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Les femmes et la violence : Éducation égale prévention
   Source: http://www.prevention.gc.ca/fr/library/publications/research/summaries/women.html 

Mise à jour: 2002-10-07

Projet de Saltspring Women Opposed to Violence and Abuse (SWOVA)



 

Historique

La plupart des programmes de prévention de la violence dispensés en milieu scolaire n’abordent pas la problématique homme-femme, soit par souci de non-sexisme, soit pour éviter de susciter la controverse et des réactions défavorables (ou pour ces deux raisons).

Les femmes et la violence : Éducation égale prévention est un projet communautaire qui vise le milieu scolaire et qui est conçu pour réduire, à long terme, la violence faite aux femmes et aux jeunes filles, en aidant les enfants et les jeunes des deux sexes à acquérir les attitudes, les valeurs et les compétences dont ils ont besoin pour établir et maintenir des relations saines et respectueuses avec leurs pairs et leurs partenaires intimes (petits et petites ami(e)s).

Les femmes et la violence : Éducation égale prévention adopte une approche fondée sur les principes suivants :

  1. les normes qui définissent un comportement sain et acceptable dans le cadre des relations humaines sont d’origine sociale et culturelle, sont apprises (et non innées) et sont donc susceptibles de changer;
  2. on peut enseigner et apprendre dans les écoles comment entretenir des relations étroites saines et non violentes, en dispensant aux élèves un programme spécial, ciblé sur la promotion de relations interpersonnelles saines et respectueuses;
  3. tous les enfants peuvent bénéficier d’un tel programme, pas seulement ceux qui sont censés être à risque;
  4. un programme de prévention efficace doit comprendre un examen des questions que soulèvent les relations intimes, et la dynamique du pouvoir et du comportement selon le sexe dans le cadre de telles relations;
  5. il doit aussi permettre d’explorer les rôles, les valeurs et les expériences des garçons et des filles, pour avoir, à court et à long terme, un impact sur la façon dont ils entretiennent des relations.

 

Principaux éléments du projet

Le projet consiste à donner, pendant cinq ans, un cours de 12 heures par an sur le thème « entretenir des relations saines et respectueuses » à tous les élèves de septième, huitième, neuvième et onzième années de l’arrondissement scolaire 64, qui dessert les collectivités rurales du sud de la région des îles Gulf, en Colombie-Britannique. En tant que tel, le projet permet d’amener les jeunes à discuter des questions que soulèvent les relations qu’ils entretiennent, précisément au moment où ces questions sont pour eux les plus pressantes.

Principales caractéristiques du programme :

  • Les cours sont donnés en classe par des facilitateurs adultes spécialement formés et recrutés localement, dont le travail est supervisé par l’organisme communautaire qui parraine le programme et enrichi des conseils prodigués par le personnel de l’école.
  • Une équipe de jeunes rassemble cinq à huit garçons et filles de l’école secondaire concernée. Ils reçoivent la formation nécessaire pour appuyer le travail en classe des facilitateurs, jouer un rôle de chefs de file et de modèles auprès de leurs pairs et des élèves plus jeunes et, de façon générale, assurer que la perspective des jeunes est prise en compte dans le projet.
  • Des services professionnels de counseling sont offerts aux élèves qui peuvent faire face à des problèmes trop graves pour être abordés dans le cadre du programme donné en classe, mais aussi aux facilitateurs qui, vu la nature de ce travail, subissent une intense tension mentale et émotionnelle.
  • Les facilitateurs sont toujours deux, un homme et une femme, et cherchent à illustrer le genre de respect entre les sexes que le programme est censé enseigner. Si possible, des membres de l’équipe de jeunes aident les facilitateurs.

Le recours à des facilitateurs adultes, spécialement formés et recrutés au sein de la collectivité, ainsi qu’à une équipe de jeunes sont les caractéristiques principales et novatrices de ce projet.

 

Principaux partenaires

Le projet a été mis au point, après plusieurs années de travail, par la Saltspring Women Opposed to Violence and Abuse Community Development and Research Society (connue sous le nom de SWOVA), et il est exécuté en collaboration avec l’arrondissement scolaire 64.

 

Évaluation du processus - Constats préliminaires

De façon générale, le modèle du programme mis au point par SWOVA s’est révélé approprié et profitable au cours de la première année de l’étude, et l’on a pu déceler très tôt des signes d’effets positifs.

  • Même si cela représente un défi particulier dans des collectivités rurales, on a pu embaucher trois facilitateurs qualifiés et convaincus (deux femmes et un homme). Toutefois, selon le modèle mis au point à l’origine, il devait y avoir quatre facilitateurs, deux femmes et deux hommes, et l’on a pu constater, au cours de cette première année de l’étude, qu’une telle structure serait préférable.
  • Cinq élèves de onzième et douzième année (trois filles et deux garçons) ont été recrutés et formés pour constituer l’équipe de jeunes. Toutefois, ils n’ont pas pu consacrer à l’animation en classe autant de temps que l’espérait le personnel affecté au projet.
  • Presque tous les élèves des années ciblées ont pu participer au programme1.
  • Tous les enseignants qui ont participé au programme l’ont jugé utile.
  • Aussi bien les élèves que les enseignants ont trouvé judicieux que l’on ait recours à une équipe homme-femme de facilitateurs recrutés au sein de la collectivité pour exécuter le programme.
  • De façon générale, les élèves et les enseignants se sont montrés favorables à la méthode interactive et ciblée sur les compétences sur laquelle se fonde la prestation du programme, même si certains enseignants ont suggéré des améliorations, notamment dans le domaine de la gestion en classe.

 

Évaluation des résultats - Constats préliminaires

En se basant sur le nombre officiel d’inscriptions, on peut déduire que le total des élèves de chaque niveau qui ont participé au programme en 2000-2001, dans toute la région des îles Gulf, est le suivant :

Septième année

N = 130

Huitième année

N = 138

Neuvième année

N = 137

Onzième année

N = 131

Total

N = 536

Engagement Positif : Dans l’ensemble, la variable « engagement positif », que nous considérons comme une condition nécessaire (mais pas suffisante) de l’apprentissage, indique que le programme a été très bien reçu par les élèves, les filles ayant tendance à avoir une opinion plus favorable que les garçons. Les résultats ont varié d’année en année.

  • En septième année, seules deux classes sur quatre ont participé à tout le programme tel qu’il avait été conçu, et une classe lui a accordé un avis très favorable, alors que dans l’autre, les cotes étaient basses.
  • En huitième année, dans les cinq classes, la cote était élevée et plus uniforme (même si l’on a pu constater certaines variations).
  • En neuvième année, dans les cinq classes, la cote était moyenne au départ et s’est améliorée régulièrement au fil des 12 séances.
  • En onzième année, le programme a été offert dans deux classes au cours du premier trimestre et dans deux autres au cours du deuxième. Des problèmes étant apparus pendant le premier trimestre, le programme a été modifié et la cote accordée au cours du deuxième trimestre s’est améliorée.

Assimilation du concept et acquisition des compétences : On a pu recueillir de nombreuses preuves démontrant l’assimilation du concept et l’acquisition des compétences, même si ce succès a quelque peu varié, ce qui a entraîné des révisions du programme offert aux élèves de tous les niveaux. Par exemple : a) par rapport à ce qui avait été constaté dans de précédentes études, les élèves se sont montrés plus manifestement prêts à signaler aux autorités des actes d’intimidation et des incidents de harcèlement; b) toutefois, les élèves n’ont pas adhéré à l’idée voulant que se moquer de quelqu’un en employant des termes négatifs, insultants et stéréotypés (sexistes, racistes, homophobes) devrait être considéré comme de la violence verbale.

Prise en compte de la problématique homme-femme : Dans l’ensemble, les élèves ont très bien réagi au fait que le programme prenait en compte la spécificité des sexes, même si certains d’entre eux (surtout des garçons) ont eu du mal à admettre que les femmes et les jeunes filles couraient plus de risques d’être victimes de violence dans les relations intimes. Le personnel affecté au projet s’est efforcé de créer un programme et d’adopter un style d’enseignement permettant d’explorer la dynamique du pouvoir selon le sexe et le lien que cela peut avoir avec la violence au sein d’une relation, en évitant que les garçons se sentent blâmés, critiqués ou mésestimés. La séance où le problème est le plus explicitement abordé a obtenu les scores les plus élevés en réponse à la question : « Avez-vous appris beaucoup de la séance d’aujourd’hui? »

Réaction des enseignants : Les enseignants ont réagi de façon favorable aussi bien au fait que les cours ont été donnés par des facilitateurs ne faisant pas partie du corps enseignant, qu’à la prise en compte de la spécificité des sexes. De fait, tous les enseignants ont jugé le programme « juste », et plusieurs d’entre eux, de sexe masculin, ont déclaré qu’après avoir craint que le programme ait un caractère « féministe », ils avaient pu constater son impartialité.

Résultats pré-test/post-test : Une analyse préliminaire des données pré-test/post-test révèle peu de gains statistiquement significatifs parmi les élèves de l’arrondissement scolaire concerné, mais des scores considérablement plus élevés lorsqu’on les compare aux données recueillies auprès des élèves de l’arrondissement scolaire témoin2.

 

Enjeux et Défis

Modifications immédiates du programme : En se basant sur les leçons tirées de l’expérience concrète et sur l’étude d’évaluation, le personnel affecté au projet a décidé d’apporter des modifications au programme avant le début de la deuxième année de l’étude. En particulier : a) recruter deux hommes pour constituer, avec les deux femmes déjà engagées, l’équipe des facilitateurs adultes; b) mettre à la disposition des facilitateurs des mécanismes de formation et de soutien supplémentaires; c) offrir aux élèves plus âgés plus d’activités axées sur la prévention de la violence; et d) examiner et réviser les programmes offerts aux élèves de tous les niveaux.

Constats à plus long terme : Il est actuellement trop tôt pour déterminer globalement quelles leçons pourraient s’appliquer à l’exécution de ce programme pilote ailleurs au Canada. Toutefois, deux conclusions s’imposent lorsqu’on examine les résultats de la première année de l’étude :

Expérience et compétences des facilitateurs : Les élèves comme les enseignants considèrent que des facilitateurs qui ont suivi une formation spéciale, qui ont été recrutés dans la collectivité et qui ne font pas partie du corps enseignant sont les personnes les mieux placées pour exécuter un programme aussi spécialisé et aussi susceptible de générer des tensions.

Problématique homme-femme : On ne peut pas sérieusement examiner des questions comme la problématique homme-femme, l’exercice du pouvoir et la violence, et l’acquisition des compétences nécessaires pour entretenir des relations saines en n’y consacrant qu’une heure ou deux. Réserver à un tel programme une période de 12 heures par an pendant quatre ans représente sans doute un minimum.

Les femmes et la violence : Éducation égale prévention est un programme qui favorise, chez les pré-adolescents et les adolescents, l’acquisition des compétences et des valeurs nécessaires pour entretenir des relations saines et respectueuses, et qui, en tant que tel, est un moyen de prévenir les abus et la violence dont les femmes peuvent être victimes dans le cadre de relations intimes. Il est difficile de prévoir quel sera l’impact d’une réussite à court terme sur des objectifs à long terme. Il est cependant intéressant de noter à cet égard que, dans la classe où, globalement, le programme jouissait de l’avis le moins favorable et où les résultats de l’apprentissage ont été les moins bons, l’enseignante s’est toutefois déclarée convaincue des avantages du programme. Selon elle, même les enfants les plus imperméables et les plus récalcitrants sont susceptibles de bénéficier des effets cumulatifs d’un tel programme pluriannuel, dont les effets pourraient ne se manifester que plusieurs années plus tard.

 

Références bibliographiques

Alliance of Five Research Centres on Violence. (1999). Violence Prevention and the Girls Child: final report. Ottawa: Status of Women Canada.

Artz, S; Reichen T. “Rethinking the Gender Neutral Curriculum: male and female differences in receptivity to violence prevention programming,” pp. 74-79 in BC Health and Disease Surveillance, v. 7 #7/8, July 1998.

Benard, Bonnie. “Characteristics of Effective Prevention Programs,” in Prevention Forum, v. 6 #4, June 1986.

Roberts, Anita. (2001). Safe Teen: Powerful Alternatives to Violence. Vancouver: Polestar.

Thurston, W.E., et al. (1999). A Violence Reduction Health Promotion Model. University of Calgary: Faculty of Medicine.

Wolfe, D.A.; Wekerle, C; Scott, K. (1997). Alternatives to Violence: empowering youth to develop healthy relationships


 

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