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La kermesse ou grande ducasse.

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La ducasse de Soulme, au début des années 1980 (Photo LD)

La fête de la dédicace.

La kermesse ou ducasse (dicauce en wallon) est en réalité la fête de la dédicace, fête anniversaire de la consécration de l'église paroissiale. Cette plus grande fête paroissiale est donc fixée à un dimanche déterminé par l'évêque consécrateur. La fête patronale, celle du patron titulaire de la paroisse, est dénommée "petite ducasse".

Le comité de la Jeunesse.

La ducasse est organisée par le comité de la Jeunesse, association traditionnelle constituée des jeunes gens non mariés, les Officiers de la Jeunesse,  ayant à sa tête un ou deux Capitaines.

Sous l'Ancien Régime, ces compagnies formaient, dans les villes ou bourgades, une section de la garde bourgeoise (garde civique constituée de bourgeois mariés). Elles avaient pour rôle de parader dans les cortèges et de figurer dans les fêtes, processions et inaugurations.

A l'imitation des villes, les villages organisèrent aussi leur association de la Jeunesse, les jeunes hommes se cotisant souvent pour l'achat d'un drapeau. La jeunesse devait demander aux autorités locales la permission d'organiser la kermesse.

A Soulme, au XVIIe siècle, lorsque la ducasse était autorisée, la Jeunesse devait offrir une paire de gants au mayeur (record de l'année 1667). Il est possible que cette expression désigne en fait une somme remise au mayeur: aujourd'hui l'expression "pourboire" ne désigne pas une boisson...

Le repassage de la musique.

Au début du XXe siècle, la ducasse de Soulme se déroulait le premier dimanche après le 8 septembre. Quelques semaines avant la fête, à la sortie de la grand messe du dimanche ou à la sortie des vêpres, on se réunissait dans un cabaret du village pour procéder au repassage de la musique. C'est au cours de cette petite cérémonie que les officiers de la jeunesse étaient désignés afin de remplir le rôle de maîtres de cérémonie et du protocole. La désignation se faisait d'après le nombre de pots de bière payés, celui qui offrait le plus de pots de bière étant désigné officier d'office. Cependant, autant de pots payés, autant de pots à boire le jour du tirage au sort des cavalières!...

Le tirage des braguettes.

Les membres du comité de la Jeunesse étaient les bragards, expression déjà utilisée à Florennes en 1681, et les jeunes filles ayant l'avantage d'avoir des bragards pour cavaliers portaient le nom de braguettes. Le tirage au sort des cavalières était bien évidemment dénommé... tirage des braguettes...

Les noms des jeunes filles étaient inscrit sur des bouts de papier et tirés au sort par chacun des jeunes hommes. Il n'y avait absolument aucune échappatoire à ce tirage au sort: il fallait absolument aller chercher son "lot" le jour de la ducasse et lui faire danser la première danse sous peine d'une amende de deux pots de bière.

La fabrication des tartes.

Le vendredi qui précède la fête, les ménagères fabriquent les tartes qui devront rester en permanence sur la table aussi longtemps que dure la kermesse. Suivant la taille des familles et les visiteurs attendus, vingt à cinquante tartes seront ainsi fabriquées, parfois jusqu'au milieu de la nuit du samedi au dimanche. Les familles en deuil ne fabriquaient pas de la tarte, mais les voisins leur en portaient ainsi d'ailleurs qu'au curé et à l'instituteur.

Le dimanche de la ducasse: bal sur le Batty.

Le dimanche de la ducasse de Soulme, cinq musiciens arrivaient de Surice pour la sortie de la grand' messe et jouaient un morceau devant la porte de l'église. Les hommes et les femmes suivaient alors les musiciens de cabarets en cabarets.

Après le dîner, vers cinq heures de l'après-midi, la "musique" refaisait le tour du village pour "ramasser" les demoiselles, toujours d'un café à l'autre. On se rendait alors sur le Batty, la place du village située à côté de l'église, et les musiciens grimpaient sur un char qui leur servait de kiosque. L'orchestre jouait jusque minuit et les officiers de la Jeunesse leur payaient un litre de genièvre pour qu'ils boivent sur le char. Sur la place, des boutiques vendaient des caramels.

Dans le Namurois, le coin de la place réservé aux danseurs est souvent entouré de cordes et orné de branchage. Pour prendre part à la première danse, il fallait avoir acheté à un bragard un bout de ruban pour une somme laissée à l'appréciation de l'acheteur. Les garçons fixaient ce ruban à leur boutonnière et les filles à leur corsage.

Dans certains villages, c'était le seigneur ou le mayeur, son représentant, qui ouvrait le bal. Lorsque ceux-ci n'étaient pas présents, on réservait cet honneur au curé sans y voir aucune malice.

Le lundi de la ducasse: messe des jeunes et jeu de quilles.

Le lundi matin avait lieu la messe des jeunes. Après quoi, le protocole était le même que celui du dimanche.

Les musiciens consacraient parfois le début de l'après-midi aux honneurs: ils allaient donner l'aubade au mayeur, au curé, à  l'instituteur ou à un fermier qui s'était montré généreux envers la Jeunesse.

L'après-midi du lundi était souvent consacré aux jeux publics qui variaient très souvent d'une année et d'un village à l'autre: jeu de balle, jeu de boules, jeu de quilles et jeu de l'animal décapité ou jeu de l'auwe (jeu de l'oie).

A Soulme, au XVIIe siècle, le premier coup de quilles, appelé le coup du seigneur, était réservé au mayeur qui représentait l'abbé du monastère de Florennes, seigneur du village (Commune de Soulme, record de l'année 1667, AEN). Le jeu de quille était alors différent de celui d'aujourd'hui car on y distinguait des grosses et des petites quilles qui étaient abattues avec un gros bâton ou une barre de fer. A Soulme, ce jeu de quille existait encore vers 1950: il était aménagé à côté de l'entrée du café situé à l'angle de la rue Ste-Colombe et de la rue Désiré Mathieu, café qui appartenait alors au mayeur.

Le mardi de la ducasse: messe des Trépassés, aubade à la Champelle et bal à la Ferme des Moines.

Le mardi avait lieu la messe des trépassés, service funèbre pour les morts de la paroisse.

Dans d'autres villages du Namurois, avant la messe, des portchesseux (collecteurs) allaient de porte en porte pour récolter des dons en nature les plus divers, mais souvent constitués de productions agricoles locales. A l'issue de la messe, la portchesse (collecte) était mise aux enchères, le crieur fixant lui-même le prix des lots et adjugeant ceux-ci à qui bon lui semblait... En général, personne ne refusait et le bénéfice de la passée (vente aux enchères) servait à couvrir les frais de la messe.

Dans certains villages du Namurois, la messe des trépassés avait lieu le lundi. Après cet office, on allait se recueillir quelques instant sur les tombes du cimetière qui entourait l'église. Le curé allait parfois en procession bénir les tombes.

A Soulme, après la messe, on partait avec la musique à la Champelle, hameau du village. On rentrait au village vers cinq heures de l'après-midi et on dansait ce soir-là devant la Ferme des Moines.