LE TEMPS DU MEPRIS

Le premier spectacle du Théâtre du Travail est Le temps du mépris, d'après le roman de Malraux. Oeuvre au destin étrange et contradictoire, puisque le titre a fait fortune, mais que son auteur la reniait au point d'en interdire la réimpression. Dans André Malraux, entretiens et précisions, Roger Stéphane dit à l'écrivain que les communistes apprécient ce livre et Malraux réplique : "Naturellement, c'est un navet".

Il n'y a que la préface qu'il ne désavouait pas. Elle s'achève sur cette phrase :
"Il est difficile d'être un homme, mais pas plus de le devenir en approfondissant sa communion qu'en cultivant sa différence."

Le Temps du mépris avait au moins le mérite d'être la première œuvre littéraire, en France, à traiter du nazisme et de ses horreurs. Le livre était paru en 1935. En juillet de la même année, Malraux était venu parler à Alger contre la menace fasciste.

Quelques mois plus tard, le 25 janvier 1936, on pouvait lire dans L' Écho d'Alger :
"C'est ce soir, 21h15, salle Padovani, à Bab-el-Oued, que le Théâtre du Travail ouvre ses portes. Au programme Le Temps du mépris, d'André Malraux."

Le Théâtre du Travail se veut collectif et pratique l'anonymat. Le nom des acteurs ne figure pas au programme, et ils ne viennent pas saluer à la fin du spectacle. Cette règle ascétique aura cours aussi dans la seconde compagnie que dirigera Camus à Alger, Le Théâtre de l' Équipe. Le nom de l'auteur ne paraît pas davantage. Pour Le Temps du mépris, les initiés savent que c'est Camus.
Cette première représentation obtenu un vif succès.

Un témoin, Charles Poncet, l'a décrit :
" Nous étions peut-être deux mille, en cette nuit du printemps 1936, venus des quartiers et de la grande banlieue d'Alger, dangereusement serrés, un grand nombre debout, sur le plancher habituellement piétiné par les danseurs du dimanche. Comment les fenêtres, supportant chacune cinq ou six spectateurs assis, debout ou péniblement agrippés, ne se sont-elles pas effondrées, c'est assurément un miracle... La mer, qui devait jouer dans la vie spirituelle et affective de Camus un rôle essentiel, était là présente comme le symbole d'un de ses plus profonds attachements... Le roman de Malraux avait été découpé en de nombreux tableaux qu'animait une mise en scène aux mouvements rapides, utilisant sur les côtés et au fond de la salle, à l'exemple de Piscator, des emplacements inattendus qu'un éclairage fugitif révélait brusquement."

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