Texte introductif aux dessins de Germaine Deroubaix
par
Marcel Schroeder

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" Des destinées particulières "

" Le respect serait-il plus qu'avant au rendez-vous des artistes qui
émergent de la psychiatrie ?

Dans un passé proche, on peut dire que le temps ne leur était pas compté,
faute de leur laisser la liberté citoyenne. Mais ce temps - qui parfois
représente la plus grande part de leur vie - ils l'ont mis à profit pour
nous dire l'indicible.

..., des oeuvres ont été conservées grâce à l'attention de quelques-uns.
Ne doutons pas que d'autres travaux ont été perdus ou dispersés.
La mémoire est frivole et le respect n'était pas toujours au rendez-vous
de ces femmes et de ces hommes obscurs et méconnus.

Il a fallu une ferme résolution pour faire des fouilles, trier, exhumer
des fonds d'armoires, rassembler, inventorier, classer puis mettre en valeur
et enfin porter à la lumière du jour ce patrimoine. Alors, pourquoi tant
d'obstination à leur faire une place ? Et puis, au nom de quoi peut-on
affirmer précisément que ceux-ci sont des artistes ? Voilà deux questions
auxquelles il est essentiel de répondre.

Les hommes vivent et meurent mais, ceux qui sont passés dans l'ombre, ont
laissé dans leur sillage une trace d'authenticité qui ne peut laisser
indifférents les humains que nous sommes.

Chacun n'est-il pas d'ailleurs habité, inévitablement, du dur désir lancinant
de se projeter dans l'avenir ? On ne peut nier le temps. Ceux dont nous
parlons aujourd'hui, par leur statut, ou plutôt leur absence de statut,
étaient frappés du double sceau de l'indifférence sociale et de l'oubli.

Or, malgré cela, doucement, sans faire de bruit, ils ont trouvé en eux-mêmes
la force de relever la tête. Serait-il permis alors d'être absent ou distrait
au point de ne même pas s'en rendre compte.

Sont-ils des artistes ?

Avec des moyens techniques souvent réduits, dans la terre glaise, sur de
fines plaques de bois, mais généralement sur de simples papiers, ils ont
rendu visible la part de leur rêve, la part des souvenirs, le drame et
l'interrogation, l'instant de la vie, l'impulsion créatrice qui les animait
au fil des jours.

Les plus remarqués d'entre-eux ont construit leur oeuvre dans la durée ;
ils viennent à nous en toute simplicité alors que des thématiques récurrentes
et complexes servaient et soutenaient l'inspiration.

Que dire des précieux cahiers de Germaine Deroubaix, de ses dessins colorés,
peuplés d'innombrables symboles et traités comme mille dentelles où se reflètent
les thèmes chers à sa vie, de son imaginaire où le drame sous-jacent se dissimule
à peine derrière la vivacité des couleurs et sa fraîcheur de petite fille ? "