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Citations

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Abréviations, sigles

Il est indubitable que l'extension prise par la paperasserie et l'emprise qu'exerce la bureaucratie sur la vie moderne ont été la plupart du temps à l'origine des sigles qui ont été déversés dans l'usage courant. (Aurélien Sauvageot, Portrait du vocabulaire français.)


Écrivains

L'écrivain, de ses maux, dragons qu'il a choyés, ou d'une allégresse, doit s'instituer, au texte, le spirituel histrion. (Stéphane Mallarmé, Variations sur un sujet, « Quant au livre ».)

L'écrivain original n'est pas celui qui n'imite personne, mais celui que personne ne peut imiter. (Chateaubriand, Le Génie du christianisme.)

Les écrivains qui n'aiment pas Victor Hugo me sont ennuyeux à lire, même quand ils n'en parlent pas. (Jules Renard, Journal.)

Quelquefois je me demande pourquoi les romanciers se donnent la peine de mettre en forme des histoires dont ils savent déjà tout. (Richard Jorif, Le Navire Argo.)

Souvent dans les poésies, ça va jamais, les mecs sont jamais contents. Et pourtant, c'est des poètes ! (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Tout homme qui écrit un livre est mû par trois raisons : premièrement l'amour-propre, autrement dit le désir de la gloire ; secondement, le besoin de s'occuper ; et, en troisième lieu, l'intérêt pécuniaire. Selon l'âge et les circonstances, ces trois mobiles varient et prennent dans l'esprit de l'auteur la première ou la dernière place ; mais ils n'en subsistent pas moins. (Alfred de Musset.)

Une histoire de la littérature, contrairement à l'histoire tout court, ne devrait comporter que des noms de victoires, puisque les défaites n'y sont une victoire pour personne. (Julien Gracq, En lisant, en écrivant.)


Français

Cette équivoque — de ne pas distinguer, dans l'hôte, l'hospitalité donnée de celle qu'on reçoit — c'est un des exemples les plus délicats de la courtoisie française. (Paul-Jean Toulet, Le Carnet de M. du Paur.)

Comme moyen d'expression individuelle la langue française est peut-être inférieure à d'autres langues, en particulier à l'allemand. Mais la langue a une autre fonction : elle sert de lien entre les différents membres de la société ; elle met en rapport les différents individus du même groupe linguistique. Envisagé de ce point de vue le français, grâce à sa clarté, est supérieur à toutes les autres langues. Ce n'est pas en vain que trois siècles y ont travaillé avec une ardeur incomparable. (Walther von Wartburg, Évolution et structure de la langue française.)

Dans toute langue on observe un décalage entre la pensée et l'expression. Cet écart, le français tend à le réduire au minimum, en serrant toujours de plus près son ajustement à la pensée. (Albert Dauzat, Le Génie de la langue française.)

... Écrire purement en français, c'est un soin et un amusement qui récompense quelque peu l'ennui d'écrire. (Paul Valéry, Tel Quel.)

J'aime passionnément la langue française, je crois tout ce que la grammaire me dit, et je savoure les exceptions, les irrégularités de notre langue. (Jules Renard, Journal.)

La langue française comporte en soi tout ce qu'il faut aux esprits clairs pour s'exprimer clairement. Elle comporte aussi tout ce qu'il faut pour embarrasser et perdre les esprits confus. Elle est pleine de ressources et d'embûches. (Georges Duhamel, Discours aux nuages.)

La preuve que, pour parler avec Rivarol, la probité définit la langue française, c'est que le subjonctif y abonde plus que dans d'autres. Le français ou le respect de l'incertitude. (Emil Cioran, Carnets.)

Le charme et la beauté de la langue française consistent très souvent à savoir supprimer ce qui n'est pas indispensable. (Walther von Wartburg, Évolution et structure de la langue française.)

Le français, ce sont les grandes orgues, qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l'orage. Il est, tour à tour ou en même temps, flûte, hautbois, trompette, tam-tam et même canon. (Léopold Senghor, Éthiopiques.)

Le français n'est pas un don gratuit du libre-échange et du laisser-aller. Il dut constamment se défendre contre la corruption, et surtout depuis que chacun, sous le prétexte fallacieux qu'il sait lire, s'arroge sur le patrimoine ancestral tous les droits, y compris celui de le dilapider. (Étiemble.)

Le mot « con » appartient à la langue française et à elle seule. Aucune langue étrangère ne peut se flatter de posséder un mot tout à fait équivalent au mot « con ». Cette carence grammaticale est d'autant plus surprenante que, nous le savons depuis toujours, les étrangers sont TOUS des cons. (Pierre Desproges, Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis.)

Notre langue s'est forgée aux duels. Dans ce qu'elles ont de meilleur, la littérature et l'intelligence françaises constituent une activité perpétuellement subversive, une contestation permanente. (François Nourissier, Les Français.)

On ne la trouve pauvre, cette vieille et admirable langue, que quand on ne la sait pas ; on ne prétend l'enrichir que quand on ne veut pas se donner la peine de connaître sa richesse. (Ernest Renan.)

Prendre soi-même le plus de peine possible, pour en épargner fût-ce une très petite à autrui, si c'est là réellement l'une des règles essentielles de notre langue, rien ne met mieux en lumière ce que Rivarol déjà appelait son caractère « social », et que nous pourrions appeler sa puissance communicative, ou, d'un mot, son affabilité. (Georges et Robert Le Bidois, Syntaxe du français moderne.)

Si depuis la deuxième Grande Guerre mondiale la position du français s'est amoindrie sur le plan international, c'est dû surtout au fait que ses qualités ne sont pas senties par beaucoup de ceux qui dirigent aujourd'hui, à l'époque des machines, les grandes affaires politiques et autres. Ce que le français garde de sa place, il ne le doit pas au nombre de ceux qui le parlent, mais à sa finesse, à son élégance, à son caractère social. (Walther von Wartburg, Évolution et structure de la langue française.)


Langue, linguistique

Contre l'esthétisme ou l'indifférence, élevons des barrières de technique. Contre l'obscurantisme et la superstition, dressons des autels à la virtuosité. À la gratuité générale opposons la cherté absolue. Soyons exacts jusqu'à la douleur. (Jacques Drillon, Traité de la ponctuation française.)

La langue est une raison humaine qui a ses raisons, et que l'homme ne connaît pas. (Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage.)

La syntaxe est une faculté de l'âme. (Paul Valéry, Tel quel.)

Les mots sont comme les monnaies : ils ont une valeur propre avant d'exprimer tous les genres de valeurs. (Rivarol.)

Sans ce que les savants appellent avec dédain la langue écrite ou littéraire, il n'existerait plus depuis belle lurette de langage transmissible, ni en France ni ailleurs. (André Thérive, Libre Histoire de la langue française.)

Un proverbe est plus qu'un cliché, c'est un cliché canonisé par une sorte de concile du populaire, tandis que le cliché, lui, n'est encore qu'une façon de bienheureux Labre de la langue française. (Lucien Rigaud, Dictionnaire des lieux communs.)


Langues étrangères

Ah ! ah ! dit don Manoel en portugais. (Alexandre Dumas, Le Collier de la reine.)

Ce n'est pas un crime de savoir plusieurs langues, c'est plutôt un malheur. (Jean Paulhan, De la paille et du grain.)

Dans le patois des Flandres, assure un explorateur, épousailles se dit trouwplechtighied. Ce n'est pas un joli dialecte que le flamand. (Paul-Jean Toulet, les Trois Impostures.)

En langue basque, aiz signifie pierre, aizkolar, hache, aizkolarik, bûcheron. Voilà ce que j'appelle une langue ancienne. (Roland Topor, Pense-bêtes.)

Faut-il compter en effet pour paradoxe ou stratégie le double fait que les États-Unis célèbrent sur leurs campus, tous les jours, en principe et par correction politique obligatoire, la douce tolérance et l'accueil réel du multiculturel, si nécessaire, tout en éradiquant, de fait, au lance-flammes des médias de tout canal, cinéma, télévision, autoroutes de l'information et techniques informatiques, les cultures faibles et même naguère fortes dans le monde entier ? La faiblesse des traductions en direction de l'anglais mesurent, en retour, sa volonté de surdité. (Michel Serres, Éloge de la philosophie en langue française.)

Il est inadmissible qu'on me demande de prononcer prouffe un mot écrit proof. (Remy de Gourmont, Esthétique de la langue française.)

J'ai toujours professé et je continue à professer l'opinion exprimée par Lénine suivant laquelle, dans la période de la victoire du socialisme dans le monde entier, quand le socialisme s'affirmera et entrera dans les moeurs, les langues nationales devront infailliblement se fondre en une seule langue commune qui ne sera naturellement ni grande-russienne ni allemande, qui sera une langue nouvelle. (Staline, Deux Bilans.)

Je lis de moins en moins l'anglais et l'allemand ; ce sont des langues qui mettent trop de flou dans mon esprit — qui n'en a vraiment pas besoin. Et puis j'ai plus que l'impression, la certitude, qu'on ne peut formuler qu'en français, et qu'en tout autre langue on se laisse aller au charme et à la débauche de l'approximation. (Emil Cioran, Carnets.)

La difficulté d'écrire l'anglais m'est extrêmement ennuyeuse. Ah, mon Dieu ! si l'on pouvait toujours écrire cette belle langue de France ! (Charles Dickens, Lettre à John Foster, écrite en français.)

L'allemand est replié sur le parleur, le français est orienté vers l'entendeur. (Charles Bailly, Linguistique générale et linguistique française.)

Le mec qui a inventé l'anglais, même si on s'en fout c'est quand même du boulot. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Les Anglais n'ont aucun respect pour leur langue et il ne veulent pas apprendre à leurs enfants à la parler correctement. (George Bernard Shaw, Pygmalion.)

Les écrivains qui savent le plus de langues sont ceux qui commettent le plus d'impropriétés. (Rivarol, Discours sur l'universalité de la langue française.)

L'espagnol et l'italien ne servent guère qu'à lire des ouvrages dangereux et capables d'augmenter les défauts des femmes ; il y a beaucoup plus à perdre qu'à gagner dans cette étude. (Fénelon, De l'éducation des filles.)

Madame Denis, la nièce de Voltaire, prenant une leçon d'anglais, disait à son maître, fatiguée qu'elle était de la prononciation de cette rude langue : « Vous écrivez bread ; pourquoi prononcer bred ? Ne serait-il pas plus simple de dire tout bonnement du pain ? » (E. Guérard, Dictionnaire d'anecdotes.)

Quand vous ne pouvez vous rappeler le mot anglais qui désigne tel ou tel objet, parlez français... (Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir.)

Une véritable transfiguration s'opère en elle, simplement parce qu'elle a retrouvé la langue de son enfance : I spoked english before french, fait-elle. (L. Delarue-Mardrus, Comme tout le monde.)


Livres

C'est elle... Dieux, que je suis aise !
Oui... c'est... la bonne édition ;
Voilà bien, pages neuf et seize,
Les deux fautes d'impression
Qui ne sont pas dans la mauvaise.
(Robert Pons de Verdun, Le Bibliomane.)

C'est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule ; il faut plus que de l'esprit pour être auteur. (La Bruyère, Les Caractères.)

Des morts sont ressuscités, et ils ont écrit des livres.
— Pas besoin d'être mort pour ça. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

J'ai la maladie de faire des livres, et d'en être honteux quand je les ai faits. (Montesquieu.)

J'ai lu un truc sur la Grèce antique, c'était la Grèce et ses mythes.— Et après ? — Après, rien, j'ai lu que le titre... je bosse, moi ! (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

J'ai un honnête homme de mes amis qui a fait de belles notes sur Monta[i]gne. Je suis sûr qu'il croit avoir fait les Essais. Lorsque je le loue devant lui, il prend un air modeste, et me fait une petite révérence, et rougit un peu. (Montesquieu, Mes pensées.)

J'aime pas lire, pendant une heure tu regardes un bout de papier, non vraiment j'aime pas lire. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Je hais les livres ; ils n'apprennent qu'à parler de ce qu'on ne sait pas. (Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation.)

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres. (Stéphane Mallarmé, Du Parnasse contemporain, « Brise marine ».)

La plupart des livres d'à présent ont l'air d'avoir été faits en un jour avec des livres lus de la veille. (Chamfort.)

L'art de lire, c'est l'art de penser avec un peu d'aide. (Émile Faguet, L'Art de lire.)

L'écrivain qui a le Goncourt, c'est comme si il gagnait au Loto, sauf qu'en plus faut écrire un livre. C'est chiant comme jeu. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Le mec y lit, y me dit vous feriez mieux de lire que regarder le foot à la télé, alors je lui réponds, moi je regarde le foot et des fois je tape dans un ballon, mais vous, je lui dis, vous en écrivez des livres ?! Vert, il était, vert ! (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Les films incontournables, les livres incontournables, je les contourne très bien. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Les livres d'aventures sont dangereux. Je fais exception pour les livres de Jules Verne, qui, totalement dépourvus d'art et de sensibilité, ne peuvent séduire que les apprentis botanistes. (Pierre Mac-Orlan, Petit Manuel du parfait aventurier.)

Les livres ont les mêmes ennemis que l'homme : le feu, l'humide, les bêtes, le temps ; et leur propre contenu. (Paul Valéry, Tel Quel.)

Les livres partagent avec les tout petits enfants et les chats le privilège d'être tenus, des heures durant, sur les genoux des adultes. Et de façon extraordinaire, plus encore que les enfants, plus encore que les chats, ils ont le pouvoir de captiver jusqu'au silence le regard de ceux qui les regardent, de pétrifier les membres de leur corps, de subjuguer les traits de leur visage jusqu'à leur donner l'apparence de l'imploration muette, l'apparence d'une bête qui est aux aguets, l'apparence d'une prière incompréhensible et peut-être éperdue. (Pascal Quignard, Le Salon du Wurtemberg.)

Nous vivons trop dans les livres et pas assez dans la nature, et nous ressemblons à ce niais de Pline le Jeune qui étudiait un orateur grec pendant que sous ses yeux le Vésuve engloutissait cinq villes sous la cendre. (Anatole France, le Jardin d'Épicure.)

Outside of a dog, a book is man's best friend. Inside of a dog, it's too dark to read. (Groucho Marx.)

Pour passer le temps, je lis et je bricole. — Tu lis quoi ? — Un bouquin pas mal qui s'appelle Je bricole. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Quelquefois je m'approchais pour observer ces boîtes qui se fendaient comme des huîtres et je découvrais la nudité de leurs organes intérieurs, des feuilles blêmes et moisies, légèrement boursouflées, couvertes de veinules noires, qui buvaient l'encre et sentaient le champignon. (Jean-Paul Sartre, Les Mots.)

Trop de lecture ne sert qu'à faire de présomptueux ignorants. (Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation.)

Un livre de chevet ? Mais j'ai pas besoin de livre à mon chevet, je suis pas mourant ! (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)


Normes, institutions, dictionnaires...

Ceux qui veulent combattre l'usage par la grammaire se moquent. (Montaigne, Essais.)

« Chaise » est dans le dictionnaire, comme si on savait pas ce que c'est ! (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Et qui ne croirait, à première vue, que l'adjectif inétonnable est dû à quelqu'un de ces audacieux que le puriste déclare sans foi ni loi à l'égard de la langue ? Eh bien, non, il est de Malherbe, sans parler d'ineffrayable, qui est aussi de lui. (Émile Littré, Préface au « Supplément » du Dictionnaire de la langue française.)

L'Académie a un grand malheur, c'est d'être la seule corporation un peu durable qui n'ait jamais cessé d'être ridicule. (Alfred de Vigny, Journal intime.)

L'Académie demeure, quoi qu'on puisse dire, une jolie plume au chapeau de la communauté française. Elle fait quelque bien, et nul mal. Elle est connue, du moins de nom, du dernier des paysans et des ouvriers. Elle est la preuve antique, et toujours vivante à leur regard, qu'il est chez nous d'autres puissances que celles de l'argent et de la politique. Cela n'est pas rien. (Pierre Mille, l'Écrivain.)

Le mot capitaine, par exemple, écrit dans mon dictionnaire gabidaine sera dès lors prononcé par le jeune Prussien aussi purement que par le même Batignollais. (Alphonse Allais, Ne nous frappons pas.)

Les dictionnaires ont trop d'images, ça fait pas sérieux comme cadeau. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Les dictionnaires sont comme l'état-civil, où l'on enregistre les naissances et les enterrements. Voilà pourquoi le Dictionnaire de l'Académie, qui est venu medio rerum, est un si pitoyable ouvrage. (Charles Nodier, « Miscellanées »).

Les grands écrivains n'ont jamais été faits pour subir la loi des grammairiens, mais pour imposer la leur. (Paul Claudel, Positions et Propositions.)

N'avez-vous pas honte, à vos âges, des grands garçons comme vous, de vous déguiser périodiquement en guignols vert pomme avec des chapeaux à plumes à la con et une épée de panoplie de Zorro ? Est-il Dieu possible que des écrivains aussi sérieux que vous passent leur temps à se demander s'il y a deux n à zigounette ? (Pierre Desproges, Vivons heureux en attendant la mort.)

Quarante appelés, peu de lus. (Anonyme.)

Un bon dictionnaire, pas besoin de le changer tous les ans... (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)


Onomastique

Duclos disait, pour ne pas profaner le nom de Romain, en parlant des Romains modernes : Un Italien de Rome. (Chamfort.)

Je plains les personnes qui ne souffrent point de voir écrire leur nom de famille avant leur prénom. (Léo Larguier, Roses de papier.)

On se demande vraiment d'où ça vient, les noms. Michedepin, par exemple, faut l'inventer ! (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)


Orthotypographie

Les accents ne sont-ils pas comme des adieux, les dernières notations musicales de notre alphabet déchiré ? C'est par eux, par ces touches sonores qui se posent sur les lignes que nos livres relèvent encore de la musique. (Jérome Peignot, De l'écriture à la typographie.)

Naturellement un prote a fait du zèle et cru devoir remettre au féminin « le couleur de rose » ; que j'avais pourtant indiqué à deux reprises. (André Gide, Journal.)

On appelle copie, par une singulière altération du véritable sens de ce mot, par une sorte d'antiphrase, l'original, soit imprimé, soit manuscrit, qui sert de modèle pour la composition. Du reste, ce mot de vieille date nous fait connaître que l'imprimerie recevait jadis des manuscrits mis au net. (Henri Fournier, Traité de la typographie.)

On raconte que Rosny, exaspéré par les erreurs typographiques que les protes faisaient ou laissaient passer, écrivit un article vengeur intitulé « Mes coquilles ». Quand Rosny le lendemain ouvrit le journal, il lut avec stupeur, en gros caractères, cet étrange titre : « Mes couilles ». Un prote, négligent ou malicieux, avait laissé tomber le q... (André Gide, Journal.)

Un célèbre docteur avait écrit un ouvrage plein de science et de sympathie sur le sort et le traitement des aliénés, ces pauvres corps sans âme. À la fin de la dernière épreuve il calligraphie (de la belle écriture ordinaire à messieurs les docteurs) cette note : À mon avis il faudrait guillemeter tous les alinéas, puis la renvoie avec les mots sacramentels : bon à tirer. Quelques jours plus tard il reçoit son volume, le caresse de l'oeil, le parcourt, satisfait, plein d'un légitime orgueil, in petto adresse mille compliments à l'imprimeur, quand au dernier feuillet, ô horreur ! entre deux filets ornés il lit comme conclusion : À mon avis il faudrait guillotiner tous les aliénés. (J. Leforestier, Manuel pratique et bibliographique du correcteur.)

Un imprimeur de Paris avait fait une tragédie sainte, intitulée Josuée. Il l'imprima avec tout le luxe possible, et l'envoya au célèbre Bodoni, son confrère, à Parme. Quelque temps après, l'imprimeur-auteur fit un voyage en Italie ; il alla voir son ami Bodoni : « Que pensez vous de ma tragédie de Josué ? — Ah ! que de beautés. — Il vous semble donc que cet ouvrage me vaudra quelque gloire ? — Ah ! cher ami, il vous immortalise. — Et les caractères, qu'en dites-vous ? — Sublimes et parfaitement soutenus, surtout les majuscules. (Stendhal, Racine et Shakespeare.)


Papier

« Confier sa peine au papier. » Drôle d'idée. Origine de plus d'un livre, et de tous les plus mauvais. (Paul Valéry, Mauvaises Pensées et autres.)

Prendre par le cou l'idée fuyante et lui écraser le nez sur le papier. (Jules Renard, Journal.)

Selon les sondages, les Français consomment cinquante-huit rouleaux annuels de papier hygiénique par tête. Qu'est-ce qu'ils entendent par tête ? (Frédéric Dard, les Pensées de San-Antonio.)


Ponctuation

Comment ? Qu'est-ce que tu dis ? Qu'un seul point d'exclamation est insuffisant, compte tenu de la gravité de la chose ? Tu as raison. Tiens, en voilà d'autres, rajoute ce que tu jugeras utile : ! ! ! !!!!!!!!!!!!!!! (San-Antonio, Al Capote.)

Les virgules, les points-virgules, les accents, je mélange tout. Je m'en fous, à la télé y a pas de virgules. (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Les trois points terminateurs me font hausser les épaules de pitié. A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit, c'est-à-dire un imbécile ? Comme si la clarté ne valait pas le vague, à propos de points ! (Lautréamont, Poésies II.)

Le tiret, par son allure, a quelque chose d'élégant. [...] Il n'a pas, comme sa congénère la parenthèse, le profil bedonnant qui vous arrête au passage. (Jules Denis, Grammaire typographique.)

Virgules bleues ; points blancs ; points d'exclamation jaunes ; tirets gris ; deux points mauves... Mauve : couleur qui ne commence ni ne finit ; barrière à claire-voie entre les teintes ; nuance flottante par excellence ; bac des teintes. (Malcolm de Chazal, Sens plastique.)


Style

Ceux-là furent des cuistres qui prétendirent donner des règles pour écrire, comme s'il y avait d'autres règles pour cela que l'usage, le goût et les passions, nos vertus et nos vices, toutes nos faiblesses, toutes nos forces. (Anatole France, Pierre Nozière.)

Écrit, bien écrit. — Mots de portier, pour désigner les romans-feuilletons qui les amusent. (Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues.)

J'ai fait de temps en temps de médiocres vers ; c'est un exercice assez bon pour se rompre aux inversions élégantes, et apprendre à mieux écrire en prose. (Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions.)

« Je ne redoute point le courroux des dieux », tu te rends compte, avant les mecs parlaient comme ça, les cons ! (J.-M. Gourio, Brèves de comptoir.)

Le style, c'est l'oubli de tous les styles. (Jules Renard, Journal.)

Le style ne consiste point seulement dans les tournures grammaticales ; il tient au fond des idées, à la nature des esprits ; il n'est point une simple forme. Le style des ouvrages est comme le caractère d'un homme ; ce caractère ne peut être étranger ni à ses opinions ni à ses sentiments, il modifie tout son être. (Mme de Staël, De la littérature.)

Le style n'est pas une danse, c'est une démarche. (Jean Cocteau, Secrets de beauté.)

Le style n'est que le mouvement de l'âme. (Jules Michelet, Mon journal.)

Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées. (Buffon, Discours sur le style.)

Le style sec traverse le temps comme une momie incorruptible, cependant que les autres, gonflés de graisse et subornés d'imageries, pourrissent dans leurs bijoux. On retire plus tard quelques diadèmes et quelques bagues, de leurs tombes. (Paul Valéry, Tel quel.)

Les vraies parties du style sont : les manies, la volonté, la nécessité, les oublis, les expédients, le hasard, les réminiscences. (Paul Valéry, Tel Quel.)

Que le rythme de ton coeur emporte tes écrits ! Le style, c'est l'âme ! (Romain Rolland, Jean-Christophe.)

Quel homme aurait été Balzac s'il eût su écrire ! (Gustave Flaubert, Correspondance.)

Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire. (Nicolas Boileau, l'Art poétique.)

Renoncer absolument aux phrases longues, qu'on devine plutôt qu'on ne les lit. (Jules Renard, Journal.)

Si on reconnaît « mon style », c'est parce que je fais toujours la même chose, hélas ! (Jules Renard, Journal.)

Tout auteur qu'on est obligé de lire deux fois pour l'entendre écrit mal. (Sainte-Foix, Essais historiques sur Paris.)

Une phrase bien écrite est celle dont on ne saurait enlever une syllabe sans fausser la mesure de la phrase. (Pierre Louÿs, Poétique.)


Typographie

Une typographie personnelle est une typographie défectueuse. Seuls les débutants et les imbéciles peuvent l'exiger. (Jan Tschichold, Livre et Typographie.)


Florilège...

Adonné à la poésie érotique, Mélendez pensa entrer dans les ordres. (J.-Maurice Fitz-Kelly, Histoire de la littérature espagnole.)

Aller, après avoir bien mangé, se plonger dans une cuve d'eau bouillante à 40° et même 45° est une coutume qui a toujours stupéfait les Européens qui ont habité le Japon. (G. Dautremer, l'Empire japonais.)

Alors, elle aperçut un pied qui riait dans un rayon de soleil. (Émile Zola, Les Contes à Ninon.)

Béatrix avait doublé l'emploi du mépris comme piston moral, de la comparaison perpétuelle d'un chez-soi poétique. (Honoré de Balzac, Béatrix.)

Des bandes de chevaux rôdent autour des colonnes, sans cavaliers, un sabre vide entre les jambes. (Joseph Delteil, les Poilus.)

Elle tendait à mes lèvres son triste front pâle et fade sur lequel, à cette heure matinale, elle n'avait pas encore arrangé ses faux cheveux, et où les vertèbres transparaissaient comme les pointes d'une couronne d'épines. (Marcel Proust, Du côté de chez Swann.)

Guillaume est un garçon honnête, mais qui ne s'est jamais aperçu que son coeur lui servit à autre chose qu'à respirer. (Alfred de Musset, le Chandelier.)

Jeantrou avait gardé sur le coeur les coups de pied au cul de la baronne. (Émile Zola, l'Argent.)

Je n'y vois plus clair, dit la vieille aveugle. (Honoré de Balzac, Béatrix.)

La Delaware coule parallèlement à la rue qui suit son bord. (Chateaubriand, Voyage en Amérique.)

La place que la Bretagne occupe au centre de l'Europe la rend beaucoup plus curieuse à observer que le Canada. (Honoré de Balzac, les Chouans.)

Le colonel, sans plus vouloir entendre, tambourinait le rappel, de pied ferme, sur le bras de son fauteuil. (Henri Pourat, le Mauvais Garçon.)

L'homme brun aux yeux noirs est resté maître des quatre demi-hémisphères qui forment l'Europe méridionale. (Gabriel Hanotaux, Histoire de la France contemporaine.)

Les grandes maisons de stylos ne sortant depuis vingt ans que des articles à corps trop mince et à plume trop dure, seraient responsables d'une part de la fréquence croissante de la crampe de l'écrivain, d'autre part, en littérature, de l'abondance anormale de récits ou essais étriqués et secs. (The Lancet, 1-12-1953.)

On dirait deux oranges-mandarines qui auraient des yeux noirs. (René Bazin, Relation d'un voyage en Portugal.)

Paquet foudroya Baptiste d'un regard courroucé, et roulant les r comme des tonnerres : « En ce cas, où est-il ? » (Rodolphe Bringer, Isidore a des peines de coeur.)

Pour chasser loin des murs les farouches Normands,
Le roi Louis s'avance avec vingt mille Francs.
(Charles Victor Prévost d'Arlincourt, le Siège de Paris.)

Puis c'était un capitaine, le bras gauche arraché, le flanc droit percé jusqu'à la cuisse, étalé sur le ventre, qui se traînait sur les coudes. (Émile Zola, la Débâcle.)

The business of America is business. (John Calvin Coolidge, 30e président des États-Unis.)

Triomphante, elle rompait de son pied cette épée de Damoclès suspendue sur sa tête. (Gabriel Martin, Margarett.)


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