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Le Mythe de Sisyphe est le fruit d'une longue maturation. Dès
1936, Camus songe à écrire un essai
ayant pour sujet l'absurdité. A Paris, en 1940, il travaille en même temps à L' Étranger et au Mythe.
Le premier est fini en mai, la première partie du second en septembre. Camus continue à écrire le Mythe
à Clermont-Ferrand, après l'exode. Puis à Lyon. Ce n'est qu'à Oran, le 21 février
1941, qu'il peut noter :
"Terminé Sisyphe. Les trois Absurdes sont achevés. Commencement de la
liberté."
Les deux autres Absurdes sont, bien entendu, L' Étranger et Caligula.
"...Cet essai justement célèbre dès sa parution", écrivait Confluences.
Ce deuxième livre, quelques mois à peine après L' Étranger, confirmait
qu'un écrivain de première importance venait d'apparaître. Cela n'alla pas sans
contresens et erreurs d'interprétation. Rainer Maria Rilke avait déjà parlé, en son
temps, de " la somme de tous les malentendus qui se forme autour d'un nom
nouveau". Le Mythe de Sisyphe avait l'aspect d'un traité philosophique, et Camus ne cessait de répéter : je ne
suis pas philosophe, je me borne à décrire la sensibilité absurde. D'autre part, autour
de la célébrité nouvelle de Sartre, le mot "existentialisme" devenait à la
mode et Camus fut classé parmi les
philosophes existentialistes. Il s'en défendit, tantôt de façon sérieuse, tantôt sur
un ton humoristique :
"On n'accepte pas la philosophie existentialiste parce qu'on dit que le monde est
absurde. A ce compte, quatre-vingt pour cent des passagers du métro, si j'en crois les
conversations que j'y entends, sont existentialistes."
"Quand Sartre et moi nous sommes connus, ce fut pour constater nos différences.
Sartre est existentialiste, et le seul livre d'idées que j'ai publié : Le Mythe de
Sisyphe, était dirigé contre les philosophes dits existentialistes..."
Le Mythe de Sisyphe est publié en octobre 1942, chez Gallimard,
numéro XII de la collection "Les Essais". Il est dédié à Pascal Pia.
D'entrée, l'auteur se défend d'être un philosophe :
"Les pages qui suivent traitent d'une sensibilité absurde qu'on peut trouver éparse
dans le siècle - et non d'une philosophie absurde que notre temps, à proprement parlé,
n'a pas connue."
Plus d'une fois, il devra insister. Il n'est pas un philosophe. Il décrit l'attitude de
l'homme confronté à l'absurde de la condition humaine. Il formule à peu près cela dès
1938, quand il publie une critique de La Nausée, dans Alger-Républicain
:
" Constater l'absurdité de la vie ne peut être une fin, mais seulement un
commencement. C'est une vérité dont sont partis presque tous les grands esprits. Ce
n'est pas une découverte qui intéresse, mais les conséquences et les règles d'action
qu'on en tire."
Ce que répète, en une formule foudroyante, la première phrase du Mythe de Sisyphe,
une phrase qui semble rayer d'un trait toute les philosophies :
"Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le
suicide."
En parlant de l'absurde, Camus ne
fait pas de métaphysique. Il décrit "un mal de l'esprit" : "L'absurde
naît de la confrontation de l'appel humain avec le silence déraisonnable du monde."
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