Le Testimonium Flavianum reconsidéré
Summary
Did Flavius Josephus know
Jesus Christ ?
Flavius Josephus, the
Jewish historian, mentioned Jesus Christ in a short notice, which was heavily
challenged as to its authenticity. It appears that the Greek text was not well
understood, and that a copyist error was unnoticed. The text does not say that
Jesus was the Messiah, or that He rose from the dead. The Greek language
sometimes uses a past tense where the meaning is an unreal event. Josephus did
not hesitate about the virility of Jesus, but about his wisdom, because Jesus
showed such a strange behaviour. The conclusion is that the testimonium is
authentic, but only corrupt by a small error due to a Christian copyist.
Le Testimonium Flavianum
reconsidéré
Le Testimonium Flavianum de
Josèphe, l'historien juif, a été l'objet de discussions interminables, sans que
la communauté des savants soit arrivée à un verdict unanime.(1) C'est la
question quelle était la raison d'une telle discorde, qui a attiré
particulièrement mon attention.
Citons d'abord pour plus de
commodité la traduction usuelle du texte vulgate. "Vers ces temps là un
homme sage est né, s'il faut l'appeler un homme. Il accomplissait notamment des
actes étonnants et est devenu un maître pour des gens qui acceptaient la vérité
avec enthousiasme. Et il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et de
grecs. Le Christ c'était lui. Et quand, par suite de l'accusation de la part
des gens notables parmi nous, il avait été condamné par Pilate à être crucifié,
ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé. Il leur est apparu le
troisième jour de nouveau vivant selon les paroles des divins prophètes qui
racontent ceci et mille autres merveilles à son sujet. Et jusqu'aujourd'hui le
peuple qui s'appelle chrétien d'après lui n'a pas disparu. Et vers ces temps là
une autre offense est venue provoquer une sédition des juifs."
Il est clair pour tout le monde
que telle ne peut être une traduction correcte. Selon le témoignage
d'Origène(2) Josèphe n'était pas chrétien, par conséquent la plupart des
commentateurs conclurent que certains propos dans le Testimonium ne pouvaient
être attribués à Josèphe. Il s'agit des mots : "le Christ était
celui-là" et plus loin: "il est apparu vivant le troisième
jour...". De là on n'était pas loin de conclure qu'un chrétien avait
manipulé le texte ou qu'il fallait tout simplement rayer ces mots comme Meier
et Pelletier(3) prétendent, ou, plus grave encore, que le texte entier avait
été interpolé par un chrétien. Le Testimonium Flavianum était un faux.
Pour prouver cette opinion on a
commencé au surplus à semer le doute concernant certaines expressions, qui ne
seraient pas authentiques, la manière par exemple dont Josèphe parle des
"premiers parmi nous", qui, selon un des commentateurs, n'était pas
la façon habituelle dont Josèphe s'exprimait. Or nous ne trouvons pas moins que
onze passages parallèles, où Josèphe utilise cette même expression.(4)
Certains ont trouvé curieux qu'il
parle de fulon (peuple, tribu, race) en parlant des chrétiens
comme d'ailleurs également en parlant des juifs. La raison en est qu'on peut
difficilement traduire ce terme en parlant des chrétiens. Le peuple juif est
une expression courante, la tribu ou même la race des chrétiens sonne mal. Mais
il est clair qu'il faut traduire: le peuple chrétien, avec la nuance: le petit
peuple chrétien. Il vient de dire que le peuple chrétien se composait de juifs
et de grecs, il pouvait donc le considérer comme un petit peuple différent des
juifs. Pour exprimer cette idée il disposait seulement du mot fulon (tribu).
La phrase qui suit immédiatement
le Testimonium est lue comme suit. "Et vers ces temps là une autre offense
est venue provoquer une sédition des juifs." Cette traduction est fautive:
il fallait traduire: "un autre scandale perturbait les esprits
juifs". On raisonne comme suit: généralement dans cette oeuvre il s'agit
de séditions des juifs, la mention du "scandale" de Jésus est donc
hors de propos... Il n'en est rien: dans le paragraphe suivant du Testimonium
il s'agit aussi d'un scandale. Dans un passage parallèle le mot eqorubein signifie être fortement perturbé par des
mots.(5) deinon signifie d'abord quelque chose d'effrayant, mais
aussi quelque chose qui provoque de l'indignation. Et on comprend que
l'intention de Josèphe est de présenter l'histoire de Jésus comme un scandale,
contraire à la dignité du peuple juif...
Autre difficulté : on traduit:
"il devint un maître pour des gens qui acceptaient la vérité avec
enthousiasme". Or "la vérité" ne se trouve pas dans le texte. talhqh
n'est pas un substantif qui signifie la vérité, mais presque un adverbe, formé
par un adjectif, devenu l'expression pour : comme vérité, comme véritable,
vraiment, incroyablement mais vrai.(6) Josèphe exprime ainsi son étonnement. Le
verbe utilisé par Josèphe decesqai est souvent utilisé par lui pour dire
qu'on reçoit une personne, qu'on accepte ses paroles. Il faut donc traduire:
"il est devenu un maître pour des gens qui vraiment l’acceptaient avec
enthousiasme". "Et il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et
de grecs". Le verbe grec ephgageto veut dire d'abord: amener avec soi, mais aussi
convaincre, convaincre de quelque chose, convaincre à faire, faire croire que,
amener à la foi. (7) La question naturellement est : convaincre de quoi, faire
croire quoi? Evidemment: que Jésus lui-même était le Messie.
Ici on soupçonne une erreur de
transcription bien commune : la confusion entre autoV
et outoV. Le copiste a, sans s'en rendre compte, comme
Norden fait remarquer, cité le texte de l'évangile de Luc et de Jean :
"celui-çi est le Messie". (8) Ce texte il le connaissait par cœur.
Dans le texte (outoVhnkauton) le mot auton
suit immédiatement. Le texte authentique (autoVhnkauton) prêtait à confusion: le Christ était lui et c'est (justement) lui que...
Dans la traduction usuelle on oublie que l'accent se trouve sur "kai auton". Le sens du texte devient alors clair: "Il est parvenu à faire
croire à beaucoup de juifs et de grecs que le Messie c'était lui-même".
Normalement on se serait attendu à ce que le verbe croire soit exprimé
explicitement: Il les amena à croire que... et à l'utilisation du mot
"que" (oti) après le verbe croire. Seulement ce serait
presque un pléonasme vu la signification propre du verbe ephgageto.
Le grec permet en outre la
suppression de la particule an dans le cas considéré comme irréel et
l'utilisation simple de l'indicatif passé.(9) On peut donc traduire le texte:
Il est parvenu à persuader (faire croire) beaucoup de juifs et de grecs (que),
lui-même était le Messie (ce qu'il n'est pas). Le texte est donc bon comme il
est à part une petite erreur de transcription.
Le même cas se présente pour ce
qu'on a considéré être une seconde affirmation de foi chrétienne : "il
leur apparut le troisième jour". Voyons de près toute la phrase. "Et
c'est lui que quand sur l'accusation d'hommes notables parmi nous Pilate avait
condamné à être crucifié, ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé.
Il leur apparut..."(10) On est enclin d'accuser de nouveau un copiste
d'avoir omis un mot. "n'ont pas cessé de prétendre qu'il leur est
apparu..." On croirait avoir trouvé une solution en supposant que le verbe
prétendre (fanai) se trouvait avant le verbe cesser (epausanto). Le mot fanai est intéressant parce que ressemblant à efanh.
Par le mécanisme connu de l'haplographie, il serait omis. Cette hypothèse, qui
trouve un fondement dans une version arabe du Testimonium, citée par Agapius,
n'est cependant pas nécessaire.(11) Le mot prétendre se trouve en effet dans le
texte notamment eirhkotwn. Ce dernier mot se rapporte évidemment aux
prophètes, mais explique son omission au début de la phrase.(12) Notons que le
mot a aussi chez Josèphe une signification péjorative, à part de: dire, il y a
aussi prétendre. Il est suffisant de comprendre le " n'ont pas cessé"
comme une construction elliptique et l'affirmation suivante: "il leur
était apparu" (or il ne l'a pas fait), de nouveau comme une construction
de l'irréel de l'indicatif passé sans particule.(13)
Le grec à beaucoup d'exemples de
cet indicatif de l'irréel, souvent il suit une proposition conditionnelle ou
"il fallait" (edei), ou une négation (mh),
tous exemples d'une attitude d'incroyance. Ici les deux verbes sont : il les
amenait à croire (faussement), et ils continuaient (à prétendre faussement). Il
faudrait donc traduire: (dans la langue française l'imparfait indicatif
s'emploie aussi après un passé quand il s'agit d'un fait douteux ou qui est
reconnu faux : "on m'a dit que vous aviez la fièvre, je vois avec plaisir
qu'il n'en est rien".(14) ) : Après la condamnation à la crucifixion par
Pilate ils n'ont pas cessé (de prétendre qu'): Il leur était apparu le
troisième jour (or il ne l'a pas fait) de nouveau vivant, les divins prophètes
ayant prétendu cela et mille autres merveilles à son sujet.
Une autre pierre d'achoppement
est aussi l'expression: "s'il faut l'appeler un homme", suggérant que
le Christ était divin. Et cela est incroyable sous la plume de Josèphe. Nodet
veut trouver une intention polémique dans ce texte qu'il défend comme
entièrement authentique. Le mot utilisé andra signifie d'abord un mâle, et est utilisé
souvent dans cette signification par Josèphe: mâle s'oppose surtout à femelle.
Et il est impensable que Josèphe aurait douté de la masculinité de Jésus. La
première phrase pourrait bien contenir une faute de transcription typique, non
reconnue jusqu'ici. La substitution d'un mot à un autre qui se trouve proche
est courante, parfois comme effet de la suggestion régressive. La clé de cette
expression "s'il faut l'appeler un homme ou un mâle" se trouve
notamment dans l'explication qu'en donne Josèphe : "il accomplissait des
actes paradoxaux, c.à d. étonnants ou bizarres", autrement dit, il se
comportait d'une manière paradoxale, c.à d. étonnante ou bizarre. Il n'y a pas
question de miracles, comme certains voudraient traduire. "Miracle"
n'est pas une bonne traduction, ce mot suggère trop le sens actuel, c.à d. un
événement à signification religieuse qu'on ne peut expliquer par les lois
naturelles. Or cela est évidemment loin des pensées de Josèphe. Josèphe dispose
de trois vocables pour appeler des choses merveilleuses, étonnantes, inouïes,
extraordinaires, étranges, surprenantes, prodigieuses, curieuses, incroyables,
inattendues, paradoxales: qaumasioV,
paradoxoV, terastioV. terastioV signifie quelque chose de prodigieux, étrange, parfois monstrueux ou de mauvais
augure. dit de choses admirables, qui provoquent de l'admiration. S'il avait
voulu dire que Jésus faisait des miracles, il aurait utilisé qaumasioV. Il utilise par contre paradoxoV : en grec classique le mot utilisé paradoxoV a une signification plutôt péjorative: il s'agit de choses drôles,
bizarres, étranges, fabuleuses, mythologiques.(15) Chez Philon le mot est
utilisé dans le sens de contraire à la raison, improbable.(16) Chez Josèphe qui
utilise le mot 51 fois dans ses oeuvres, le mot peut avoir un sens positif
comme extraordinaire, imprévu, inattendu, mais aussi une signification plutôt
péjorative, notamment étrange.(17) L'expression : "parce qu'il faisait des
choses paradoxales" doit donc être compris comme choses bizarres ou étranges".
Ceci exclut l'interprétation qui oppose homme à divinité. Or qui ne voit que se
comporter paradoxalement ou étrangement ne peut être non plus l'explication de
ne pouvoir être appelé mâle ou homme. Il faut donc conclure que cette
proposition n'a aucun sens plausible, si on maintient le terme mâle. Revenons
donc au début de la phrase; il naquit un homme sage. Se comporter d'une manière
étrange ou bizarre s'oppose à un comportement de sage. Et c'est évidemment le
vocable sage qui est nuancé par la restriction qui suit: si toutefois on peut
appeler sage, quelqu'un qui se comporte d'une façon si paradoxale ou bizarre.
Nous sommes donc devant un cas assez ordinaire de substitution d'un mot à un
autre, surtout si ce mot est proche de l'autre. Le copiste a substitué mâle à
sage. Il devait répéter sage, il a répété mâle. Si le copiste était chrétien on
comprend qu'il a cru que le texte authentique était caduc et qu'il fallait le
corriger d'une manière qui pour lui était évidente: Jésus était homme et dieu,
il accomplissait des actes étonnants, des miracles.
Le texte de Luc (5, 26) : eidon paradoxa shmeron qui semble infirmer cette interprétation
péjorative n'est autre qu'une signification normale c à d. nous avons vu des
choses étonnantes, incroyables, para doxan, en dehors de toute attente. Le contexte
raconte un véritable miracle. La signification d'un mot doit être prouvée par
le contexte, parce qu'un mot peut revêtir de multiples significations et
nuances dans des contextes divers. Or le Testimonium n'est pas un rapport positif,
laudatif, comme le verset de Luc, mais plutôt un rapport négatif. Ce qui donne
une nuance péjorative au texte entier. Le texte restauré: "s'il faut
l'appeler sage, parce qu'il se comportait d'une façon étrange ou bizarre"
est par contre entièrement conforme à l'esprit de Josèphe, qui considère
l'histoire de Jésus comme scandaleuse, et non seulement à l'esprit de Josèphe
mais aussi à l'usage du mot paradoxoV dans d'autres contextes.
Notre texte provient d'un
archétype très corrompu, comme en témoignent un certain nombre de manuscrits
qui ont été copiés à partir de deux ancêtres, représentant deux grandes
traditions.(18) D'ordinaire on trouve dans ces copies un certain nombre de
fautes de transcription: des erreurs par omission, des haplographies, des
dittographies, des interpolations, des gloses, des scolies, etc. Comme les
copistes utilisaient souvent des abréviations et qu'ils ne se servaient pas de
l'interponctuation en écrivant tous les mots les uns après les autres d'une
façon continue, ils devaient en transcrivant un texte l'interpréter
correctement. Souvent en trouvant un texte incompréhensible ou corrompu, ils
apportaient des corrections, parfois d'une façon erronée. L’altération du texte
authentique par deux fautes de transcription peut être datée approximativement.
Eusèbe utilise déjà la version vulgate (+ 339). Origène possédait
vraisemblablement encore le texte authentique (+ 253). Le copiste a donc
probablement "corrigé" le texte assez tôt.
Je propose donc deux corrections
du texte grec: sofon au lieu de andra, autoV au lieu de outoV.
Le reste est, sans aucun doute possible, un texte authentique de Josèphe. On y
trouve notamment un grand nombre d'expressions typiques. De surplus, le texte ainsi
restauré répond totalement à l'intention de Josèphe.
Nous pouvons conclure avec le
texte restauré intégralement : "Vers ces temps là un homme sage est né,
s'il faut l'appeler sage. Il accomplissait notamment des actes bizarres et est
devenu un maître pour des gens qui l’acceptaient vraiment avec enthousiasme. Et
il est parvenu à convaincre beaucoup de juifs et de grecs: le Christ c'était
lui. Et c'est lui (justement) qui, quand, par suite de l'accusation de la part
des gens notables parmi nous, avait été condamné par Pilate à être crucifié,
que ceux qui l'avaient aimé dès le début n'ont pas cessé : Il leur était apparu
le troisième jour de nouveau vivant, les divins prophètes ayant prétendu ceci
et mille autres merveilles à son sujet. Et jusqu'aujourd'hui le (petit) peuple
qui s'appelle chrétien d'après lui n'a pas disparu. Et vers ces temps là un
autre scandale est venu perturber les juifs."
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Psychopathology and the Bible
Un évangile de l'enfance: le Protévangile de
Jacques
Het raadsel van de Apocalyps ontsluierd
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