Le monde selon Emanuel Lovi

 
 

Freddy Lehman :   Quel titre étrange : « L’improbable certitude ou la sève et le fruit du hasardier » ?

 

Emanuel Lovi : En effet, le titre paraît énigmatique à l’instar du    déroulement de l’intrigue.

Je me suis interrogé sur le Hasard, cette « seule divinité raisonnable » selon Albert Camus, ainsi que sur la Causalité, la destinée, l’impuissance de la volonté, l’illusion du libre arbitre.

Ce roman est une invitation à méditer sur le hasard des jeux de l’amour et l’amour des jeux de hasard. Un assemblage des plus curieux qui va entraîner le lecteur du métro aux  salles de jeux, des salles de jeux à la clinique thérapeutique et de celle-ci à la douceur discrète de l’auberge du "Nid douillet". Un cheminement tortueux, prétexte à de nombreuses réflexions et introspections de la part des personnages qui expérimentent  un parcours amoureux qui semble échapper à leur contrôle.

On qualifie aisément les événements quotidiens de « fruits du hasard ». Mais, le hasard lui-même, de quel hasardier en est-il le fruit ?

 

F.L. : Le sous-titre de cette aventure est « roman philosophique ». N’est-ce point quelque peu prétentieux ?

 

E.L. :  J’en conviens. Roman philosophique, cela fait XVIIIème, Montesquieu, Diderot, Voltaire,..

J’aurais pu (si cela ne transparaissait pas équivoque) mentionner plutôt « roman polémique » en son sens noble : « ce qui suscite une attitude critique et favorise le débat d’idées ». Car en fait, j’ambitionnais de faire s’exprimer les préjugés, les certitudes, les angoisses de mes protagonistes à propos de l’impuissance de leur volonté, que celle-ci tente de s’exprimer dans les situations de dépendance aux jeux de hasard ou aux jeux de l’amour.

J’aurais pu recourir aussi bien à « fable dérisoire » en lieu et place de « roman philosophique »

 

F.L. :  Sans doute en évoquant cet extrait :

On ne saura jamais si le renard de la fable était rongé par la faim ou la gourmandise ou bien stimulé par le souci de donner une leçon de modestie à son compère le corbeau. A moins que sa motivation n’ait été la vantardise ou le désir de laisser à la postérité l’image flatteuse d’un flatteur, ce qui ne lui a pas trop mal réussi par ailleurs. Sait-il, lui-même, quels sont les ressorts qui l’ont conduit à ruser avec ce ton mielleux qu'autrefois les écoliers caricaturaient fort bien ? Bien sûr, la fin justifie les moyens, mais, précisément, qui décide des fins ? La raison, entourée de ses comparses que sont la compréhension, la logique, la volonté, la ténacité, la persuasion, c'est à dire en fin de compte l’intelligence ? Ou bien les pulsions chaotiques, les émotions brusques, l’amour et la haine en quelque sorte ?

Il faut bien admettre que, pour la plupart, les décisions que nous nous enorgueillissons d’avoir pris avec fermeté et sagesse, ne sont guère raisonnées. Notre cervelle est trop lente, trop circonspecte pour trancher dans le vif. Nos réactions sont avant tout affectives, impulsives, irrationnelles. Ce n’est qu’après s’être engagé, que l’on justifie, ou que l’on se justifie à force d’arguments spécieux le bien-fondé de nos résolutions.

Toujours est-il, que pour satisfaire les envies que l’on se choisit ou qui vous ont choisi, il est rare que l’on ne doive pas élaborer une mise en scène de moyens divers, d’astuces, de plans, de stratégies.

L’expression « tomber amoureux de » est fort symptomatique. Joffroy tombe subitement amoureux de Léa ce jeudi 10 mai à 8h07 dans une rame de métro. Il tombe, comme si tout à coup, fortuitement, le sol s’effondre sous son cœur. Il n’amoure pas, il tombe amoureux. Comme si loin de décider il avait été décidé, par une force intérieure ou externe ou encore une combinaison des deux....


 

Ce qu’on en dit :

 

« …mais ce qui fait l'originalité de ce roman c'est qu'il est à double lecture. Un mélange finement dosé de scènes relatant une intrigue (qui dévoile petit à petit ses déconcertants rebondissements) entremêlée de passages où les personnages discourent avec eux-mêmes afin de trouver un sens à la pièce dans laquelle à leur corps défendant ils sont plongés. »

 

« J'ai aimé, mon compagnon a détesté. Le plat était sans doute trop épicé pour ses papilles. Car, en matière d'épices, Lovi a sans doute péché par un excès de saupoudrement. A tout propos, l'action de ce Joffroy (un peu niais, un peu mou quoique sympathique) balloté comme un fétu de paille dans une histoire qui le dépasse, est sujet à des hésitations exaspérantes. »

 

« Fascinant. A lire et relire car les propos, par leur densité, ne sont pas toujours lumineux en première approche. »

 

« Le ton est sarcastique, parfois poétique, souvent ironique voire irritant. Curieux mélange d'austérité et de fantaisie. »

 

"...le roman que j'aurais aimé écrire..."


 « …un roman qui ne sent pas la guimauve. Cela m'a beaucoup plu et beaucoup "interpellé". On ne peut s'empêcher de reconnaître en Joffroy et Manu, Jacques et son Maître mais façon 21ème siècle. Lovi pose en fait la même problématique que Diderot : Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard comme tout le monde" "Où allaient-ils ?. Est-ce que l'on sait où l'on va ? »

Interview de l’auteur

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