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WOLFF José

( Extraits de "José Wolff 1885-1964" de Francis Laboureur)

09/2002

Liège, 1885-1964

Biographie

José Wolff naît à Liège au 45 de la rue des Guillemins le 18 février 1885. Il est le cadet de trois enfants d'une famille d'origine juive hollandaise. Il passera ses jeunes années dans la cité mosane où son père était gérant de banque. 

Infirmant l'adage « si tu sais écrire, tu sais dessiner », José Wolff laissera percer à six ans un véritable don pour le dessin. Un enfant qui ne savait pas encore écrire ni se débarbouiller avait déjà trouvé sa voie.

Elève médiocre, négligeant devoirs et leçons au profit du dessin, il doit quitter l'école primaire à 11 ans. Ses dispositions précoces se fortifient au contact de l'excellent peintre liégeois Léon Philippet, ami de la famille

Quelques croquis remarqués lui ouvrent les portes de l'Académie des Beaux-Arts de Liège dirigée à l'époque par Monsieur Drion.  

Elève d'Adrien de Witte et d'Evariste Carpentier, il franchit à nouveau, cinq ans plus tard, les portes de l'Académie avec, sous le bras, trois premiers prix et le premier prix avec médaille de la peinture d'après modèle vivant . En 1902, José Wolff quitte Liège pour Paris où il fréquentera pendant trois ans l'atelier du célèbre professeur François Cormont. Pendant son séjour au n° 7 de la rue du Delta, dans une maison louée par le Docteur Alexandre, il rencontrera de grands artistes comme odigliani, Drouard, Doucet, Centore, Gleizes, etc...  

Ses croquis auront du succès aupres de nombreux marchands parisiens.

 Un admirateur l'invitera en Hollande pour y réaliser une série de paysages. José Wolff sera de retour à Liège pour sa première exposition en compagnie d'Edmond Delsa et de Xavier Wurth au 20ème Salon des Artistes du 5 au 9 avril 1908. Une trentaine de ses oeuvres -huiles et aquarelles -y seront exposées. 

En 1909, José Wolff visite l'Espagne; il séjourne à Grenade et Séville et est émerveillé par l'Andalousie. Il rencontre les peintres Santiago Russigno et Gonzalès Boldao. Il expose au Centre Artistique de Grenade et reçoit un accueil élogieux de la presse espagnole.  

Il expose en mars et avril 1913 au Salon des Artistes Français et à la Galerie Moileux à Paris. La presse française -Paris Journal, Soleil, Le Temps, La Lanterne, Le Petit Parisien - est flatteuse pour le peintre liégeois et ses paysages de Wallonie. Louis Vauxcelles dans le Gil Blas lui rend un hommage plus particulier. Cela fera dire à José Wolff avec une pointe d'amertume: « deux toiles exposées et primées au Salon des Artistes Français avaient été exposées à Liège et y étaient passées inaperçues, comme d'habitude! ».  

L'Union Internationale des Beaux-Arts et des Lettres fondée à Paris en 1905 sous le patronage de Vincent d'Indy, Paul Adam, Auguste Rodin et dont le comité d'honneur se composait notamment de Gabriele d'Annunzio, Gustave Charpentier, Degas, Anatole France, Claude Monet, Rudyard Kipling, Pierre-Auguste Renoir, Cézanne, J.K. Huysmans, Jef Lambeaux, Léon Tolstoï -quelle richesse! -avait pour but de permettre aux artistes « de faire connaître leurs oeuvres au public... »  

En 1913, elle invitait José Wolff à faire partie de son groupement en raison de

« l'intérêt de ses dernières oeuvres »; bel hommage d'une élite artistique internationale.  

A la veille de 1914 et à l'instigation du peintre suisse André Morenod, José Wolff rejoint Paris. Il y fait la connaissance de Charles Vildrac, de Jules Romains, de Georges Duhamel, de Rousselle et de Florent Schmidt. Il visite ensuite la Bretagne en compagnie de Paul Lamirault et découvre les sites pittoresques, les champs bordés de bruyères encadrés par la mer et la Vilaine. Il séjourne quatre mois à Camoël (Morbihan) entre Pénestin, Herbignac et la Roche-Bemard. 

En janvier 1914, il expose au Salon des Amis de l'Art et chez Préaubert à Nantes. La guerre le ramène en Belgique qu'il ne quittera plus, à l'exception de brefs séjours de vacances en Bretagne qu'il fera à la fin de sa vie en compagnie du chirurgien liégeois, le docteur Blavier, pour qui il réalisera une série de paysages bretons.  

José Wolff consacre son art à la peinture de paysages, de portraits, de natures mortes, de marines et de nus. Il signe également des affiches et réalise des décors pour des troupes de « théâtre amateur »

Les grands peintres liégeois de l'époque l'ont en profonde estime: Richard Heintz, Adrien de Witte, Auguste Donnay, Adrien Dupagne, Robert Crommelynck, Femand Vetcour et Albert Lemaître, avec qui il rend de fréquentes visites à Albert Raty à Vresse-s/Semois .  

Ses expositions se multiplient: à Liège à de nombreuses reprises (au Cercle des Beaux-Arts, notamment), à Mons, Verviers, Bruxelles, Anvers où il reçoit les félicitations du peintre Isidore Opsomer et de Monsieur Lambotte, directeur des Beaux-Arts à Bruxelles. 

Le 21 août 1918, il épouse Georgette Chicot, une herstalienne née le 15 août 1897. 

La région liégeoise sera l'înspiratrice de nombre d'oeuvres de José Wolff telle « Effet de neige aux Grosses Battes » , tableau acquis par le Musée de l'Art Wallon. José Wolff est l'ami d'Evariste Carpentier qui fut éminent professeur puis directeur de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Liège.

A l'invitation du Maître qui passait ses vacances depuis 1906 à Vieuxville dans la maison dite de « l'Abbé de Stavelot », José Wolff s'installe dès la fin de la guerre successivement à Vieuxville puis à Logne en résidence d'été. Il se lie d'amitié avec Monsieur Damas, professeur à l'Université de Liège. En sa compagnie, il fait plusieurs séjours à la côte belge où il réalisera quelques toiles. 

Il découvre l'Ardenne et ses chatoyantes vallées, l'Ourthe , la Lembrée, l'Amblève  et l'Aisne qu'il appelait « ma rivière, mon pays ». Il y promenait amoureusement son chevalet fixant sur la toile vieilles masures, paysages, ponts, sous-bois, rivières, ruisseaux ou toute autre image qui accrochait son regard sensible.  

La vallée de l'Ourthe accueillait ainsi à ce moment quelques excellents artistes qui allaient s'identifier comme « l'école liégeoise » : le maître Evariste Carpentier, José Wolff qui accédait à la renommée, le déjà célèbre enfant du pays Richard Heintz sans oublier le prometteur Fernand Ponthier de Hamoir, postier et peintre amateur. 

Richard Heintz et José Wolff se vouaient une estime réciproque même s'ils connurent certaines rivalités en raison de leurs caractères opposés, notamment lorsqu'ils exposèrent en 1909 à 

« l'Oeuvre des Artistes » à Liège en compagnie de Joaquim Sunyer.  

En 1930, à l'occasion des festivités locales célébrant à Vieuxville le 100ème anniversaire de la Belgique, José Wolff voulant marquer sa solidarité avec la population locale, réalisa la décoration des chars représentant les ruines du château de Logne, des Nutons et des «Macrales». 

Il continue à peindre tout en parcourant cette Ardenne qui s'ouvre à ses pieds. Il passe une saison à Vaux-Chavanne puis s'installe en seconde résidence dans une petite maison au centre de Villers-Sainte-Gertrude.  

En 1935, il signe ici une des pièces les plus marquantes de son oeuvre: Sa relation très amicale avec Abel Pierrard, lui-même père de l'abbé Pierrard, curé à Heyd, va le conduire à recréer l' ensemble des stations du chemin de croix de l' église de Heyd, ne gardant des toiles anciennes que le plan de travail. Oeuvre magistrale de 14 toiles de 80 x 120 cm comportant 181 personnages. Voilà certainement un fleuron majeur de la production de José Wolff que l'on peut admirer en l'église de Heyd (de 107 à 120).

En 1941, il consacre à nouveau sa peinture à un motif religieux. Il peint un Christ-Roi de dimensions imposantes et d'une qualité exceptionnelle. Cette oeuvre se trouve aujourd'hui en l'église Saint-Christophe de Racourt-Lincent.

En 1943, José Wolff qui est un véritable migrant d' Ardenne habite à Fanzel. Il se consacre à nouveau à ce thème et peint deux grandes toiles destinées à une église ardennaise. « Le partage de la tunique de St-Martin » et « La mise du Christ au tombeau » décoreront majestueusement l'édifice religieux de part et d'autre du choeur.  

Par arrêté du Régent du 30 juin 1948, « José Wolff artiste peintre à Liège » est nommé Chevalier de l'Ordre de Léopold II.

La deuxième guerre mondiale terminée, il quitte Fanzel. En 1952, il achète une petite maison à Roche-à-Frêne au lieu-dit « au Ravet » sur les hauteurs du village, en bordure de la route menant à Fays.

 Le peintre fait à cette époque la connaissance d'un droguiste d'origine française exploitant un commerce rue Cathédrale à Liège, Bernard Delamarre. Celui-ci est peintre amateur et passe week-ends et vacances d'été à Burnontige.  

Une amitié profonde liera les deux hommes et dans la fourgonnette Citroën 2 CV de son voisin, José Wolff parcourra la région à la recherche de paysages ou d'endroits typiques à fixer sur la toile.

Il reste fidèle à l'un des arts majeurs qu'il pratiquera, le portrait. Il peindra un grand nombre de personnalités liégeoises et plus particulièrement signera une série de « portraits »

de magistrats admis à l'éméritat . Le modèle posait pour le visage dans l'atelier du peintre et un « figurant » payé à cet effet endossait ensuite la toge. Cette peinture sur commande avait dès lors « son » prix. Au début des années 60, le coût du portrait avoisinait les 25.000 francs. José Wolff saisira l'occasion d'un 14 juillet pour offrir à son ami français un portrait du Général de Gaulle.

Il avait également, à cette époque, fixé sur la toile les traits pleins de noblesse du Roi Albert 1er. Il en fit don au Roi Baudouin à l'occasion de son mariage.  

Expositions, séjours en Ardenne, retours à Liège rythmèrent les dernières années de sa vie.  

Hospitalisé à Sainte-Rosalie à Liège pour un cancer de la gorge, il reste fidèle à son art et réalise encore en clinique quelques tableaux . 

Il s'éteint le 23 février 1964 à 18 heures.

Piron,Dictionnaire et Signature,  Arto, Bénézit vol14 page 690.

Nombreuses autres références.