1775. Eolipyle

CE curieux petit monstre eut de nombreux prédécesseurs, car son principe de fonctionnement était connu depuis fort longtemps et le R. P. Verbiest l'avait déjà utilisé un siècle plus tôt. En 1748, en France, un autre ecclésiastique, l'abbé Nolet, expérimenta un petit engin d'apparence à peu près semblable, mais que propulsait un jet de vapeur en réaction. Le principal document relatant l'existence de l'éolipyle est un manuscrit allemand du XVe siècle montrant un chariot monté sur quatre roulettes et qui portait à l'arrière un bec d'où s'échappait la vapeur : à moins que ce ne fût la charge de poudre, car il est possible que cet engin primitif ait fonctionné par fusée — ce qui en ferait l'ancêtre des moteurs-fusées ! Un chariot de ce genre est actuellement conservé en parfait état à Karlsruhe, en Allemagne : il semble que son inventeur ait été un Français et qu'il fût essayé à Paris en 1775. Cet éolipyle fonctionnait suivant le même principe que le chariot du Père Verbiest : le jet de vapeur sortant par un bec recourbé actionnait une roue à palettes qui, elle-même, entraînait une suite d'engrenages commandant les roues motrices. La petite roue directrice comportait un système de bloquage à pas de vis, afin que l'engin pût évoluer suivant le tracé d'un cercle. La cuvette du bas contenait des braises incandescentes qui, par un conduit, chauffaient l'eau remplissant le réservoir supérieur. Et, quelques instants plus tard, le chariot partait dans un sifflement aigu accompagné d'une fumée généreuse. Il est aisé d'imaginer l'effet que devait produire pareil engin sur les profanes de l'époque, lorsqu'il tournoyait ainsi tout seul en fumant et sifflant !... Toutefois, ces petits jouets ne servirent qu'à des essais et l'on était encore loin de la véritable locomotion mécanique. Il fallut attendre encore longtemps avant la mise en pratique de ces remarquables conquêtes de la science.