Les dauphins parlent sur Radio Contact: Decembre 1998

 

 

TEXTES POUR RADIO CONTACT

 

Lus par Philippe Soreil

 

 

 

Du lundi 30 novembre 1998 au vendredi 1er janvier 1999

 

 

1. Le baptême du bébé dauphin

 

Chez les dauphins, les mères et les enfants en bas âge tissent entre eux des liens extrêmement forts.

 

On suppose que dès le stade fœtal, le bébé dauphin est capable de discerner les contours de son environnement. Les ondes sonores émises par sa mère ou ceux qui l'entourent traversent l'enveloppe musculaire de l'utérus et le fœtus peut donc "regarder" le paysage à travers la peau transparente du ventre et entendre tout ce qui se dit aux alentours !

 

Habituellement, chaque mère n'est accompagnée que d'un seul bébé à la fois. Lors de l'accouchement, périlleux sous l'eau, une "marraine" se tient à ses côtés. Elle peut être une sœur, une mère ou une voisine. C'est elle qui "élèvera" le bébé en surface au moment de la naissance pour le faire respirer et qui lui assurera sa protection durant de longues années encore.

 

A la naissance et jusqu'à l'âge d'un an, le delphineau est incapable de "prononcer" les sifflements et les "sons pulsés" que manient les adultes. Sa mère lui enseignera donc avec beaucoup de patience sa "signature sifflée", c'est à dire son nom propre.

 

 

Selon le Dr Randy Wells, du Mote Laboratory (US), cette émission tonale presque pure s'articule en trois segments : le premier segment représente le nom de l'individu, le second est la "racine" du nom complet de la mère et le troisième désigne apparemment le nom global du groupe ou d u Clan " ('pod" en anglais) auquel l'enfant se rattache.

 

Le nom d'un enfant mâle sera toujours très proche de celui de sa mère, alors que les filles reçoivent des patronymes plus originaux. La société delphinienne est matrilinéaire : ce sont donc les femelles qui fondent les lignées et les nomment.

 

Emis à l'occasion de presque chaque message - d'où le nom de "signature" - ce "triple nom" permet d'identifier immédiatement celui qui s'exprime et par-là d'éviter tout inceste ou tout conflit avec un membre de la même lignée. Par ailleurs, à l'occasion de contacts ritualisés, la signature sifflée précédera ou suivra celle de l'interlocuteur, afin de marquer la

dominance ou au contraire, le respect.

 

Ce qui est assez extraordinaire, c'est que les grands fils premiers nés et toujours en voyage sont avertis de la naissance de leur petit frère. Ils reviennent alors immanquablement - d'un coin ou l'autre de l'océan – vers leur baie d'origine, pour y fêter l'événement en famille et fort probablement, féliciter leur mère !

Les dauphins aiment beaucoup faire la fête et il n'est pas rare d'observer, après un grand événement, de véritables "rassemblements festifs" où chacun se congratule et s'embrasse.

 

 

2. L'enfance et l'éducation

 

Les jeunes bébés dauphins demeurent auprès de leur mère jusqu'à l'âge de six ans. Leur audace et leur curiosité sont presque légendaires : très vite, les enfants partent en groupes explorer les environs, parfois fort loin de leurs parents. C'est à cet âge que les accidents ont lieu : les requins guettent et les pertes sont importantes. Beaucoup de jeunes mères portent sur le flanc les traces de ces combats, où elles ont du défendre leur enfant, avec l'aide des mâles du groupe. La tactique du squale est perverse : elle consiste à surprendre sa victime par le haut. Si les dauphins disposent d'une vue parfaite et d'un système d'écholocation sans faille, ils n'en sont pas moins aveugles à tout ce qui se trouve derrière et au-dessus de leur tête !

A 18 mois, le sevrage commence en douceur : la maman, la tante ou la gardienne disperse dans l'eau des fragments de poisson mort, que le jeune enfant attrape. Puis il s'exerce lui-même à saisir des alevins vivants et enfin, participe aux grandes chasses des adultes.

La tribu toute entière veille sur ses enfants. Il n'est pas rare d'observer de vrais petites crèches en déplacement, les adultes nageant en V et poussant devant eux, dans une sorte de mini-crique mobile, les bambins regroupés par classe d'âge. Cette surveillance partagée des enfants est d'autant plus nécessaire que les cétacés doivent parfois descendre assez bas pour dénicher de la nourriture (foraging). Le bébé ne pouvant pas suivre sa mère aussi profond, une cousine, une tante ou même parfois un adolescent se chargeront de prendre soin de lui et de l’aider à débusquer mollusques et invertébrés sous le sable, en scannant celui-ci à petits coups d'ultrasons. Lorsque le gravier est trop rugueux, certains dauphins se servent d'outils : ils enfilent une éponge creuse sur le bout de leur rostre et peuvent ainsi, tout à loisir, fouiller les fonds sans se blesser le nez !

 

L'éducation d'un jeune dauphin est complexe, car elle suppose d'abord l'acquisition du dialecte de tribu. ÷ Il doit également se former à toutes les techniques de chasse, aux jeux sociaux, au "tir-sonar" qui permet d'assommer un poisson d'un seul cri bien placé, et à bien d'autres compétences transmises par la tradition de son groupe. Enfin, du fait de ses aptitudes ou de son rang social, des tâches précises lui seront assignées : "sentinelle" (le gardien des eaux territoriales), "éclaireur" (celui qui cherche les bancs de poissons) ou "conducteur" ("turn-initiator", celui qui guide le groupe en déplacement), toutes fonctions par ailleurs largement interchangeables.

 

 

 

3. Les voyages et l'amour

 

Quelques années avant l'âge adulte, les dauphins adolescents se retrouvent au milieu de grands groupes mixtes de jeunes d'âge différents, que l'on pourrait comparer à des sortes de colonies de vacances. Les parents sont bien là mais ils restent à distance, tandis que des liens d'amitié se nouent entre certains jeunes du même âge. Les femelles resteront de longues années auprès de leur mère, avant de suivre un compagnon puis de revenir chez elle de façon régulière. En revanche, les garçons sont des nomades nés.

 

Lorsqu'ils atteignent l'âge de 10 ou 15 ans, ils s'associent en effet en petites bandes très soudées de deux, trois, quatre ou même cinq "amis d'enfance" qui voyageront ensemble presque la vie entière à la rencontre des femelles.

 

Ces associations ne se fondent donc pas nécessairement sur les liens de parenté mais plutôt sur une connivence, une identité de vue qui rend l'association possible et performante, notamment au point de vue de la vie sexuelle.

 

Celle-ci est mouvementée et de façon générale, de type promiscuitaire, permettant par exemple des coïts à plusieurs et d'incessants échanges de partenaires, à n'importe quel moment de l'année. Cette dernière caractéristique (l'indépendance par rapport aux cycles reproductifs) est importante à signaler puisqu'elle est le fait que de l'homme, de certains grands singes et des cétacés.

 

Même si des cycles existent (les enfants naissent plutôt à la belle saison), la vie sexuelle joue manifestement un rôle social essentiel chez les dauphins, de la même manière que chez les singes bonobos. Caresses et séduction sont d'excellent moyens de résoudre des conflits, de créer des alliances ou de manipuler les autres.

 

Quant à l'accouplement, il ressemble souvent à une sorte de "viol", commis apparemment sans le consentement de la femelle. Sous l'eau, on n'est sans doute pas trop de trois pour maintenir une dauphine rétive aux jeux de l'amour.

 

Une fois ceux-ci lancés, néanmoins, l'imagination des dauphins ne connaît plus de limites et la sensibilité extrême de leur peau rend les échanges particulièrement intenses.

 

Dans de telles conditions, où trois ou quatre amants se succèdent auprès d'une même "bien-aimée", on peut se douter que la paternité n'existe pas chez les dauphins. Tous les mâles sont, par définition, un peu les pères de tous les enfants et les protègent en tant que tels. Seule la mère transmet le nom et le rang social.

 

 

 

4.Une belle histoire d’amour

 

Durant les années 50, les méthodes de capture étaient souvent brutales à l'égard des dauphins. C’est ainsi qu’une femelle de l'espèce "dauphin commun" avait été blessée durant l'opération et éprouvait de grandes difficultés à nager dans la piscine où on l'avait placée ensuite.

 

Un mâle fut capturé deux ou trois jours plus tard. On le plaça dans le même bassin que la femelle blessée.

 

Immédiatement, il vint au secours de sa nouvelle compagne. Comme elle luttait pour nager, il se plaçait sous elle et la poussait vers la surface, pour l’aider à respirer. Elle se mit bientôt à nager normalement et la paire d'amis devint inséparable.

 

Malheureusement, les blessures de la femelle s'infectèrent gravement et elle finit par mourir deux mois plus tard.

 

Le mâle tourna longtemps autour de son corps sans vie de sa compagne, en sifflant constamment.

 

Il continua ainsi, sans cesse, tournant, sifflant, refusant toute nourriture puis il mourut au bout de trois jours. "

 

Les liens entre dauphins peuvent être remarquablement intenses et cette histoire n'est pas unique. Chaque année, de tels drames se jouent dans les delphinariums, ce qui n'a rien d'étonnant, ainsi que le démontrent les échouages collectifs: il est dans la nature des dauphins de rester fidèles à ceux qu'ils aiment, même au-delà des frontières de la mort...

 

 

 

5.La confiance du dauphin

 

A quelques encablures de Monquey Mia, en Australie, un jour, un grand dauphin pélagique, manifestement égaré vint s’échouer sur un coin de plage.

 

Son dos était exposé au soleil et lorsque les observateurs scientifiques s'approchèrent pour lui venir en aide, le dauphin arqua son corps et souleva frénétiquement la tête et la queue hors de l'eau.

 

Laissant l'embarcation à quelques mètres de là, l'équipe de secours se mit à patauger jusqu'à lui dans la vase.

 

"Lorsque nous fûmes tout près," raconte Richard Connexe, " nous vîmes qu'il levait ses grands yeux vers nous, largement ouverts et dévoilant le blanc de la cornée. Le dauphin avait peur.

 

Mais que faire ? Un caresse affectueuse parut le geste le plus adéquat et aussitôt, en effet, le dauphin ferma les yeux et se relaxa totalement.

 

Qu'aurait donc fait un lion, un tigre ou un lapin dans une telle situation ?

 

Sans doute aurait-il tenté de fuir, de mordre ou se serait-il agité, mais jamais il ne se serait détendu à l'approche d'un être humain. Une seule caresse amicale avait donc suffi au dauphin pour comprendre qu’on ne lui voulait aucun mal. Plus tard, on lui apporta du poisson, qu'il accepta puis, lorsque la marée revint les observateurs purent le soulever et l’aider à repartir vers le large".

 

L'observation scientifique le confirme : jamais, en aucune circonstance, ni à aucun moment de l'histoire, un cétacé échoué n'a résisté à ses sauveteurs, ni tenté de les éloigner. Tous, au contraire, ont activement collaboré à leur propre sauvetage, comme si de toute évidence, ils comprenaient parfaitement ce que les hommes étaient en train de faire.

 

 

 

6. L’imitation chez les dauphins

 

Les dauphins font preuve de capacités extrêmement rares dans le domaine animal.

 

Comme les humains, les dauphins peuvent imiter. Sur le mode gestuel autant que sur le mode vocal, ce qui est tout à fait exceptionnel.

 

Les perroquets imitent la voix... les chimpanzés imitent les gestes... mais seul le dauphin est capable d'imiter sur ces deux niveaux à la fois.

John Lilly fit le premier la découverte que les dauphins étaient à même de reproduire la sonnerie du téléphone, l'aboiement d'un chien ou même la voix humaine.

 

Dans la nature, on suppose que certaines attitudes "rituelles" chez le dauphin, par exemple: se tenir poitrail dressé pour le combat - ressemblent furieusement aux gestes d'un requin en train d'attaquer ! Imitation ou coïncidence ?

 

Au Kewalo Basin d'Hawaii, les hublots de l'aquarium donnent directement dans le laboratoire où travaillent les chercheurs. Les dauphins peuvent donc voir tout ce qui s'y passe. A l'inverse, les chercheurs ne loupent aucun moment et observent tout ce qui se passe dans le bassin.

 

Un jour, l'un des scientifiques allume une cigarette et rejette la fumée. Un delphineau l'observe derrière la vitre.

 

A toute vitesse, il remonte, s'en va téter sa mère puis revient, lâchant devant les observateurs ébahis un superbe "nuage de lait" aquatique en tout point semblable au nuage de fumée ...

 

 

 

7. Intelligence et adaptation

 

Sous bien des aspects, la vie des dauphins libres ressemble à celle de nos premiers peuples humains, nos "chasseurs-cueilleurs". C'est une existence hors de l'histoire, calme et joyeuse, où les journées se passent à se balader, chasser, butiner, rire, dormir ou bavarder.

 

En revanche, loin d'être dépendant de leur milieu immédiat, comme tant d'autres espèces et même tant de groupes humains, les dauphins tursiops sont ouverts au changement. Ils ne le subissent pas !

 

Leurs techniques de pêche ne cessent de se transformer au gré des circonstances : certains dauphins ne chassent que la nuit, car c'est à cette heure-là que le poisson remonte des abysses. D'autres paressent jusqu'au début de l'après-midi, avant d'aller chasser en groupe.

 

D'autres enfin partent ensemble pour de plus vastes randonnées, qui peuvent durer plusieurs jours. Lorsque la nourriture s'épuise - chose fréquente aujourd'hui - les dauphins changent de menu et pêchent d'autres poissons. Si la famine s'aggrave, on déménage et on va voir ailleurs.

 

Eminemment intelligents et flexibles dans leurs habitudes, les dauphins tursiops sont donc un brillant succès de l'évolution. De la même façon que l'homme s’est adapté à toutes les terres, les dauphins occupent toutes les mers et tous les océans, à l'exception des zones polaires.

 

Depuis quelques années, pourtant, les dauphins affrontent d'autres défis.

 

La pollution, les filets dérivants, la chasse directe au fusil, les grands massacres collectifs et les captures pour les delphinariums représentent de très graves menaces.

 

Les dauphins y survivront-ils ? Rien n'est moins sûr. Mais ils ne sont pas non plus au bout de leurs ressources. Une fois encore, leur formidable intelligence leur permettra sans doute de s'adapter à ces nouvelles situations.

 

 

 

 

 

 

8. La mort et les dauphins

 

Comment meurt un dauphin, paisiblement, naturellement et non pas dans un delphinarium ou noyé dans un filet de pêche ?

 

Lorsqu'un dauphin mâle vieillit, il voyage moins et rejoint le groupe des femelles.

 

Ce sont elles, chez les dauphins, qui représentent la véritable autorité.

 

Une vieille dauphine de cinquante ans dispose d'une mémoire très riche, incluant de multiples cartographies de territoires de chasse, ainsi que la prévision très fine des cycles saisonniers : à quel moment tel poisson se reproduit-il ? Où trouve-t-on les meilleurs calamars ? Quelles instructions tirer du mouvement du soleil, de la position des étoiles ou d'un certain amoncellement de nuages annonçant la tempête ?

 

Un tel savoir est précieux pour les dauphins et c'est pourquoi, loin de les exclure du Clan, on entoure les "anciennes" de respect et d'attention.

 

Chose étonnante, ces "grands-mères", que les premiers scientifiques s'étonnaient de trouver si nombreuses dans des tribus actives, allaitent encore à l'occasion un enfant qui vient leur rend visite. Alors même que le temps des naissances s'est achevé pour elles depuis longtemps, elles offrent encore l'accès à leurs mamelles en guise de bienvenue.

 

Et puis un jour, quand il estime avoir atteint le terme de sa pleine existence, l'ancien - mâle ou femelle - il décide que l'heure est venue et va s'échouer seul sur une plage qu’il a depuis longtemps choisie et dont le sol doit être tendre et sablonneux... discrètement, noblement, il s’en va.

 

 

 

9.Les dauphins éclaireurs

 

Un groupe de deux à quatre dauphins voyageaient le long du rivage, à une distance de trois cent mètres, en suivant soigneusement les contours de la côte.

 

L'investigation détaillée de ce rivage, les brusques changements de direction et les modifications fréquentes de leur rythme respiratoire indiquaient très clairement que les dauphins étaient en train de chercher de la nourriture.

 

On observa alors le gros de la troupe, qui suivait alors en parallèle, quelques kilomètres plus au large.

 

On avait affaire à des dauphins éclaireurs. Ainsi, lorsque l'un de ces "scouts" détecte la présence de poisson, il s'empresse d'en avertir le groupe et la chasse commence aussitôt selon des stratégies très complexes, impliquant une coordination parfaite entre chaque individu. Le carrousel, le mur, le double mur ... sont quelques unes de ces techniques, qui toutes, visent à rassembler en une masse aussi compacte que possible un banc de poissons généralement diffus.

 

Chaque fois qu'ils reviennent vers le groupe afin de lui "faire rapport", les dauphins-éclaireurs se livrent à d'intenses vocalisations sifflées. Des dialogues s'échangent, des questions peut-être, car tout laisse à croire qu'à cette occasion, les éclaireurs transmettent au reste de la troupe des informations précises sur les proies repérées et sur leur abondance. En effet, si le gibier est peu abondant, une partie seulement du groupe rejoindra le lieu qu' indique l'éclaireur. Si le banc est de grande taille, en revanche, c'est toute la troupe qui se déplacera.

 

 

10. L’entraide chez les dauphins

 

On sait que, dans le monde sauvage, l'entraide chez les animaux n'est pas toujours gagnée d'avance. Le plus affaiblit est souvent éliminé par le reste du groupe. Il en va tout autrement chez le dauphin.

 

Lorsque l'un des leurs est malade ou blessé, les autres dauphins le maintiennent à fleur d'eau, pour qu'il puisse respirer. Celui qui aide se place directement sous le ventre du malade et le soulève jusqu'à la surface de l'eau. Il ne s'interrompt que de temps en temps que pour aller lui-même respirer, négligeant même totalement de s'alimenter pendant toute la durée de sa mission. Ces "bons samaritains" se relayèrent l'un après l'autre et les secours persistent jusqu'à ce que le malade meure ou se rétablisse.

 

Chose étrange, une telle solidarité ne s'exerce pas seulement à l'égard des dauphins.

 

En avril 1997, au large d'une plage sud-africaine, une jeune femme était sur le point de se noyer. Un courant l'emportait, elle avait bu la tasse et commençait à perdre ses forces. Un groupe de dauphins surgit brusquement pour se porter à son secours. Encadrée par plusieurs d'entre eux, la jeune femme s'est vue littéralement ramenée vers le rivage. De nombreux témoins ont pu en témoigner ...

 

Il arrive également que lors de pêches à la baleine, des dauphins tentent de sauver une baleine harponnée. Regroupés au pied du baleinier, ils protestent et s'agitent jusqu'à ce que le corps soit hissée à bord du bateau.

 

Le Néo-zélandais Frank Robson raconte qu'en 1978, un groupe de dauphins communs l'a aidé à sauver près de cent cinquante globicéphales sur le point de s'échouer.

 

Ceux-ci s'étaient égarés dans un estuaire sablonneux. Encadrés par les dauphins qui jouaient le rôle de "chiens de berger" et précédés par le bateau pneumatique de notre brave Robson, les gros cétacés ont été reconduits sans aucune perte vers la Mer !

 

 

11.. Le langage des dauphins

 

"Sur base de l'ensemble de nos recherches, écrit le Professeur Vladimir Markov dans un ouvrage qui fait autorité, nous pouvons conclure aujourd'hui que les dauphins tursiops disposent d'un système de communication similaire au langage humain.

Equipés d'organes phonatoires très flexibles, ils utilisent en effet un ensemble de signaux acoustiques formant eux-mêmes une multitude de messages, organisés comme des textes.

Un tel degré de complexité semble unique et le système de communication des dauphins ne trouve aucun équivalent dans aucune autre espèce animale existante"

 

Une autre étude du même Vladimir Markov démontre par ailleurs que ce système de communication véhicule même des concepts, des idées, ou des "représentations" abstraites.

 

Pour la première fois dans toute l'histoire des sciences, la preuve est ainsi apportée que des mammifères non-humains utilisent une véritable "langue articulée", transmise par apprentissage progressif, tout au long de leur éducation.

 

Le "delphinien" diffère pourtant de manière très profonde de tous les modèles linguistiques existants à ce jour.

 

Compacte, ultrarapide, construite à base de sifflements, de sons pulsés et d'une variété presque infinie de "salves symphoniques", ce langage n'en dispose pas moins d'une syntaxe précise. Son vocabulaire, quant à lui, se construit à l'aide de "blocs sonores" librement permutables, qui s'enrichissent au fil de l'expérience. Nous savons également, par les expériences du Dr Louis Herman, du Centre expérimental de Hawaï, que les dauphins assimilent facilement nos propres règles de grammaire et qu'ils ont tendance, comme nous, à se souvenir mieux d'une chose ou d'une personne dès lors qu'on a peut les désigner par un "nom".

 

Comme nous, les cétacés sont donc des "êtres de langage" même si, aujourd'hui encore, nous n'avons toujours pas la moindre idée de ce qu'ils peuvent bien se raconter !

 

 

 

12. Le peuple cétacéen : géantes cousines…

 

Quand on entend parler de cétacés, on pense généralement aux dauphins tursiops des delphinariums, aux orques, aux cachalots ou aux baleines bleues, sans se douter qu'au-delà de ces stars, une véritable mosaïque d'espèces peuple les moindres recoins des océans. En effet, pas moins de 80 espèces différentes sont connues aujourd'hui, se répartissant en 2 grands groupes: d'un côté les 12 espèces de cétacés à fanons, ou baleines; de l'autre, plus de 60 espèces de cétacés à dents.

 

La taille des baleines a toujours frappé l'imagination. Et pourtant, savez-vous que la moins bien connue d'entre elles, la baleine franche naine, n'atteint que 6m à l'âge adulte ? On est très loin du record absolu de 33m, la longueur de la plus grande baleine bleue jamais mesurée, c'était dans les années 30 à bord d'un baleinier russe, en Antarctique. Ce n'est probablement pas demain qu'un tel animal sera à nouveau rencontré, car même si elle est interdite aujourd'hui, la chasse aurait réduit les populations de baleine bleue de près de 90%.

 

A tel point que jusqu'il y a une dizaine d'années, on craignait même que les survivants ne se rencontrent pas assez souvent pour pouvoir se reproduire. Depuis lors, les chercheurs ont été rassurés par une découverte fabuleuse, qui montre que, comme les dauphins, les baleines sont des êtres de communication: il a été montré qu'en utilisant des infra-sons dans certaines couches d'eau bien particulières, les baleines bleues pouvaient littéralement communiquer d'un côté à l'autre d'un océan, sur des milliers de kilomètres…

 

 

 

13.:Dauphins du Monde.

 

Nous allons voir aujourd’hui ce qu'il en est de la diversité des 60 espèces de dauphins et autres cétacés à dents. Diversité des tailles tout d'abord, depuis les énormes cachalots de 18m jusqu'aux dauphins d'Hector d'1m 50. Mais aussi diversité des couleurs: de la blancheur éclatante des bélougas de l'Arctique jusqu'au noir d'encre des globicéphales des îles Féroé, en passant par toute une variété de gris, de bruns, de bleus et même de jaune comme chez les dauphins communs.

 

Les dauphins sont partout dans les océans. Certains ne vivent qu'au pôle nord, comme le narval, dont la longue défense torsadée est à la base de la légende de la licorne. D'autres ne se rencontrent que dans les eaux tropicales, comme le dauphin à long bec, spécialiste des sauts en vrille. Certains passent la majeure partie de leur vie en haute mer, comme les dauphins bleu et blanc représentés dans les temples crétois, d'autres sont étroitement liés à la côte, comme la plupart des marsouins.

 

On trouve même des dauphins dans quelques grands fleuves. C'est le cas du boutou ou dauphin rose de l'Amazone, sacré aux yeux des Indiens. Ou encore du baidji, le dauphin le plus menacé du monde, dans le Fleuve Jaune en Chine: il n'en resterait pas plus de 200 à l'heure actuelle. Entre la pollution due à l'industrialisation galopante de son bassin versant et le fractionnement des populations par différents barrages, ses espoirs de survie sont de plus en plus ténus…

 

Oui, on peut dire que certains dauphins sont aujourd’hui réellement menacés de disparition.

 

 

14. les aspirateurs à calmars

 

Connaissez-vous les bérardies ? Les mésoplodons ? Les hyperoodons ? Tous sont pourtant des cousins des dauphins, appartenant à la famille de cétacés à la fois la plus nombreuse et la plus mystérieuse, surnommée "baleines à bec" par les Anglais. Même si leur taille peut être imposante - la bérardie de Baird, par exemple, atteint 13 m de long - ces 20 espèces de soi-disant baleines sont plutôt des super-dauphins, puisqu'ils possèdent des dents.

 

Malgré leur taille, ces animaux restent très mal connus, en raison de leurs préférences pour la pleine mer et de leur discrétion lorsqu'ils évoluent en surface. Si mal connus, on découvre encore régulièrement de nouvelles espèces. C'est ainsi que deux espèces de mésoplodons ont été décrites par un belge, Koen Van Waerenbeek et ses collègues sud-américains : l'une a été observée au Pérou et l'autre au large du Chili, sur l'île Juan Fernandez, célèbre pour avoir inspiré l'histoire de Robinson Crusoé.

 

Discrétion en surface, mais en profondeur, quelle vie ! Toutes ces espèces se nourrissent de calmars, qu'ils capturent au cours de plongées interminables dans les abîmes de l’océan. C'est l'hyperoodon boréal de l'Atlantique Nord qui détient le record, avec des plongées en apnée allant jusqu’à 2 heures à près de 2000m de profondeur…

 

A l'autre extrémité du globe, en Antarctique, vit l'hyperoodon austral. Entre deux plongées dans une eau glaciale et obscure, repérant les calmars grâce à son sonar, on imagine la précision de ses signaux pour localiser l'étroite fissure de la banquise qui lui permettra de respirer… Nous avons affaire, ici, à un monde qui n'a rien à voir avec celui des groupes de milliers de dauphins océaniques que l’on connaît…

 

 

 

 

 

 

 

15. Orques de ci, de là

 

Plus encore que le dauphin tursiops dont nous avons déjà parlé, les orques se rencontrent dans toutes les mers de la Planète. Mais cette distribution mondiale est trompeuse, car la plupart des troupes se déplacent peu. Cet attachement à une région particulière les a conduit à développer des techniques de chasse sophistiquées, que les parents enseignent patiemment à leurs rejetons.

 

C'est ainsi que la proie principale des orques résidents de la côte ouest du Canada est le saumon, alors que les orques norvégiens sont eux des spécialistes du hareng et que ceux de Papouasie adorent les requins. En Nouvelle-Zélande, les orques rabattent dans des criques d'immenses raies jusqu'à ce qu'elles sautent sur le rivage, où ils s'en saisissent. En Patagonie argentine, les orques vont s'échouer sur les plages abruptes pour capturer les otaries, repartant avec la vague suivante. Même chose dans l'archipel subantarctique des îles Crozet, où ce sont les jeunes éléphants de mer qui en font les frais.

 

Enfin, plus ingénieux encore, les orques antarctiques s'associent régulièrement pour chasser les phoques… sur la glace: pendant que les uns soulèvent le glaçon où l'animal s'est réfugié, les autres attendent calmement que leur proie atterrisse littéralement dans la bouche!

 

Associées à d'autres comportements sociaux , toutes ces méthodes différentes constituent la base d'un véritable patrimoine culturel propre à chaque troupe, transmis de génération en génération, peut-être depuis des milliers, si pas des millions d'années…

 

 

 

16. Entraide entre cétacés mais aussi envers les hommes

 

Lorsque l'un des leurs est malade ou blessé, les dauphins tentent de l’aider, en le maintenant, par exemple, à fleur d'eau pour l’aider à respirer. Nous en avons déjà parlé ici.. Il faut savoir que chez le dauphin, la respiration n’est pas un réflexe inconscient comme chez l’homme, mais que chaque inspiration et chaque expiration est commandée à chaque instant. C’est ainsi que le dauphin doit maîtriser son sommeil pour ne pas s’endormir complètement, sinon il se noierait. Comment fait-il ? On explique qu’il dissocie son cerveau gauche de son cerveau droit et qu’il peut mettre alternativement l’un au repos, pendant que l’autre veille … et ainsi alternativement.

Mais pour revenir à cette solidarité qui pousse les dauphins à des attitudes d’entraide entre espèces, nous restons perplexes : aurions-nous affaire, chez eux, à une sorte de code moral ?

Ce comportement remarquable a souvent été interprété par les scientifiques comme une simple extension à l’homme du réflexe d'assistance qui existe naturellement entre les dauphins eux-mêmes. Bref, un comportement qui ne serait qu'instinctif…

Mais alors, que penser l'histoire qui s’est passée en octobre 93, en Bretagne ?

Trois hommes, à bord d'un Zodiac pêchent des crabes et des coquillages sur un banc de sable à l'ouest du Conquet. Lorsqu'ils tentent de rentrer, le vent qui a forci et la marée montante se combinent pour rendre la mer impraticable. Pour contourner une infranchissable barre de 4m de haut, les hommes se jettent dans la tempête. Le Zodiac embarque de plus en plus d'eau. Et puis c'est le coup de théâtre: surgissant de nulle part, une troupe de dauphins tursiops délègue quatre d'entre eux au secours du bateau en perdition. Deux dauphins se placent à l'avant pour le guider, les deux autres se collent de chaque côté du Zodiac et l'empêchent de chavirer. Une demi heure plus tard, le bateau a retrouvé les eaux calmes de la pointe de St Matthieu. .. et les dauphins, eux, se sont éclipsés…

 

17. Communication inter-especes

 

Depuis une vingtaine d'année, les contacts entre cétacés libres et humains se sont multipliés. De cette volonté d'aller les uns vers les autres est née le whale-watching, ou observation des baleines et dauphins en pleine mer. Autrement mieux que dans un delphinarium, toutes et tous peuvent espérer vivre "en vrai" l’intensité d’une rencontre avec les mammifères marins dans leur monde de liberté. C’est ainsi que certains baleiniers se sont ainsi recyclés dans une activité autrement plus belle et même plus rentable que la chasse à la baleine. Leurs observateurs-passagers peuvent alors retirer de ces moments fort la véritable satisfaction d’avoir fait eux-mêmes l’effort d’être allé au devant du spectacle de la vraie vie de ces animaux incroyables.

Parfois, au cours de ces aventures, les touristes peuvent avoir la révélation de comportements surprenants, dans la famille des cétacés… Témoin le récit de cette observation au cours d'un stage accessible à tous, effectué sur un bateau à voiles en Méditerranée, et racontée par son skipper:

 

"Nous sommes en train de faire route au Sud sous un ciel couvert, quand des stagiaires pensent entendre des sifflements aigus. L'attention redouble à bord, quand soudain un dauphin solitaire nous déboule dessus, arrivant de l'ouest à toute vitesse. Il se met à l'étrave quelques secondes, puis repart comme un bolide vers l'ouest, s'arrête à 20m, et revient. Il nous fait ce petit manège 3 ou 4 fois, jusqu'à ce que nous décidions de le suivre. Nous changeons de cap, route à l'ouest, dans le sillage de cette nageoire dorsale qui disparaît vite dans les vagues. Nous faisons environ un mille avant de distinguer au loin… le souffle oblique d'un cachalot ! Visiblement en train de récupérer à la surface entre deux plongées, le cachalot continua tranquillement à ventiler encore 4 ou 5 minutes avant de replonger. Mais le plus beau, c'est qu'en nous approchant de lui, nous retrouvons notre dauphin, à 3m de la tête du cachalot, nageant tranquillement devant le mastodonte aquatique… Puis le cachalot s’enfonça dans le grand bleu, et, avec lui, le dauphin solitaire, disparaissant ainsi sans nous laisser le temps de le remercier…"

 

 

 

18. Pourquoi les dauphins souffrent-ils en delphinarium ?

 

C’est vrai, ça ! Voilà plusieurs semaines qu’on vous invite à mieux connaître les dauphins et à préférer leur rendre la liberté qu’à les maintenir en delphinariums.

Pourquoi ? Il ne nous faudra pas trop de trois épisodes pour énumérer toutes les conséquences possibles de leur enfermement. Leurs souffrances peuvent être physiques, mais depuis peu, on sait aussi qu’elles sont surtout psychiques et donc plus douloureuses encore.

Aujourd’hui, contentons-nous d’évoquer les troubles dont les dauphins captifs souffrent au niveau de leur corps. Certaines plaies se voient clairement. Pas besoin d’être spécialiste. La plupart de ceux qui barbotent dans l’eau morte d’un delphinarium additionnée de chlore et de sel, ont des troubles de la peau qui se manifestent par des ulcérations, des blessures cutanées infectées ou encore de l’eczéma en différentes parties sensibles. Or la peau d’un dauphin est hypersensible. Ses propriétés exceptionnelles font de lui, dans l’océan, un champion de vitesse à la nage, car l’élasticité de sa peau et les sécrétions à sa surface annulent pratiquement toutes les turbulences qui se forment à sa surface à cause du frottement à toute vitesse et rend le dauphin dans l’eau aussi fluide qu’une fine lame. La constitution d’un dauphin ne lui permettrait pas des vitesses plus élevées que 20 km/h en pointe. Or il peut atteindre 50 km/h.

L’absence de soleil de certains delphinarium dépigmente la peau, rendue encore plus fragile.

D’autres lésions moins visibles touchent secrètement des organes sensibles : le tube digestif et les voies respiratoires. Comme tout être sensible soumis à des conditions intolérables, le dauphin captif réagit par des maladies telles que des entérites ou des bronchites, voire des broncho-pneumonies qui peuvent être mortelles … Eh oui, ne l’oublions pas, le dauphin a des poumons pour respirer … Comme nous !

 

 

 

19. Après avoir abordé les troubles physiques

 

Développons les troubles psychiques dont souffrent les dauphins en captivité. Les dauphins de delphinariums peuvent devenir fous ou en tout cas subir des dérèglement mentaux. Comment cela se manifeste-t-il ? Progressivement ils se referment sur eux-mêmes et ne parviennent plus à communiquer avec le monde extérieur. On leur trouve alors des points communs avec certains comportements d’autistes. Ils vont droit devant eux, sans but et se désintéressent de tout. En delphinarium, comme un animal en cage étroite, les dauphins nagent toujours dans le même sens et le plus souvent dans le sens

antiphysiologique par excellence, c’est à dire dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Avec les années, certains de leurs muscles s’atrophient et l’ossature se déforme.

De plus, ces dauphins dénaturés se mettent à avoir des comportements agressifs qu’ils ne présentent pas en milieu naturel. Leurs comportement sexuels sont déviés et certains en arrivent même à s’auto mutiler par désespoir, comme s’ils voulaient se faire disparaître. On retrouve cette tendance chez d’autres animaux détenus pour le plaisir des hommes: chez les singes et les perroquets, c’est bien connu.

Alors, quand on nous fait croire que les delphinariums permettent d’observer les dauphins et de connaître qui sont les mammifères marins, c’est un peu comme si pour apprendre le comportement les hommes à des extraterrestres en visite chez nous, on leur montrait des détenus purgeant de longues peines d’emprisonnement et dont les seuls moments de liberté et d’expression se résument à une promenade en rond dans la cour de la prison deux à trois fois par jour.

Aller voir des dauphins dans de telles conditions, c’est accepter toutes les tortures qu’on leur impose…

 

 

 

20. La naissance, témoin du bonheur

 

Les dauphins qui se retrouvent dans les delphinariums souffrent d’être enfermés. Cela, maintenant, on le sait. C’est dans leurs réserves d’optimisme qu’ils vont puiser les forces nécessaires pour alimenter leur instinct de survie. Jusqu’à un certain point. Et même si à Anvers le plus jeune des deux dauphins survivants, Ivo, né en 1978 a pu résister jusqu’aujourd’hui, c’est parce qu’il est né auprès de sa mère Iris, dans le Golfe du Mexique, en liberté, et qu’il a eu trois courtes années pour se préparer à résister aux affres de son destin … et qu’il est resté avec elle depuis toujours.

Mais depuis l’inauguration du delphinarium au Zoo d’Anvers en 1969, 29 dauphins sont morts la plupart d’entre eux capturés dans l’océan, mais aucun des jeunes dauphins nés en captivité n’y est encore vivant.

La moyenne de survie jusqu’à l’âge de 6 mois atteint à peine un bébé sur 10, alors qu’en milieu naturel plus de 6 bébés sur 10 ont la chance de vivre. Pour un dauphin capturé, 5 dauphins auront dû être sacrifiés, en moyenne. Le travail des chasseurs pour piéger leurs victimes impose une poursuite infernale des groupes de dauphins telle

que de nombreux individus plus fragiles, plus jeunes ou plus vieux, y perdent déjà la vie.

On estime à 1000 le nombre des dauphins captifs actuellement dans le monde. Imaginez-vous donc, si on leur additionne les morts au cours des 30 dernières années, le nombre de victimes que le plaisir des hommes aux pitreries entre ballons et cerceaux

a provoqué en trois décennies !

Tant qu’on ne savait pas, on ne pouvait pas savoir. Mais maintenant que nous savons tout cela, comment continuer à aller voir les dauphins en delphinarium, les yeux fermés ?

 

 

 

21. La mèr, la mère

 

En quoi la mer, la vraie mer vivante, est-elle si indispensable aux dauphins ? Tout d’abord parce qu’elle est leur milieu d’origine, comme l’aire et la terre sont les nôtres. Le dauphin au autant besoin de se retrouver dans la mer, avec son mouvement permanent, que nous sommes heureux de nous retrouver sur la terre ferme après un long voyage en bateau ou à l’air libre après des heures confinés dans l’air conditionné. La mer, ce sont des milliards de milliards de molécules d’eau brassées au rythme des marrées et des saisons. On trouve dans la mer des 92 éléments chimiques connus sur notre planète … vous savez ces 92 éléments du tableau de Mendéléev qui nous a donné tant de boutons pendant nos études secondaires !

Aujourd’hui, il y en a une centaine répertoriés, qui fabriquent tout ce que la terre peut contenir.

En delphinarium, cette richesse du milieu naturel est généralement réduite à sa plus simple expression. Dans le bassin où évoluent les dauphins, c’est de l’eau de ville additionnée de chlore pour assurer son auto désinfection et de quelques éléments tels que le magnésium, le potassium ou le zinc, ajoutés dans un déséquilibre initiateur d’autres troubles physiologiques ou psychiques.

Les dauphins rêvent-ils en delphinarium ? Sans doute de la mer, de la vraie, celle qui leur a donné naissance et qui les a fait grandir, celle que la plupart d’entre eux ont connue, celle qui se gorge de soleil, celle qui leur permet de nager, vite, loin, profond, de s’ébattre en jeux permanents ou en pêches collectives, celle qui leur permet de se rencontrer, de s’aimer, d’enfanter en groupe ou parfois, tout simplement, de se reposer de notre monde …

 

 

 

22. Oh soleil !

 

A une lettre prêt … j’aurais aimé m’appeler " soleil ". C’est beau, c’est chaud, c’est lumineux. C’est vrai que le soleil nous est indispensable à tous… mais Philippe Soreil, c’est pas si mal, tout compte fait !

Eh bien, le soleil, les dauphins captifs, emprisonnés entre leurs murs de béton armé, ils ne savent plus ce que c’est. Et du soleil, ils en ont comme nous un besoin vital ! Si nous ne nous ensoleillons pas de temps en temps, comme chez nous depuis des mois … si nous ne nous partons pas de temps en temps en ballade pour aller nous charger de ses rayons, nous risquons tout simplement de souffrir de certaines carences, en vitamine D par exemple. C’est cette vitamine D qui sert à la fixation du calcium dans notre corps. Chez les dauphins, c’est pareil !

Et le calcium n’a pas qu’un rôle indispensable à notre squelette, à notre ossature. Il participe également, avec le magnésium, entre autres, à notre équilibre nerveux. Sans calcium on devient irritable, on ressent des spasmes musculaires … bref, on ne se sent pas bien dans sa peau. On devient comme un dauphin de delphinarium.

Alors que reste-t-il à faire ? Faire un grand trou dans le toit du bassin pour laisser pénétrer le soleil ? Il y en a qui non seulement y ont pensé, mais en plus qui l’on fait au moment de sa construction, croyant avoir ainsi résolu le problème …

L’homme qui se prend pour le créateur de la vie sauvage est un imposteur. Seule la nature sait exactement ce qu’elle doit faire pour promouvoir la vie. Tout ce que nous avons tenté de maîtriser a tourné à la catastrophe. Aujourd’hui, c’est vrai, on construit des grands bassins au bord des côtes maritimes, à ciel ouvert, des millions de m3 filtrés par ozone. On dit que les dauphins y sont protégés des dangers de la pollution et des prédateurs ? Quelle pollution et quels prédateurs ? Nous, les hommes !

Les Indiens, il y a plus d’un siècle, savaient déjà que l’homme blanc ferait tout pour devenir le maître du monde. Ils disaient :

" Nous ne possédons pas la terre, nous n’avons qu’un droit, un devoir : celui de la rendre intacte à nos enfants, dont nous l’avons reçue en prêt. "

 

 

 

23. Nous sommes en 1981, dans le Golfe du Mexique, au large des côtes de l'Amérique centrale.

 

Une famille de dauphins tursiops - quelques dizaines d'individus - se nourrissent paisiblement dans la mer écrasée de soleil.

Iris, une jeune dauphine âgée de quinze ans à peine et Ivo, son bébé, se déplacent au milieu de la petite troupe, bien protégés par les corps satinés et puissants qui les encadrent comme un mur.
Iris est ici chez elle, parmi les femelles de son clan familial.

A ses côtés, nagent sa mère, quelques sœurs et une vielle amie chargée de prendre soin des enfants. Quelques cousins adolescents traînent aussi avec elles mais la plupart des mâles sont en voyage et ne reviennent que lors de brèves visites.

Le petit Ivo, lui, a deux ans. Il apprend à siffler son nom ainsi que celui de sa mère et de tous les membres de sa famille.

On lui enseigne aussi progressivement à se servir de son sonar pour traquer les poissons, mais cet art-là est difficile et il mettra plusieurs années à l'acquérir. Taquinant l'un, jouant avec l'autre, le delphineau vient prendre l'air maladroitement en exposant tout son dos. Malgré sa grosse tête de bébé, il ne s'en montre pas moins très indépendant et commence à se faire des compagnons parmi le groupe des enfants de son âge, qui ne s'éloignent guère encore de l'aileron maternel.

A cette heure, tout est calme. L'eau est tiède, très salée, opaque d'une brume d'algues pulvérulentes.

Elle est heureuse parmi les siens, dans ce monde qu'elle a toujours connu.

Excellente mère comme toutes les dauphines, la bonne santé de son fils l'enchante…

Tout à coup, quelqu'un siffle : c'est une alerte en boucle, haletante.… le signal qui indique que des Hommes viennent dans des bateaux !

La chasse au dauphin, c’est pour demain.

 

 

 

24. Hier, tout était calme sur l’océan,

 

Les dauphins avaient entendu les hommes, mais ne les craignaient pas encore.

Pourtant, à la grande surprise des dauphins, ces hommes-ci ne descendaient pas dans l'eau pour se joindre à eux. Ils s’approchaient brutalement, les encerclaient, les rabattaient.

Les cris s'élèvent, rauques, menaçants. On repère les plus jeunes du "troupeau", ceux qui nagent encore près de leur mère mais que l'on suppose sevrés.

On les isole, les parents crient, on les chasse à coups d'explosifs.

Le piège se resserre peu à peu.

Des perches, des cordes, des harnais de cuirs, d'autres filets, surgissent du pont des bateaux. Ne restent au milieu du filet que Illas, un jeune mâle de huit ans, Ina, une femelle de 18 ans, et Iris et Ivo, serrés l'un contre l'autre.

Le groupe de dauphins restés libres pousse des cris de plus en plus indignés. Ils tentent de rejoindre les deux captifs, de les aider, de les sauver, ils se jettent contre les bateaux et la lutte devient violente, du sang se répand dans la mer, le filet devient de plus en plus étroit et plusieurs hommes se lancent à l'eau.

Peu de dauphins franchissent cette étape vivants.

Ivo, lui, ne comprend rien. Le choc l'a rendu muet, sonné, presque autiste. Sa maman le prend près d'elle.

Ils enserrent Iris dans leurs bras, ils la tirent, la tordent, manquent plusieurs fois la noyer et finalement, au prix d'efforts inouïs, ils parviennent à la hisser dans un bateau plus large. Le bébé la rejoint bientôt sans difficulté. Il suit sa mère aveuglément ..puis le cauchemar commence.

Ils sont arrivés à destination. Anvers. Iris tente de protéger Ivo dans la cohue furieuse des grands corps satinés qui se frôlent et parfois se heurtent dans le bassin minuscule. Son fils ne sera jamais un vaillant "éclaireur" draguant les belles dauphines le long des côtes du Mexique, ni un "guide" émérite. Il ne sera jamais le père d'aucun enfant, nulle part. Il restera ici, avec sa mère. Toute la vie et jusqu'à ce que la mort ou autre chose les sépare.

 

 

 

25. Vers la liberté

 

Si tous ensemble nous échouons , face à la détermination des responsables du Zoo d’Anvers de replacer leurs deux derniers dauphins vivants, IRIS et IVO, dans un nouvel univers captif en Allemagne, il nous restera à tirer les conclusions sur l’intérêt qu’ils portent à la qualité de la vie de leurs animaux. Après tout ce que nous aurons fait ensemble pour faire comprendre ici comme ailleurs, tout au long de cette fin d’année, les conséquences désastreuses de la captivité imposée aux dauphins pour notre seul plaisir, nous devrons nous résoudre à tirer comme conclusion que la voix de l’opinion publique n’a pas de prise à Anvers ? Passerons-nous encore les grilles de cette institution zoologique sans un pincement au cœur ?

Car il est encore possible, aujourd’hui, d’offrir à Iris et Ivo le même accueil que celui qui a été réservé à Stéphania, la dauphine sauvée de son bassin de Colombie, dont on a pu suivre le retour à la vie , grâce à la télévision, sur la RTBF puis sur France 2. Il existe une route vers la réhabilitation à l’océan, pour nos deux dauphins, devenus belges malgré eux, qui auront bien mérité de retrouver un petit coin de paradis en mer après toutes ces années d’enfer sur terre, entre nos frontières. La réhabilitation n’est pas forcément la liberté totale : tous les dauphins captifs n’en sont pas capables. Mais de nombreux exemples vécus prouvent qu’il est possible aujourd’hui d’offrir la liberté à un ex-détenu cétacé. Chez l’homme comme chez le dauphin, il y a des droits à respecter. Et ceux qui ont dans les mains le pouvoir de donner au destin la voie qu’il mérite sont aujourd’hui face à leurs responsabilités et face à l’opinion publique que nous représentons, vous et moi.

Mais de toute manière si le sacrifice de Iris et Ivo peut avoir fait avancer les choses, ils auront été dignes d’être dauphins, pour la vie de tous leurs semblables …

 

 


Dernière mise à jour le mardi 28 décembre 1999 03:47:15 +0100
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