Pour une raison que j'ignore l'Italie exerce sur moi une extraordinaire fascination. Chaque fois que j'en passe la frontière je ressens un sentiment plus proche de celui qui rentre chez lui que de celui du touriste qui arrive dans un pays étranger.
Il faut dire que mon premier contact avec l'Italie s'est fait dans des conditions particulièrement joyeuses. Nous étions un groupe d'une quinzaine d'étudiants en dernière année d'université. Comme nous avions pour spécialité l'électricité l'IEEE, qui est en fait une association d'ingénieurs électriciens, payait à ceux qui le souhaitaient un voyage dans une ville où se déroulait un de leurs congrès. Cette année-là c'était Rome.
Déjà l'entrée fut un enchantement. Je dors facilement et cela dans quelque situation que se soit. Lorsque je me retrouve avec d'autres dans un compartiment de chemin de fer je dors à poings fermés jusque vers 5 heures du matin. Je quitte alors le compartiment pour laisser une chance supplémentaire à ceux qui n'ont pas ce "don du sommeil" de récupérer. Cette fois à mon réveil le train était déjà en Italie et j'ai profité d'un superbe levé de soleil sur la plaine du Po. Une lumière à la fois douce et chaleureuse filtrée par une poussière si fine qu'elle forme un léger voile qui transforme le paysage en un jeu d'ombres chinoises à plusieurs niveaux de gris. Plus tard le soleil superbe qui égaye une verdure sans fin traversée de jolis ruisseaux. En regard de notre verdure de gens du nord j'ai directement senti que celle-là n'était pas la même. Sa vie semble plus dense; peut-être parce qu'elle est aussi plus précaire, menacée par les sécheresses ou les inondations là où notre verdure trouve tout naturel de vivre tant les conditions lui sont favorables.
Rome est une ville idéale pour une visite avec des copains. On s'y promène volontier en adoptant les habitudes nonchalantes de ce pays. Est-on un peu fatigué d'avoir trop marché ? Il suffit de passer le coin pour y trouver un petit bar avec sa terrasse inondée de soleil. Veut-on un intermède plus culturel ? La ville regorge de merveilles. Est-on plus pressé ? On prend un de ces taxis qui vous montre que les italiens sont nettement plus habile du klaxon et des appels de phares que de l'usage des clignotants. Enfin la douceur de l'air permet des sorties nocturnes qui nous avaient trimballés de la "Piazza di Spagna" à la "Piazza Navonna" où, nous l'avons appris par après, siège le gouvernement italien de sorte que quelques "carabinieri" nous ont gentiment mais fermement prié d'aller faire nos pitreries ailleurs !!!
Pour cette première incursion en Italie je n'avais pas vraiment pris la peine d'apprendre l'italien. Comme d'habitude dans ces cas là on prend un petit lexique et on se débrouille vaille que vaille. Sans doute sous l'effet positif de cette visite, mais aussi parce que je la "sentais bien", l'envie d'apprendre cette langue m'est venue et j'ai été surpris de ce qu'elle réussissait à avoir d'intuitif pour moi. Bien que je ne la maîtrise pas vraiment, car je ne la pratique que trop peu, c'est, je crois, la seule des langues que je connais qui pourrait me devenir aussi naturelle que ma langue maternelle; contrairement au néerlandais ou à l'anglais que j'utilise pourtant beaucoup plus régulièrement. Depuis, lors de chacun de mes voyages j'essaye autant que possible de l'entretenir auprès de la population locale.
Rome par contre ne nous avait pas vraiment montré la convivialité des italiens. C'est lors d'une visite, quelques années après, de la jolie petite ville étrusque de "Volterra" que ça m'a le plus frappé. La vieille ville fotifiée est perchée en haut d'un mont des Apenins et sur ses flancs repose la ville nouvelle. L'intérieur des murs est très calme durant la journée et soudain vers six heures du soir, en un quart d'heure, la rue est noire de monde. Les groupes se forment et décident où on passera la soirée. À partir de ce moment l'animation est permanente jusque tard dans la soirée.
La façon dingue de conduire des italiens me va comme un gant; contrairement à ma soeur qui préférait même ne pas conduire dans les villes. Il y a même dans le côté laxiste de l'interprétation du code de la route des côtés plutôt sympathiques mais dont je comprends qu'il puissent être désarmants. Ainsi en Italie les bandes de circulations ne sont-elles pas perçues comme des obligations mes plutôt comme des "suggestions" qu'on respectera volontier s'il n'y a pas trop de monde. Mais si la circulation devient plus dense et qu'on peut caser quatre voiture de front là où les bandes de circulation n'en prévoient que trois on le fera. De même si une route à deux bandes de circulation (une dans chaque sens) est assez large pour mettre aisémént trois voitures de front, l'Italie est à ma connaissance le seul pays où on ne vous en voudra pas outre mesure de tenter le dépassement malgré une distance un peu courte, tant la voiture dépassée que celle venant en sens opposé se porteront un peu plus à droite de sorte que tout se passera bien. Que ça ne vous dispense cependant pas de prudence car il existe aussi des italiens moins bien embouchés, mais ça m'a semblé plus rare qu'ailleurs. Essayez seulement ce genre de gymnastique en Belgique ou en France...
Ça ne m'a pas empêché de me payer une ou deux "multe" (contraventions) de la part des "carabinieri" mais je ne leur en veux pas trop car - en tout cas à l'époque - elles n'étaient pas tellement élevées et qu'en plus leur métier leur impose une interprétation un peu plus consciencieuse que celle de leurs concitoyens du code de la route. (=:
La chanson italienne enfin est pour moi un régal. D'abord parce que l'italien est déjà par nature une langue chantante mais aussi pour la source d'apprentissage que cela représente. C'est souvent la seule source de langage usuel qu'on peut trouver à l'étranger. J'aime écouter des Ricardo Cocciente, Gianna Nannini et autres Umberto Tozzi. J'apprécie aussi beaucoup la très belle chanson "l'Italien" de Serge Reggiani qu'il chante en français mais dont le refrain est en italien :
Parfois aussi je regarde un film sur la "RAI UNO" puisque notre télédistributeur la diffuse mais c'est plus rare.
Ciao a tutti, alla prossima volta.