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Les Esprits relèvent d'une période plus ancienne de l'activité
théâtrale de Camus. En 1940, alors
qu'il était replié à Clermont-Ferrand, avec Paris-soir, il fit la connaissance de
Gilbert Gil. Ce jeune acteur avait l'intention de remonter à Paris et d'y mettre en
scène des uvres du théâtre ancien, ce qui était difficile sans les adapter. Il
parla des Esprits. Camus
écrivit même à ses anciens camarades de l' Equipe, à Alger, qui, eux aussi, voulaient
reprendre une activité, pour leur parler de son adaptation. Dans cette lettre, datée du
12 novembre 1940, il juge Larivey :
"Le type moyen traduisant sans génie, mais mettant dans la circulation française
des thèmes qui le dépassent de beaucoup."
Si Les Esprits sont une réussite, c'est "tout à fait par hasard... En gros
: le génie populaire et anonyme servi par un esprit anonyme à force de médiocrité et
destiné à servir de source aux grands créateurs qui viendront."
Camus justifiait ensuite le
traitement qu'il avait fait subir à la pièce :
"Le texte primitif est en français du XVI e siècle, naturellement. Je l'ai
transposé en français moderne. La pièce comporte cinq actes, mais cinq actes à la
manière de l'époque, c'est-à-dire fort courts. Je les ai réduits à trois assez longs
: premièrement en supprimant des longueurs insupportables ( la traduction a pu être
faite sur des sortes de sténographies des représentations ; et les acteurs de la
Commedia improvisaient et tiraient le texte en longueur si l'inspiration ne venait pas ).
Toutefois ces coupures additionnées ne font pas deux scènes en tout. Deuxièmement en
supprimant les deux premières scènes d'introduction et d'exposition longues et sans fin
que j'ai remplacées par un prologue qui dit tout en quarante lignes et qui est plus vif.
Troisièmement en supprimant une troisième intrigue amoureuse entre deux personnages qui
ne paraissaient presque pas et qui n'offraient aucun intérêt. L'un de ces personnages
volait la bourse pour faire réussir son intrigue. Je l'ai fait voler par Frontin..."
Camus continue sa lettre à sa
"chère équipe" en parlant de la façon dont doit être jouée la pièce, en
donnant des indications pour le décor et les costumes.
Les Esprits furent joués pour la première fois en 1946, en Algérie, pour les mouvements
de culture et d'éducation populaires.
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