| REFLEXIONS SUR LA GUILLOTINE |

En 1957 parut, sous le titre de Réflexions sur la peine capitale,
un livre qui était en fait un diptyque. Il se composait de deux essais : Réflexions
sur la pendaison, par Arthur Koestler ; Réflexions sur la guillotine, par
Albert Camus. Deux textes qui
militaient contre la peine de mort. Ils étaient complétés par une introduction et une
étude de Jean Bloch-Michel. Avant d'écrire, Camus se livre à une enquête très
complète. Il étudie des textes juridiques, historiques, des rapports de médecins.
Partant de l'expérience vécue - ou tout au moins transmise par un récit familial - du
spectacle de la guillotine qui ne peut se voir sans nausée, Camus passe en revue les arguments
traditionnels des abolitionnistes. La peine de mort, telle qu'elle est pratiquée hors de
la présence du public, à l'intérieur des prisons, à la sauvette pour ainsi dire, perd
son caractère exemplaire et dissuasif.
N'importe quelle passion, si faible soit-elle, peut faire oublier la peur de la mort, et
c'est la passion qui cause le plus souvent les crimes. La torture du condamné qui attend
des jours, des semaines, parfois des mois, est finalement sans commune mesure avec la
mort, en général brève, qu'il a infligée à sa victime.
Camus rejoint ici un argument avancé
par Dostoïevski dans L'Idiot. Le prince Muichkine soutient un paradoxe : la
torture physique aide à ne pas penser à la mort. Le pire supplice, c'est la certitude de
la mort, son attente. Un autre argument est que les principales causes du crime sont la
misère et l'alcoolisme, dont l' État est largement responsable.
Ce qui motive l'action de Camus
contre la peine de mort, c'est une raison politique. "Depuis trente ans, les crimes
d' État l'emportent de loin sur les crimes des individus." Il faut abolir la peine
capitale pour "protéger l'individu contre un État livré aux folies du sectarisme
et de l'orgueil". L'abolition apparaît à Camus comme "un coup d'arrêt
spectaculaire", pour montrer que la personne humaine est au-dessus de l' État.
Ainsi, elle lui semble nécessaire "pour des raisons de pessimisme raisonné, de
logique et de réalisme".
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