(Apoc. 13,18)
THE RIDDLE OF THE
BEAST OF THE APOCALYPSE
The riddle of the number of
the beast, 666, also called the number of the Antichrist, has been solved
appealing to the signification of the Greek letters, which constitute it. This
interpretation eliminates all those who appeal to the signification of the
Hebrew letters, or to the supposition that Nero is the intended beast. In fact,
it is Claudius, the sixth Caesar. The signification of the two beasts has been
shown. The first one is the imperial power; the second one is the power of the
Roman senate.
Sommaire : L'énigme du nombre de
la bête a été résolu en faisant appel à la signification des lettres grecques
qui le constituent. Cette interprétation élimine toutes celles qui font appel,
soit à la signification des lettres hébraïques, soit à la supposition que Néron
est la bête visée. En fait, il s'agit de Claude, le sixième César. La
signification des deux bêtes a été démontrée. La première bête est le pouvoir
impérial, la seconde le pouvoir du sénat romain.
* * *
Jusqu'aujourd'hui le mystère du
nombre de la bête 666 est entier, malgré les hypothèses parfois extravagantes
qui ont été formulées. Citons en deux.
Selon R. Growes, philologue et
poète, le nombre 666 devrait être compris comme un nombre latin : DCLXVI et
signifie : Domitius Caesar legatos Xti violenter interfecit.(1) Domitius, c'est
Néron, qui s'appelait originairement Lucius Domitius Ahenobardus Nero Claudius
Caesar Augustus Germanicus. Il suit par cette interprétation un grand nombre
d'exégètes qui eux expliquent le nombre 666 en recourant à la valeur numérique
des lettres hébraïques. La signification serait : QSAR NRWN (Caesar Neron) où Q
= 100, S = 60, W = 6, 2 x N = 100, 2 x R = 400. Solution compliquée, qui
appelle peu à l'imagination. Le Q n'est pas un équivalent exact du K grec ou du
C latin, bien que rarement on trouve quand même Q.(2) Seulement en Hébreu la
façon correcte d'écrire le nombre 666 est TRSW, et ce mot n'a ici aucun sens.
Une interprétation ancienne doit
changer le nombre 666 en 616 pour obtenir de la même façon: Gaius Caesar.(3)
Driver pense à la gematria, Bruins à un abaque ancien.(4) Solutions obscures et
mystérieuses.
On s'étonne qu'on n'ait jamais
pensé aux lettres grecques. Il s'agit quand même d'un écrit grec.(5) La
transcription du nombre 666 en grec est : Chi, Ksi, Digamma : Chi = 600, Ksi = 60,
Digamma = 6.
Il faut d'abord se rappeler que
le texte lui-même réfère au nom d'une personne. Tant qu'un Empereur romain est
visé il s'agit évidemment d'un nom latin. Le concept roi était plus familier
aux juifs que les termes romains: imperator, consul, etc. Le texte est
explicite: il s'agit de sept rois, cinq sont morts, le sixième est là, et le
septième doit encore venir. Le huitième est un des sept.(6)
Le terme "huitième"
réfère clairement à un nom et non pas à la place dans la succession, puisque
cet empereur romain est un des sept. Qui ne voit que le "huitième" se
traduit en latin par Octavius ou Octavianus. Or Gaius Octavius, adopté par
Jules Caesar, est un empereur romain, qui d'abord s'appellera, après son
adoption, Julius Caesar Octavianus et deviendra plus tard Augustus. Sans aucun
doute il est un des sept. D'autre part on doit se rappeler que le terme
"empereur romain" est une désignation de l'historiographie
ultérieure. Officiellement Rome était toujours une république, où bien sûr
Jules César, et après lui ses successeurs par adoption, nommés aussi César,
exerçaient le pouvoir réel. Le premier César était sans doute Jules César. Les
juifs comptaient les "rois" en commençant par ce même Jules César. Dans
la description de l'aigle romain Esdras (IV livre d'Esdras) écrit : "A sa
droite une aile croissait et régnait sur toute la terre. Et pendant son règne
elle trouva sa fin et disparaissait sans laisser de trace. Alors l'aile
suivante surgit, et régna. Et elle continuait à régner pendant une longue
période. Et durant ce règne elle trouva également sa fin, de sorte qu'elle
disparaissait à son tour. Et voilà qu'une voix résonna, disant: "Ecoutez,
vous qui avez régné sur la terre tout ce temps, je vous annonce ceci avant
votre disparition : Après vous aucun ne règnera aussi longtemps que vous, même
pas la moitié du temps." (7)
C'est évidemment Auguste qui a régné
si longtemps : notamment de 27 av. JC jusque 14 ap. JC. C'est le seul. Or selon
Esdras il est le second. Le troisième est sans doute Tibère. Durant le règne de
Tibère celui-ci partage le pouvoir impérial (majus imperium) en adoptant
d'abord son neveu, Germanicus Julius Caesar, en le chargeant ensuite des
affaires de la Gaule et de la Germanie, enfin des affaires de l'Orient. Par
cette nomination celui-ci avait le même pouvoir que Tibère. Il habitait un
palais du Palatin et était reconnu par le peuple comme prince. Sans doute lui
aussi était un César. Parce qu'il a été tué pendant le règne de Tibère les
historiographes ne l'ont pas compté parmi les empereurs. C'est lui pourtant le
quatrième. Le cinquième est son fils Gaius. Le sixième Claudius et le septième,
qui n'est pas encore là et qui ne règnera pas longtemps sera Néron.
Cinq sont morts, le sixième est
là. Le septième ne règne pas encore. C'est Claude, le sixième roi, qui est donc
visé par le texte.
Comment le chiffre 666 est-il
expliqué par le nom Claude ? D'abord il s'agit du sixième roi. Or 6 est le
dernier chiffre : il s'agit du sixième. 60 s'écrit Ksi. Qui ne voit que KS est
une abréviation de Kaisar ? 66 veut tout simplement dire : le 6me César. Comment
relater Chi à Claude ? Il ne faut pas oublier que le monde antique était une
civilisation mixte; même en partie grecque elle était dominée par le latin. Par
le système particulier romain les nombres s'écrivaient comme des combinaisons
de majuscules. D = 500, C = 100, L = 50, X = 10, etc. 600 s'écrit donc DC. Le
fait que les abréviations des noms propres comportaient souvent les mêmes
lettres que les chiffres était la cause que certains noms propres pouvaient
être interprétés comme des nombres.
Il faut donc retrouver le sens de
DC, étant donné qu'il s'agit d'un empereur romain et donc latin. Ici il faut se
rappeler que le titre honorifique de l'empereur était "divus". Jules
César avait été divinisé. Auguste après lui. Gaius voulait être adoré comme un
dieu de son vivant. Si bien que le terme "divus" était devenu une
expression acceptée quand on parlait de l'empereur. Le titre divi Augusti
filius figure sur nombre de monnaies. Certaines monnaies portent l'effigie
d'Auguste et l'inscription Divus Augustus.(8)
Or justement Claude n'avait pas
du tout l'aspect divin. Il était laid. Si bien qu'étant jeune, on ne le montra
pas au public. Sa mère disait de lui qu'il était un monstre commencé, mais pas
achevé par la nature.(9) Le titre de "divus" que le sénat l'avait
attribué après sa mort, suscita même l'hilarité des romains et surtout de
Sénèque, qui dans une satire mordante fait dire à Hercule qui rencontre Claude
lors de son arrivée au ciel : "J'ai vu beaucoup de monstres dans ma vie,
mais pas un comme celui-ci". DC signifie donc: le "divin" Claude
et 666 : Le "divin" Claude, le sixième César.(10)
L'apparence peu esthétique de
l'empereur Claude n'est pas la seule raison de l'emploi du vocable
"bête" pour désigner l'empereur. Il est question dans le texte de
deux bêtes : l'une ayant sept tètes et dix cornes, l'autre ayant deux cornes. Manifestement
la description de la première bête est inspirée par le texte de Daniel et
d'Ezéchiel.(11) Le léopard de Daniel a plusieurs têtes. Plusieurs bêtes ont des
cornes qui symbolisent des rois, des seigneurs. La première bête de
l'Apocalypse a sept têtes et dix cornes à chaque tête. Nous l'avons déjà dit:
la première bête est le pouvoir impérial qui gouverne les dix provinces de
l'Empire romain. Selon l'Apocalypse il n'y aura pas plus que sept Caesars,
chacun aidé par une dizaine de gouverneurs de province (proconsuls ou
propréteurs). Ces cornes ne règnent qu'une heure :"ils recevront un
pouvoir de roi pour une heure avec la bête".(12) De fait, les proconsuls
n'étaient désignés que pour la durée d'un an, soit une heure dans le langage
prophétique. L'empereur reçoit sa puissance du dragon : l'empire romain.
"Une des têtes paraissait
blessée à mort, mais la plaie mortelle fut guérie". Pour expliquer ce
passage on a fait souvent appel à la légende de Néron redivivus. Manifestement
cette bête n'a rien à voir avec Néron, et certainement ne désigne aucunement
une sorte de survie de celui-ci. Il est particulièrement incompréhensible
comment on a pu identifier Néron avec la première bête, qui a été tuée et qui a
été ressuscitée.(13)
Comme nous l'avons montré la
première tête désigne Jules César, qui fut blessé à mort, mais dont la
puissance renaîtra en Auguste, qui fut adoré et dont on admirait la puissance
victorieuse de ses armes. "Il lui fut donné de pouvoir agir durant 42
mois". Or Auguste a régné durant 42 ans. On sait, comme il a été dit, que
dans ce genre prophétique les mois ou les jours ou même les heures sont parfois
des années.
La deuxième bête est par contre
le pouvoir du sénat romain. Ayant deux cornes à sa tête (les deux consuls) il
gouverne sous la supervision de la première bête: le pouvoir impérial. Il
décrète les impôts et les honneurs, entre autres: la divinisation. "Elle
amenait les habitants de la terre à adorer la première bête, dont la plaie
mortelle avait été guérie". Jules César a été proclamé divus en 42 av. J.C.
et vénéré dans le temple de Venus Genetrix. Auguste était sunnaos avec les
dieux égyptiens, et nombre de temples étaient consacrés au theos sebastos ou
divus augustus. En 14-13 ap. J.C. le culte du Genius Augusti a été
officiellement introduit. C'est la deuxième bête, le sénat, qui ordonnait ces
honneurs.
Curieusement l'Apocalypse
attribue une puissance miraculeuse au sénat romain. "Elle opérait de
grands prodiges, jusqu'à faire descendre le feu du ciel sur la terre à la vue
des hommes."(14) C'était un truc bien connu par les prêtres, même juifs. Elie
l'appliquait déjà quand il faisait descendre le feu du ciel en versant de
l'"eau" sur son sacrifice.(15) Plus tard les prêtres du temps des
Macchabées répétaient le prodige en cherchant du feu, trouvèrent de l'eau
"épaisse" pour asperger le bois et le sacrifice. "Quand le
soleil resplendit dans le ciel jusque là couvert de nuages, un grand brasier
s'alluma". Cette eau n'était autre que du pétrole! Des sources pétrolières
étaient depuis longtemps connues et exploitées pour entretenir le feu sacré
dans les temples de Mésopotamie.
Un autre prodige consiste à faire
parler la statue d'un dieu. Il y a peu de mystère ici. Dans l'antiquité il n'y
avait pas seulement des oracles, mais aussi des statues de dieux qui parlaient.
Le truc était bien simple. C'est par un tuyau dont l'extrémité se trouvait dans
la bouche ou la poitrine de la statue qu'un prêtre parlait. On a retrouvé des
statues pareilles.(16)
Il est question aussi du faux
prophète qui organisait les prodiges.(17) Il s'agit sans doute ici du Pontifex
Maximus, qui organisait le culte romain des dieux. Souvent l'empereur lui-même
prenait cette tâche sur lui. (De 41 à 54 Claude lui-même était Pontifex
Maximus, avant lui Jules César de 63 à 44 avant J.C., le 6 mars de l'an 12 av. J.C.
Auguste à son tour et après lui Gaius Caligula occupaient ce poste.)(18) Une autre
tâche du sénat était de décréter les impôts. Tibère avait introduit une taxe de
transmission de 1%, la centesima, plus tard réduite à la moitié. Gaius, qui
avait gaspillé le trésor romain, avait augmenté la taxe à 3.5%. On devait
notamment payer cette taxe avec de l'argent romain sur lequel se trouvait
l'effigie de l'empereur. De là on comprend l'indignation : "Elle fit qu'à
tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, on mit une
marque dans la main droite ou sur le front, et que nul ne peut acheter ou
vendre, s'il n'avait pas la marque du nom de la bête ou le nombre de son
nom."(19) Les esclaves portaient le nom de la bête ou son chiffre sur le
front, les autres dans la main en payant la taxe. Souvent ce chiffre était le C
de Caesar et valait donc 100 comme nombre.
Il est donc bien clair que la
deuxième bête est le sénat romain. Cette deuxième bête d'ailleurs parle comme
un dragon. Elle représente notamment l'empire romain. L'empereur romain est une
des têtes de la première bête. A cause de cela on l’appela "bête".
Cette interprétation comporte
quelques conséquences importantes: d'abord pour l'exacte détermination de la
date d'origine de l'Apocalypse. L'Apocalypse daterait du règne de Claude
(41-54), et deviendrait ainsi le premier document chrétien. Selon Gentry aussi
l'Apocalypse daterait d'avant l'an 70. Il cite 117 auteurs qui partagent cette
opinion. Par contre il suit l'interprétation selon laquelle la bête serait
Néron.(20)
Ensuite l'interprétation du
nombre 666 comme l'empereur Claude change toute l'interprétation du texte, et
le rend plus compréhensible. On comprend alors que Néron fera plus tard
exécuter les chrétiens, cousus dans une peau animale, en les faisant lutter
avec des bêtes féroces. Ils avaient offensé l'empereur en l'appelant une
bête.(21) Il y avait encore une autre raison. L'Apocalypse incite à incendier
Rome : "Payez-la comme elle-même a payé, et rendez-lui au double selon ses
oeuvres... en un même jour les calamités fondront sur elle, la mort, le deuil
et la famine, et elle sera consumée par le feu".(22) Non seulement Rome
sera détruite en un jour mais "la bête fut prise, et avec elle le faux
prophète qui, par ses prodiges avait séduit ceux qui avaient la marque de la
bête et ceux qui adoraient son image. Tous les deux furent jetés vivants dans
l'étang de feu où brûle le soufre".(23) Est-il étonnant que Néron fait
brûler vivants les chrétiens comme des torches après l'incendie de Rome, ces
chrétiens qui abhorraient tellement l'empire romain et l'empereur qu'ils
voulaient le voir brûler vivant? On ne trouve dans toute l'Apocalypse aucune
allusion à ces événements, au gouvernement de Néron, ni à sa personnalité. La
prophétie concernant l'incendie de Rome avait été faite d'ailleurs dans les
termes de la prophétie d'Ezéchiel concernant la ruine de Tyr.(24) "Les
marins et tous ceux qui manient une rame, les marins, tous les pilotes de la
mer, ils se tiendront sur terre. Ils élèveront la voix sur toi et pousseront
des cris amers; ils jetteront de la poussière sur leurs têtes, et se rouleront
dans la cendre. Pour toi ils se raseront la tête, ils se revêtiront de sacs et...
verseront sur toi des larmes, des pleurs amers." Cette plainte nous la
retrouvons dans l'Apocalypse: "Et tous les pilotes, et tous ceux qui naviguent
vers la ville, les matelots, et tous ceux qui exploitent la mer, se tenaient à
distance, et ils s'écriaient en voyant la fumée de son embrasement... Et ils
jetaient de la poussière sur leur tête, et ils criaient en se désolant:
"Malheur, malheur ! ..." Tandis que Tyr était une ville maritime,
Rome ne l'est certainement pas. Et ceci prouve que le texte de l'Apocalypse est
un plagiat. Si ce texte avait été écrit après l'incendie de Rome, comme
beaucoup d'auteurs supposent, et avec connaissance de cause, on aurait trouvé
beaucoup plus de détails observés. Suétone mentionne par ex. la présence
d'esclaves impériaux qui allumaient partout des feux...
La prophétie de l'incendie est
une prophétie à la réalisation de laquelle les chrétiens, voulant hâter le retour
du messie pour venger le sang des martyrs, ont sans doute activement
collaborés. Bref, Néron a voulu venger cet incendie et cette haine de Rome et
de l'empereur, surtout parce que les Romains le mettaient personnellement en
cause. Il s'était comporté d'une façon douteuse: chantant en vers d'Homère la
ruine de Troies et ne venant secourir que quand son propre palais était en
danger. Suétone raconte que Néron avait depuis longtemps conçu le plan de
démolir les rues étroites de la Rome ancienne pour les remplacer par de larges
avenues. Un incendie pareil ne pouvait que lui plaire. D'ailleurs, si le texte
de l'Apocalypse date du règne de Claude, il est probable que Néron en
connaissait le contenu. A table on parlait de la prophétie de la ruine de Rome.
Suétone cite la réponse de Néron à l'allusion qu'un sénateur avait faite à
cette ruine en disant : "Au moment de ma mort la terre sera consumée par
le feu". Néron répliqua : "Non, pendant ma vie".(25) Pour Néron
l'idée que l'empereur était une bête semble avoir eu une signification
particulière.
Selon Dio Cassius Néron faisait lier des garçons et des filles nues à des poteaux, et se déguisait en bête féroce pour les "dévorer"... (26)
Concluons: la solution de
l'énigme du nombre de la bête ouvre la voie à une meilleure compréhension du
texte de l'Apocalypse.
Back to Home page :
Homepage of the Psychological
Laboratory (Leuven)
Psychopathology and the Bible
The Testimonium Flavianum reconsidered
Un évangile de l'enfance: le Protévangile de
Jacques
Het raadsel van de Apocalyps ontsluierd
Copyright : Copies interdites
sans autorisation expresse de l'auteur.