La Lutte contre le feu à travers les siècles..

Le jour où l’homme découvrit le feu, si utile à la vie, il inventait par le fait même, l’incendie et devait apprendre à le maîtriser. Les cités où se groupèrent les hommes ont, de tout temps, constitué par la concentration de l’habitat un foyer propice à la propagation du feu. Très vite, il fallut donc créer les éléments pour lutter contre ce fléau.

Dans l’antiquité déjà, la lutte contre les incendies était organisée de façon préventive dans les grandes cités.

En GRECE, par exemple, des gendarmes parcouraient les rues chaque nuit, afin de déceler d’éventuels incendies.

En 300 avant J. C., un grec fabriqua un siphon que l’on amorçait grâce au jeu combiné de deux cylindres et que manœuvraient des soldats du feu, ancêtres des pompiers actuels.

ROME disposa très tôt d’un service d’incendie parfaitement organisé puisque ce fut dès l’an 6 de notre ère qu’une légion de 2000 vigiles fut spécialement affectée à la lutte contre le feu, grâce à l’initiative de l’empereur Auguste.

Un tel service se justifiait par les nombreux risques que courait la cité romaine ; dans les quartiers pauvres surtout, où les maisons collées les unes aux autres, étaient essentiellement construites en bois et en paille.

Le service d’incendie organisé disparut avec l’empire, aussi bien à ROME que dans chacune des villes qui avaient bénéficié de l’expérience des vigiles. Plus aucun effort ne sera consenti dans ce domaine pendant de longs siècles et des mesures contraignantes très sévères pallieront entre-temps l’incapacité des pouvoirs politiques de doter leurs communautés d’une protection efficace.

En 813, l’empereur Charlemagne lui-même, conseille aux bourgs de s’organiser pour maîtriser le feu. Il n’était pas rare en effet d’assister à l’embrasement de tout un quartier, les maisons étant aussi, pour la plupart du temps, construites en bois.

Tout au long du Moyen-Age, la lutte contre le feu revêt un caractère essentiellement préventif. Les tours qui dominaient les villes et où veillaient les guetteurs n’étaient pas destinées principalement à surveiller les environs pour voir si aucun ennemi n’approchait. Non, le rôle des guetteurs était de donner l’alarme. Ils sonnaient le tocsin afin que toute la population pu se précipiter pour éteindre le feu ou du moins limiter les dégâts. On affirme parfois que l’origine des « quartiers » est la division de la ville en quatre parties (ou quarts ou quartiers) ; en sonnant une, deux, trois ou quatre fois, le guetteur indiquait immédiatement la partie de la ville vers laquelle il fallait se diriger et faisait ainsi gagner des minutes précieuses.

Le « couvre-feu » a une origine analogue. Une sonnerie de cloche ou un roulement de tambour, fixait l’heure à laquelle les chandelles et « couvrir les feux » (généralement sous une couche de cendres) pour éviter les projections de braises.

De toutes manières, les sauveteurs disposaient de peu de moyens : tout au plus quelques seaux dont on jetait le contenu, non sur le foyer lui-même, mais surtout sur les maisons voisines, afin d’éviter la propagation du sinistre. Il fallait « faire la part du feu » et le problème de l’approvisionnement en eau fut toujours grave. L’efficacité des premières pompes étant limitée, nos ancêtres furent amenés à mettre au point une technique de lutte contres des incendies. Bien sûr, si le foyer était peu important et facile d’accès, les seringues ou les pompes à bras avaient leur chance. Mais si l’adversaire était plus fort, on faisait « la part du feu”. On laissait brûler ce qui brûlait et on abattait les matériaux environnants non encore atteints, afin de couper le feu. Celui-ci devait s’arrêter de lui-même, faute de combustible. Il ne restait plus qu’à noyer les décombres qui brûlaient encore, et à diriger les jets des seringues vers les éventuelles flammèches portées par le vent sur les bâtiments plus éloignés.

Pour gagner du temps entre le début de l’incendie et le début de l’intervention des premiers sauveteurs, il fallut prévoir une sorte de « force d’interventions » immédiatement disponible, capable d’assumer, en plus du maintien de l’ordre, une action quasi immédiate en cas de sinistre. Ce fut le « guet bourgeois » qui se généralisa en France à partir de 1254 et dont chaque corporation assurait la charge à tour de rôle. Il se transforma après 1363 en « guet assis » où les « vigiles » restaient en permanence dans les postes de garde.

Une loi communale prise par les autorités d’Oudenaarde en 1338 illustre clairement à quel point la lutte contre l’incendie préoccupait l’édilité ; Cette loi imposait aux habitants de disposer, dans chaque bâtiment public, des seaux qui permettait d’amener l’eau en cas de sinistre ; Elle interdisait aux artisans de métiers dangereux de travailler pendant la nuit (boulangers, forgerons, brasseurs, menuisiers, …); A tous les bourgeois, elle impose l’extinction des feux dès la tombée du jour ; Enfin, elle punit sévèrement toute imprudence et le pyromane est impitoyablement battu à mort. La précarité des moyens présentait la maigre contrepartie de créer un esprit de solidarité très étroit entre les habitants d’une même localité ; Tout le monde devait participer à l’extinction des incendies ; Tous ceux qui possédaient des récipients devaient les mettre à la disposition de la communauté ; Les riches devaient acquérir une échelle et l’amener sur place lors de chaque sinistre.

Ce système pourtant très répandu, présentait l’inconvénient que personne n’était jamais paré à intervenir. C’est pourquoi on lui préféra un système de garde permanente.

A Hasselt, une directive communale de 1483 confie à des moines le soin d’intervenir les premiers en cas d’incendie et d’établir une surveillance du haut du clocher de l’église. Rencontre étonnante entre Dieu et le diable : dans d’autres villes, c’est aux prostituées qu’on confie la mission d’éteindre les incendies..

En 1615, on adjoignît aux moines des équipes constituées par les corporations.

Dans nos régions, les moines cessèrent leurs interventions sous la révolution français.

Avec l’accroissement du commerce et, partant, l’élargissement des villes, le risque d’incendie augmenta considérablement dans le courant du XVIIème siècle tant du point de vue fréquence que du point de vue gravité.

Dès lors, les règlements préventifs ne visèrent plus seulement à éviter les sources de sinistres mais également à en réduire les conséquences. A Hasselt encore, une ordonnance de 1703 interdit la construction ou la réparation des toitures en paille ; Une autre datée de 1706 impose que les murs mitoyens soient en briques. A Bree, c’est dès 1612 qu’on oblige les brasseurs à remplacer les toits en paille de leurs brasseries par des toits en « durs ». Et en 1620, la commune décide d’intervenir elle-même dans les frais de transformation d’édifices dangereux. Enfin, quelques grandes cités qui connurent très tôt un essor important, établirent plus vite encore des mesures destinées à éviter les grandes catastrophes. Le 4 août 1391, la ville d’Anvers interdisait déjà les toits de paille et limitait l’importance des fagots que les boulangers plaçaient à proximité de leurs fours. Ces mêmes villes organisèrent d’ailleurs, dès le XIIIème siècle, des postes d’incendie ou plus exactement, des dépôts de matériel très rudimentaires, où se relayaient des gardes fournies à tour de rôle par différentes corporations comme nous l’avons vu auparavant.

Mais le problème technique restait insoluble : comment attaquer le foyer de l’incendie, dont la chaleur empêchait le sauveteur de projeter l’eau de son seau à la base des flammes ?? Les premiers essais datent du XV ou XVIème siècle, époque où des fontaines plus nombreuses et mieux alimentées commencèrent à se répandre. On essaya d’abord une grosse seringue capable de projeter quelques litres d’eau à trois ou quatre mètres. Puis un type de pompe assez rudimentaire, appelé « seringue à manivelle ».

Un premier progrès fut réaliser par les Portugais qui, au début du XVIème siècle, fabriquèrent une espèce de seringue d’un mètre de long ; Actionnée par deux hommes, elle avait une portée d’une dizaine de mètre.

En 1518, l’Allemand Blattner mit au point une version géante de ces seringues. D’une capacité de loin supérieure, elle présentait néanmoins le grave inconvénient d’être lourde et encombrante ; C’était d’ailleurs le défaut de la majorité des pompes de l’époque. Lorsque la chaleur augmentait brusquement au pied des flammes, les servants des machines à feu n’avaient guère le choix : ils s’enfuyaient à toutes jambes et abandonnaient leur matériel à l’incendie.

Ce fut finalement un Hollandais, Jan Van Der Heiden, qui, en 1668, résolut le problème des pompes à portée insuffisante en inventant le tuyau de cuir. Dès lors, munis de cette nouvelle invention, les combattants du feu découvrirent un atout essentiel : la mobilité. Sans trop de risques, ils pouvaient désormais parvenir à une distance raisonnable du centre du sinistre et si par hasard le rayonnement devenait trop intense, plus rien ne les empêchait de se retirer tout en continuant à arroser le feu.

Mais il fallut attendre 1700 pour voir apparaître en France les véritables pompes. Dumouriez Du Perrier, valet de Molière, au cours d’une tournée en Flandre, voit fonctionner des machines qui permettent d’éteindre de violents incendies. De retour en France, il fait une démonstration de cette machine devant le Roi. Louis XIV, le 12 octobre 1699, lui accorda, pour trente ans, le privilège exclusif pour faire construire et fabriquer en France la première pompe propre à éteindre le feu.

On ne pouvait plus laisser le soin de lutter contre le feu à des habitants ou à des ordres religieux ; Ce perfectionnement technique entraînait l’obligation de former des spécialistes capables de le mettre en œuvre efficacement.
François Dumouriez fut chargé, en 1716, d’organiser le premier corps de « gardes-pompes » de soixante personnes.

En 1781, à la suite d’un sinistre qui ravagea l’Opéra de Paris, les théâtres furent obligés de recevoir des pompiers en permanence lors de chaque représentation.

Les décrets des 16 et 24 août 1790 sont les premières dispositions légales visant une organisation générale de la lutte contre l’incendie. Ils confient aux communes « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser par la distribution des secours nécessaires, les accidents et autres fléaux calamiteux tels que les incendies ».

Aux termes de ces dispositions, toujours d’application en Belgique jusqu’il y a peu, toutes les communes devaient prendre des mesures adéquates et créer des corps communaux de sapeurs-pompiers. Ce ne fut pas la règle générale mais l’exception, et seules les grandes communes, sous la contrainte d’événements divers, décidèrent la création de services d’incendies organisés.

Le corps de Bruxelles fut créer en 1800 et caserné en 1806. En 1802, il avait pris le titre de « garde municipale » : les agents de police furent supprimés et les soldats de la compagnie les ont remplacés en qualité de garde ville, d’inspecteurs des boues, de l’éclairage,...

En 1805, le corps fut reconstitué comme « corps des gardes-pompiers ».

En dehors de quelques communes qui se conformèrent rapidement aux décrets de 1790 et de celles, très rares, qui disposaient d’un service d’incendie organisé, les autres localités ou bien négligèrent purement et simplement le problème, ou alors se tournèrent vers une ville dotée d’un service et sollicitèrent son aide. En fait, il apparaissait clairement que l’évolution des services d’incendie ne se ferait pas uniquement à coups de législation mais bien en fonction des circonstances.

Mais l’organisation était encore inefficace.

En 1811, à la suite de l’incendie de l’Ambassade d’Autriche à Paris qui coûta la vie à l’épouse de l’ambassadeur, Napoléon ayant constaté la défaillance du corps des pompiers de Paris, décida de militariser ; Il créa ainsi le premier bataillon des Sapeurs-Pompiers de Paris, ancêtre du corps actuel, toujours militaire. Suivant l’exemple de nos voisins, une loi de 1836 permet aux communes d’opter pour le service d’incendie armé ou non armé.

Le service armé permettait de surmonter les difficultés financières inhérentes à l’établissement d’un corps de pompiers car il était subsidié directement par le Royaume, ce qui explique que les pompiers armés étaient, en règle générale, mieux équipés que leurs collègues non-armés. Cependant, le nombre de corps armés ne dépassera jamais la centaine, tandis que les non-armés atteindront les 250. En fait, les pompiers armés étaient astreints à des missions supplémentaires de maintien de l’ordre et de la paix publique. Dans certaines cités, le service incendie fut même assuré par les policiers communaux. Ce système ne sera officiellement aboli que par la loi du 31 décembre 1963.

Aux côtés des pompiers armés et non-armé, il convient de mentionner les pompiers de la garde civique. Fondée en 1830, la garde civique reçut comme mission principale le maintien de l’ordre en cas d’émeute ou de troubles dont l’ampleur aurait risqué de prendre au dépourvu les forces de la gendarmerie. Elle regroupait principalement des bourgeois qui recevaient, les dimanches, un entraînement sommaire. Elle fut dissoute en 1920.

A la fin du siècle, les progrès techniques se multiplient. La pompe à vapeur accroît sa puissance ; Le télégraphe, puis le téléphone, permettent des interventions plus rapides ; l’installation des premiers réseaux de distribution d’eau résolu le problème de l’approvisionnement en eau ; Les premières grandes échelles font leur apparition. Ce en est fini des méthodes artisanales : le pompier est enfin sorti du Moyen-Age.

A l’aube de la première guerre mondiale, la Belgique comptait plus de 15.000 pompiers, soit le même effectif qu’en 1980. Le matériel se composait principalement de pompes à bras et les véhicules étaient, pour la plupart, à traction chevaline.

Si aux 361 communes bien défendues par un corps de pompiers, on ajoute les 34 qui avaient passé une convention avec un corps voisin et les 411 qui possédaient du matériel « à la disposition des habitants », on se rend compte que plus d’un millier de communes belges ne possédaient aucun moyen de défense contre l’incendie.

En 1935, un Arrêté Royal constitua un nouveau pas dans l’organisation des services d’incendie. Il oblige notamment les communes de s’assurer des moyens de secours contre les incendies. Cet arrêté fut pris, en réalité, en vue d’assurer une protection adéquate de la population en temps de guerre. Il s’avéra, en mai 1940, que son exécution n’avait été que très partiellement suivie.

Depuis la seconde guerre mondiale, l’organisation des services d’incendie a encore fait l’objet de réformes.

Désormais, les communes belges sont parfaitement protégées et depuis la création de centre d’appel unifié 900, devenu 100 entre-temps, la rapidité des interventions s’est fortement accrue.

Plus près de nous encore, l’uniformisation des raccords d’incendie permet enfin la collaboration efficace de corps différents.