L'ENVERS ET L'ENDROIT

L'envers et l'endroit est le premier livre d'Albert Camus. Pour la première fois, on peut lire ce nom sur une couverture. Le dépôt légal est du 10 mai 1937. Le tirage est de 350 exemplaires. Ce livre restera inconnu en France, longtemps après que Camus fut devenu un auteur célèbre. La genèse de L' Envers et l'Endroit remonte à 1934. Sans parler du texte de 1933, Le Courage, qui est repris dans le chapitre L'Ironie.

Cette année 1934, il écrit Les Voix du quartier pauvre, et ce sont ces textes qui, développés, refondus, redistribués, vont devenir L' Envers et l'Endroit. Le plan en était le suivant :
1. " C'est d'abord la voix de la femme qui ne pensait pas. "
2. " Puis c'est la voix de l'homme qui était né pour mourir. "
3. " Et puis c'est la voix qui était soulignée par de la musique. "
4. " Puis c'est la voix de la femme malade qu'on abandonne pour aller au cinéma. "
5. " Les hommes bâtissent sur la vieillesse à venir. "
On reconnaît déjà en 1. le chapitre Entre oui et non, de L'envers et L' Endroit, et, en 2. et 4., celui intitulé L'Ironie.

Ce qui est capital dans L' Envers et L' Endroit, c'est que l'on met le doigt sur le thème qui, tantôt consciemment, tantôt inconsciemment, est la racine de l'imaginaire et de l'inspiration de Camus : celui de la mère silencieuse.

Dans la préface de 1958, il confie :
" Si malgré tant d'efforts pour édifier un langage et faire vivre des mythes, je ne parviens pas un jour à récrire L' Envers et L' Endroit, je ne serai jamais parvenu à rien, voilà ma conviction obscure. Rien ne m'empêche en tout cas de rêver que j'y réussirai, d'imaginer que je mettrai encore au centre de cette œuvre l'admirable silence d'une mère et l'effort d'un homme pour retrouver une justice ou un amour qui équilibre ce silence. "

Le premier article sur L' Envers et L' Endroit est publié dans Oran-républicain. Il est signé Henri Hell, un jeune homme qui fera partie de la troupe de Camus dans le Théâtre de l'Équipe. Un premier article, c'est un petit événement, un auteur qui commence à exister aux yeux des autres. On connaît presque toujours , par les Carnets, par des réponses, des lettres, la réaction de Camus à la façon dont ses livres sont reçus. C'est vrai dès L' Envers et l'Endroit. Il écrit alors à son ami Jean de Maisonseul :

" Voyez-vous, Jean, j'ai eu des critiques dans les journaux, je n'ai pas à me plaindre ; l'accueil qu'on a fait à ces pages a été inespéré. Mais je lisais chez ces gens les mêmes phrases qui revenaient : amertume, pessimisme, etc. Ils n'ont pas compris - et je me dis parfois que je me suis mal fait comprendre. Si je n'ai pas dit tout le goût que je trouve à la vie, toute l'envie que j'ai de mordre à pleine chair, si je n'ai pas dit que la mort même et la douleur ne faisaient qu'exaspérer en moi cette ambition de vivre, alors je n'ai rien dit. "

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