingua avec sa fameuse escadre de huit vaisseaux armés de 74 à 100 canons, la mieux entraînée qu'on ait jamais vu en France depuis l'époque du grand Suffren. Incomparable entraîneur d'hommes, il sut unifier l'organisation de ses vaisseaux, jusqu'ici abandonnés à l'improvisation, bonne ou mauvaise, de leurs capitaines. Craignant son légendaire esprit combatif, le gouvernement le fit revenir en France en 1840.