Quelques renseignements concernant le plan cadastral de la ville de Bruges par P.C. Popp

Andries Van den Abeele

Celui qui étudie des aspects de l’histoire de Bruges au XIXe siècle se penchera sans doute sur le plan cadastral et l’atlas cadastral de Philippe-Christian Popp[1] afin de situer certaines propriétés et certains propriétaires, ainsi que les divers quartiers de la ville et leurs rues. Le plan Popp est en effet le seul plan cadastral détaillé de la ville de Bruges qui fut jamais publié et que l’on peut pour cette raison consulter aisément aussi bien dans les archives et bibliothèques que dans des collections privées.

Cependant, on constate rapidement que ce plan cadastral et l’atlas cadastral qui l’accompagne, doivent être utilisés avec une certaine prudence. La seule donnée précise qui soit restée en grande partie inchangée jusqu’à ce jour est le numéro cadastral de base de chaque parcelle. Pour le reste, nom du propriétaire, numéros de rues, état de la parcelle (bâtie ou non bâtie et proportion entre les deux), revenu cadastral, etc., constituent des données à un moment précis, reprises sur le plan et dans la matrice, qui ne sont pas susceptibles de nous renseigner avec précision ni sur la situation antérieure ni sur l’évolution postérieure. L’étude historique complète d’une parcelle déterminée, d’une rue ou d’un quartier ne pourra donc être entreprise qu’à l’aide de nombreux documents d’archives se trouvant au services du cadastre.

Une autre raison doit nous inviter à la prudence : une première étude superficielle nous permet de constater que le plan, et davantage encore la matrice cadastrale, contiennent une série d’erreurs matérielles, de fautes d’impression et d’invraisemblances, si bien qu’aucune donnée ne peut être tenue incontestablement pour authentique mais doit faire chaque fois l’objet de vérifications et de recoupements. Pour autant le plan Popp n’est pas dépourvu d’intérêt, loin de là. Il constitue une source renfermant de nombreuses données sur l’histoire locale et la généalogie, sur la topographie, la toponymie ainsi que sur la géographie historique et même sur l’histoire socio-économique. Cela vaut en règle générale pour toutes cartes topographiques et  plans cadastraux, aussi bien ceux de Popp[2] que ceux de son illustre prédécesseur le Comte de Ferraris[3] et de son célèbre contemporain Philippe Van der Maelen[4]. Cela vaut en premier lieu pour le plan cadastral de la ville de Bruges, ville dont les principales caractéristiques sont demeurées inchangées jusqu’à ce jour, si bien que le plan cadastral peut encore parfaitement servir afin de situer des quartiers qui n’ont pas subi de modifications essentielles.

La Bibliographie Nationale en 1897 et la Biographie Nationale en 1905 avaient déjà consacré beaucoup d’attention aux travaux cartographiques de Popp. Mais les générations brugeoises qui nous ont précédé n’ont en fait pas accordé d’attention, ou du moins fort peu, au plan Popp. Adolphe Duclos dans son Bruges, histoire et souvenirs[5], n’en souffla mot[6] et dans les Annales de la Société d’Emulation pour l’histoire de Bruges et de la Flandre Occidentale[7], on n’a pas davantage accordé d’attention à ce plan cadastral. Mais depuis il y a eu un regain d’intérêt et les historiens s’intéressent de plus en plus à cette source auxiliaire qui éclaire de façon précise de nombreuses facettes de la société au XIXe siècle.

Ainsi, Joseph Maréchal a utilisé le plan Popp pour son étude consacrée à la Bourse de Bruges et pour celle sur l’histoire du port de Bruges-Zeebruges[8]. Romain Van Eenoo s’y est référé dans sa thèse de doctorat sur l’histoire de l’électorat censitaire à Bruges[9]. Dans son œuvre maîtresse, De huizen te Brugge[10], Luc De Vliegher a utilisé le plan pour établir la situation exacte d’un certain nombre de maisons dont il avait retrouvé la trace, soit dans les permis de bâtir, soit dans les livres des trésoriers de la ville. L’ouvrage en trois volumes par Guillaume Michiels, De Iconografie van de stad Brugge[11], contient de nombreuses références au plan Popp. Nous-mêmes avons pour notre livre Emiel Van den Abeele, een vechter[12], fait grand usage aussi bien du plan que de la matrice cadastrale et nous avons à cette occasion appris à connaître l’utilité mais aussi les lacunes de ces documents.

Le plan lui-même, à notre connaissance, n’a pas encore été soumis à un examen critique approfondi et les données que nous avons recueilli pour la présente étude semblent indiquer qu’un tel examen est utile et nécessaire, dans la mesure où l’on désire en faire un usage judicieux.

Nous nous proposons ci-après d’examiner qui a établi le plan Popp, dans quelles circonstances il a été édité, en quelle année il fut imprimé et jusqu’à quelle date limite les mutations cadastrales y ont été reprises. Etant donné qu’à cette occasion nous démontrerons qu’il n’y a pas eu une seule mais bien deux éditions du plan et de la matrice cadastrale, nous donnerons une description des deux, de façon à venir en aide aux chercheurs dans l’identification de l’édition qu’ils ont devant eux.

I.                     Origine du plan cadastral de Bruges et première tentative d’impression.

Le plan cadastral de la ville de Bruges fut dressé, conformément au décret impérial de Napoléon sur l’établissement du cadastre, par les géomètres E. Dabencourt, François Gerbaulet, Jean-Baptiste Maurel et Vasseur, sous la direction de l’ingénieur vérificateur Dumas. Les travaux furent entamés début juillet 1811[13] et terminés le 12 mai 1812[14].

Après le plan de Nieuport, dressé par Dabencourt et achevé le 17 octobre 1810[15], le plan de Bruges était le deuxième à être mené à bonne fin pour le département de la Lys, l’actuelle province de la Flandre Occidentale. Il n’était dès lors pas le plus réussi, car la jeune administration du cadastre en était encore à ses débuts et ses méthodes de triangulation et d’arpentage étaient loin d’être parfaites.

Le plan original à l’échelle 1/1000 fut régulièrement et de façon assez simple mis à jour pendant les années suivantes : les auteurs se contentèrent d’y ajouter les mutations, de souligner de rouge et de doter d’un exposant les parcelles modifiées.

Les régimes se succédèrent : Empire, Royaume-Uni des Pays-Bas, Royaume de Belgique ; les fonctionnaires du cadastre poursuivirent leurs activités, si bien qu’en 1834 ils avaient terminé leur arpentage pour l’ensemble du pays – à l’exception du Limbourg et de Luxembourg – et étaient en mesure de dresser une première statistique générale des données cadastrales[16].

A la même époque, l’on s’attacha à faire imprimer les plans cadastraux. Cette initiative fut encouragée par le gouvernement, qui ne se chargea pas lui-même de l’impression des différents plans, mais se contenta de stimuler des particuliers à le faire à leurs propres risques, en les autorisant à utiliser les documents du cadastre.

Ainsi, Philippe Van der Maelen obtint en 1836 une autorisation générale du Ministre des Finances, le baron d’Huart[17] et Philippe-Christian Popp reçut une même autorisation du successeur de ce dernier, E.J. Mercier, vers 1842.

Certains fonctionnaires du Cadastre firent également éditer des plans cadastraux. Tout comme les particuliers, ils en reçurent l’autorisation officielle et bénéficièrent en outre d’un appui du gouvernement, qui à chaque fois leur achetait quelques exemplaires. En 1843, par exemple, l’inspecteur du cadastre de la province de Liège fit imprimer chez Palante Frères un plan cadastral de la ville de Liège. Vers la même époque son collègue de la province d’Anvers fit éditer un plan cadastral de la ville d’Anvers.

A Bruges également une tentative fut faite pour imprimer le plan cadastral de la ville et de le mettre à la disposition du public. Elle émanait de Jean-Baptiste Masz, inspecteur du cadastre de la province de Flandre Occidentale. En 1850 Masz avait fait dresser un plan cadastral par les dessinateurs du cadastre. Ce plan était la copie, réduite à l’échelle 1/2500 du plan cadastral original, auquel on avait ajouté les mutations intervenues entre-temps. Il soumit le plan au Ministre de l’Intérieur Charles Rogier, qui lui fit part de sa satisfaction et l’encouragea à l’éditer, en lui promettant d’en acquérir 30 exemplaires à 10 francs pièce. Masz donna suite à la suggestion du Ministre et fit évaluer le coût : la gravure, le papier et l’impression lui coûteraient 3.000 francs. Il devait dès lors être certain de pouvoir vendre au moins 300 exemplaires avant de se risquer dans une telle entreprise. C’est pourquoi il demanda à la ville de Bruges de souscrire à 50 exemplaires et à la province de la Flandre Occidentale d’acheter 80 exemplaires. Ajoutés au 30 exemplaires du Ministre cela ferait 160 exemplaires. Pour le solde de 140 exemplaires Masz devait trouver des souscripteurs privés[18].

La ville de Bruges et plus particulièrement le conseil communal ne furent guère enthousiasmés par la proposition. Malgré les chaudes recommandations du ministre et du gouverneur, et malgré l’avis favorable du collège des échevins, le conseil communal refusa en sa séance du 4 mai 1850 d’entériner l’achat[19]. Son attitude suscita l’indignation du gouverneur qui rappela la ville à l’ordre et insista pour qu’elle revienne sur sa décision. Ce qu’elle fit, lors de sa séance du 11 septembre 1850, le conseil communal décidant d’acquérir non pas 50, mais seulement 10 exemplaires du plan[20], suivant en cela l’exemple d’Anvers qui s’était contentée de n’acheter que deux exemplaires du plan de la ville.

Devant un tel manque d’intérêt, Masz préféra renoncer à la publication. Trois ans plus tard Philippe-Christian Popp reprit le projet à son compte.

II.                   Le premier plan Popp de Bruges : 1854

Jusqu’à présent il a toujours été question « du plan Popp » de la ville de Bruges, comme s’il n’en avait existé qu’une seule édition. Toutes les bibliographies mentionnent comme date d ‘édition l’année 1865[21]. Aux archives et à la bibliothèque de la ville de Bruges, aux archives du Royaume, à la bibliothèque provinciale et aux services culturels à Bruges, on ne connaît que ce plan daté de 1865. Pourtant il y eut bien deux éditions, puisque le plan fut édité une première fois en 1854.

Philippe-Christian Popp inaugura l’édition de son Atlas cadastral parcellaire de la Belgique vers 1842[22]. Il reçut l’autorisation de disposer des documents du cadastre d’Edouard Mercier, Ministre des Finances du 18 avril 1840 au 13 avril 1841 (cabinet Lebeau) et du 16 avril 1843 au 18 juin 1845 (cabinet J.B. Nothomb[23]). Selon que l’autorisation fut accordée durant le premier ou le second mandat de Mercier, les débuts de l’œuvre cartographique de Popp peuvent être situés en 1841-1842 ou dans la seconde moitié de 1843.

Logiquement nous pourrions supposer que Popp ait voulu établir assez tôt un plan de Bruges. Les reproductions cartographiques étaient traditionnellement fort appréciées dans cette ville. En outre Popp y habitait, y comptait bon nombre d’amis et de relations et y avait été employé au cadastre. En principe il était donc bien placé afin de pouvoir disposer aisément de la documentation nécessaire, qui du fait de l’autorisation ministérielle ne pouvait d’ailleurs pas lui être refusée.

Néanmoins Popp n’édita le plan de Bruges qu’après plus de dix ans de travaux cartographiques et d’éditions de plans cadastraux de petites communes. On pourra sans doute formuler l’hypothèse que Masz ou l’un ou l’autre fonctionnaire supérieur avait depuis longtemps déjà conçu l’idée de faire imprimer le plan – auquel ainsi son nom resterait lié – et qui pour cette raison aurait gardé par-devers lui les données cadastrales.

Quoi qu’il en soit, dans le courant de 1853 la voie sembla libre et Popp en profita pour faire parvenir une lettre circonstanciée à l’administration communale de Bruges[24]. Nous la publions in extenso, car nous estimons qu’elle donne un aperçu intéressant de tous les arguments que Popp pouvait avancer afin de souligner l’utilité de son œuvre cartographique et d’inciter la ville à y souscrire. 

Le plan de la ville de Bruges est dressé d’après les opérations qui ont servi de base à l’arpentage cadastral. Le grand Polygone dans lequel la ville est enfermée ainsi que les lignes qui ont servi de bases à l’arpentage sont reproduits sur le plan. Les documents indispensables pour pouvoir dresser ce plan avaient été enlevés du bureau, ils étaient éparpillés dans différentes mains ; après de longues recherches je suis parvenu à les rassembler.

Le plan est composé de 8 feuilles, il mesure 3 mètres de long sur 2 mètres 60 centimètres de large. la grandeur de l’échelle (1/1000) a permis de présenter distinctement la figure relative de chaque parcelle et leur numéro. les limites des sections sont indiquées. Les noms des rues, des ruelles, des places publiques, des carrefours, des impasses, des promenades, des Bassins, des Canaux, des ponts, etc., etc., sont inscrits dans les deux langues. Les noms des édifices publics, des églises, des hospices, des principaux hôtels et autres établissements remarquables y figurent également.

Un tel plan est indispensable à l’administration communale, pour l’alignement des rues, pour la construction des trottoirs, des égouts, pour le placement des tuyaux de gaz, des pompes et fontaines, des réverbères ; pour tous les projets d’embellissement. Il lui serait encore d’une grande utilité si elle se décidait un jour à faire le nivellement ; on pourrait indiquer les hauteurs sur ce plan en plaçant des chiffres aux intersections des rues.

L’absence d’un plan convenable donne lieu à bien des erreurs, à beaucoup d’abus ; on travaille sans direction ; bien des rues seraient aujourd’hui droites et régulières ; bien des passages dangereux auraient été redressés ou élargis ; bien des quartiers assainis, si la ville avait eu en sa possession un plan où tous les changements à opérer auraient été indiqués d’avance. Ce plan dressé sur une large échelle répond à ce besoin ; il est accompagné du tableau indicatif et de la matrice cadastrale qui présente les numéros des parcelles, le nom, les prénoms des propriétaires ; la nature, la contenance, la classe des propriétés, la contenance des villes ; le tarif des évaluations nettes de chaque nature et de chaque classe de propriétés foncières.

J’y ai ajouté la division de la ville en 6 sections, avec leurs subdivisions en wijk et les numéros des maisons suivant le nouveau numérotage donné à l’occasion du recensement de la population de 1846.

Je ferai tracer sur quelques exemplaires les projets d’alignement approuvés des rues de grande voirie ainsi que toutes les autres indications que la ville désirerait y voir figurer.

Ce travail exige, pour la gravure, des pierres d’une dimension peu commune ; je n’ai pu m’en procurer un assez grand nombre ; je me verrai forcé d’effacer les premières planches, après le tirage, afin d’employer les mêmes pierres à la gravure des dernières feuilles. Je dois donc être fixé sur le chiffre du tirage.

En commençant ce grand travail, je ne me suis pas promis beaucoup de succès de vente chez les particuliers ; la perfection même du plan, qui consiste dans sa grandeur et dans les détails scientifiques, son prix élevé, sont des obstacles à un placement facile.
J‘ai voulu faire un grand et beau travail, digne de la ville qu’il représente, et j’ai compté surtout sur l’administration communale, qui ne pourrait jamais retrouver l’occasion de se procurer un plan aussi complet, moi seul possédant tous les documents scientifiques qui ont servi à le dresser et qui garantissent sa parfaite exactitude.

Les épreuves ci-jointes, qui sont les premières, ne sont ni complètes ni parfaites ; on n’en obtient de bonnes qu’après le tirage d’un certain nombre.

Cette lettre nous apprend entre autres choses que :

1.      le plan Popp fut établi sur la base du plan original dressé par les fonctionnaires du cadastre. Popp n’avait d’ailleurs jamais travaillé lui-même « sur le terrain » : lors de ses années passées au service du cadastre, il n’avait jamais été géomètre, mais contrôleur, chargé d’évaluer le revenu cadastral imposable. Pour imprimer les plans des différentes communes, il utilisa toujours les plans établis par les services du cadastre, en les agrandissant ou les réduisant à l’échelle voulue, à l’aide d’un pantographe ou d’un micrographe, ou tout simplement en les copiant lorsque l’échelle était identique, ce qui fut le cas pour le plan de Bruges[25] ;

2.      Popp prétendait avoir en sa possession les documents d’arpentage cadastral à Bruges et qu’il se vantait même d’être le seul à les posséder ;

3.      Popp était plus entreprenant que Masz, puisqu’il prenais l’initiative d’imprimer le plan sans avoir aucune garantie quant à la vente et qu’il ne s’adressait à la ville et aux souscripteurs privés qu’après avoir réalisé les premières épreuves.

Lors de la séance du 20 novembre 1853[26], le conseil communal décida d’acheter 6 exemplaires à 50 francs[27]. Le 16 mars 1854 l’administration communale invita Popp à livrer la commande et le 19 juin elle lui mandata 300 francs[28]. On peut en déduire que le travail fut achevé en mars ou avril 1854.

Six exemplaires, c’était peu, évidemment[29]. Popp parvint sans doute à vendre quelques exemplaires à la province et à l’Etat, mais il fit également appel aux souscripteurs privés au moyen d’une « liste de souscription pour le plan de Bruges ». Puisque Popp précisait qu’avant d’entamer l’impression, il attendrait de disposer d’un nombre suffisant de commandes pour couvrir les frais, on peut présumer qu’il en fut ainsi[30]. Il promit d’ailleurs aux souscripteurs de faire imprimer leur nom au-dessus du tableau des données cadastrales accompagnant le plan. Promesse qu’il ne tint d’ailleurs pas.

D’autre part, l’affirmation de Popp, suivant laquelle il était le seul à disposer des données cadastrales nous paraît bizarre. Cette affirmation était-elle exacte ? Elle ne l’était qu’en partie, croyons-nous, car les plans primitifs sont, actuellement encore, conservés dans leur exécution originale, aux archives du cadastre de la province de Flandre Occidentale à Bruges et au local de l’hôtel de ville de Bruges où sont gardées les données relatives au cadastre. Il se peut évidemment qu’un de ces deux exemplaires s’est trouvé être en sa possession, le temps de le copier, et qu’il l’a ensuite  rendu au propriétaire légitime.

Ce qui est certain cependant, c’est que le premier plan Popp date de 1854. Il nous a fallu de longues recherches pour en retrouver un exemplaire. Après avoir cherché en vain aux archives, à la bibliothèque et à l’hôtel de ville de Bruges, à la bibliothèque provinciale et au service culturel de la province à Bruges, nous avons enfin trouvé un exemplaire aux services techniques de la ville : il était en très mauvais état et était d’ailleurs encore régulièrement consulté[31]. Plus tard nous avons eu la chance de localiser trois autres exemplaires : à Bruxelles à la Bibliothèque Royale (grâce au conservateur Antoine De Smet), à Bruges aux services techniques de la ville (second exemplaire que nous a signalé l’ingénieur Sioen) et à Bruges encore à la Commission d’Assistance Publique (grâce à l’archiviste Michel De Duytsche). Ainsi nous avons eu l’occasion de pouvoir comparer le plan de 1854 à l’édition plus connue de 1865.

III.                  Le deuxième plan Popp de Bruges : 1865

Il est fort probable que l’édition de 1854 se trouva être épuisée après quelques années, si bien que Popp prit la décision de procéder à une seconde édition. Le prix en fut fixé à nouveau à 50 francs et pendant des mois parut en première page du Journal de Bruges une annonce offrant le plan à moitié prix aux abonnés du journal et aux personnes  souscrivant à un nouvel abonnement[32].

Popp a-t-il une fois de plus compté sur la collaboration de la ville ? Sans doute pas. En tout cas nous ne trouvons aucune trace de correspondance ni de délibérations du collège échevinal ou du conseil communal à ce sujet. En 1864 Popp avait été nommé imprimeur officiel de la ville de Bruges[33]. Cette nomination l’encouragea-t-elle à doter ses concitoyens d’un nouveau plan de leur ville, revu et corrigé ? C’est chose fort possible.

IV.                Description comparative des plans de 1854 et de 1865.

A.      Caractéristiques générales.

Les caractéristiques générales des deux plans sont grosso modo les mêmes. Dans les deux cas, la largeur totale du plan est de 2,70 m et la hauteur de 2,10 m ; ces dimensions sont calculées sur la partie imprimée et ne tiennent pas compte des bords en blanc.

Popp avait prévu et annoncé que son plan comprendrait 8 grandes pages de 68 x 107 cm[34]. Sans doute ne disposait-il pas de suffisamment de pierres du format nécessaire, car deux pages furent imprimées en deux parties, à savoir la page supérieure droite et la page inférieure gauche. En fait le plan complet comprend donc bien 10 pages séparées.

Bien qu’en 1853 Popp ait annoncé qu’il ne disposait pas de suffisamment de pierres et qu’il devrait utiliser les mêmes pierres pour imprimer successivement plusieurs pages du plan, nous avons de bonnes raisons de croire qu’il a réalisé le plan sur dix pierres distinctes et qu’il les a conservé et réutilisé pour le plan de 1865. En effet, les parties identiques, comme par exemple les dessins autour de la carte sont si ressemblants, même dans leurs imperfections, que force nous est d’opter pour cette possibilité. Si par exemple Popp a oublié en 1854 d’ajouter la légende sous le dessin de la Maison Bladelin, peut-on admettre qu’en 1865 il ait à nouveau omis de l’indiquer ? Ou encore qu’en 1865 exactement au même endroit au bas du plan se retrouve la même tache blanche ovale que sur le plan de 1854 ? Le fait également qu’il écrive le mot Chapelle avec deux « p » sur les deux plans. Nous constatons par ailleurs que les vues de Bruges sur le plan de 1865 sont bien moins nets que celles de 1854. Tout ceci nous amène à la conclusion que l’édition de 1865 a été imprimée sur les pierres déjà utilisées pour l’édition de 1854.

B.     Les textes.

Le titre du plan a été dans les deux cas été artistiquement dessiné et placé dans la partie supérieure à droite sur le plan. En voici le texte, différent pour les deux éditions :

Plan de 1854

Atlas cadastral de la Flandre Occidentale. Plan parcellaire de la ville de Bruges. Publié avec l’autorisation du Gouvernement et sous les auspices de Monsieur Mercier, Ministre des Finances, Membre de la Chambre des Représentants, Commandeur de l’Ordre de Leopold, décoré de la Croix de Fer, Grand-Croix de l’Ordre de la Branche Ernestine de la Maison de Saxe, par P.C. POPP, ancien contrôleur du cadastre. 1854. S.P.Q.B.

Plan de 1865

Atlas cadastral de la Flandre Occidentale. Plan parcellaire de la ville de Bruges, avec les mutations. Publié avec l’autorisation du Gouvernement, sous les auspices de Monsieur le Ministre des Finances, par P.C.POPP, ancien contrôleur du cadastre, Ingénieur-Géographe, Membre de l’Académie Nationale de Paris, etc. L’Académie Nationale de Paris et la Société Universelle d’encouragement de Londres ont accordé chacune leur première médaille d’honneur en or à M. Popp, pour ses travaux topographiques. Le jury de l’exposition de Dijon (France) 1858 a accordé une médaille de première classe à M. Popp, Ingenieur-Géographe à Bruges pour sa carte topographique de la Flandre Occidentale et son Atlas Cadastral, comprenant le plan de chaque ville et de chaque commune de la Belgique. 1865. S.P.Q.B.

Nous pouvons constater que l’humble contrôleur du cadastre de 1854 avait parcouru pas mal de chemin et qu’en 1865 l’énumération respectueuse des titres honorifiques du ministre Mercier avait fait place aux titres et aux médailles honorifiques que Popp avait entre-temps acquis.

La dédicace au ministre Mercier inscrite sur le plan de 1854 semble d’ailleurs quelque peu bizarre. En effet, au moment de sa publication, il y avait plus de neuf ans qu’Edouard-Joseph Mercier (1795-1879)[35] n’exerçait plus de fonctions ministérielles ; son deuxième mandat en tant que ministre des Finances avait duré du 16 avril 1843 jusqu’au mois de juin 1845. En 1845 il avait été nommé Ministre d’Etat et Popp ne mentionna pas cet important titre honorifique.

Nous pouvons supposer que Popp par cet hommage quelque peu anachronique a voulu rappeler l’autorisation générale que Mercier lui avait accordé, à l’époque où il était ministre, pour l’ensemble de l’Atlas cadastral parcellaire de Belgique.

En outre on remarquera que les deux plans portent une date, ce qui ne semble pas avoir été le cas pour la plupart des autres plans cadastraux édités par Popp[36].

Sur chaque plan nous retrouvons dans le coin supérieur droit un croquis représentant le polygone de la ville avec le Beffroi comme point de convergence, ce polygone étant divisé en triangles dont le sommet est le Beffroi. A côté figure un dessin le représentant à l’échelle 1/1000. Alors que sur le plan de 1854 le coin supérieur gauche était resté vierge, Popp y a imprimé en 1865 une légende ainsi rédigée :

Légende

La ville de Bruges est divisée en 6 sections, chaque section est subdivisée en Wijk, les maisons conservent encore leur ancien numérotage, les numéros supprimés ne sont plus reproduits et les nouvelles constructions ou divisions portent les numéros attenants avec indication d’un chiffre et lettre alphabétique joints en forme d’exposant

Limites de la ville

id. des sections

id. des Wijk

id. des paroisses

Les numéros du plan cadastral sont inscrit dans les parcelles.

Les numéros des maisons sont inscrits dans les rues.

La principale amélioration par rapport au plan de 1854 est en effet qu’en 1865, à côté des numéraux cadastraux, les numéros des maisons figurent également sur le plan.

C.     Les illustrations entourant le plan.

Le plan cadastral est entouré d’un certain nombre de vues de la ville de Bruges. Il y en a 39 en tout, identiques et présentées dans le même ordre sur les deux plans. Ce sont, dans l’ordre :

1)      Horizontalement sur la partie supérieure et de gauche à droite : Académie des Beaux-Arts - Hôtel du Gouvernement – Cheminée du Franc - Tombeau de Charles le Téméraire – Tombeau de Marie de Bourgogne – Mont de Piété – Place Saint-Jean- Cathédrale Saint-Sauveur – Eglise Notre-Dame – Maison gothique sur la Grand-Place – Place de la Station – Marché du Vendredi – Quai du Rosaire – Marché au Poisson.

2)      Horizontalement sur la partie inférieure et de gauche à droite[37] : Hôtel de Ville – Palais du Franc – Chapelle du Saint-Sang – Pont du Lac-d’Amour – Porte Sainte-Croix – Séminaire Episcopal  (2 fois) – Porte des Baudets – Ancienne Halle aux Serges – Pont du Béguinage – Vue de Bruges.

3)      Verticalement à gauche et de haut en bas : (Maison Bladelin) - Tour des Halles – Portail de l’Eglise Notre-Dame – Eglise de Jérusalem – Ancien Poids de la Ville – Pont Saint-Jean Népomucène – Façade d’une maison rue Flamande – Place Simon Stevin.

4)      Verticalement à droite, de haut en bas : Cathédrale Saint-Sauveur – Châsse de Sainte-Ursule – Porte de Gand – Chapelle des Rédemptoristines – Porte du Maréchal – Tour Notre-Dame.

Sur base du plan de 1865, seul connu jusqu’à présent, on a forcément daté toutes ces vues de cette année-là[38]. La constatation qu’elles figurent déjà sur le plan de 1854 amène forcément à revoir cette datation, qui doit se situer en 1853 au plus tard, étant donné que Popp avait déjà terminé quelques épreuves cette année-là. Cette date est d’ailleurs plus logique, étant donné que Guillaume Michiels identifie plusieurs de ces vues comme provenant du peintre B. Fabronius ou ayant été copiées d’après les dessins de ce dernier. Seize de ces vues figuraient déjà sur une Vue générale de la ville de Bruges et de ses principaux monuments, éditée par Fabronius et Vertommen, lithographes, en 1850. On peut donc avec assez de certitude dater ces dessins vers 1849-50 pour une partie et au plus tard en 1853 pour le solde.

Dans cette optique il est intéressant de constater que certaines constructions ou aménagements très récents étaient reproduites comme monuments remarquables : l’hôtel de gouverneur (construit vers 1800), les colonnes doriques du Marché au Poisson (1821), la gare (1838), la place de la gare (rebaptisée en 1842), la chapelle des Rédemptoristines (construite en 1845), la place et la statue de Simon Stevin (érigée en 1846).

Les détails qui en revanche, en ce qui concerne ces vues, sont en contradiction avec la date de 1865 sont très nombreux. Ainsi, par exemple, sur les deux vues de la Place Jean van Eyck, la première statue de van Eyck, édifiée en 1855 n’est pas représentée ; sur la vue de l’hôtel de ville il n’y a pas de statues dans les niches alors qu’une première statue fut placée dès 1853 et une seconde en 1854. Le pont Jean-Népomucène y est représenté dans son état antérieur avec les murs en pierre qui furent remplacés en 1859 par des garde-fous métalliques. Enfin, le Marché au Poisson est représenté sous son aspect d’origine avec les étals en bois entre les colonnes, remplacés en 1852 par des stalles en pierre d’Ecaussines. Toutes ces données confirment une datation largement antérieure à 1865, certaines même à 1852.

D’autre part les représentations de la chapelle des Rédemptoristines (1845), de la statue de Simon Stevin (1846) et de la cathédrale Saint-Sauveur avec sa tour reconstruite après 1846, nous donnent la date la plus avancée, soit 1846-47, à laquelle les dessins ont pu être réalisés.

Puisque l’on peut supposer qu’il s’est écoulé un court laps de temps entre l’achèvement des travaux et l’instant où le dessinateur les a fixés pour la postérité en tant que monuments remarquables, il semble logique de dater définitivement les dessins qui entourent le plan Popp dans les années 1849-1850.

V.                  Description comparative des matrices cadastrales de 1854 et de 1865

Plus encore que les plans, qui sont datés, les matrices cadastrales, qui ne portent ni la date de 1854 ni celle de 1865, peuvent prêter à confusion. On ne peut les dater qu’en les comparant aux plans et en examinant les mutations cadastrales.

La matrice de 1854

La matrice de 1854, H 50 et L 35 cm (folio) compte 45 pages imprimées recto verso. La page de titre de couleur verte, porte la mention suivante : Atlas cadastral parcellaire de la Belgique, publié avec l’autorisation du Gouvernement, sous les auspices de Monsieur le Ministre des Finances, par P.C. POPP, ancien contrôleur du cadastre. Province de la Flandre Occidentale, Arrondissement de Bruges, Canton de Bruges, Ville de Bruges. Tableau indicatif et matrice cadastrale, indiquant les numéros des parcelles, les noms, les prénoms et le domicile des propriétaires ; la nature, la contenance, la classe des propriétés, la contenance totale de la Commune ; le tarif des évaluations nettes de chaque nature et de chaque classe de propriétés foncières.

A la première page figure le texte suivant : Stad Brugge. Oorspronkelijke Kadastrale Legger of Alphabetische lijst der grondeigenaren, met omschrijving van derzelver ongebouwde en gebouwde vaste eigendommen ; strekkende tot grondslag der jaarlijksche vaststelling van het belastbaar inkomen, aan de grondbelasting onderhevig.

Toute la matrice est d’ailleurs rédigée en flamand, ce qui permet de la distinguer aisément de la matrice de 1865 rédigée entièrement en français. Les renseignements que renferme cette matrice sont très nombreux. On y trouve par exemple par section la superficie répartie en propriétés imposables et non imposables (36 % de la superficie totale de la ville, soit 157 hectares sur 430, n’était pas imposable[39]), de même que le montant des revenus imposables des propriétés, réparties en bâti et non bâti. La matrice mentionne également le taux de l’impôt pour chaque catégorie de propriétés.

Vient ensuite, par section, la liste (plus ou moins) alphabétique des propriétaires, complétée par le chiffre des articles sous lesquels leur nom figure à la matrice. La matrice nous permet de connaître également, par section (la ville est répartie en 6 sections : A – B – C – D – E  et F) toute une série de détails relatifs aux propriétaires. Chaque article mentionne les nom, prénom, profession et domicile du propriétaire, suivis de l’adresse de la (ou des) propriétés, nom de la rue, numéro du quartier et de la maison, numéro cadastral, description de la propriété, superficie, groupe cadastral, suivant l’évaluation de 1834 et revenu imposable de la parcelle, la distinction étant faite entre les parties bâties et non bâties. Pour le propriétaire possédant plusieurs biens, la matrice additionne les diverses superficies et mentionne le revenu imposable global des propriétés.

Bref, nous possédons là un nombre appréciable de données et de chiffres précieux.

La matrice de 1865

La différence essentielle entre la matrice de 1854 et celle de 1865 réside dans le fait que cette dernière est rédigée en français. Pour ce faire, Popp a dû traduire lui-même la matrice officielle du cadastre, qui fut toujours rédigée en néerlandais.

En principe nous pourrions identifier cette matrice (également non datée) grâce au texte modifié imprimé sur la couverture et également au nom de l’éditeur mentionné cette fois : Etablissement lithographique et typographique de P.C. POPP. Toutefois la bibliothèque de la ville possède une matrice de 1854, dont la couverture date de 1865, ce qui démontre que la couverture ne peut être considérée comme seul critère pour dater l’atlas[40].

Le texte de la couverture 1865 est le suivant : Atlas Cadastral parcellaire de la Belgique. Publié avec l’autorisation du Gouvernement, sous les auspices de Monsieur le Ministre des Finances, par P.C. Popp, ancien contrôleur du cadastre, ingénieur-géographe, membre de l’Académie nationale de Paris, etc., etc. La Société Universelle d’Encouragement de Londres, l’Académie Nationale des Paris, ont accordé chacune leur première médaille d’honneur, en or, à M. Popp pour ses travaux topographiques. Le jury de l’Exposition de Dijon (France) 1858 a accordé une médaille de première classe à M. Popp, ingénieur géographe à Bruges, pour sa grande Carte Topographique de la Flandre Occidentale et son Atlas cadastral, comprenant le plan de chaque ville et de chaque commune de la Belgique. Province de Flandre Occidentale, Arrondissement de Bruges, Canton de Bruges, Ville de Bruges. Tableau indicatif et Matrice Cadastrale, indiquant les numéros des parcelles, les noms, les prénoms et le domicile des propriétaires, la nature, la contenance, la classe et le revenu net imposable des propriétés bâties en non bâties par parcelle, la contenance totale de la Commune, le Tarif des évaluations nettes de chaque nature et de chaque classe de propriétés foncières. Bruges, Etablissement lithographique et typographique de P.C. POPP.

La matrice est identique à celle de 1854 en ce qui concerne le nombre de pages et le format, mais outre la différence de langue, plusieurs modifications sont à noter :

-          les caractères utilisés sont différents (les noms des propriétaires sont imprimés en gras) ;

-          la matrice donne, par section, une liste utile des numéros cadastraux, accompagnés du numéro de l’article donnant la description du bien (tableau n° 209, ex n° 211) ;

-          en revanche le tableau par article ne mentionne plus le nom de la rue, le numéro du quartier et de la maison, ce qui complique légèrement les recherches et les comparaisons avec la matrice de 1854 ;

-          la description, par article, des biens est imprimée sur 3 colonnes, alors que la matrice de 1854 est imprimée sur 2 colonnes.

VI. Dates limites des mutations cadastrales reprises.

Nous devons encore, afin de pouvoir vérifier et interpréter avec la plus grande précision les données des deux plans et des deux atlas, définir avec exactitude la date à laquelle le relevé cadastral s’est clôturé et jusqu’à quelle date limite les mutations cadastrales intervenues ont été reprises sur le plan. Pour ce faire nous disposons de trois méthodes complémentaires :

1)      le registre 217 du cadastre où sont totalisées annuellement les données du revenu cadastral. La comparaison avec le chiffre qui apparaît sur l’atlas cadastral nous apprend à quelle année se réfèrent les données de l’atlas ;

2)      l’atlas cadastral (modèle 212) des services du cadastre dans lequel toutes les modifications sont reprises article par article. Le dernier article repris dans l’atlas cadastral de Popp doit nous procurer par voie de comparaison la date à laquelle l’atlas a été clôturé ;

3)      les croquis annuels d’arpentage des nouvelles parcelles résultant de changements de limites (modèle 207), constituent la troisième possibilité qui nous permet de vérifier aussi bien sur le plan que dans l’atlas, à quelle date les modifications de certaines parcelles ont été mises à jour.

Le plan de 1854.

1)      La matrice attenante du plan de 1854 renseigne comme revenu cadastral total pour la ville la somme de 999.559,55 francs. Nous n’avons pas pu consulter le registre 217 (il semble ne plus exister) et sur base des chiffres du Bulletin communal il nous est impossible de donner une datation précise. Le rapport annuel de 1852 renseigne un revenu cadastral de 999.647,94 francs, celui de 1853 un revenu de 999.612,98 francs. Il est probable que le chiffre de 999.559,55 francs corresponde à l’année 1854 et donne donc la situation cadastrale au 31 décembre 1853. Cette méthode ne nous procure donc, en ce qui concerne la datation du plan de 1854, pas de certitude absolue. Les deux méthodes suivantes nous fournissent cependant les indications nécessaires.

2)      L’atlas cadastral est manifestement clôturé au 31 décembre 1853. Nous avons pu le constater pour chaque section. Ainsi par exemple pour la section B, le dernier article renseigné dans la matrice de Popp est le n° 898 et dans la section C le n° 1109. Tous deux correspondent aux dernières mutations dans ces sections pour l’année 1853.

3)      En ce qui concerne le croquis d’arpentage, nous avons examiné en détail le quartier B de la ville et constaté que les 9 mutations qui ont eu lieu en 1853, apparaissent sur la carte, spécialement d’ailleurs deux modifications importantes, l’instauration du Jardin botanique et l’église Sainte-Madelaine nouvellement construite. Les dernières modifications de l’année 1853 qui sont reprises sur le plan concernent les articles 881 et 882 qui deviennent 881a et 882a et 970 qui devient 970a et 970b. En revanche, quand nous vérifions les premières modifications de 1854 (par exemple 485 et 486 qui fusionnent pour devenir 486a, ou encore 489a et 487a qui deviennent 489b et 487b, etc.), nous constatons que ces modifications ne sont pas reprises sur le plan.

On peut donc en conclure que le plan de 1854 tout comme la matrice de 1854 y afférente, renseignent la situation cadastrale au 31 décembre 1853.

Le plan de 1865

1)      Pour le plan de 1865, nous disposons également d’un point de comparaison : le revenu cadastral total. En additionnant les chiffres de la matrice de Popp on obtient un total de 1.025.438,78 francs. C’est précisément le chiffre que l’on retrouve dans le rapport annuel de 1863 de la ville de Bruges (repris au registre 217 comme revenu cadastral imposable pour l’exercice en cours, c’est-à-dire la situation constatée au 31 décembre 1862.

2)      Une vérification des derniers articles qui sont repris dans la matrice nous donne la même date. En effet, pour la section A, l’article 837, pour la section B, l’article 1014, pour la section C, l’article 1222, constituent chaque fois la dernière mutation renseignée pour l’année 1862 et ce sont également les derniers articles repris dans l’atlas cadastral de Popp.

3)      En ce qui concerne les croquis d’arpentage, pour lequel nous avons également contrôlé la section B, nous apercevons que toutes les modifications de 1862 ont été enregistrées. La dernière concerne l’article 1160 qui devient 1160a. En revanche la première mutation pour 1863 n’est plus enregistrée, à savoir les numéros 1173 et 1174 qui deviennent 1173a et 1174a et b.

Nous pouvons donc en conclure que le plan de 1865 renseigne la situation cadastrale au 31 décembre 1862.

VI.                Conclusion

Le plan Popp pour ses contemporains

Quelques données éparses nous permettent de conclure que le plan Popp de Bruges a été utilisé par ses contemporains, mais moins sans doute que Popp ne l’avait espéré.

Il est frappant de constater que l’alignement des rues à Bruges est entré dans une phase active dès 1855, c’est-à-dire l’année qui suivit la parution du plan Popp[41].

Nous avons également la certitude que l’administration a pu faire un usage utile des plans qu’elle avait acheté. Les deux exemplaires que nous avons retrouvé portent de nombreuses ajoutes, notamment en ce qui concerne les égouts, les alignements d’immeubles, les cours d’eau ou encore les propriétés communales.

D’autre part nous lisons dans le résumé du rapport du Conseil communal relatif aux séances du 4 et 5 février 1861 : Communication de Mr. le Bourgmestre au sujet d’un plan général de la ville que le Collège a fait arranger avec des teintes différentes pour indiquer les propriétés de la commune, des hospices, du bureau de bienfaisance, etc., ainsi que la direction des égouts qui y sont marqués au moyen de lignes rouges[42].

Le plan Popp pour nous

Malgré les réserves faites et le fait que les données offertes par le plan et l’atlas doivent être interprétées avec circonspection, le plan Popp présente pour nous également un intérêt indéniable.

Tout d’’abord parce qu’il nous fournit, sous une forme imprimée et accessible, un aperçu de la situation cadastrale à Bruges au XIXe siècle. Celui qui soumettra ces plans à une analyse approfondie, y trouvera une multitude de données relatives à la vie à Bruges au XIXe siècle. Ces plans fourniront en outre, à qui voudra étudier l’évolution d’une parcelle ou d’un quartier, un point de départ pour les recherches qu’il aurait à faire dans la masse des archives du cadastre.

Nous croyons d’autre part que lorsqu’on rédigera – ce qui se fera un jour ou l’autre – l’histoire globale des biens immobiliers à Bruges, on pourra se baser notamment sur la situation originale en 1812 (qui permettra de faire le lien avec les registres cadastraux de l’Ancien Régime), la statistique de 1834 et les deux plans de 1854 et 1865.

Dans le présent bulletin[43] et sur base d’un exemple concret (la petite commune de Waarloos), Jules Hannes a démontré quelle somme de renseignements une étude comparative peut fournir au sujet du revenu cadastral, de l’évolution de l’utilisation des sols, du nombre et de la classification des logements, de la superficie des biens, du nombre et de la profession des propriétaires. On pourrait y ajouter : l’évolution des maisons données en location, des bâtiments scolaires, des complexes industriels, etc.

Pour une ville comme Bruges, l’on aboutirait ainsi à une étude volumineuse, qui constituerait un apport essentiel pour la connaissance de l’évolution économique au XIXe siècle.

Une telle étude, faite également pour d’autres villes, permettrait de comparer les rythmes de croissance et l’évolution et de vérifier l’exactitude des affirmations selon lesquelles Bruges aurait été au XIXe siècle une ville morte ou la ville la plus pauvre de Belgique. Nous estimons, quant à nous, que bien que de telles affirmations soient aujourd’hui acceptées comme fondées, elles sont incontestablement trop peu nuancées et que leur véracité a été insuffisamment démontrée[44].

(Paru dans Bulletin Trimestriel du Crédit Communal de Belgique, n° 93, juillet 1970, pp. 147-159. Le même texte a paru en néerlandais, dans le même périodique et à la même date).


[1] P.C. POPP, Utrecht 1805 – Bruges 1879

Au sujet de ses activités en tant qu’éditeur de journaux et de cartographe:

Biographie Nationale, Tome XVIII, coll. 38-42

Bibliographie Nationale, dictionnaire des écrivains belges et catalogue de leurs publications 1830-1880, Tome III, pp. 170-176, Bruxelles, 1897.

Journal de Bruges du 4 mars 1879 (In Memoriam)

J. HANNES, L’Atlas cadastral parcellaire de la Belgique – Importance de cette source pour la géographie historique des communes, dans: Bulletin trimestriel du Crédit Communal de Belgique, n° 85, juillet 1968.

[2] J. HANNES, o.c. et la bibliographie que l’on y trouve.

[3] HENNEQUIN, Etude historique sur l’exécution de la carte de Ferraris et l’évolution de la cartographie topographique en Belgique depuis la publication de la grande carte de Flandre de Mercator (1540) jusque dans ces derniers temps, Bruxelles, 1891.

[4] Liliane WELLENS – DE DONDER, Philippe Van der Maelen, 1795-1869, Catalogue de l’Exposition avec une préface par Antoine De Smet, Bruxelles, 1969.

[5] Bruges, 1910.

[6] Duclos possédait cependant un exemplaire du plan. Il se trouve actuellement à la bibliothèque provinciale à Bruges.

[7] Bruges, 1839 à 1968.

[8] J. MARECHAL, De geschiedenis van de Brugse Beurs, Bruges, 1949 – J. MARECHAL et J. DEN DUYVER, Havencomplex Brugge-Zeebrugge, Bruges, 1964.

[9] R. VAN EENOO, Partijvorming en politieke strekkingen bij de cijnskiezer te Brugge (1830-1895) (inédit).

[10] Lannoo Tielt, 1969.

[11] Walleyn Bruges, 1964, 1966 et 1968, principalement Tome I, p. 42.

[12] Lannoo Tielt, 1969.

[13] Archives de la ville de Bruges, Cadastre de la Ville. Correspondance 1807-1813 – Proclamation faite à la population par le bourgmestre C. De Croeser en date du 18 juillet 1811 (classeur non répertorié).

[14] A. LECLERCQ, Alfabetische lijst van de landmeters van het kadaster 1ste klasse die meegewerkt hebben aan het opmaken van het kadaster van de huidige Provincie West-Vlaanderen, indiquant les communes et les dates pour lesquelles leur signature figure sur les documents originaux (inédit).

[15] Cet essai ne fut probablement pas très concluant, car le plan fut entièrement refait en 1830 par Henri Bouüaert (cf. A. Leclercq).

[16] Statistique territoriale du Royaume de Belgique, basée sur les résultats des opérations cadastrales jusqu’à la fin de 1834, Bruxelles, 1839, 304 p.

[17] L. WELLENS – DE DONDER, o.c.

[18] Archives de la ville de Bruges. Classeur non répertorié “Cadastre de la Ville – Correspondance 1817-1869”: a) une note non datée et non signée (émanant probablement d’un fonctionnaire de la ville) donne l’état de la question; b) note du collège des échevins au conseil communal, 4 mai 1850; c) lettre du gouverneur de Vrière à l’administration communale de Bruges, 24 juillet 1850; d) id. du 3 septembre 1850; e) lettre de l’administration communale de Bruges au gouverneur, 16 septembre 1850; f) correspondance entre la ville de Bruges et les villes d’Anvers et de Liège.

[19] Bulletin Communal de la ville de Bruges, Tome V, p. 352.

[20] Bulletin Communal de la ville de Bruges, Tome V, p. 515.

[21] Cf. J.MARECHAL, o.c.; VAN EENOO, o.c.; Jos DE SMET, De Brugsche straatnamen in 1399, Bruges, 1945; G. MICHIELS, o.c.; L. DE VLIEGHER, o.c.; A. VAN DEN ABEELE, o.c.; V. VERMEERSCH, De stadsschouwing van Brugge, in Brugsch Handelsblad, 31 janv. 1970.

[22] Biographie Nationale, Tome XVIII, pp. 38-42.

[23] TH. LUYCKS, Politieke geschiedenis van België van 1789 tot heden, Amsterdam – Brussel, 1969, 2ième édition, p. 545.

[24] Archives de la ville de Bruges, classeur non répertorié “Cadastre de la Ville, correspondance 1817-1869”.

[25] Aux sujet des méthodes employées, voir: F.C. CARRE, Recueil théorique et pratique du Cadastre Belge, Bruxelles, 1873.

[26] Bulletin Communal de la ville de Bruges, Tome VII (1853-54), p. 257.

[27] C’était là un prix élevé, si on le compare à celui de 4 francs par carte que la ville de Bruges payera en 1864 pour 25 exemplaires de la carte de Marcus Gerards (Archives de la ville de Bruges, rapports du Collège des échevins, séance du 25 novembre 1864).

[28] Archives de la ville de Bruges, classeur non répertorié “Cadastre de la ville, correspondance 1817-1869”: “Le 19 juin 1854 mandaté 300 frs. au profit de M. POPP, sur l’article 50 du budget de 1854.

[29] Où ont abouti ces six exemplaires? Après de longues recherches, nous en avons retrouvé deux. Les six matrices cadastrales quant à elles, furent trouvées dans une farde au grenier des archives de la ville.

[30] Peut-être grâce à la publicité parue pendant des mois dans le Journal de Bruges de l’année 1854.

[31] A notre demande, le Collège des bourgmestre et échevins a décidé de conserver dorénavant cet exemplaire à la Bibliothèque de la ville.

[32] Journal de Bruges du 2 juin au 7 novembre 1865, “Avis important, prime exceptionnelle réservée aux abonnés du Journal de Bruges. Le Plan de Bruges en 8 feuilles de P.C. POPP. Dernière édition de 1865, prix 25 F au lieu de 50 F.

[33] Gemeenteblad, Volume XII, p. 600.

[34] C’est par erreur que la Bibliographie Nationale signale 3 pages.

[35] Il n’existe pas de biographie de Mercier, pas même dans la Biographie Nationale. On trouve de nombreuses et importantes informations concernant ce personnage politique belge quelque peu curieux dans G. JACQUEMYNS, Langrand-Dumonceau, promoteur d’une puissance financière catholique, Bruxelles, 1960-66, 6 volumes, surtout au Tome I, pp. 77-82.

[36] Voir J. HANNES, o.c. D’après Antoine De Smet, Popp n’aurait daté que les seuls plans de Bruges et le plan cadastral de Bruxelles (1866).

[37] Une petite rectification de l’iconographie dans J. MARECHAL, Geschiedenis van de Brugse Beurs: la planche XVIII (vue sur la place de la Bourse) est mentionnée comme provenant du plan Popp; c’est en fait une reproduction d’une carte-réclame romantique (voir G. MICHIELS, o.c., Tome III, N° 1415 et 1418). Le croquis du plan Popp ne représente pas la Place de la Bourse en entier mais seulement la Halle aux Serges et la maison située à sa gauche.

[38] G. MICHIELS, o.c. T. I, p. 42.

[39] Au surplus, ce total ne comprend même pas les rues et les places publiques!

[40] Le fait qu’une couverture de 1865 soit utilisée pour une matrice cadastrale de 1854 pose d’ailleurs un problème complémentaire, car le texte figurant sur la couverture n’est pas à 100 % identique: la couverture de 1865 qui entoure la matrice de 1865 mentionne “Province de Flandre Occidentale – Ville de Bruges” tandis que la couverture de 1865 qui enveloppe la matrice de 1854 porte la mention “Flandre Occidentale – Commune de Bruges”. Que signifie cette variante? A un moment donné il restait peut-être à Popp des plans et des matrices de 1854 qu’il a voulu doter d’une nouvelle couverture qui mentionnait les titres qui lui avaient été décernés entre-temps.

[41] Duclos critique ce qu’il appelle “la manie des démolitions pour alignement” dans Bruges, histoire et souvenirs, p. 251.

[42] Gemeenteblad, Tome XI, p. 86. Nous avons retrouvé un plan ainsi revu aux archives de la C.A.P.

[43] Numéro 85 de juillet 1968.

[44] Nous tenons à exprimer nos vifs remerciements a MM. A. Leclercq, directeur du cadastre pour la province de Flandre Occidentale, Ant. De Smet, chef de la section Cartes et Plans à la Bibliothèque Royale de Belgique, R. Van Eeenoo, chef de travaux et J. Hannes, premier assistant au Séminaire d’histoire contemporaine de l’Université de Gand, qui nous ont prodigué aide et conseils lors de la rédaction de la présente étude.