LE CANAL DU CENTRE

Le Canal du Centre et ses ascenseurs sont reconnus par l'UNESCO comme patrimoine de l'Humanité !  

Lorsqu'on évoque le canal du Centre, les ascenseurs hydrauliques y sont immédiatement associés car ils sont devenus au fil des années un but de visite incontournable et contribuent au développement touristique de toute la région...


Mettre en relation des bassins fluviaux, afin de développer ou de faciliter le trafic commercial, a toujours été un souci majeur des responsables des États, grands ou petits. À une époque où le chemin de fer n'en était qu'à ses balbutiements, et alors que le transport routier était lent, coûteux et fort aléatoire, seul l'aménagement des voies navigables proposait une solution acceptable.

Dans ce domaine, les projets de grands hommes d'État, tels Napoléon, Guillaume Ier ou encore, plus près de nous, Léopold II, sont bien connus. On sait aussi que beaucoup de ces projets sont restés lettre morte, car relier deux bassins fluviaux est rarement une mince affaire. Une telle opération ne peut se réaliser qu'en rendant navigables des cours d'eau qui ne le sont pas, en creusant des canaux et en rattrapant les différences de niveaux par des écluses ou d'autres systèmes d'élévation. Autant de travaux qui prennent du temps, exigent de gros investissements et supposent, simultanément, la volonté politique et administrative de mener à bien l'entreprise.

Dans nos régions, dès la fin du XIIIe siècle, se posa le problème du transport du charbon du Borinage vers les villes de l'Artois et des Flandres. Les rivières n'étant pas encore exploitées, le charbon était acheminé le long de " méchantes " routes. La situation changea vers 1550, quand la Haine fut canalisée et quand furent aménagées des écluses à Jemappes, à Saint-Ghislain et à Boussu. Peu après, vers 1570, naquit l'idée d'un canal de Charleroi à Bruxelles, puis, vers 1600, celle d'un autre canal, de Mons à Bruxelles.
Dès le début du XIXe siècle, la Haine fut intensément exploitée grâce à des bateaux pouvant transporter jusqu'à 160 tonnes. À cette époque, une liaison Haine - Escaut avait déjà été envisagée. Le canal de Mons à Condé (quelque 25 kilomètres à vol d'oiseau), mis en chantier en 1807, fut inauguré en 1818. Il permit de mettre en communication Paris et le Borinage, grâce au canal de Saint-Quentin.
Tout naturellement, naquit aussi le projet de relier, par étapes successives, les bassins de la Meuse et de l'Escaut. En mai 1810 déjà, il fut question de creuser un canal entre la Haine et Mons. Cette localité serait ainsi en liaison avec la Sambre et, de là, avec Charleroi et Bruxelles.

Entre 1811 et... 1871, onze projets furent déposés. Tous restèrent sans suite ! Indépendamment des circonstances politiques troublées que connut la région (épopée napoléonienne, période hollandaise, première grande guerre franco-prussienne, sans parler des révolutions en France et en Belgique), des problèmes importants se posèrent. Ils étaient surtout liés à la configuration du terrain.
En fait, il fallait tout d'abord tenir compte d'une différence de niveau de 90 mètres environ, entre les embranchements du canal de Charleroi, d'une part, et le canal de Mons à Condé, d'autre part. Ensuite, on ne pouvait ignorer que les petites rivières locales ne fourniraient qu'une quantité d'eau trop faible pour alimenter suffisamment une série de petites écluses. La construction d'ascenseurs, faibles consommateurs d'eau amenée par pompage, s'imposait.

Le 22 novembre 1878, l'Ingénieur en chef du Hainaut fut envoyé en Angleterre pour se rendre compte du fonctionnement d'un ascenseur établi à Anderton et, le 29 janvier 1879, un rapport fut remis au Ministre. Ce rapport concluait à l'adoption du même type d'ascenseur qu'à Anderton...et le 2 juillet 1879 un premier crédit de trois millions était voté pour la construction du canal du Centre avec quatre ascenseurs. La décision définitive de construction fut entérinée par une loi du 4 août 1879.
Le projet retenu fut celui d'un canal creusé dans la vallée du Thiriau, la différence de niveau à cet endroit étant rattrapée par un ensemble de quatre ascenseurs hydrauliques métalliques et voisins. Tous seraient du type Clark et devraient permettre la navigation de bateaux de 300 tonnes.

Ainsi donc, au début de février 1884, les plans définitifs de l'ascenseur n°1 d'Houdeng-Goegnies, conçu par la maison Clark, Stanfield et Clark de Londres, sont terminés. Les travaux de construction débutent en 1884 pour se terminer en 1888. L'ascenseur est inauguré le 4 juin 1888 par le roi Léopold II.

Les années passaient allègrement et le gouvernement laissait totalement improductifs les dix-huit millions déjà absorbés par les travaux du canal. C'est pourquoi l'ascenseur N° 1 en ordre de marche dès 1888, mais tributaire d'un canal non terminé, a fonctionné à titre de simple curiosité pendant 29 années !
Entrepris en 1910, le canal du Centre devait être terminé et inauguré en 1915, mais la Première Guerre mondiale survint ; les travaux furent alors sensiblement ralentis et le canal ne fut ouvert à la navigation qu'en 1917.
Les trois autres ascenseurs étaient prêts, pour les essais, en août 1917. Le canal était enfin sous eau et l'on naviguait en passant par les ascenseurs hydrauliques. La finalisation du projet d'un canal prit donc près de 40 années !

Le 2 février 1982 ont débuté les gigantesques travaux de construction des ascenseurs de Strépy-Thieu, destinés à racheter une chute de 73 mètres sur le canal du Centre. Ces travaux feront de l'ascenseur de Strépy-Thieu le plus grand ascenseur du monde, constituant ainsi un véritable exploit du génie civil belge !