CONTES et LEGENDES de nos régions

La légende de la fondation de Stavelot

Saint Remacle remontait le cours de l'Amblève et s'était enfoncé dans les forêts ardennaises pour y méditer à son aise. Un âne, fidèle compagnon du voyageur, trottinait à son côté et transportait dans deux hottes fixées à ses flancs les provisions du religieux. Lorsque le saint s'installait dans quelque ermitage perdu au fond des bois, c'était au grison qu'appartenait la mission d'aller journellement chercher au village le plus proche, la nourriture de son maître.

Tout à coup, Remacle arriva en un endroit charmant. Des prairies descendaient en pente douce vers la rivière qui roulait ses eaux cristallines sur un lit où pointaient de gros cailloux. Des forêts d'arbres séculaires tressaient une couronne de verdure aux collines.

Le saint homme s'assit sous un chêne et contempla le paysage. Le site était calme, reposant, éloigné de toute habitation. On s'y sentait l'âme sereine. Le lieu était propice à la méditation. Remacle qui songeait toujours au salut de ses frères humains, résolut de fonder un monastère à cet endroit. Il avait coutume de réaliser ses projets sur-le-champ. Il se leva donc et parcourt les alentours pour voir où il trouverait la pierre propre à l'édification du couvent. Hélas, tous les rochers voisins étaient schisteux et ne convenaient guère pour un travail solide. Enflammé par son ardeur, le moine ne cessa ses recherches qu'à la nuit tombante. Il se dirigea alors vers l'arbre sous lequel il s'était reposé et s'y installa pour y passer la nuit. L'auberge de la belle étoile ne rebutait point cet habitué des cavernes.

Remacle dormait depuis quelque temps, lorsqu'il perçut les sons d'une musique très douce. Une vive clarté illumina le ciel et se rapprocha de lui. Au milieu de cette apothéose apparut un ange qui se mit à parler. Après l'avoir encouragé à créer une abbaye, le radieux personnage lui conseilla, s'il voulait découvrir des moellons, de marcher droit devant lui pendant quatre heures. Cela dit, il disparut laissant dans l'éther une traînée lumineuse, pendant que les orgues célestes ravissaient le dormeur.

Dès son réveil, après s'être restauré, le religieux se mit en route. Il gravit la montagne, traversa des landes désolées, longea des fondrières perfides, descendit dans un vallon couvert d'une végétation luxuriante. Soudain, il aperçut des dartres ocreuses aux penchants des coteaux. Il s'en approcha et reconnut les carrières dans lesquelles les habitants du pays de Thux s'approvisionnaient pour leurs besoins.

Remacle, exultant, remplit de pierres les hottes du baudet, puis reprit la direction de la rivière des Aunes. Qu'importait la distance ! La patience n'est-elle point la qualité primordiale des élus du ciel ?

Le religieux engagea des maçons, fit commencer les fondations, pendant qu'avec son âne il s'occupait sans relâche d'amener les moellons.

Toutefois, le diable qui régnait encore sur cette partie de l'Ardenne, voyait d'un très mauvais œil la construction d'un monastère. Ne doutant de rien, il se mit en tête de contrecarrer Remacle dans ses desseins.

Un beau jour donc, pendant que le saint faisait la sieste à l'ombre d'un arbre, l'aliboron près de son maître broutait l'herbe fleurie. Soudain, la bourrique fut attirée vers le bois par une touffe de chardons flamboyants. Satan guettait cet instant. Métamorphosé en loup, l'appétit aiguisé par la haine de son rival, il se jeta sur le paisible animal et, après l'avoir étranglé, se mit à le croquer à belles dents.

L'apôtre s'éveilla bientôt et chercha le roussin des yeux. Ne le voyant pas, il se dirigea vers le gaulis. Un loup énorme, assis sur son derrière, dépouillait un des derniers os du pauvre martin. Tout près, gisaient les hottes. Remacle flaira immédiatement un tour du malin.

Il alla vers maître Ysengrin, résolu à lui faire regretter son geste. Le loup d'un air sarcastique, regardait s'avancer l'abbé. Mais, si Méphistophélès aimait à jouer des tours pendables au disciple du Christ, Remacle était de taille à lutter contre un tel adversaire. Pendant que le loup le narguait, il saisit le chapelet qui pendait à son côté et le lança autour du quadrupède. Le démon qui était loin de s'attendre à une telle offensive hurla, se démena comme s'il avait été plongé dans un bénitier. Remacle tint bon. Le premier moment de colère et de surprise passé, il assujettit solidement le rosaire autour du cou de l'animal. Dompté, celui-ci obéit plus docilement que le grison défunt.

Remacle s'empara des hottes, les attacha aux flancs du loup. Puis il coupa un rondin destiné à caresser les côtes du nouvel acolyte s'il faisait mine de broncher. Il reprit alors ses courses à la carrière. Désormais, ce fut le loup qui assura le transport des pierres. Le religieux n'épargnait point les forces de la bête démoniaque. Il la chargeait autant que les paniers le permettaient et lui faisait couvrir la distance d'un pas allègre. Aussi, les travaux avancèrent-ils rapidement.

Quant le monastère fut terminé, Remacle détacha les hottes et reprit son chapelet. Le loup s'en débarrassa aussi vite que possible et disparut laissant derrière lui une forte odeur de souffre.

En souvenir de cette aventure, les armoiries de Stavelot furent : d'argent à un loup au naturel, le dos chargé de deux corbeilles remplies de pierres, passant sous un arbre planté dans une terrasse de sinople.

 

 

Qui était le prince-abbé Guillaume de Manderscheid ? 

Selon la légende, l'origine du Blanc Moussi remonterait au XVème siècle, et plus exactement, en 1502, quand le prince-abbé Guillaume de Manderscheid interdit à ses moines de participer au carnaval. Les stavelotains, déjà frondeurs à l'époque (ndlr : et ils n'ont pas changé depuis), tournèrent en dérision cette interdiction en défilant déguisés en moines, puis sur une nouvelle interdiction du chef de la principauté, ils remplacèrent la tenue religieuse par un costume blanc, inspiré de la bure monacale. De là, l'origine légendaire des Blancs Moussis…

Mais qui était ce fameux Guillaume de Manderscheid, fondateur bien malgré lui des Blancs Moussis ?

Le prince-abbé Guillaume de Manderscheid fut un homme puissant en œuvres et en paroles. Imbu de la science des saints autant qu'instruit dans les lois monastiques, il ranima la discipline, consolida le gouvernement, affermit les lois fondées par de Mérode et restaura la principauté. Ce noble et puissant seigneur fut choisit par les moines de Stavelot et de Malmedy pour être le successeur du prince Gérard.

Ce fut ce prince qui fit bâtir le château de Stavelot, pour y conserver les archives et le trésor de l'abbaye, tout ce qu'il y avait de plus précieux. La situation pittoresque de ce château-fort, bâti au-dessus de l'Amblève, sur une éminence d'où l'œil découvre tout Stavelot, lui donnait sans doute un aspect romantique, qui devait plaire à l'imagination du peintre et du poète. Ce château fut habité par les princes, surtout dans des moments de terreur, ou de guerre. Il paraît que Manderscheid y fit battre monnaie : droit qui du reste était inhérent à la principauté.

Ce fut encore ce prince qui jeta les fondements du palais de Stavelot, et du quartier que devait occuper l'Abbé lorsqu'il allait visiter le prieuré de Malmedy.

Ce fut aussi cet abbé qui fit construire à l'abbaye de Stavelot cette tour, dont une partie a été conservée, comme pour attester la hauteur et la magnificence de ce noble édifice.

Guillaume de Manderscheid fut ainsi un homme éminemment utile à la principauté, même si son côté guerrier ne cadra guère avec l'habit religieux. On lui doit de nombreuses batailles contre la famille du Sanglier des Ardennes, pour récupérer le château de Logne. C'est d'ailleurs ces différents conflits qui lui valut une expatriation forcée, et c'est son neveu Christophe de Manderscheid qui fut son successeur.

L'histoire ne dit pas si c'est la grandeur de son nez qui fut à l'origine du masque au long nez qu'arborent les Blancs Moussis…

 

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