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L'action se passe dans un hôpital moderne, de sept étages. Les cas
bénins sont au septième. En descendant les étages, on trouve des gens de plus en plus
gravement malades, jusqu'au rez-de-chaussée, où l'on meurt. Un homme d'affaires,
Giovanni Corte, va descendre les sept étages. A chaque fois, on lui donne un bon
prétexte pour le changer de chambre. Sans qu'il ait eu le temps de comprendre ce qui lui
arrivait, il est perdu. Le symbole est presque trop évident : dans la vie, on ne fait que
descendre des degrés.
La pièce n'eut pas de succès, explique Buzzati, l'auteur d'Un cas intéressant.
"Il ne pouvait pas y en avoir. Et il ne pourra jamais y en avoir. Car c'est une
histoire humaine, très humaine, intelligente, très intelligente, à laquelle participe
le corps du spectateur, le petit furoncle, ici, le mal au ventre, ici, la petite douleur,
ici, à la rate ou à la nuque, et alors le spectateur se dit : "Mon Dieu ! Demain,
qui sait ?..."
Buzzati conclut qu'Un cas intéressant est "un drame théâtralement
erroné. Il dérange."
Si les deux hommes (Buzzati et Camus) menaient des activités
semblables, ils ne se connaissaient pas, et ne se ressemblaient guère. Buzzati était
timide, complètement introverti. Très impressionné à l'idée de rencontrer Camus, au moment de la création de sa
pièce à Paris, en 1955, il fut heureux de noter :
"Grâce à Dieu, il n'avait pas une tête d'intellectuel ; mais de sportif, clair,
d'homme du peuple, solide, ironique avec bonhomie, en quelque sorte un visage de
garagiste." Le modeste Buzzati était tout étonné d'être traité "en
collègue".
"Quant à Paris, dans l'adaptation de Camus, que j'ai connu à cette
occasion-là, et qui était vraiment un homme exquis, d'une sensibilité et d'une
compréhension humaine extraordinaires, Un cas intéressant a eu un grand succès
du point de vue de la critique, dans la mesure où celle-ci s'y est intéressée. Il y a
eu le critique du Figaro, Jean-Jacques Gautier, qui m'a éreinté en disant
:"Jamais, de toute ma vie, je n'ai assisté à une chose qui m'ait procuré autant
d'angoisse et d'ennui..." Mais cet éreintement était pour moi une immense
louange!..."
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