LA VIE DE SAINT ROBERT
ABBE DE MOLESME ET DE CITEAUX
Traduction provisoire d’après le texte anglais,
lui-même traduction provisoire de la Vita
éditée par Kolumban Spahr
Das Leben des hl. Robert von Molesme :
Eine Quelle zur Vorgeschichte von Cîteaux
(Fribourg : Paulus Drückerei, 1944).
Ici commence le prologue de la
vie de St Robert, premier abbé de Molesme et de Cîteaux.
Puisque Jésus, le grand prêtre, par son propre sang
est entré dans le sanctuaire une fois pour toutes, et a révélé la vie pour les
saints, je considère le travail de rédaction des vies et des actions de ces
saints comme précieux. Au milieu des tumultes et les tempêtes de la vie
présente, ils ont imité notre Sauveur, autant que le permettait la fragilité
humaine. Ils ont persévéré vaillamment à travers les labeurs du combat. Ils ont
glorifié le Christ Jésus, et ils l’ont porté dans leur corps, et, jusqu’à la
fin de leurs vies, ils sont restés fermes dans leur engagement à la sainteté.
Ce sont ceux-là dont l'Ecriture parle : "Le chemin des justes se lève
comme l’aurore dont l’éclat grandit jusqu’au jour”.Ce sont les étoiles que le
grand-prêtre suprême a établies dans le firmament de l’Eglise. Leur lumière
repousse les ténèbres de l’ignorance humaine, et elles montrent le havre du
salut à ceux qui peinent dans cette profonde et immense mer.
Parmi elles, Saint Robert, un homme révéré pour sa
vie, brille particulièrement. Il a été le premier abbé de l’église de Molesme,
dont la sainteté qui ne s’est pas ternie,
est à juste titre réputée glorieuse, surtout de nos jours, où rares sont
ceux qui craignent Dieu. J'ai commencé à écrire sa vie en ne présumant pas
de mon propre esprit ou de mes
connaissances, mais en mettant mon espoir à la fois pour l’avancée
et pour l'achèvement du travail maintenant commencé, en celui qui rend
éloquente la langue des enfants, et qui,dans l'ancien temps, donna à un animal
muet le pouvoir de parler pour corriger
la folie d'un prophète.
Ajoutez à ceci, l’ordre donné par le très révérend
Seigneur Abbé de Molesme, Odon, et les demandes instantes et pleines de
dévotion des frères de ce lieu. J'ai considéré comme totalement inconvenant de
refuser quelquechose à de telles personnes, de peur d’apparaître les mains
vides devant le Seigneur. Bien que moi-même je n'aie ni la vertu ni le mérite
d'être un exemple pour les autres, néanmoins j'ai entrepris cette tâche, pour
faire en sorte que [Saint Robert] ne soit pas complètement caché, puisqu’il
méritait d’être honoré en sainteté pour
l’ornement de la Sainte Eglise.
Qui que vous soyez, qui êtes venu en tant que
lecteur, je vous demande de ne pas vous soucier du nom de l'auteur. Je fuis la
gloire humaine et cherche à être récompensé seulement par Dieu. Ainsi, dans ce
travail, je ne donne pas mon nom. Ceci
pour éviter toute perte de valeur du travail parmi ceux qui n’ont pas
d’expérience, parce que le nom d’un pécheur apparaîtrait en tête du travail. Si
j’ai dit quelque chose de façon grossière ou inadéquate, j’en demande ici
pardon au lecteur. Dans un même temps, j’exhorte toute personne à qui le
présent texte parviendrait, de ne pas rechercher des mots imaginés par moi,
puisque la vérité est suffisante en elle-même, et qu’elle ne désire pas être
colorée par des phrases fines et artificielles, ou peintes avec l’antimoine de
la prostituée Jézabel.
Finalement laissons-les écouter le Docteur des
Gentils, le disciple de la Vérité-même quand il dit que le Royaume de Dieu
n'est pas dans les mots, mais dans la puissance.
FIN DU PROLOGUE
1 ICI COMMENCE LA VIE DE SAINT ROBERT,
ABBE DE MOLESME ET CITEAUX.
Saint Robert eut son origine dans la région de
Champagne. Il a brillé, éclatant comme une fleur des champs, dont la beauté
était dans une vie bonne, réjouissant tous ceux qui la voyaient. Le parfum de
sa sainte réputation s'étendit loin et partout, et incita bien des gens à
l'imiter. Je pense que ce saint homme est à bon droit comparable à une fleur,
puisque c’est des saints que l'Ecriture
dit : “ils fleurissent dans la ville comme de l’herbe sur la terre”. Maintenant
nous allons montrer qu’il y avait aussi une certaine noblesse ; bénis soient
les parents de qui le saint homme est né.
Son père s'appelait Thierry (Théodoric), et sa mère
Ermengard. Tous deux étaient nobles, selon la dignité du monde, et très
éminents devant Dieu, à cause de la droiture de leur conduite. Ils avaient
abondance de biens temporels, mais ils en usaient plus comme des serviteurs du
chef suprême de la famille que comme des propriétaires de ces biens matériels.
Sachant que ceux qui ont pitié des pauvres
prêtent au Seigneur, ils se sont purifiés eux-mêmes de la poussière de la vie terrestre par la
bonté de leurs aumônes.
Bien que leur situation était d’être dans la chair,
ils n’ont pas vécu selon la chair, mais dans toutes leurs pensées et leur désir
ils demeuraient dans les cieux, ornant leurs couronnes des oeuvres de la vertu
comme de la gloire de pierres précieuses. Je dis ceci pour démontrer qu’il y
avait une sainte racine de laquelle notre saint a tiré sa croissance, comme un
bourgeon, de l’arbre de la vie.
Comme nous avons fait mention de ses parents, nous
allons brièvement raconter comment le Saint Esprit l’a précédé par la
bénédiction de sa douceur, alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère.
Quand sa mère était enceinte, la Vierge Marie, la glorieuse Mère de Dieu, lui
apparut en rêve, ayant dans sa main un anneau d'or. Elle lui dit, “Ermengard,
je souhaite que le fils que tu portes en ton sein, m’épouse par cet anneau”. A
ces mots, la Sainte Vierge laissa la femme endormie et disparut. Quand [Ermengard]
se réveilla, elle commença à réfléchir sur ce qu'elle avait vu. La Sainte Mère
de Dieu apparut de nouveau à la femme, comme jadis, quand il est dit que le
Seigneur apparut une seconde fois à Samuel pour confirmer sa promesse. Quand
les jours furent accomplis, la femme mit au monde un fils. Quand il fut sevré,
elle lui fit faire des études littéraires. Il y surpassa tous ses
contemporains, puisqu’avec un coeur pur, il puisa aux sources du salut, la
grâce du salut qui, plus tard, devrait rejaillir sur le peuple.
Quand il eut quinze ans, évitant la contagion du
monde, il eut l’idée de se consacrer entièrement au Seigneur. Ainsi, il offrit
au Seigneur la fleur de sa plus agréable jeunesse. Il reçut l’habit régulier
[au monastère] de St Pierre de Celle. Là,
jour et nuit, il s’adonna à la prière et au jeûne, offrant un service
agréable au Seigneur, soumettant la chair à l'esprit, et l'esprit au Créateur.
Le temps vint pour Dieu d’être glorifié dans son
serviteur, et pour la lampe qui avait été cachée sous le boisseau, d’être
placée sur le lampadaire afin d’éclairer l'Eglise. Dieu, qui dans ses mains
tient le coeur des hommes, a inspiré aux frères de la maison d’élire l’homme de Dieu Robert, comme leur Prieur.
Il en était certainement digne, puisque lui qui, avec le secours de la grâce,
avait appris par une longue pratique à veiller sur la direction de sa propre
vie, était digne de devenir juge et directeur de la vie des autres.
2 D’ UN CERTAIN ERMITE ET DEUX CHEVALIERS
QUI ONT ETE CONVERTIS
Il y avait, en ce temps-là, dans les profonds
retraits des forêts, un certain ermite qui désirait servir Dieu, librement et
secrètement. Il punissait la chair en jeûnant rigoureusement, et fortifiait son
esprit par de ferventes prières. Le Seigneur jeta son regard sur son humilité, et par un grand miracle accrut à
travers lui le nombre des serviteurs de Dieu. Il y avait deux frères selon la
chair, qui, selon l’esprit, n’avaient pas la même âme. Enthousiastes pour une
vaine gloire, et occupés à exhiber leurs prouesses, ils recherchaient une de
ces maudites foires, que l’on appelait tournois. Ils étaient en chemin quand
ils vinrent à passer par la forêt dans laquelle l’ermite nommé ci-dessus,
menait une vie solitaire. Chacun des deux frères commença à penser secrètement à tuer l’autre. Ils
étaient dévorés par le poison de l’envie, et ils pensaient comment, si l’un
d’eux venait à mourir, le survivant possèderait les biens du défunt. Le Dieu
Tout-Puissant, cependant, qui savait qu’ils deviendraient des vases de
miséricorde, n’a pas permis qu’ils
soient tentés au-delà de leurs forces,
mais il donna l’issue avec la tentation, de peur qu’ils ne mettent à exécution la méchanceté qu’ils avaient
conçue. La Divine Providence leur permit d’être troublés par une si méchante
tentation, pour que par la suite, quand ils auraient progressé en vertu, ils ne
puissent s’attribuer fièrement à eux-mêmes ce qu’ils avaient mais l’ orientent
vers celui dont la miséricorde les avait libérés.
Quand ils eurent achevé l’affaire qui était l’objet
de leur voyage, et qu’ils avaient accomplie avec ardeur, comme le font les gens
de cette sorte, ils ramenèrent le fruit de la récompense humaine, de la part de
tous ceux qui étaient présents, et s’en revinrent, pleins de succès, dans leur
propre région et en ce lieu où ils avaient, tous deux, entretenu la pensée de tuer l’autre.C’était comme si
l’endroit lui-même les admonestait. Par l’inspiration de Dieu, plutôt, ils
éprouvèrent de la componction et
commencèrent à ressentir de la répugnance pour la méchanceté qu'ils
avaient projetée, et commencèrent à être troublés intérieurement au sujet du
crime qu'ils avaient conçu. Ils se rappelèrent qu’ils étaient près de la cabane
de l’ermite mentionné plus-haut, et ainsi, d’un même désir, ils cheminèrent
jusqu’à sa petite demeure. Par une humble confession, ils obtirent la
domination du mal caché dans leurs coeurs. Une fois que la saleté eut été
éliminée, ils préparèrent joyeusement, une demeure intérieure pour Dieu.
Finalement, après avoir été blâmés par l’homme de Dieu pour la méchanceté qu’ils avaient projetée, ils le
quittèrent, instruits par ses salutaires exhortations.
Le discours brûlant de l’ermite était tout de
bienveillance, suscitant des désirs célestes dans leurs esprits, effaçant en
eux toute ambition de dignité terrestre, et créant doucement et profondément en
eux les prémices des ardeurs de la vertu.
En conséquence, quand ils parvinrent à cet endroit où, auparavant, ils avaient
pensé s’élever l’un contre l’autre, ils commencèrent à discuter entre eux et à en
parler. Un des deux dit : “Cher frère, à quoi pensais-tu, hier, en ce lieu,
quand nous y sommes passés” ? L’autre révéla à son frère la pensée de son
coeur. Le premier répliqua, “j’étais moi-même en train de penser exactement la
même chose ”.Dès lors, le coeur percé de componction, ils retournèrent à
l’homme de Dieu, et, méprisant les pompes du monde, foulant aux pieds toute son
ostentation, ils commencèrent à vivre
une vie spirituelle en sa compagnie, inclinant humblement la nuque de leurs
coeurs, afin de prendre sur eux le doux joug du Christ.
Qui douterait que leur conversion soit due aux
mérites de Saint Robert ? Comme la suite du récit le révélera, c’était par son
enseignement qu’ils furent emplis de la discipline régulière.
Et ainsi Dieu, qui console les humbles, multiplia ses serviteurs, et dans un bref
laps de temps ils furent au nombre de sept - ce nombre indique les sept dons du Saint Esprit, par lesquels le salut de beaucoup
s’accomplit grâce à son serviteur, Saint Robert. Le même Esprit a préparé ces
sept hommes pour être les sept colonnes d’une maison spirituelle. Par eux,
l’ordre monastique commença à revivre. Ayant plongé ses racines dans les eaux
de la grâce, il commença à produire des fruits spirituels. Alors qu’on pensait
qu’il avait atteint sa fin, au vent de la grâce il germa encore et produisit du
feuillage, comme un jeune plant.
3 COMMENT SAINT ROBERT DEVINT ABBE
DE TONNERRE
Pendant ce temps, la sainteté de Saint Robert et sa
faveur auprès de Dieu et des gens devinrent notoires. Il fut élu abbé par les
moines du monastère de St Michel à Tonnerre. Ces ermites n’avaient personne qui
puisse les instruire dans la discipline régulière. Entendant la réputation du
saint homme, ils se donnèrent la peine
de lui envoyer deux de leurs frères. Quand ils arrivèrent à l’endroit où
l’homme de Dieu le servait fidèlement, ils trouvèrent le Prieur de la maison
dans l’auditorium. Ils lui
firent savoir le propos et la cause de leur voyage. Ce fut seulement
avec difficulté et avec beaucoup de supplications qu’ils réussirent à être conduits jusqu’à l’homme de Dieu. Le prieur avait été percé
par l’épée de l’envie, et pensait en lui-même qu’il perdrait quelque chose si le Seigneur pourvoyait à l’avancement
des autres par le travail louable de
son serviteur. Il essaya donc de persuader les frères de cette maison et les
compagnons de l’abbé de ne pas consentir à la requête des frères qui venaient
chercher l’homme de Dieu pour qu’il devienne leur supérieur. Saint Robert,
quant à lui, pendant ce temps, faisait
bon accueil à leur requête et leurs justes espoirs, et allait satisfaire leur
désir à la seule condition que les frères du Tonnerre persistent unanimement
dans ce désir. Instruits par tant d’exhortations salutaires, accompagnés de prières et fortifiés de bénédictions, il les renvoya à leur
monastère. Il leur donna l’espoir qu’aussitôt que Dieu en fournirait
l’occasion, vite, il les remplirait de joie par sa présence.
Il désirait réfléchir un moment sur le plan de
Dieu. Bien que leur proposition soit sainte et leur désir convenable, il tarda,
afin que leur désir s’étende et grandisse et
que, ce qu’ils cherchaient avec empressement, ils le chérissent quand
ils l’obtiendraient, pour
l’observer plus attentivement.
L’homme de Dieu
pensait toujours, non pas aux choses du monde, mais à celles qui étaient
de Dieu. Quand il vit les frères de cette maison s'affaiblir dans la poursuite
d’une vie juste, il craignit que la mauvaise compagnie communique sa propre
rouille à qui était radieux et simple, et rende affreux le beau visage de son
âme, car la conduite est toujours
façonnée par ceux avec lesquels on vit. Aussi il se sépara d'eux et retourna au
monastère de Celle. Là, passant son temps à travailler dur, il se réjouissait
des embrassement longtemps désirés de la bien-aimée Rachel, tirant sa
récompense de la joie venant des fontaines du salut qu'il donnerait après, aux
fidèles, pour leur salut.
4 COMMENT IL FUT PRIEUR DE ST AYOUL
Une ville bâtie sur une montagne ne peut être
cachée. Saint Robert bien enraciné et fondé sur la montagne du Christ fut à
nouveau choisi, à la mort du prieur de St Ayoul, afin d'être un berger de
l’humble troupeau du Christ. Il fut élu prieur à l’unanimité par les frères de
cette maison, et d’un commun désir. Ces ermites, inspirés par l’amour d’une vie
divine, quand ils virent comment l’homme de Dieu faisait, de manière constante,
des progrès en Dieu et devenait meilleur, ayant pris conseil, envoyèrent deux
de leurs frères au Siège Apostolique, afin d’obtenir du Souverain Pontife, par
leurs prières, que l’homme de Dieu, Saint Robert devienne le berger et le père
du petit troupeau du Christ. Ils savaient que c’était un crime de contredire le
Souverain Pontife, ou d’aller, de manière inconsidérée, à l’encontre de ses
ordres. Le Souverain Pontife entendit leur projet et se réjouit beaucoup. Il
approuva leur requête avec bonté et, les fortifiant de bénédictions
apostoliques, les renvoya rejoindre les leurs. Il envoya un rescrit apostolique
à l’abbé de Celle, lui ordonnant de par son autorité, que quiconque parmi les
frères serait élu, devrait être donné comme abbé. L'abbé de Celle, sachant que
le Souverain Pontife donnait un ordre, livra Saint Robert à ceux qui le
demandaient. Il était triste et affligé mais il n'osait pas aller à l’encontre
du commandement apostolique. Il vit que leur consolation était sa tribulation
puisqu’une solide et incorruptible colonne de cèdre serait enlevée de sa
maison.
5 COMMENT IL FUT UN SUPERIEUR POUR CES
ERMITES
Saint Robert accepta volontiers le ministère pastoral,
voyant que son travail n’était pas sans fruit parce que le troupeau était
unanime dans le mépris des choses terrestres, et dans la recherche de celles du
ciel, c’est donc qu’ils obéissaient à ses salutaires exhortations. Il fut encore uni à Léa, durant sa vie
active, dans le but d’enfanter des fils spirituels. Intérieurement, il servait
le Seigneur avec un esprit humble, mais extérieurement il accomplissait son
ministère avec une grande énergie. En ce nouveau lieu, appelé maintenant Colan,
ils servaient Dieu dans la faim et la soif, dans la chaleur et la nudité, dans
le jeûne et la prière, portant le poids du jour de la chaleur avec égalité
d’âme. Ils semaient dans les larmes, se réjouissant de rapporter dans les
greniers du Seigneur, des gerbes de justice. Mais la vue de compagnons de
labeur est un réconfort pour les travailleurs, alors, Dieu, qui regarde les désirs des humbles, fit grandir le nombre
de ses serviteurs, si bien que très rapidement ils furent treize et, autant
qu’ils le pouvaient, la sainteté de leurs vies, de même que leur nombre étaient
semblables à ceux des Apôtres.
6 COMMENT MOLESME FUT FONDE PAR LE SAINT
HOMME
Robert, l’homme de Dieu, considérant que l’endroit
ne convenait pas, laissa là des gardiens, et, prenant les frères, se retira
vers les pâturages boisés nommés Molesme. Là, de leurs propres mains, ils
coupèrent des branches d’arbres, et en firent une habitation où ils pourraient
vivre tranquillement. Ils construisirent un oratoire, dans le même matériau, et
là, ils offraient fréquemment au
Seigneur, l’esprit contrit, les sacrifices du salut et les offrandes. Quand ils
n'avaient pas de pain pour refaire leurs forces après un long travail physique,
ils mangeaient seulement des légumes.
7 L'EVEQUE DE TROYES LEUR REND VISITE
Il arriva que l’évêque de Troyes, au cours d’un
voyage, traversa le bois dans lequel les hommes de Dieu servaient Dieu dans la
plus grande pauvreté et humilité. Il arriva en ce lieu à l’heure du déjeuner
accompagné d’une suite nombreuse. Les hommes de Dieu les reçurent de manière
attentionnée, mais ils étaient embarrassés par ce qu’ils n'avaient rien à
placer devant eux pour manger. L’évêque fut hautement édifié par leur humilité
et par leur pauvreté et, ressentant de la componction, il fit ses adieux aux
frères et s’en alla.
8 COMMENT SAINT ROBERT ENVOYA LES FRERES
A TROYES, PIEDS NUS ET SANS ARGENT
Après quelques temps, quand les frères n’eurent pas
assez, même pour une maigre subsistance, ils trouvèrent refuge dans le conseil
de Saint Robert. Lui, qui n’avait jamais fondé sa force sur l’or, ni déclaré à
ce qui est en or : “Je mets ma foi en toi”, il savait que Dieu ne permet pas à
l’âme du juste d’être affligée par la faim pendant un long temps. Quoique sans
argent, il les envoya à Troyes acheter de la nourriture, selon ce qu’il est dit
dans la lettre du prophète : “Vous qui n’avez pas d’argent, venez, hâtez-vous
d’acheter et mangez”. Quand ils entrèrent dans la ville de Troyes pieds nus,
immédiatement la rumeur en parvint
jusqu’à l’évêque. Il s’empressa de les faire venir, les accueillit avec bonté.
Il montra son amour pour Dieu dans l’attention dont il fit preuve envers les
besoins humains des serviteurs de Dieu. Il les habilla de neuf, en conformité
avec la Règle, puis il les renvoya vers leurs frères dans un chariot chargé de
pain et de vêtements. Les frères étaient puissamment réconfortés par cette
bénédiction. Ils apprirent à être patients quand les temps étaient difficiles,
et à dater de ce jour, il y eut toujours quelqu’un pour leur donner la nourriture
et le vêtement nécessaires.
9 SUR SON DEPART A AUX
Ils persévéraient avec beaucoup de constance dans
le service divin. Beaucoup de personnes fuyaient le siècle pour venir à eux, et
rejetant le lourd fardeau du monde, courbaient leurs têtes sous le joug suave
du Seigneur. D’autres leur envoyaient, même de pays lointains, ce qui leur
était nécessaire, afin d’avoir part à la récompense du juste en aidant les amis
de Dieu durant la vie présente, dans leurs besoins. Mais puisqu’une multitude
de choses accroît l’indigence morale, comme ils commençaient à abonder en biens
temporels, ils devinrent spirituellement vides et leur méchanceté semblait
grandir comme un épi de maïs. Saint Robert ne mettait pas son coeur dans l’abondance de richesses, mais essayait de faire de plus en plus de progrès vers
Dieu, et de vivre dans la droiture, en menant une vie pieuse et sobre selon la
règle de Saint Benoit. Quand les fils de Belial virent ceci, leur fureur
s’éleva contre l’homme de Dieu, provoquant en lui l’amertume et crucifiant
l’âme de cet homme juste par leurs méchantes
actions. Ne te laisse pas
perturber, ô lecteur, en voyant que dans cette communauté la méchanceté a
réclamé la place qui lui appartenait, puisque l’orgueil a envahi les esprits
angéliques, les appelant loin de leur patrie céleste vers sa propre région, et
a caché parmi la poussière et la cendre, ce qui était habitué à paraître dans
la pourpre et le lin. Le témoignage enfin,
de l'Ecriture, nous apprend qu’un certain jour, les fils de Dieu se tinrent
debout en présence de Dieu et que Satan était au milieu d’eux. Ainsi, c’est ce
qu’il y a toujours eu dans l'Eglise, à la fois le juste qui progresse et le
méchant qui est une tentation. Quand l’homme de Dieu vit que ses corrections
étaient sans fruit, et que l’observance de la discipline régulière était mise
de côté, chacun marchant selon le penchant vicieux de son propre coeur, il
décida de les laisser, de peur que, alors qu’il essayait vainement d’obtenir
quelque profit spirituel en eux, il ne souffre la perte de sa propre âme. Quand
la discorde s’éleva entre eux, il se retira d’auprès d’eux, et alla en un lieu
appelé Aux, où il avait entendu dire qu’il y avait des frères qui vivaient en servant Dieu en esprit
d’humilité. Quand il arriva là-bas, ils le reçurent chaleureusement, et il
habita avec eux pendant un certain temps, travaillant de ses propres mains, de
sorte qu’il avait quelque chose à donner à ceux qui étaient dans le besoin. Il
était sans cesse fervent dans les veilles et la prière, et servait Dieu
inlassablement. Quoiqu’il les dépassa tous dans la sainteté, il se comportait
en serviteur de tous, se considérant lui-même comme le plus petit de tous. Pour
cette raison, peu de temps après, il fut élu abbé par les frères. Il eut soin d’exercer sa charge de supérieur en toute
modestie, sans dominer le groupe, mais de tout son coeur, servant de modèle
pour le troupeau, prenant le plus grand soin des faibles et encourageant les
forts.
10 COMMENT IL FUT RAPPELE A MOLESME
Pendant ce temps, les moines de Molesme se
repentirent d’avoir offensé l’homme de Dieu, et de l’avoir chassé, sans
doute, en lui désobéissant. Maintenant
ils s’inquiétaient et pleuraient sur leur ruine à la fois morale et financière.
Maintenant, dans le monastère, ils souffraient de privations, là où, par les
mérites de Saint Robert, leur Seigneur leur accordait l’abondance, même dans
les biens temporels. Ayant pris de
sains conseils, ils en appelèrent au souverain Pontife, et appuyés par son
autorité, rappelèrent l’homme de Dieu à Molesme. Là, il était absorbé par le
jeûne et la prière continuelle, et son zèle envers ceux qui lui étaient
inférieurs était un zèle pour Dieu. Dans un court laps de temps, il réforma
leur observance de la discipline monastique.
Il y en avait quatre parmi eux, qui étaient des
esprits plus forts, parmi lesquels
Albéric, Etienne et deux autres, qui après avoir été exercés dans la
clôture, désiraient ardemment le combat solitaire du désert. Ils quittèrent le
monastère de Molesme et vinrent en un lieu nommé Vivicus. Quand ils eurent vécu
là un peu de temps, ils reçurent de la part de Joceran, l’évêque
de Langres, à l’instigation des moines de Molesme, une lettre les menaçant d’excommunication,
s’ils ne retournaient pas à Molesme.
11 COMMENT ILS RESIDERENT POUR LA PREMIERE
FOIS A CITEAUX
Comme ils étaient contraints de quitter Vivicus,
pour les raisons dont nous avons parlé ci-dessus, ils vinrent habiter une
région boisée nommée Cîteaux par ceux qui y vivaient. Là, ils construisirent un
oratoire en l’honneur de la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Dès lors, ni
menaces, ni prières ne purent les
détourner de leur dessein. Dans la ferveur de l’esprit, ils servaient Dieu,
inlassablement, nuit et jour.
12 COMMENT SAINT ROBERT VINT A CITEAUX
Quand Saint Robert entendit parler de leur sainte
manière de vivre, prenant avec lui vingt-deux frères, il les rejoignit, pour
partager leur dessein et les aider. Ils lui firent un accueil des plus
chaleureux, et il les conduisit quelque temps avec une sollicitude paternelle,
leur enseignant comment vivre et agir selon la Règle, et agissant comme un
modèle et un exemple, pour eux, de bonté et d'observance religieuse.
13 COMMENT IL REVINT DE CITEAUX A MOLESME
Les moines de Molesme furent très mécontents
d’avoir perdu un si bon berger et aussi ils contactèrent le Souverain Pontife,
dans le dessein que Saint Robert, l’homme de Dieu soit forcé de retourner au
monastère de Molesme, qu’il avait fondé en premier. Quand le Souverain Pontife
entendit que le nouveau rameau des cisterciens était solidement enraciné, ils
se réjouit grandement d’apprendre qu’ils grandissaient en une sainte vie,
instruits par l’exemple de Saint Robert, qu’ils observaient la Règle de Saint
Benoît, avec plus de ferveur. Voyant que les moines de Molesme allaient à la
destruction s'ils étaient privés de la présence de l’homme de Dieu, il écrivit
à l’archevêque de Lyon afin qu’un autre abbé soit établi à Cîteaux, et afin
qu’il impose à Saint Robert de retourner à Molesme.
Lorsqu’il apprit ceci, Saint Robert, qui savait que
l’obéissance vaut mieux que le
sacrifice, et que refuser d’accomplir est comme commettre un crime d’idolâtrie,
ayant fait tous les arrangements convenables pour l’observance du nouvel
institut, il leur établit comme abbé, Albéric, un homme juste devant Dieu, qui
avait été l’un des premiers moines du monastère de Molesme. Ainsi, ayant pris de bonnes dispositions en toutes
choses, il retourna au monastère de Molesme qu’il avait fondé en l'honneur de
Sainte Marie. Quand Albéric mourut deux ans plus tard, Etienne lui succéda,
établi abbé pour les cisterciens par Saint Robert. De cette façon, puisqu’il
était le fondateur de la nouvelle plante, la gestion de deux monastères
(Molesme et Cîteaux) relevait de ses compétences.
Il retourna à Molesme accompagné de deux moines :
les cisterciens étaient affligés par son départ, tandis que les moines de
Molesme se réjouissaient de son retour. Une grande foule l’accueillit avec les
honneurs dans la ville de Bar-sur Seine, et le reçurent avec grande liesse et
en remerciant Dieu. Robert, toutefois, avec son, -- ou plutôt le minuscule
troupeau du Christ, à savoir le groupe de Molesme, prit possession de la place
que Dieu lui avait préparée. Il glorifiait dans une grande allégresse la divine
providence qui avait tout arrangé pour lui. Avec un amour paternel, il nourrit
le troupeau à lui confié, leur enseignant l’observance régulière, -- ou plutôt,
il devint pour eux un exemple de la Règle en vivant parmi eux selon la Règle. Comment le saint homme fut libéré
de la prison de la chair et par quels signes le Seigneur montra que sa mort était précieuse à ses
yeux, je vais maintenant le faire connaître à votre charité.
14 LA MORT DE SAINT ROBERT
Saint Robert livra
plusieurs batailles en travaillant pour le Seigneur, et il fut souvent inquiet
parce que la vie présente ne parvenait pas à le satisfaire, et il désirait très ardemment s’en aller
pour être avec le Christ. Dieu entendit son désir et choisit de lui révéler
l’heure de son départ pour le ciel, bien des jours à l’avance. Robert, sachant que c’était imminent, le fit savoir
à ses frères. Pendant quelque temps, il fut torturé par des faiblesses
corporelles et accumula ainsi les mérites de la vertu de patience, dans son
infirmité, s’enorgueillissant joyeusement dans la puissance du Christ qui
s’était préparé une demeure en lui.
Dans sa 83ième année, le 17 avril, son corps retourna à la terre. Son esprit
était libre de retourner à Dieu, au service de qui il s’était dépensé sans
compter. La terre pleura et le ciel se réjouit. Ses fils, les moines de
Molesme, dont il avait été la seule joie et la consolation, assistèrent avec
dévotion aux funérailles de leur révérend père, pleurant très amèrement. Ils ne
doutaient pas qu’il recevrait la récompense céleste pour ses mérites, ni non
plus qu’ils recevraient des faveurs par ses mérites, mais ils étaient très
affligés parce que la présence de leur père avait été enlevée de la lumière.
Comme, par ses justes actions lorsqu’il était encore sur terre, il avait prouvé
qu’il avait été un fils de lumière, Dieu a fait connaître l’étendue de ses
mérites par la manière dont il est mort.