1903. Dirigeable « Le Jaune » de Lebaudy (France)

 

LE problème de la dirigeabilité des ballons a fait de remarquables progrès. Le mérite en revient aux riches frères LEBAUDY, qui, avec le ballon auquel ils ont laissé leur nom, sont arrivés à de tels résultats expérimentaux qu'il n'y a plus de doute sur la dirigeabilité des ballons. » C'est par ces mots qu'un journaliste italien rendait hommage en 1905 à une réalisation française des plus évoluées. Les frères Lebaudy, avaient investi dans leur aéronef plus d'un million de francs-or, appelant à la rescousse deux grands experts : l'ingénieur Julliot et le constructeur Surcouf. Le dirigeable était prêt à la fin de 1902, et à sa première apparition dans le ciel de Paris, fut surnommé immédiatement Le jaune — couleur de l'enduit utilisé pour la première fois au monde. Il avait une longueur de 58 m, un diamètre de 9,80 m et un volume de 2 300 m3. Un système compliqué de suspension soutenait la nacelle faite de tubes d'acier, en forme d'embarcation. Un moteur Daimler de 40 ch actionnait deux hélices de 2,80 m de diamètre. L'appareil, très perfectionné, était même équipé d'un phare à acétylène d'une puissance de cent mille bougies, monté en projecteur pour les atterrissages nocturnes. Les premiers essais eurent lieu le 8 mai 1903 à Moisson près de Mantes. Le Lebaudy parcourut une distance de 37 km et revint à son point de départ, puis le 24 juin, il fit 98 km en 2 h 46 mn, à une vitesse moyenne de 35 km/h. Après une autre série d'essais tous aussi positifs, les frères Lebaudy offrirent leur aérostat au ministère de la Guerre en 1904, et celui-ci l'envoya à Toul. C'est en 1905 que ce journaliste italien pouvait écrire avec assurance : « les preuves apportées récemment à Moisson, le raid de Châlons, les expériences faites à Toul, que ce soit pendant le trajet Toul-Nancy aller-retour ou lors d'évolutions au-dessus de la ville, en tournant avec toute la sûreté et la précision voulues contre un vent de 12 à 15 mètres par minute, tout a démontré que le ballon Lebaudy obéit docilement au pilote, c'est-à-dire qu'il est effectivement dirigeable. »