1866. Aérostat de Godard (France)

DANS certaines régions de France, il arrive encore qu'on entende un vieux paysan ou un petit commerçant de province utiliser le mot « godard » pour désigner un ballon aérostatique. Un mot étrange qui n'a aucune racine plausible avec l'art du vol aérostatique et qui ne figure — à notre connaissance — dans aucun dictionnaire d'argot. Mais, justement, comme toutes les expressions d'origine populaire, le mot n'est pas venu de rien. GODARD est le nom d'une véritable dynastie d'aéronautes français qui suscita bien des passions pendant une soixantaine d'années, au cours du siècle dernier. Pendant cette période, les ascensions en ballon étaient très en vogue. De pur sport qu'elle était, l'ascension en ballon, libre ou captive, était rapidement devenue un spectacle. Les jours de fête surtout, les bons bourgeois de province, tout comme les Parisiens, pouvaient suivre le nez en l'air les évolutions des plus hardis aéronautes qui, alors qu'ils étaient encore à la terre, sollicitaient le « respectable public » de contribuer, par son obole, à leur sustentation. Les Godard appartenaient à cette pittoresque catégorie d'ascensionnistes hardis qui avaient acquis une renommée telle que l'un des membres les plus entreprenants fut appelé à Moscou en 1856. Il devait faire une démonstration, en une ascension spectaculaire pour le couronnement du Tzar Alexandre II. Eugène Godard, dès 1848, fit de nombreuses ascensions à l'Hippodrome Arnaud, près de la Place de l'Etoile, à Paris. Après avoir participé -avec ses aérostats à la campagne d'Italie en 1859, il fut nommé « Aéronaute de l'Empereur » par Napoléon III. En 1863, la famille Godard construisit, pour le photographe-aéronaute Nadar, un immense ballon de 6 000 m3 : Le Géant, dont la carrière fut brève. Une montgolfière géante, L'Aigle, de 14 000 m3, suivit, qui effectua de nombreuses ascensions. La spécialité de Louis Godard fut la construction de ballons de gros volume, construits en soie à la place du coton employé jusque-là.