Les vies de

Justin Marie DE VIRY

diplomate, maire, préfet et sénateur sous différents régimes

Joseph François Marie Justin de Viry, connu principalement sous le prénom Justin, naquit à Viry (Haute-Savoie) le 1er novembre 1737 et mourut à Paris le 23 octobre 1813.

Il appartenait à une ancienne famille savoisienne. Au douzième siècle, après l’extinction des premiers porteurs du nom Viry, la famille de Rougemont avait repris le fief. En 1213 Pierre de Rougemont transmit fief, terres et château de Viry à son créancier, Hugues de Sallenôves, appartenant à une des trois plus anciennes familles féodales du duché de Savoie, dont le nom apparaît pour la première fois en 1123[1]. Cette famille provenait elle-même de la lignée des Grandson, connue dès le dixième siècle. Guillaume de Sallenôves, fils de Hugues, s’appropria le patronyme de Viry et prit la devise : A virtute viri[2]. Les titres portés par les Sallenôves-Viry étaient : comte de Viry, baron de la Perrière[3], baron de Cohendier[4], seigneur d’Ogny[5], d’Archamps[6], de Sauterans, etc.

Du vivant de son père, qui portait les nom et titre de comte de Viry, Justin répondait au nom de baron de la Perrière. Nous n’avons pu trouver de renseignements concernant ses études. Dans la mesure où il suivit ses parents d’un poste diplomatique à l’autre, il peut avoir reçu dès son plus jeune âge une formation internationale, à moins qu’il n’ait passé quelques années dans un pensionnat, peut-être en Suisse, comme le firent plus tard ses fils.

Un mariage dans la gentry anglaise

Le 12 novembre 1761, à vingt-quatre ans, Justin de Viry épousa Henrietta-Jane Speed (Southampton, paroisse de Holy Rood, 8 janvier 1728 – Viry, janvier 1783), son aînée de neuf ans[7]. A Londres, les catholiques ne pouvaient se marier que dans une chapelle d’ambassade, bénéficiant de l’extraterritorialité, tout autre édifice du culte de l’église romaine étant prohibé. La chapelle de l’ambassade de Piémont-Sardaigne demeurait un bastion du catholicisme en Angleterre. Elle se trouvait dans Lincoln’s Inn Fields, à l’endroit connu aujourd’hui sous le nom de Sardinia Street. L’église avait été détruite par un incendie en 1759 et ne rouvrit qu’en 1762. Il est donc probable que la cérémonie eut lieu dans un bâtiment de fortune ou dans les salons de l’ambassade[8]. A l’occasion de leur union, les jeunes époux commandèrent leur portrait auprès du peintre français François Xavier Vispré (Besançon 1730 – Londres 1790) qui s’était établi à Londres[9].

Henrietta était la fille du colonel Samuel Speed (Southampton 1682 – Tunbridge Wells 1731). Le premier ancêtre connu de la famille était John Speed (°1526), tailleur à Londres, qui eut maille à partir avec la justice, ayant été accusé de ‘papisme’. Son fils, John Speed (Farndon 1552 – Londres 1629)[10], après avoir été lui aussi tailleur (le temps sans doute de se faire la petite fortune qui devait lui permettre d’élever ses 18 enfants), fut l’auteur d’une monumentale Histoire d’Angleterre, mais devint surtout le plus grand cartographe anglais, dont les nombreuses et splendides cartes, rassemblées dans ses grands atlas, The theatre of the empire of Great Britain (1612) et Prospect of the Most Famous Parts of the World (1627) demeurent jusqu’à ce jour très recherchées[11]. Un de ses fils, John Speed (1595-1640), devint docteur en médecine et Fellow[12] de Saint-John’s College à Oxford, avant de s’établir à Southampton. Lui aussi eut un fils du nom de John (1628-1711) qui devint également docteur en médecine et Fellow de Saint-John’s, étant aussi, à ses heures, poète satirique. A l’époque de la Guerre civile et de l’avènement de Cromwell il fut, en 1648, exclu de l’université, pour n’y retrouver sa place qu’au retour du roi Charles II. A Southampton où il pratiquait la médecine, il devint deux fois maire de la ville. Un de ses fils, issu de son second mariage, était le colonel Samuel Speed, père d’Henrietta[13]. Samuel tenait son prénom d’un oncle décédé l’année où il naquit, Samuel Speed (1631-1682), un personnage haut en couleur. Au temps de Cromwell il dut fuir l’Angleterre, soupçonné d’avoir fomenté un attentat contre le Protecteur, et se fit flibustier dans les Indes Occidentales. De retour en Angleterre il devint pasteur anglican, aumônier de la flotte (Sir John Birkenhead disait de son comportement pendant la guerre navale contre les Hollandais en 1665 : He prayed like a Christian and fought like a Turk[14]) et enfin littérateur et traducteur de l’œuvre de Valerius Maximus[15].

Si la famille Speed était surtout peuplée d’universitaires et d’intellectuels, la mère de Henrietta appartenait à la gentry. Elle est citée sous le nom de lady Cardonnel Jones, fille de Richard Jones, originaire de Brentford et était apparentée au comte William Talbot (1710-1782), qui avait épousé Mary de Cardonnel, la fille de Adam de Cardonnel[16]. Ce dernier, fils d’un Français du même nom qui avait secouru Charles II pendant son exil et était en remerciement devenu receveur des droits d’entrée à Southampton, était le secrétaire et confident du duc de Marlborough et membre du Parlement, jusqu’à son expulsion en 1712, lors de la disgrâce du clan Marlborough, lorsqu’il fut accusé d’avoir accepté des pots-de-vin[17].

Sous le commandement du duc de Marlborough (1650-1722), le père d’Henrietta s’était illustré sur les champs de bataille de Flandre, e. a. à Audenaerde, Wynendaele et Malplaquet (1709). Très tôt Henrietta Speed, dont le prénom rappelait celui de la duchesse de Marlborough, fille du célèbre duc, devint orpheline. L’ami et chef  militaire de son père, Richard Temple, premier vicomte Cobham (1675-1749), avait entamé la construction à la lisière de son domaine d’une maison nommée West-Boycott Pavilion afin d’y accueillir son ancien compagnon d’armes, mais les époux Speed moururent avant de pouvoir s’y installer. Dès lors les Cobham, restés sans enfants, accueillirent Henrietta et ses deux frères chez eux et veillèrent à leur éducation comme s’ils avaient été leurs propres enfants. Pour les fils, une carrière militaire était toute indiquée. Ils moururent toutefois jeunes, le deuxième fils à 26 ans ayant alors le grade de capitaine, l’aîné, Samuel, à 30 ans (en 1747, devant Berg-op-Zoom) ayant atteint le grade de colonel.

Leur père adoptif, Richard Temple, avait débuté dans l’armée et à quinze ans il était déjà capitaine. A dix-huit ans il alla parfaire son éducation en devenant fellow de Christ College à Cambridge et en 1697, âgé de vingt-deux ans il succéda à son père à la Chambre des Communes pour y représenter la ville de Buckingham. A partir de 1701, avec le grade de colonel, il se battit aux côtés de Marlborough et lorsque, les tories ayant remplacé les whigs au gouvernement, il fut mis au rancart en 1713, il avait atteint le grade de lieutenant général. Il reprit du service à partir de 1715 et au cours de la brève guerre de la Quadruple Alliance contre l’Espagne, il s’empara en 1719 du port de Vigo. On disait que les pillages lui avaient rapporté une appréciable fortune personnelle[18].

Une éducation choisie

La résidence aux allures princières des Cobham, Stowe Manor House, était et est toujours entourée de jardins exceptionnels, aménagés sous le nom de Champs Elysées, successivement par les grands architectes paysagistes Charles Bridgeman (1680-1738)[19] et Lancelot ‘Capability’ Brown (1716-1783)[20]. Cobham était riche en immobilier et en butins de guerre, son épouse riche en argent liquide et lui s’enrichit encore davantage en tenant à partir de 1723 la ferme sur les droits d’octroi en l’île de Jersey. Il se distingua d’autre part comme étant plus lettré et intellectuel que bien d’autres aristocrates, en particulier parmi les militaires. Aussi réserva-t-il à Henrietta une excellente éducation. Elle apprit le latin et le grec, ses lettres étaient d’une excellente facture, elle était instruite en littérature et se montrait très intéressée par l’actualité en politique internationale[21]. Elle avait évidemment eu à sa disposition la bibliothèque richement fournie de son bienfaiteur.

Le cadre princier de Stowe Manor et de Stowe Park attirait les visiteurs et comme Cobham était très accueillant, Henrietta eut sans doute l’occasion de faire la connaissance de plusieurs d’entre eux. Les poètes et écrivains furent nombreux à visiter ou même résider à Stowe Manor House et à s’en souvenir dans leurs écrits. Parmi eux se trouvaient Daniel Defoe (1660-1731)[22], Jonathan Swift (1667-1745)[23], Samuel Boyse (1708-1749)[24], William Congreve (1670-1729)[25], Richard Glover (1712-1785)[26], James Thomson (1700-1748)[27] et surtout le poète et satiriste Alexander Pope (1688-1744)[28], lui-même jardinier émérite, qui en juillet 1739 tint compagnie à Stowe Manor, à lady Cobham et à la jeune Henrietta Speed, en l’absence de lord Cobham[29]. Parmi les visiteurs se trouvait également James Hammond (1710-1742), parlementaire et poète élégiaque, qui mourut au cours d’un séjour à Stowe Manor[30]. Plusieurs amateurs de jardins consacrèrent des écrits à Stowe, tels que Gilbert West (1703-1756), neveu de Richard Temple[31], Benton Seeley[32], William Gilpin (1724-1804)[33], et George Bickham (1684-1769)[34].

Les architectes et les paysagistes figuraient souvent parmi les hôtes de la maison, étant donné les activités que certains d’entre eux y déployaient. Les jardins, avec leurs quarante temples et follies (la devise familiale n’était pas pour rien : Templa quam dilecta[35]) et leur multitude de monuments, grands et petits, parmi lesquels se trouvait un pavillon chinois[36], étaient conçus comme un manifeste politique et philosophique[37]. Les extensions du château original furent exécutées par John Vanbrugh (1664-1726), l’architecte d’entre autres Blenheim Palace et Howard Castle. Henry Flitcroft (1697-1769) et James Gibbs (1682-1754) poursuivirent son œuvre et construisirent en outre, tout comme Vanbrugh, plusieurs temples dans les jardins, auxquels s’en ajoutèrent d’autres, construits par William Kent (1685-1748) et par le Vénitien Giacomo Leoni (1686-1746)[38].

Pour Cobham et ses amis et partisans, se retirer dans ses terres avait valeur d’acte politique : ils ne voulaient plus, sous Walpole, frayer avec les dirigeants du moment. Ils s’occupaient désormais de leurs manoirs et de leurs jardins dans lesquels ils exprimaient leurs convictions religieuses, philosophiques et politiques. Des constructions chargées de symboles émanait le même esprit des Lumières, qui se retrouvait dans les académies savantes et dans les loges maçonniques de la Grand Lodge. Cobham et quelques-uns de ses amis, parmi lesquels le Prince de Galles, adhérèrent d’ailleurs à la freemasonry[39]. Dans sa jeunesse, Cobham fut également membre du Kit-Cat Club, réunion de 48 Whigs influents, piliers de la monarchie protestante, telle qu’elle était sortie de la Glorious Revolution de 1688.

Dès lors, les hommes politiques étaient nombreux à rendre visite au reclus de Stowe Manor House. En 1733 le premier ministre Robert Walpole (1676-1745) s’était attiré la haine d’une partie des Whigs et parmi eux de Cobham, à qui il avait retiré le commandement des King’s Dragoon Guards, lui enlevant deux ans plus tard la lieutenance du comté de Buckinghamshire. Très touché par ces camouflets, Cobham adhéra au groupe d’opposants qui se nommèrent les véritables Patriots[40]. Il devint alors, au bénéfice de ce club, une sorte d’officier recruteur pour jeunes gens talentueux, qui furent bientôt connus sous le nom de Cobham’s cubs (les louveteaux de Cobham) et que Walpole affubla de l’épithète voulue dénigrante, mais considérée par eux comme un titre de gloire, de Boy Patriots. Parmi eux se trouvaient plusieurs neveux de Cobham, ou en passe de le devenir par alliance, comme William Pitt aîné (1708-1778), qui épouserait une de ses nièces[41]. Le groupe rassemblait les Whigs déçus autour de Frederick, Prince de Galles (1707-1751), dans sa lutte contre son père, le roi George II (1683-1760) et ses partisans. Cobham fit construire dans ses jardins, parmi nombre d’autres édifices, le Temple de l’Amitié (1739) qu’il orna des bustes de ses compagnons politiques les plus proches. En plus des bustes du prince de Galles et de Cobham lui-même, s’y trouvaient ceux des lords Chesterfield (1694-1773), John Fane, comte de Westmoreland (1682-1762), Marchmont (1675-1740), Granville-Leveson-Gower (1694-1754), Bathurst (1684-1775), Chatham alias William Pitt, Lyttelton (1709-1773) et Richard Grenville (1711-1779), son futur héritier et successeur à Stowe. Ce n’est qu’après la chute de Walpole, que quelques membres du groupe accéderaient au gouvernement et que Cobham lui-même eut dans ses vieux jours la satisfaction de se voir réhabilité. Promu feld-maréchal il fut placé à la tête de différents régiments prestigieux, successivement les Horse Grenadier Guards, les 5th Dragoon Guards et les 10th Royal Hussars du général Gore. Aussi, à la fin de sa vie, donna-t-il son appui aux gouvernements du premier ministre Pelham (1696-1754).

Tous ces noms, de personnalités qui jouaient ou joueraient un rôle, parfois de tout premier plan dans la vie politique et sociale de la Grande Bretagne, démontrent dans quel environnement prestigieux la future châtelaine de Viry évoluait. Après la mort du vicomte Cobham, elle demeura la compagne la plus proche de sa veuve, lady Ann Cobham (env1695-1760), qui était la fille d’un brasseur londonien richissime, devenu membre du parlement, Edmund Halsey (env1670-1729)[42]. Ayant déjà apporté lors de son mariage une dot généreuse, Ann s’était trouvée à la tête d’une grande fortune lorsque, après la mort de son père, elle avait vendu la Anchor Brewery[43]. Une grande partie servit à payer les investissements dans Stowe Manor House et dans Stowe Gardens. Après la mort de lord Cobham, suivant le système anglais de majorat et de succession, Stowe échut d’abord à sa sœur, ensuite à son neveu, Richard Grenville, qui sous les noms de deuxième vicomte Cobham et de comte Temple, devait s’employer au cours de trois décennies à améliorer et étendre le château et les jardins de Stowe. Ces occupations le retinrent quelque peu de fonctions officielles et il ne siégea pas autant au gouvernement que son beau-frère William Pitt (avec lequel d’ailleurs il se brouilla), que son frère George Grenville (1712-1770) et plus tard que ses neveux William Grenville (1759-1834) et William Pitt le Jeune (1759-1806) qui tous les quatre furent premier ministre[44].

Les ladies Cobham et Speed

Les dames Cobham et Speed, lorsqu’elles ne résidaient pas à Londres dans la demeure que Cobham possédait Hanover Square, habitaient désormais la belle Stoke Manor House à Stoke Poges (Buckinghamshire), héritée de Edmund Halsey. Là également les jardins avaient été réaménagés par ‘Capability’ Brown. Les dames continuèrent de recevoir les vieux amis de lord Cobham, tandis que Lady Cobham avait aussi ses propres amis. L’un d’eux était Georges Frédéric Haendel (1685-1759) de qui elle était une fidèle inconditionnelle et en faveur de qui elle prenait toujours parti, même lorsque d’autres le critiquaient[45]. Sans doute se rencontrèrent-ils assez souvent au cours des dernières années de leur vie, lorsque Haendel, devenu aveugle, et habitant Brooke Street, à deux pas de Hanover Square, se faisait mener fréquemment sur cette place et y entrait dans l’église Saint-Georges pour y faire ses dévotions[46]. Lady Cobham fut-elle une de ses élèves ? Un contemporain, le grand musicologue Charles Burney (1726-1814), raconte que le grand maître un jour déclara que ses deux meilleures élèves avaient été la princesse d’Orange (fille aînée du roi George II) et lady Cobham. Elle, et peut-être aussi Henrietta jouaient du clavecin et possédaient une importante collection de partitions, que d’autres musiciens venaient copier. Lady Cobham avait encore d’autres amis musiciens, tels que Johann Christoph Pepusch (1667-1752) qui composa une sérénade pour son mariage et Thomas Rawlings (1703-1767), violoniste, organiste de Chelsea Hospital et interprète régulier des œuvres de Haendel[47]. Elle s’était, avec son mari, très tôt intéressée aux musiciens. Ainsi furent-ils, avec le duc de Leeds et sa mère, les protecteurs du célèbre castrat et haute-contre napolitain Farinelli (1705-1782) lorsqu’il vint poursuivre sa carrière en Angleterre au cours des années 1734-37. Trente ans plus tard, le chanteur se souvenait encore de ses visites chez eux à la campagne et donc sans doute à Stowe Manor, où la petite Henrietta Speed peut l’avoir rencontré, voire écouté[48].

Parmi les amis plus jeunes de lady Cobham – espérait-elle trouver le mari idéal pour sa fille d’adoption ? – il y avait Horace Walpole (1717-1797), le fils – mais aucunement l’ami – de Robert Walpole, l’ennemi politique de Cobham. Celui-ci introduisit son ami, le poète Thomas Gray (1716-1771) de qui la mère habitait Stoke Poges. Gray composa des poèmes en l’honneur de Stoke Manor House et de ses habitantes. Dans ces poèmes Henrietta Speed apparaissait sous le nom de Melissa. Entre elle et Gray une amitié platonique se développa. Après la mort de lady Cobham, Gray fit savoir à son ami, le médecin Thomas Wharton (1717-1794), que le bruit courait qu’il avait aidé à faire d’Henrietta la légataire universelle, dans le but de l’épouser ensuite. Ce n’était évidemment qu’un racontar, car Gray, pas plus que Walpole, n’était porté sur les femmes. En même temps il informait son ami Wharton, sur le ton de l’admiration, sinon avec quelque envie, de ce qu’Henrietta avait hérité : au moins 30.000 £, une maison à Londres, des bijoux, une collection importante de porcelaines du Japon et de Chine, etc[49]. D’autre part elle avait immédiatement acheté une nouvelle maison à Londres pour £ 3.000[50]. Il n’est pas exclu que pour bénéficier de la sorte, Henrietta avait dû s’armer de patience, la lady Cobham vieillissante n’étant probablement pas facile à vivre. Déjà en 1745 – elle n’avait alors que cinquante ans – un contemporain la décrivait comme étant even more sullen, complaining and absurd than ever[51]. Parmi les amis se trouvait encore un autre jeune homme, Henry Thrale (1724-1781). Son père Ralph Thrale (1698-1758) était un cousin de lady Cobham et lui avait racheté la Anchor Brewery après la mort de Edmund Halsey. Son fils Henry lui avait succédé, après avoir passé une grande partie de sa jeunesse à Stowe Manor et à Stoke House. Dans son testament, lady Cobham lui avait laissé 700 livres et lui avait confié la mission de s’occuper de Henrietta et de la diriger et donner des avis dans la conduite de ses affaires[52]. Il n’est pas impossible qu’elle nourrissait le secret espoir de réunir par le mariage ses deux ‘enfants adoptifs’. Ceci ne se réalisant pas, peu de temps après le mariage de Henrietta, Henry Thrale, approchant la quarantaine, épousa la toute jeune Hester Lynch (1741-1821) qui, après avoir accouché de douze enfants, deviendrait l’écrivain Hester Thrale, représentante bien connue de la Bluestocking Society, les premiers bas-bleus[53].

ouse

Donc, un an après la mort de lady Cobham, Henrietta se mariait avec Justin de Viry. Où, quand, dans quel milieu et à quelle occasion ils firent connaissance, demeure une question non résolue. Gray informa Wharton en ces termes : My old friend Miss Speed has done what the world calls a very foolish thing. She has married the Baron de la Peyriere, son to the Sardinian minister, the Comte de Viry. He is about 28 years old (ten years younger than herself) but looks nearer 40. This is not the effect of debauchery; for he is a very sober and good-natured man, honest and no conjurer[54]. Gray, tout en étant aimable à l’égard de Viry, n’était pas tout à fait exact dans ses renseignements, puisque celui-ci avait 24 ans et Henrietta 33. Les héritages importants qu’elle apportait en dot, celui de lady Cobham et celui de ses parents à elle – ses deux frères étant morts, elle s’était trouvée unique héritière -, faisaient d’elle un excellent parti[55]. L’union aidait d’autre part le fils de l’ambassadeur de Viry à s’introduire dans certains milieux Whigs, naguère confinés dans l’opposition mais présentement, sous George III (1738-1820), roi récemment couronné, remis en selle et dominants sur une grande partie de la scène politique. Henrietta Speed connaissait beaucoup d’entre eux et demeurait liée aux amis de lord Cobham, tels que les Temple, les Grenville, les Talbot, les Stanley et évidemment William Pitt. Elle était également amie du successeur de Marlborough à la tête de l’armée, Lord George Sackville (1716-1785), et lorsqu’il eut des problèmes disciplinaires après la bataille de Minden (1759) elle suivit de près ce qui lui arrivait[56].

Dans la note biographique que la 1911 Encyclopedia Britannica consacre à Thomas Gray, se trouve une phrase assez mystérieuse au sujet de Henrietta Speed : but the lady escaped this mild destiny [c. à. d. de se marier avec le misogyne Gray] to become the Baroness de la Peyrire, afterwards Countess Viry, and a dangerous political intriguante[57]. Nous n’avons rien trouvé qui puisse corroborer cette qualification de dangerous political intriguante. Cette remarque n’est pourtant pas à disqualifier sans plus, car la note était écrite par le meilleur connaisseur de Thomas Gray et de son entourage, le professeur de Trinity College à Cambridge, Duncan Crookes Tovey (1842-1912).

Gray se posait des questions au sujet du mariage Viry – Speed. Irait-elle vraiment habiter le château dans ce lointain Viry? Elle ne lui semblait pourtant pas être du type exclusivement bucolique. Se référant au livre récemment paru de Jean-Jacques Rousseau Julie ou la nouvelle Héloïse, qui traitait du retour à la nature, Gray écrivait I do not think she will make quite a ‘Julie’ in the country. Un autre point d’interrogation était pour lui le mariage mixte. De Viry était catholique et elle anglicane. Certes, her religion she need not change, écrivait-il, but she must never expect to be well received at that court [à Turin] till she does[58]. Gray avait ainsi suggéré les trois éléments qui faisaient diverger ce mariage de la norme : une différence d’âge (dans un sens peu habituel, l’épouse ayant neuf ans de plus que l’époux), de nationalité (avec la perspective de bientôt quitter l’Angleterre) et de religion (à une époque où dans la society anglicane, le catholicisme était considéré comme une abomination). A défaut d’informations, nous ne pouvons faire de suppositions sur les raisons qui décidèrent les jeunes mariés à transgresser ces trois ‘tabous’. Ce que nous pouvons toutefois, c’est infirmer le troisième obstacle, au sujet duquel Gray avait visiblement été tenu dans l’ignorance, car Henrietta s’était bel et bien convertie avant son mariage. L’inscription au registre de la Chapelle de Sardaigne le démontre sans ambiguïté : ambo ejusdem Fidem othodoxam profitentes c.à.d. tous deux [les mariés] professant la même Foi orthodoxe[59]”.

Début et apogée d’une carrière diplomatique

Le mariage de Justin et de Henrietta était la suite directe du fait que le jeune Viry avait suivi ses parents en Angleterre. Son père, François-Joseph de Viry (1707-1766) s’était à partir de 1738 mis au service du royaume de Piémont-Sardaigne. D’abord envoyé à Berne comme ministre plénipotentiaire il y avait reçu la capitulation du régiment de Diesbach à Roguin[60]. Deux ans plus tard il était retourné à Berne en vue de régler un différend séculaire entre Genève et le royaume Sarde concernant des terres à proximité de Genève dont le pouvoir était partagé entre les deux États. La localisation de sa propriété lui permettait d’être parfaitement au fait de la situation locale afin de défendre les intérêts de son roi. Mais la guerre de succession de la maison d’Autriche et l’invasion de la Savoie par l’Espagne mirent fin aux négociations. Elles reprirent seulement au début des années 1750, par l’intermédiaire d’un autre négociateur, pour aboutir au traité de Turin de 1754, qui constitua une frontière « moderne » entre les deux États par échange de territoires et abandon de droits en remplacement d’une situation très complexe héritée de moyen âge.

François-Joseph de Viry avait été nommé en 1744 intendant général de l’île de Sardaigne et en avait profité pour rédiger une Relazione storico-geografica della Sardegna, très importante pour la connaissance de l'île au XVIIIe siècle. En 1747, il était conseiller du Roi. De 1750 à 1755 il fut ministre plénipotentiaire auprès des Provinces Unies à La Haye. De 1755 à 1763 il était ambassadeur de Piémont-Sardaigne à Londres et en cette qualité il contribua à la préparation du Traité de Paris de 1763 qui mettait fin à la Guerre de sept ans. Le gouvernement anglais lui octroya une annuité de 20.000 francs pour une durée de trente ans, en témoignage de gratitude pour ses interventions en faveur de l’Angleterre au cours des négociations de Fontainebleau. Le montant lui en fut remis ponctuellement, et ensuite à son fils Justin jusqu’en 1792[61].

En 1764 François-Joseph devint ministre des Affaires étrangères de  Piémont-Sardaigne et mourut, dans l’exercice de cette fonction, à Turin le 23 décembre 1766. Louise-Marie de Rochette qu’il avait épousé en 1731, était morte à Londres en 1758. François-Joseph de Viry jouissait d’une excellente réputation. Le diplomate Louis Dutens (1730-1812), chargé d’affaires et en même temps chapelain à l’ambassade britannique à Turin nota à son sujet : Le comte de Viry [...] était le plus extraordinaire et le plus fin politique d’Europe ou, pour mieux dire, le politique qui usait le plus de finesse[62].

Sur les traces de son père, le baron de la Perrière s’engagea dans la Carrière. En 1764 il fut nommé ministre plénipotentiaire à La Haye. L’année d’après il devint envoyé extraordinaire à Londres. Début mars 1766 Thomas Gray en informa son ami Wharton : Madame de la Perrière has come over from the Hague to be Ministress at London. Il leur rendit visite et they were all exceedingly glad to see me. Il retrouva lady Henrietta en bonne santé, ayant gardé la même silhouette et portant assez bien de rouge sur les joues. La remarque concernant la silhouette provenait sans nul doute du fait qu’Henrietta était enceinte de 5 ou 6 mois. Son fils devait naître fin juillet 1766. Gray la trouva assise devant une volière remplie d’oiseaux exotiques, portant un bouvreuil roucoulant à hauteur d’un de ses coudes, un cacatoès sur une épaule et deux chats sur les genoux. Lors de cette visite il apprit indirectement, sans qu’elle-même n’en souffle mot, qu’elle s’était convertie et que this prodigious fine lady is now a Catholick[63]. Elle n’avait donc pas eu à résister à la pression turinoise, s’étant convertie avant son mariage, tout en laissant Gray et probablement ses autres amis et connaissances dans l’ignorance de son adhésion à ce papisme généralement exécré dans les milieux qu’elle fréquentait.

A l’automne 1769 Viry devint ambassadeur à Madrid. La nouvelle de son départ imminent fit rapidement le tour de ses amis et relations à Londres. L’un d’entre eux était le savant et collectionneur William Hunter (1718-1783), qui en plus d’autres activités, était le gynécologue de la reine Charlotte (1744-1818), activité qui n’était pas de tout repos, l’épouse de Georges III mettant quinze enfants au monde. Avant de quitter Londres, Viry offrit à Hunter un traité sur les vaccinations. En même temps il lui demanda ce qu’il lui avait au juste demandé de rechercher. Il s’avéra qu’il s’agissait d’informations à rassembler au sujet de Arias Barbaro ou Arius Lusitanus (1456-1530), célèbre humaniste et professeur de grec à l’université de Salamanque[64]. De Viry obtint les informations demandées et les fit parvenir l’année d’après à Hunter, with many compliments of count and countess de Viry[65].

Viry à Versailles

En 1773 suivit sa nomination par Victor-Amédée III, père de Marie-Joséphine de Savoie (qui en 1771 avait épousé le Comte de Provence, futur Louis XVIII), au poste d’ambassadeur à Versailles. Il le rejoignit juste à temps, à la fin du mois de juillet, pour pouvoir s’employer à rétablir les relations entre la comtesse de Provence et Madame du Barry, la toute puissante favorite de Louis XV. Ensuite il s’engagea dans des négociations avec les ministres de Louis XV afin de conclure le contrat de mariage entre le comte d’Artois et Marie-Thérèse de Savoie. Peu après il eut à informer Turin des circonstances qui entourèrent la mort de Louis XV et l’avènement de Louis XVI, en mai 1774. En 1775 il présida à nouveau aux négociations d’un contrat de mariage, celui entre le futur Charles-Emmanuel IV (1751-1819) et Clotilde de France, la sœur de Louis XVI, du comte de Provence et du comte d’Artois (plus tard Charles X), ce qui soulignait pour la troisième fois les liens étroits entre les deux familles royales. La mère de Louis XV était d’ailleurs elle aussi une Savoie. Les deux jeunes couples firent don de leur portrait au comte de Viry et le comte de Provence y ajouta le sien et celui de sa femme[66]. En 1774 de Viry reçut le diplôme de docteur en droit de la Sorbonne. Cette promotion quelque peu particulière, doit sans doute être considérée en fonction du premier de ces mariages royaux et devait probablement avoir valeur de doctorat honoris causa[67].

Le rôle de l’ambassadeur lors des mariages princiers est expliqué dans un compte-rendu demeuré manuscrit, Description et relation du Mariage de Madame Clotilde de France[68]. Vers le 15 août 1775, au jour et à l’heure convenus, des carrosses royaux vinrent cueillir l’ambassadeur de Viry à Paris pour le conduire à Versailles. Il se fit accompagner par son fils, âgé de neuf ans, et par son secrétaire, l’abbé Chevrier. Après avoir passé en revue les troupes dans l’avant-cour du château, de Viry vit le roi Louis XVI s’avancer à sa rencontre. Il lui transmit officiellement la demande en mariage faite par le roi de Sardaigne en faveur de son fils avec la princesse Clotilde. Le jeune roi lui donna son accord dans les termes les plus obligeants et avec les témoignages de la plus grande satisfaction. Ensuite l’ambassadeur se rendit auprès de la reine et des frères et sœurs du roi, y compris la princesse Clotilde. La visite s’acheva de façon plus ‘politique’ par un dîner en compagnie des principaux ministres du roi. Après quoi, de Viry et sa suite furent solennellement reconduits à Paris. Quelques jours plus tard il revint à Versailles pour la cérémonie des fiançailles et une nouvelle fois afin d’offrir une rivière de diamants à Clotilde de la part de son fiancé. Enfin, le 21 août 1775, lors de la célébration du mariage religieux, il fit fonction de témoin du marié, lui-même absent et représenté. Le 23 août, de Viry donna au Vauxhall à Paris un dîner de trois cents couverts, suivi d’un concert. Deux jours plus tard il offrit au même endroit un feu d’artifice et un bal masqué, auquel le roi, la reine et la famille royale assistèrent. A n’en point douter, l’ambassadeur vivait des jours fastes[69] !

L’activité quotidienne d’un ambassadeur était faite d’écoutes, de conversations, de lecture et de transmissions de rapports aux responsables de son pays. Les archives du royaume de  Piémont-Sardaigne à Turin conservent de nombreux rapports de Justin de Viry, qui pourraient permettre d’apprendre ce qu’il faisait et qui il côtoyait successivement à La Haye, Londres, Madrid et Versailles. Un exemple de ce qu’il rapportait est donné par la discussion concernant l’éventuelle circoncision du roi. Le problème était connu : Louis XVI et Marie-Antoinette n’avaient toujours pas d’enfants. A vrai dire, ils n’avaient respectivement que 16 et 14 ans lors de leur mariage. Toutefois, ils étaient maintenant montés sur le trône et les royalistes attendaient d’eux qu’ils assurassent l’avenir monarchique. De Viry rendit compte des discussions sur les raisons supposées de leur défaillance et sur la question de savoir si le roi devait être ou non circoncis, étant donné que ce qui mettait obstacle à la consommation du mariage était supposé être un phimosis ou resserrement du prépuce autour du gland. Un tel problème, qui aurait paru banal auprès d’un particulier, prenait des allures d’affaire d’état dès lors qu’il s’agissait du roi et de la succession au trône. La question intéressait d’autant plus la cour de Turin, qu’en l’absence de descendants, à la mort de Louis XVI la couronne passerait à ses frères, les comtes de Provence et d’Artois, et ensuite aux enfants de ce dernier. Dans les deux cas, une princesse de Savoie deviendrait reine de France : de quoi causer de l’agitation anticipative dans les milieux turinois... Peu de temps après tout rentra dans l’ordre : dans la huitième année de leur mariage, Louis et Marie-Antoinette consommèrent et bientôt l’épouse fut enceinte[70].

Une carrière abruptement interrompue

A l’approche de la quarantaine et après un parcours sans fautes, tout semblait prédestiner le diplomate de Viry à la fonction de ministre des affaires étrangères, de premier ministre même du royaume de  Piémont-Sardaigne. Pourtant, il n’en fut rien. Le titulaire de la fonction, Angelo Carron di San Tomaso, marquis d’Aigueblanche (1718-1796), fut mis en possession d’une correspondance entre Paul-Gaëtan Vuy, chef administratif de son département et Justin de Viry. Dans cette correspondance la politique du ministre, indirectement celle du roi, était prise à partie.

Il s’ensuivit un scandale auquel le jeune et bouillant comte Vittorio Alfieri (1749-1803), le futur grand écrivain, fut mêlé[71]. Viry et Alfieri ne s’entendaient pas. Lorsque ce dernier séjourna à Madrid en 1772, il refusa de se conformer aux usages et d’aller présenter ses respects à l’ambassadeur de son pays[72]. A partir de 1774 les deux devinrent opposants, sinon ennemis, à l’occasion d’une Affaire Dunant qui mit la société turinoise en émoi. Le Savoisien Louis Dunant était un protégé de Viry, qui lui avait procuré un emploi à Turin. Là il avait publié un pamphlet dans lequel il se moquait de la noblesse piémontaise, des ministres et même des dames de l’aristocratie[73]. Alfieri n’avait lui non plus été épargné. L’année suivante il donna la réplique à Dunant dans son Collascionata seconda. Il veilla en outre à ce qu’une perquisition soit effectuée au domicile de Dunant, suivie de son arrestation et d’une détention qui dura six mois. Quoique Alfieri se trouvait plutôt du côté des rénovateurs, il fit comprendre plus tard dans ses mémoires, qu’il avait été à cette époque un partisan d’Aigueblanche.

L’incident Dunant se situait peu de temps après l’avènement au trône de Victor Amédée III (1726-1796), qui avait été le signal pour l’agitation qui s’empara des milieux politiques de Turin. La fin du règne de Charles Emmanuel III (1701-1773), son prédécesseur, s’était caractérisée comme une période assoupie et le nouveau monarque voulait donner ses chances à une jeune génération dans l’administration et au gouvernement. La course aux fonctions battait dès lors son plein parmi les nobles et les fonctionnaires, dans le but de se placer et de placer les membres de sa famille au mieux des possibilités. Alfieri s’était fixé à Turin à partir de 1773, ne cachant pas son ambition de décrocher une haute fonction. Pour la même raison de Viry s’apprêtait, après 1775, à venir de plus en plus souvent séjourner à Turin. Dans ce climat d’ambition et d’effervescence, des intrigues se nouaient et des scandales éclataient.

Les critiques émises par Dunant avaient été considérées par certains comme inspirées par de Viry. Aussi, lorsque la correspondance Viry – Vuy tomba entre des mains malveillantes, l’heure de la revanche semblait avoir sonné. La critique émise à l’encontre d’Aigueblanche n’avait pourtant rien d’inhabituel, puisqu’il avait une réputation bien assise d’incompétence et qu’en tout état de cause le roi voulait se défaire de lui. Néanmoins, Vuy fut incarcéré et Viry assigné à résidence dans son village. Malgré le fait qu’Aigueblanche fut peu après démis et remplacé par les amis politiques de Viry, le retour de celui-ci s’avéra impossible et ainsi une fin brutale fut mise à une carrière prometteuse. Il se pourrait qu’à cette époque intervint quelque chose qui pourrait avoir donné à Henrietta Speed la réputation d’être une ‘intrigante politique’. En effet, elle fit usage de ses relations à la Cour de Saint-James afin d’obtenir en faveur de son mari une intervention au nom du roi d’Angleterre auprès du roi de  Piémont-Sardaigne. Intervention couronnée de succès, puisqu’à partir de 1782 Viry était à nouveau admis à la cour. Un retour aux affaires lui demeura toutefois interdit[74].

En exil à Viry

Le village de Viry était composé de trois paroisses, s’étendant sur 26 kilomètres carrés, où l’on comptait 32 hameaux, groupant dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle un peu moins de mille habitants. Une notable portion du territoire appartenait aux seigneurs de Viry et leur rapportait des droits annuels. En 1772, conformément aux invitations du roi, Justin de Viry avait conclu un accord avec les habitants de Viry et de douze autres communes pour la suppression des droits féodaux qui lui revenaient, moyennant une somme de rachat de 50.000 livres, payable en dix ans[75].

Ayant été relégué dans son village, de Viry en profita pour améliorer son domaine. Poussé par Henrietta et grâce à ses deniers à elle, il engagea de nombreux travaux, au cours de la période 1775-1780. Le château de Viry consistait initialement en un ouvrage fortifié constitué quatre tours de garde rectangulaires, reliées par des galeries en bois. La famille s’y était installée après qu’en 1536 les troupes protestantes bernoises aient brûlé le château de la Perrière, également situé à Viry. Vers 1550 les tours furent raccordées sur trois ailes. Justin de Viry acheva le travail en élargissant les trois ailes anciennes et en y ajoutant une quatrième aile, clôturant ainsi la cour intérieure. D’autre part il fit construire d’importants communs, de grands bâtiments de ferme avec lavoir collectif, un four à pain banal, un pavillon de garde et d’autres bâtiments[76]. Il fit également placer une horloge avec une cloche marquant les heures en haut de la tour de l’église du village.

Henrietta Speed maintenait depuis Viry le contact avec ses amis anglais. C’est ainsi qu’elle correspondait avec Juliana Penn, née Fermor[77] (1729-1801), belle-fille de William Penn (1644-1718), le fondateur de l’état de Pennsylvanie et de la ville à laquelle, en accord avec ses convictions de Quaker, il avait donné le nom de Philadelphie. Le mari de Juliana, Tomas Penn (1701-1775), avait en 1760 acquis le domaine de Stoke Poges après la mort de la veuve Cobham. Lady Juliana Penn-Fermor était la fille de Thomas Fermor, premier comte de Pomfret (1698-1753). Le comte et son épouse avaient été admis dans l’intimité du roi Georges II et de la reine Caroline, tandis que leur fille aînée, Charlotte Finch (1725-1813) fut pendant trente ans l’institutrice des nombreux enfants de Georges III et également amie de la maison. La correspondance familière échangée entre Henrietta et Juliana, prouvent qu’elle connaissait les Penn et les Fermor depuis bien longtemps[78].

Au cours du mois de janvier 1783[79] Henrietta mourut : elle avait 54 ans, Justin en avait 45. Le 15 septembre de la même année il convola avec sa cadette de vingt ans, en plus sa cousine (la grand-mère de Justin était une Mareste), Josephte-Marie (ou Jérômine) de Mareste de Rochefort de Saint-Agneux (1755-1839), chanoinesse-comtesse du chapitre de Neuville-en-Bresse. Faire partie d’un chapitre de femmes était souvent une indication qu’il s’agissait d’un membre d’une famille éminente mais relativement appauvrie, où la situation des filles à marier était améliorée par le biais d’une prébende ecclésiastique. Cette deuxième union n’était donc probablement pas avec un ‘bon parti’ mais avec une cousine, qui offrait sa jeunesse et le prestige de son arbre généalogique. En effet, sa famille, qui habitait le domaine de Chautagne, appartenait à l’ancienne noblesse savoisienne, et elle aussi remontait au treizième siècle. Son frère, Joseph Melchior Mareste, marquis de Saint-Agneux et comte de Rochefort (1753-1833) était, selon la tradition militaire qui s’était installée dans la famille, lieutenant-colonel dans l’armée sarde.

Dès l’époque où la révolution française s’annonça de façon de plus en plus insistante, Justin de Viry devint insensiblement le porte-parole des habitants et surtout des paysans de sa commune. Au printemps de 1792 des forces piémontaises s’étant retranchées dans le village, en prévision d’une attaque française, elles se comportèrent avec une extrême brutalité et pillèrent à qui mieux mieux. De Viry s’en alla protester auprès de l’intendant de la province, lui disant que ses concitoyens étaient persuadés qu’une attaque des Français ne pouvait être pire que d’être ‘défendu’ de la sorte par les Piémontais[80].

La Révolution française n’était évidemment pas passée inaperçue en Savoie, à Viry  moins qu’ailleurs. En effet, parmi les nobles et ecclésiastiques qui prirent la fuite à partir de juillet 1789, nombreux étaient ceux qui passaient par la Savoie. Un va et vient s’organisa entre Turin et Coblence. A Turin, les comtes de Provence et d’Artois s’amenaient, accompagnés de leur épouse et de leurs fidèles, en quête de protection et d’aide de la part de leur beau-père. A Coblence les deux frères organisèrent un quartier général où le gros des émigrés militaires s’enrôlait dans l’armée organisée par le prince de Condé (1736-1818). Les voyageurs entre Turin et Coblence s’arrêtaient souvent à Viry et demandaient à y passer la nuit ou même à y séjourner quelque temps. Lorsque l’ancien ministre des finances de la France, le comte Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802) y fut de passage début janvier 1791, en route de Turin vers Vienne et y passa deux ou trois jours, il retrouva au château un des conseillers les plus proches du comte de Provence, l’ancien évêque d’Arras, Louis de Conzié (1732-1805), membre d’une vieille famille savoisienne[81]. Le comte de Viry prit-il plaisir à recevoir ces voyageurs en fuite et leur accorda-t-il son soutien, ou est-ce à contrecœur qu’il respecta les lois de l’hospitalité ? Nous ne pouvons conclure ni dans un sens ni dans l’autre.

La Révolution française en Savoie

Justin de Viry continuait à cette époque à se mouvoir tranquillement dans le monde de l’ancienne féodalité. C’est ainsi que le 20 mars 1792, le roi lui donna l’investiture de la terre, fief et juridiction de Jarsaigne et de la paroisse de Frangy, avec le titre de seigneurie. Ladite terre de Jarsaigne lui avait été vendue le 14 décembre 1785  pour la somme de 50.000 livres et la juridiction de Frangy le 21 mai 1790 pour le prix de 2.300 livres. Tout ceci ne représenterait bientôt plus grand-chose.

Lorsqu’au mois de septembre 1792[82] les soldats français envahirent la Savoie et que la région fut le 27 novembre suivant annexée par décret de la Convention, l’accueil de la part d’une partie de la population fut plutôt enthousiaste. Il n’en fut pas autrement à Viry. Le comte de Viry accueillit les soldats dans la cour de son château et leur offrit le vin à volonté. Hospitalité trop abondante, avouerait-il plus tard, car les soldats éméchés s’étaient mis à piller. De Viry se coiffa du bonnet phrygien et se joignit à la troupe pour danser la Carmagnole autour de l’Arbre de la liberté. Il abjura son nom et son titre pour n’être plus que le ‘citoyen Viry’, parfois encore ‘Deviry’[83]. Sur ses instructions, tous les signes extérieurs et symboles de la féodalité, de la noblesse et de la monarchie furent enlevés sur l’ensemble du territoire de la commune[84]. C’est clair : il était gagné aux idées nouvelles et se réjouissait de ce que la Maison de Savoie, le despote sarde comme il désignait désormais le roi, avait perdu le joyau de sa couronne. Dans le rapport d’une réunion du conseil communal il était dit qu’il avait fait sa métamorphose en homme libre[85]. Plus tard il insista qu’il avait été partisan de la Révolution dès 1789, ayant été témoin des abus et des gaspillages sous les monarchies et qu’il s’était procuré dès cette époque de nombreuses publications révolutionnaires, qu’il faisait venir clandestinement de Genève. A vrai dire, ces affirmations figuraient dans un mémoire justificatif, lorsqu’il se trouva incarcéré et devait prouver son esprit révolutionnaire[86]. Il n’était de toute façon pas le seul noble savoisien à se déclarer pour la révolution. Ses voisins, les Humilly de Chevilly avaient faits de même. En revanche, le comte de Menthon et d’autres avaient pris la fuite vers la Suisse ou le Piémont. Quant au marquis de Sales, resté sur place, il espionnait pour le compte du gouvernement à Turin[87]. D’autres parmi les parents de Justin de Viry n’étaient pas portés pour la Révolution. Melchior de Mareste, son beau-frère, demeura au service de la Maison de Savoie et fut dès lors porté comme émigré. Un autre beau-frère, Marie-Charles du Verger, lui aussi officier sarde, fut tué en 1794 au combat de Suse contre les Français[88].

Succédant à l’organisation féodale, les organes de gestion étaient réorganisés d’après le modèle français. Pendant plusieurs années Viry sera une commune autonome avec un maire à sa tête, tandis que sous le Directoire le canton de Viry grouperait treize communes, ayant à sa tête un président de l’administration cantonale. Le 7 février 1793, au cours d’une séance-marathon tenue en l’église paroissiale de 9 à 19 heures, le ‘citoyen Deviry’ fut élu par les 65 villageois ayant le droit de vote, d’abord à la fonction de président de la séance, ensuite à la charge de maire. Les résultats furent obtenus à l’unanimité[89]. Il apparaît clairement que le seigneur féodal de Viry avait bonne réputation parmi ses sujets et qu’ils voulaient continuer à jouir de son autorité et de ses qualités de gestionnaire, quel que soit le système en place.

Au début, le conseil communal se réunissait à tout bout de champ, mais le zèle se refroidît assez rapidement et les conseillers communaux ne demandèrent pas mieux que de déléguer, autant que faire se pouvait, leurs compétences au maire et à l’officier municipal Claude Cusin. Bientôt une lutte pour le pouvoir s’engagea entre les deux, dans laquelle le second eut le dessous. Il aurait voulu interdire au maire d’ouvrir le courrier en dehors de sa présence. Le conseil communal décida néanmoins qu’ayant pleine et entière confiance dans l’intégrité, le zèle et le civisme du citoyen maire, arrête que celui-ci sera invité à suivre la même méthode que ci-devant, c’est à dire qu’il continuera à ouvrir les lettres adressées à la municipalité et y faire les réponses que sa prudence, son expérience et ses lumières lui suggèreront. Il informerait correctement le conseil communal a posteriori, ce dont les conseillers étaient certains, avec d’autant plus de raison que la confiance que le conseil marque au citoyen maire est très méritée[90]. Le conseil communal nomma Viry également à la fonction d’officier de l’état civil[91].

Même lorsqu’un habitant avait colporté que le maire était en fait un partisan clandestin du régime de Turin, et après que le médisant ait été interrogé en séance du conseil, il fut décidé solennellement que le maire n’avait rien à se reprocher et que ses bonnes intentions et son patriotisme déterminé étaient suffisamment connus : ses intentions sont si notoires qu’elles seront toujours à l’abri du fiel de la calomnie[92]. Pour en donner une nouvelle preuve, Viry remit au conseil sa décoration de Grand-croix de l’Ordre des SS. Maurice et Lazare, qui lui avait été remise à Turin en 1767 et qui serait expédiée aux autorités supérieures[93]. Un peu plus tard il s’amena au conseil communal avec les archives des dîmes qu’il avait jadis touchées sur les propriétés louées. En présence de ses collègues il en fit un feu de joie. Ce petit évènement eut lieu le 1er janvier 1794[94].

Tout au long de son mandat de président de l’administration cantonale, Viry eut fort à faire. Bien des affaires étaient à traiter et, une fois le premier enthousiasme tombé, beaucoup de difficultés restaient à vaincre et de résistances à surmonter. Pour n’en citer que quelques-unes : les conscrits, les émigrés et leurs biens, la voirie, le cheptel, les gardes champêtres, l’état civil, l’agriculture, le prix du pain et du vin, l’école communale, l’assistance aux pauvres, le contrôle douanier, les assignats. Le président de l’administration cantonale devait en outre, tant sur place qu’à Carouge et de temps en temps à Chambéry ou à Annecy assister aux fêtes républicaines, quoique parfois il se faisait excuser et remplacer, pour le motif que des accès de goutte le clouaient au lit.

Un des problèmes délicats était celui qui découlait des lois sur le culte, qui en rendaient l’exercice de plus en plus difficile. De Viry ne semble pas s’être offusqué de ces difficultés. Dans un premier temps elles provenaient du fait que les curés refusaient de prêter à la république un serment de fidélité qu’ils estimaient contraires aux devoirs de leur conscience et émigraient. La commune, non seulement ne les en empêcha pas, mais le compte-rendu du conseil communal nota, concernant le curé-doyen, que le citoyen Delagrange, n’a rien omis avant son départ pour justifier la bonne opinion que l’on a toujours eu de sa probité, de son exactitude, de son désintéressement et délicatesse[95]. L’abbé Delagrange avait jadis été nommé à Viry, grâce à la protection de Justin de Viry, qui avait déjà voulu faire de lui son secrétaire à l’époque où il était ambassadeur à Madrid[96].

Lorsque les biens ecclésiastiques furent confisqués, tout débuta par l’inventaire, qui mena à leur mise aux enchères. Le maire ne manqua pas de noter sur l’inventaire, outre ce qui fut trouvé dans les différentes églises de la commune, ce qui appartenait à la chapelle privée de son château[97]. Plus tard, toujours dans son mémoire justificatif, il se vanta d’avoir aidé à défanatiser la population, c’est à dire de la soustraire à l’influence du clergé. Son attitude semblait donc attachée aux principes anti-cléricaux de la révolution. 

En y regardant de plus près, il semble bien que sur place il se comportait avec une grande prudence. C'est ainsi que, lors de son élection en tant que maire, il avait offert une chasuble à l’église paroissiale[98] tandis que les ordres venus d’en haut n’étaient exécutés qu’avec lenteur, tant en ce qui concerne la confiscation du mobilier liturgique et des cloches, que de l’enlèvement des croix extérieures et de la démolition de la tour de l’église paroissiale. En outre, lors du départ du curé et du vicaire, de Viry entreprit de grands efforts afin de trouver un remplaçant. Efforts couronnés de succès, puisqu’à partir de mars 1793 la paroisse était desservie par le père capucin Simplicien Charrière. A partir du mois d’octobre 1793 le père Simplicien argua de problèmes de santé pour retirer ses services[99]. Qu’à cela ne tienne, à défaut de prêtre le maire dirigea lui-même les services dominicaux, réunion de prière le matin, vêpres – qu’il entonnait lui-même – l’après-midi. Le conseil communal le soutint fortement dans cette activité, étant donné qu’elle servait l’intérêt général, du fait que ces réunions hebdomadaires étaient le seul moyen permettant de faire connaître à tous les citoyens les décrets et arrêtés de la part des autorités supérieures. Le conseil communal l’en remercia particulièrement, soulignant le zèle infatigable qu’il mettait au service de la commune[100].

Le temps de la Terreur

Pourtant, les services religieux sans curé, inaugurés en octobre 1793 ne purent se poursuivre à partir de février 1794. Une plus forte radicalisation se déclara, sous la direction d’un nouveau commissaire du département, Antoine Albitte (1760-1812), un des révolutionnaires les plus impétueux de l’époque. Toutes les églises furent rebaptisées Temple de la Raison, complètement vidées de leur contenu religieux, les aiguilles des clochers et les croix enlevées, les cloches emportées. A vrai dire, de Viry et son conseil se firent assez prier avant d’obtempérer. Tous les biens des personnes en fuite étaient vendus publiquement. Tous les ex-nobles devaient se faire registrer et se présenter à Carouge. L’épouse de Viry se fit officiellement examiner par deux médecins qui établirent un rapport sur base duquel le conseil communal décida que vu sa maladie, tout déplacement pouvait avoir des conséquences mortelles[101]. La Terreur s’annonçait. Le 30 mars 1794 de Viry se présenta au chef-lieu de Carouge et fut immédiatement arrêté sous l’accusation d’être un ci-devant noble. Le conseil communal se mit en colère et fit savoir que sans son maire il ne pouvait fonctionner convenablement. Le soutien offert au maire était vraiment inconditionnel, vu les termes dans lesquels il s’exprimait : [La municipalité est] forcée d’avouer que ses facultés physiques et morales ont été frappées de paralysie dès l’instant que le citoyen Viry, lui dont la vie privée et politique honore l’homme et le citoyen; lui le plus chaud défenseur de la liberté; lui qui s’est constamment identifié aux succès de la cause des peuples; lui qui n’a jamais dévié de la carrière du patriotisme; lui qui ne s’occupait qu’à faire marcher le gouvernement révolutionnaire, qu’à faire respecter les lois, aimer la vertu; lui, enfin, qui était l’Hercule constitutionnel de ce canton et le timonier de cette commune, qui chaque jour se distinguait par des sacrifices, tant en faveur de la République que de l’humanité souffrante: oui, dès l’instant que ce vertueux républicain a été enlevé au poste de maire de cette commune, qu’il remplissait si dignement[102].

De Viry demeura incarcéré à Carouge jusqu’au 22 septembre 1794[103]. C’est là qu’il rédigea plusieurs mémoires de défense. Le plus important, datant du 24 avril 1794,  donnait un aperçu détaillé de ses comptes personnels. Évidemment le rapport était établi de façon à ce que ses possessions et ses revenus soient présentés de manière aussi modeste que possible[104]. Ce qui n’empêchait pas que, en dépit des nombreuses taxes, impôts et emprunts forcés, il demeurait riche. Puisqu’il n’avait pas fui et avait choisi pour la révolution, ses biens n’avaient pas été confisqués. Les différents rapports énumérant la fortune des notables du département, l’indiquaient constamment parmi les plus fortunés de la région, avec un capital qui était estimé entre 600.000 et 1.200.000 francs et des revenus estimés entre 25.000 et 60.000 francs[105].

Dans un mémoire séparé, de Viry détailla les nombreux montants qu’il avait, depuis octobre 1792, consacré à la république et à ses armées[106], tout en affirmant que c’était avec plaisir qu’il avait appris que le capital à rembourser pour la libération des droits féodaux ainsi que les intérêts de retard non réglés lui avaient été confisqués. En faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il applaudissait à une mesure qui lui coûtait cher. Comme tant d’autres il dut sa libération à la chute de Robespierre et à la fin de la Terreur, mais demeura tout de même encore anormalement longtemps en prison, le Saint-Just local qu’était Albitte, s’étant cramponné au pouvoir. Robespierre disparut fin juillet 1794 et ce n’est que fin septembre que les nobles savoisiens purent rentrer dans leurs foyers. Pendant son absence, les habitants de Viry s’étaient abstenus de nommer un remplaçant et le jour de la libération de Viry, le livre des délibérations communales nota simplement : Le citoyen maire reprend possession de son poste[107].

Début octobre 1794 un nouveau conseil communal fut nommé, fort de 19 membres. De Viry demeura maire, mais fit noter que ses ennuis de santé ne lui permettaient plus de faire toutes les visites d’inspection attendues de lui, et que les adjoints devraient se dévouer[108]. Lorsque début novembre 1795 de nouvelles élections eurent lieu, cette fois pour une administration qui devait diriger l’ensemble du canton de Viry, les électeurs firent une fois de plus confiance à leur maire, qui devenait le président de l’assemblée. A nouveau il s’acquitta de sa tache de manière très active, entre autre en tenant des discours lors des fêtes de décadi, avec comme thèmes la jeunesse, la reconnaissance, la victoire, la liberté, la république, l’agriculture, la souveraineté du peuple, etc[109]. Le premier jour de l’an républicain, le 22 septembre et le jour anniversaire de la mort de Louis XVI, le 21 janvier, il prononçait également un discours[110].

La Deuxième Terreur, sous le Directoire, l’accula une fois de plus à la démission. Il y eut la loi du 9 Frimaire (29 novembre 1797) suspendant sa citoyenneté française en tant qu’ancien noble et l’obligeant à constituer un dossier prouvant son civisme et sa fidélité à la République. Le conseil du canton de Viry lui accorda un soutien sans réserve et l’éloge qu’ils votèrent à son sujet se terminait par la confirmation de ce qu’il était un républicain digne et loyal[111]. Malgré cela il dut s’effacer et le 9 avril 1798 il présida la séance au cours de laquelle son successeur prêta serment. Il s’agissait de son premier adjoint, Marc-Antoine Albert, le médecin local. Le signal semble avoir été clair : ce n’était qu’à leur corps défendant que les conseillers consentaient au remplacement. D’ailleurs, le 10 décembre de la même année, Albert démissionna et le conseil du canton de Viry réinstalla immédiatement Justin de Viry à sa tête, étant donné son dévouement profond à la République et à la Révolution[112]. Entre-temps le canton de Viry avait été adjoint au département du Léman, nouvellement créé, avec Genève comme chef-lieu. A Paris et à Genève les autorités ne réagirent pas à sa remise en place, ce qui fait qu’Il garda son poste pendant toute l’année 1799.

Pendant toute la période de ses fonctions mayorales et de leurs interruptions, c’est à dire de 1792 à 1799, la situation du clergé demeura très précaire et à première vue l’on pourrait supposer qu’après le départ du dernier desservant, le capucin Simplicien Charrière, il n’y avait plus aucune présence ecclésiastique. Il s’avère toutefois que rien n’était moins le cas. Le curé démis, Claude-Jacques Delagrange (1748-1826) s’aventurait de temps à autre dans les parages, habitant sans doute à courte distance en territoire genevois.  Son vicaire, Pierre-Antoine Besson, demeura tout simplement à Viry, s’étant organisé dans la clandestinité, déguisé en gardien de moutons, habitant une caverne au creux d’un ravin sauvage, allant de ferme en ferme pour y dire la messe et administrer les sacrements. Certaines allusions dans les registres communaux démontrent que sa présence était bien connue de la municipalité, qui pourtant ne fit rien ni pour l’interpeller ni pour le mettre en fuite. Dès 1799 le doyen Delagrange reprit ses fonctions et demeura curé de Viry jusqu’en 1824[113].

Une nouvelle carrière : préfet

Advint le coup d’état du 18 Brumaire VIII (9 novembre 1799) et la succession du Directoire par le Consulat, généralement accueillie avec soulagement[114]. Le gouvernement du Directoire, caractérisé par son comportement fanatique, avait sombré dans le chaos et l’anarchie. La ‘Deuxième Terreur’, introduite après le coup d’état du 18 Fructidor V (14 septembre 1797), s’était surtout employée à persécuter les ministres du culte catholique[115], à éliminer les symboles religieux de l’espace public et à vendre et démolir églises et couvents. Les ci-devant nobles, même ceux qui comme de Viry s’étaient déclarés en faveur de la révolution, s’étaient à nouveau trouvés en difficulté. Enfin, le Directoire, régime corrompu, s’était montré incapable de faire face aux problèmes économiques, à la crise monétaire et aux revers militaires. Le sentiment généralement partagé était que le général Bonaparte deviendrait l’homme fort, en mesure de rétablir l’ordre.  C’est ainsi qu’à Bruges, le chef-lieu du département de la Lys, le chroniqueur Joseph Van Walleghem, toujours bien informé et observateur perspicace des fluctuations de l’opinion publique, exprima sa satisfaction : Tous furent saisis par une joie extraordinaire et prévoyaient un terme prochain à tous nos malheurs, misères et calamités (...) en apprenant qu’une dépêche venait d’annoncer à l’administration centrale du département que le Directoire, le Conseil des 500 et celui des 250 Anciens avaient tous été éliminés et menés à Saint-Cloud, tandis que le général Bonaparte, avec Moureau, s’était mis à la tête des forces armées[116].

Le Triumvirat, en premier lieu le premier consul décida immédiatement des changements importants à tous les niveaux[117]. Un envoyé des consuls, Alexandre Crochon[118], ancien membre du Conseil des 500, arriva à Bruges le 17 décembre 1799 en venant de Gand par la barque et assuma pendant plusieurs jours la direction effective du département. Il fut accueilli avec toutes les marques de respect dues à une haute personnalité, salves de coups de canon et drapeaux flottants inclus[119]. Il réinstalla sans tarder le conseil communal de la ville de Bruges, récemment révoqué par décision du Directoire. Un des sièges de conseiller étant à pourvoir à l’administration centrale du département, il nomma immédiatement Jacques Mazeman de Couthove (1768-1837), habitant de Poperinge[120]. Le commissaire du Directoire Fournier et le secrétaire du département Hénissart eurent beau lui firent remarquer qu’il s’agissait d’un ex-noble, inéligible à la suite du décret du 9 frimaire VI (29 novembre 1797) qui bannissait les ci-devants des fonctions officielles, il rétorqua qu’il n’en avait cure et que l’impétrant avait bien mérité de la république[121]. De telles décisions faisaient immédiatement ressentir le changement intervenu.

Quelques semaines plus tard, le 17 février 1800, Bonaparte décida de créer la fonction de préfet. Les titulaires seraient désormais les dirigeants suprêmes dans chaque département[122]. L’intendant de province sous l’Ancien Régime, qui représentait le pouvoir royal, fut pris pour modèle. Le préfet devait remplacer le commissaire du Directoire, tout en étant investi de davantage de pouvoirs et revêtu de plus de prestige. En outre, afin de préserver son indépendance, des émoluments princiers lui étaient accordés. (J’avais donné des traitements énormes aux préfets, se remémora Napoléon à Sainte-Hélène). Le département de la Lys fut subdivisé en quatre sous-préfectures ayant chacune un sous-préfet à sa tête (le précurseur du commissaire d’arrondissement)[123], les 40 cantons érigés en 1795 furent liquidés et chaque commune, même toute petite, avait désormais son autonomie (toute relative il est vrai) et sa gestion propre. Le préfet était assisté par un conseil général, préfiguration du conseil provincial et d’un conseil de la préfecture, composé de cinq membres, successeur de l’administration centrale et précurseur de la députation permanente. Ces deux organes ne disposaient toutefois que de compétences limitées. La responsabilité principale et le pouvoir demeuraient entre les mains du préfet qui se laissait seconder par une administration organisée de manière hiérarchique et en grande partie peuplée de fonctionnaires importés de France.

La mission du préfet

Les préfets savaient fort bien à quoi s’en tenir et connaissaient les limites de leurs compétences. Dans une France centralisée à outrance, ils fonctionnaient en tant qu’exécuteurs au niveau départemental des décisions prises à Paris : serviteurs de haut niveau, mais néanmoins serviteurs. Lucien Bonaparte (1775-1840), le très jeune et éphémère ministre de l’Intérieur l’exprima clairement le 26 avril 1800 dans une adresse aux préfets : Toute idée d'administration et d'ensemble serait détruite si chaque préfet pouvait prendre pour règle de conduite son opinion personnelle sur une loi ou sur un acte de gouvernement. Il devient simple citoyen quand, au lieu de se borner à exécuter, il a une pensée qui n'est pas celle du gouvernement et surtout quand il la manifeste. Les idées générales doivent partir du centre, c'est de là que doit venir l'impulsion uniforme et commune: et je vois avec peine que quelques-uns de vous, dans des intentions louables sans doute, s'occupent du soin d'interpréter les lois; qu'ils parlent aux administrés par des circulaires, des placards; qu'ils remplissent les journaux du récit de leurs œuvres. Ce n'est pas ainsi que le gouvernement désire qu'on administre[124]. Il apparaît donc que deux mois à peine après la nomination des préfets, certains s’étaient déjà permis des accents personnels dans l’exercice de leurs fonctions. Le célèbre chimiste Jean Chaptal (1756-1832), qui fut rapporteur du projet de loi instituant les préfets, décrivait ainsi leur rôle : ils transmettront la loi et les ordres du gouvernement jusqu'aux dernières ramifications de l'ordre social avec la rapidité du fluide électrique.

Napoléon exprima bien plus tard sa satisfaction au sujet des activités préfectorales, en déclarant à Las Cases : L'organisation des préfectures, leur action, les résultats obtenus étaient admirables et prodigieux. La même impulsion se trouvait donnée au même instant à 40 millions d'hommes; et, à l'aide de ces centres d'activité locale, le mouvement était aussi rapide à toutes les extrémités qu'au cœur même. Les préfets, avec toute l'autorité et les ressources locales dont ils se trouvaient investis, étaient eux-mêmes des empereurs au petit pied ; et, comme ils n'avaient de force que par l'impulsion première dont ils étaient les organes, que toute leur influence ne dérivait que de leur emploi du moment, qu'ils ne tenaient nullement au sol qu'ils régissaient, ils avaient tous les avantages des anciens grands agents absolus sans aucun de leurs inconvénients[125].

‘Empereurs au petit pied’ dans leur département, ainsi les décrivait Napoléon et leur autorité était soumise à la condition qu’ils se conformassent strictement aux ordres et instructions venant d’en haut. Le préfet était le représentant le plus élevé dans son département d’une autorité particulièrement centralisée. Un flot permanent de directives lui parvenait de Paris et l’on attendait de lui qu’il les appliquasse rigoureusement. De ce point de vue il était surtout un serviteur du pouvoir central. Lui et son administration avaient pour mission de surveiller attentivement le département qui leur était confié et de rédiger avec force détails des rapports réguliers à l’intention du pouvoir central, qui devait ainsi à distance pouvoir suivre de près la vie dans chacun des départements.

Pendant toute la période où le département de la Lys fut dirigé par des préfets, c’est à dire depuis février 1800 jusqu’à la fin de l’empire en mars 1814, quatre titulaires se succédèrent à sa tête. Il s’agit du comte Justin de Viry, du marquis Bernard de Chauvelin, du comte Pierre Arborio et de Jean-François Soult. Au sujet de ces messieurs, qui pourtant eurent une influence certaine sur le département, très peu n’a été publié jusqu’à présent. Tant leur biographie générale que l’histoire de leur passage à Bruges et dans le département de la Lys restait à faire. Qui étaient-ils et quels étaient leurs antécédents, avant leur arrivée à Bruges ? Leur vie antérieure influença-t-elle leur passage à la préfecture ? Furent-ils des serviteurs zélés du pouvoir central ou s’adaptèrent-ils aux besoins et aspirations de leurs administrés ? Quels souvenirs tangibles leur gestion a-t-elle éventuellement laissé ? Leur période à Bruges eut-elle une influence sur l’évolution ultérieure de leur carrière ? A ces questions nous tentons de donner un début de réponses en ce qui concerne le premier d’entre eux.

De Viry se prépare pour Bruges

Le 18 Brumaire fut bien accueilli à Viry et Justin se rangea immédiatement sous la bannière de Bonaparte. Lorsqu’en février 1800 la fonction de préfet fut créée, il se porta candidat pour la préfecture du département du Mont-Blanc[126]. Une nomination dans son propre terroir, dans le département voisin de celui du Léman auquel la commune de Viry appartenait depuis 1798, ne s’accordait toutefois pas avec les visées de Bonaparte qui voulait des chefs sans attaches locales et uniquement dévoués au pouvoir central. Il ne dédaigna pas pour autant l’offre de collaboration de la part d’un personnage qui n’était pas sans importance. Alors que l’administration semblait être d’accord pour nommer de Viry à la tête du département du Mont-Blanc, le premier consul écrivit en marge du document qui lui était soumis : mettre dans la Belgique[127]. Ainsi décida-t-il de la nomination du ci-devant noble, âgé de 63 ans, qui le 2 mars 1800 fut porté à la tête du département de la Lys, avec ses 500.000 habitants le deuxième en importance des neuf départements dans les anciens Pays-Bas autrichiens[128].

Sa nomination eut lieu dans la grande fournée qui nommait les 97 nouveaux préfets. Ainsi, de Viry, citoyen français de fraîche date, originaire d’une région récemment annexée, devint responsable d’une province tout aussi récemment annexée. Parmi les nouveaux préfets, pour la plupart des quadragénaires, il était l’un des doyens d’âge. Dans le courant du mois de mars la rumeur courut dans Bruges qu’un marquis de Savoie avait été désigné comme premier préfet[129]. La nouvelle s’avéra exacte, mis à part le titre nobiliaire utilisé.

Ce qui précède explique mieux pourquoi un noble déjà âgé s’attacha à Bonaparte. En effet, il avait une double revanche à prendre. La monarchie piémontaise l’ayant évincé, rien ne l’avait empêché de se joindre au mouvement révolutionnaire[130]. Par ailleurs et comme tant d’autres il voulait sans doute tourner la page révolutionnaire et s’inscrire dans un contexte plus modéré. S’éloigner de Viry, où son engagement révolutionnaire et républicain, même s’il fut modéré, resterait malgré tout encore longtemps dans les mémoires, était sans doute une décision sage. Avec tout cela il y avait la fascination que Bonaparte exerçait sur ses contemporains et à laquelle Justin de Viry était lui aussi sensible. Au ministre de l’Intérieur il écrivit : Le nom de Bonaparte (...) qui a relevé le courage de la nation, doit servir de ralliement à tous les bons Français[131]. Dans le chef du premier consul le ralliement d’hommes de l’Ancien Régime, tels que de Viry, tout comme celui d’anciens révolutionnaires assagis, constituait un succès politique. Il était dès lors prêt à négliger des éléments qui pouvaient être négatifs. Dans le cas de Justin de Viry il ne se formalisa ni du fait qu’il s’agissait d’un sujet français de date tout à fait récente, ni de ses nombreuses relations britanniques qui, dans un département en bordure de la Mer du Nord, auraient pu être considérées comme un risque.

En effet, la première femme de Justin de Viry, Anglaise, avait été fille et sœur de militaires qui avaient combattu la France et avait côtoyé l’aristocratie politique de son pays. Le fils du couple de Viry - Speed, François-Joseph-Henry de Viry (1766-1820), né à Londres le 27 juillet 1766, avait été baptisé en la chapelle de l’ambassade de Sardaigne, le 29[132]. Après avoir servi dans l’armée de  Piémont-Sardaigne, il s’était, après la mort de sa mère, établi en Angleterre afin de pouvoir y jouir des biens qu’elle y avait laissé[133]. Il avait adopté la nationalité anglaise et était devenu aide de camp du duc de Gloucester (1774-1834). De 1790 à 1796 il fut membre de la Chambre des Communes pour le district de Huntingdon[134]. Il avait épousé en 1789 Augusta Montagu (1769-1849), la fille mineure de lord John Montagu, bien connu et ce pour plusieurs raisons, sous le nom de quatrième comte de Sandwich (1718-1792)[135]. Augusta était le fruit du commerce entre le lord et sa maîtresse, la chanteuse Martha Ray (1742-1779)[136], mais il l’avait reconnu et éduqué comme une fille légitime, et fit de même pour ses deux frères, Robert (1763-1839), qui fut amiral et Basil (1770-1851)[137], qui devint avocat réputé, pionnier de la législation sur les faillites, spécialiste de la protection des droits d’auteur, grand partisan de l’abolition de la peine de mort[138] et activiste contre l’alcoolisme[139] et pour la protection des animaux[140]. Ce mariage causa la rupture entre Justin de Viry et son fils. Le père était d’avis que, malgré la position élevée du père, son fils ne devait pas épouser une fille illégitime. Le comte de Sandwich plaida le consentement, mais en vain[141].

Le siège de Huntingdon occupé par Henry de Viry était en quelque sorte la propriété du comte de Sandwich qui parvenait toujours à faire élire son candidat pour le district où lui-même habitait, dans sa propriété de Hinchingbrooke House. De Viry devait donc son siège au père naturel de son épouse. Puisque, après 1789, un nom à consonance française n’était pas bien porté, de Viry se présenta désormais sous le nom de Henry Speed. En tant que parlementaire il fut peu actif, et se limita, comme le faisait son beau-père dans la Chambre des Lords à voter avec l’opposition. A partir de 1795 il disparut de Westminster, pour la raison bien simple qu’il avait des ennuis financiers et avait intérêt à ne plus trop se montrer. Il ne parvenait plus à rembourser ses dettes, ce pour quoi il fut poursuivi et arrêté. Son père ayant coupé les ponts, Henry ne devait rien espérer de lui. Son ‘beau-père’, décédé entre-temps, qui lui-même avait sa vie durant eu des soucis financiers, n’avait rien laissé à ses enfants naturels. Certes, il avait pris des dispositions testamentaires en leur faveur, mais les héritiers légitimes les avaient contesté et avaient obtenu gain de cause. C’est sans doute en prévision des promesses testamentaires que Speed avait contracté des emprunts. D’autre part il aurait dû être toujours en possession des biens de sa mère, qui l’avaient conduit en Angleterre. Les avait-il dilapidé de l’une ou l’autre façon ? Les époux Speed-Montagu estimèrent qu’il était prudent de se tenir à distance de leurs créanciers et élurent domicile à Douglas sur l’île de Man[142]. Cette île était alors l’endroit préféré où se retiraient ceux qui, ayant échappé à la police, étaient pénétrés par une élégante répugnance à la présence d’huissiers, ce qui est caractéristique pour les personnes qui justement sont l’objet de la sollicitude la plus empressée de la part de ces messieurs[143]. Les lois locales faisaient que l’on ne pouvait y être poursuivi pour des dettes contractées ailleurs, ni même pour des dettes contractées sur l’île même envers des étrangers. L’île était si connue en tant que refuge, que tout nouvel arrivant y était immédiatement suspecté de fuir ses créanciers. Une autre attraction provenait du fait que l’on pouvait y vivre à bon marché[144].

Six des huit enfants du couple Speed-Montagu naquirent en l’île de Man et Henry reprit la profession qui lui était familière en devenant lieutenant, plus tard capitaine de la Garde civique locale. Un de leurs fils, Georges de Viry (1792-1849), serait incorporé à la Royal Navy dès l’âge de quatorze ans et participerait en 1813-1814 aux batailles navales de La Coruña et de San-Sebastian contre les Français.

Justin de Viry avait donc plusieurs relations proches avec l’Angleterre, même si certaines d’entre elles étaient troublées. A tout le moins, Bonaparte ne s’en formalisa pas et lui fit confiance, en dépit d’elles. De Viry pouvait faire ses malles et partir pour Bruges.

Le préfet du département de la Lys

L’administration centrale maintint ses activités jusqu’à l’arrivée du préfet, qui se faisait attendre. Il devait venir de la Savoie lointaine et enneigée et passer d’abord à Paris pour y être reçu par Lucien Bonaparte et prêter serment. Un accès de goutte fut cause de retard supplémentaire[145]. Guillaume Faipoult (1752-1817), nommé préfet du département voisin de l’Escaut, était arrivé à Gand dès les premiers jours du mois de mars. On se rendit d’ailleurs chez lui pour savoir ce qu’il convenait de faire de la correspondance adressée au préfet et que personne n’osait ouvrir. Le 3 mai un décret consulaire nommait les membres du Conseil de préfecture de la Lys, les sous-préfets et les maires et adjoints des communes du département. On n’avait donc pas attendu l’avis du nouveau préfet. Le 14 avril, de Viry avait envoyé une lettre enthousiaste à Bonaparte, confirmant son acceptation de la fonction. La veille il avait écrit au ministre de l’Intérieur, Lucien Bonaparte, indiquant les dispositions déjà prises. Dès le 24 mars deux collaborateurs à lui étaient arrivés à Bruges  en éclaireurs[146]. Il s’agissait probablement de ses secrétaires privés Louis Duclos et Victor Moënne, qui s’installèrent à la préfecture[147]. Son acceptation était enthousiaste : Sans consulter mon âge avancé, les infirmités qui en sont inséparables et mes affaires domestiques, je suis l’impulsion de mon zèle et de mon attachement au gouvernement que les grands hommes du 18 Brumaire nous ont donné, écrivait-il[148].

Et voilà qu’enfin, le dimanche 25 mai au soir, de Viry rentra dans Bruges pour assumer sa fonction dès le lendemain. Ayant convoqué le personnel de la préfecture, il leur annonça la liste de ceux qui seraient continués dans leur fonction et les invita à prêter serment. Les clefs des immeubles départementaux et des archives lui furent remises.  Auguste Henissart (né à Ermenonville en 1774), qui depuis début 1796 avait été le secrétaire du département, avait entre-temps été nommé ‘secrétaire général’ de la préfecture.

La résidence préfectorale – l’ancien palais épiscopal –, occupé jusque là par le commissaire du Directoire et qui était le siège de l’administration (pléthorique, aux dires de Van Walleghem), n’était pas encore suffisamment aménagée. En outre, l’entrée était envahie par les décombres de la cathédrale Saint-Donat, en pleine démolition.  De Viry descendit à l’Hôtel Belle-Vue pour s’installer quelques jours plus tard dans la nouvel immeuble érigé à l’emplacement de l’ancienne Waterhalle, sur la Grand-Place[149]. Le 29 mai il se rendit à l’hôtel de ville pour y faire prêter serment au nouveau magistrat. Le lendemain il participa à la fête de décadi (une des dernières de ces ‘idioties’ – dixit Van Walleghem –) au Temple de la Loi, suivi de deux défilés militaires, le premier à la sortie du Temple (aujourd’hui l’église Sainte-Walburge), le deuxième sur la Grand-Place. Le soir un grand feu d’artifice fut allumé en l’honneur du nouveau préfet. Pour la première fois il portait son uniforme de fonction : habit bleu, veste et culotte ou pantalon blancs, collet, poches et parements de l'habit brodés en argent, écharpe rouge, chapeau français et épée. Le costume avait au moins autant de chic que celui des envoyés royaux d’antan, estima Van Walleghem[150]. Le 15 août le préfet et son épouse prirent possession de leur résidence officielle[151].

En quête de popularité

Le préfet participa évidemment aux festivités du quatorze juillet. Tous les ingrédients traditionnels étaient utilisés : défilé militaire, concert de carillon, sonnerie du bourdon, cortège jusqu’au Temple de la Loi et séance solennelle, grondement des canons. Le préfet se dirigea également vers le Zand ou place du Sablon, afin d’y sceller la première pierre de la ‘colonne nationale’ qui devait être érigée dans chaque département en souvenir des morts pour la patrie. Le restant de la journée fut consacré à des festivités populaires, en premier lieu à celles des archers, le tout se terminant par un feu d’artifice et l’illumination des rues. Le même genre de festivités fut repris le 22 septembre, - jour de l’an d’après le calendrier républicain. Le préfet non seulement était une fois de plus présent mais en homme politique accompli il briguait manifestement la popularité auprès de la population locale. L’après-midi il y eut foule le long du Quai Long et du Quai Sainte-Anne pour un  concours de divertissement populaire qui consistait à arracher la tête d’une anguille vivante, suspendue à une ligne au dessus de l’eau. Le premier prix était une montre de poche, offerte par le préfet. Il vint lui-même se régaler du spectacle du haut du perron devant la maison de maître rococo de l’industriel et amateur d’art Verplancke (22, Quai Sainte-Anne). On peut se l’imaginer, installé dans un ample fauteuil, suivant les péripéties du concours. A leur sortie de l’eau, les participants furent gratifiés de boissons revigorantes, offertes par le préfet. Tout le monde se rendit ensuite, musique en tête vers la Grand-Place pour encore un feu d’artifice, et ensuite au bal gratuit à la Comédie, une fois de plus aux frais du préfet. Le rapport détaillé que le chroniqueur Van Walleghem en rédigea, démontre assez que les Brugeois étaient d’avis que leur nouveau préfet était un homme bien sympathique[152].

Cette réputation favorable perdura. Lorsqu’en 1803 les administrateurs du Bassin commercial obtinrent de Bonaparte des droits particuliers pour la navigation, des vers en son honneur furent publiés, dans lesquels de Viry n’était pas oublié (nous traduisons) :

Ce vrai préfet, ce véritable père des citoyens,

Vous seconda dans vos efforts, en sage et bon père ;

Lui qui poursuit la prospérité du bien commun,

Est de tous aimé, loué et estimé[153].

Le chimiste Antoine de Fourcroy (1755-1809)[154], qui en 1802 fut chargé d’une mission d’inspection dans le département de La Lys, a dans son rapport donné une description bienveillante du préfet : Son ancien état, sa fortune, l’excellent ton de sa conversation, sa douceur, son âge, sa prestance même, tout contribue à le faire bien voir et respecter dans sa place[155]. Appréciation qui n’est pas démentie par le sympathique portrait exécuté en 1806 ou à une date ultérieure par le peintre brugeois établi à Paris, François-Joseph Kinsoen (1771-1839), dépeignant de Viry dans son uniforme non pas de préfet, mais de sénateur[156]. Par un cheminement non élucidé, ce portrait se trouva bientôt dans les collections de la ville de Bruges. Il est probable que le peintre l’offrit à l’Académie des Beaux-arts de Bruges. A moins qu’il n’ait été acheté par le Collège électoral du département, puisque de Viry tient dans sa main un document sur lequel on lit : Collège électoral de la Lys, 20 octobre 1806. Dans ce cas toutefois la question demeure pourquoi ce tableau ne devint pas la propriété du département et ensuite de la province de Flandre occidentale.

L’esprit qui présidait à la façon selon laquelle le préfet dirigeait son département apparaissait clairement dans un de ses rapports, où il notait : Les peuples que j’administre, comme tous les peuples en général qui changent de maître, seront très lents encore à nous accorder dans le sens absolu leur amour et leur confiance. Le temps et une longue paix peuvent seuls faire naître, croître et fortifier ces heureuses dispositions[157]. En écrivant une telle phrase il songeait sans doute autant à la Savoie qu’à la Flandre.

Les temps étaient propices à la mise en œuvre de son tempérament conciliateur. La révolution est terminée, avait déclaré Bonaparte. Bien des aspects dus au fanatisme du Second Directoire pouvaient être atténués. L’opinion prévalait que la banqueroute financière et l’anarchie pourraient être surmontées. La trêve religieuse en particulier, était la très bienvenue. Pas à pas le culte était rétabli. Le clergé retournait d’exil ou de captivité et sortait de la clandestinité. Début juin 1802 le préfet pouvait annoncer que toutes les églises étaient rouvertes et que tous les prêtres, y compris les non assermentés pouvaient reprendre leur office, à condition de signer un document par lequel ils reconnaissaient le Concordat. Le jour de la  Pentecôte, le 6 juin 1802, le rétablissement du culte catholique fut confirmé officiellement à l’occasion d’un Te Deum en l’église Saint-Sauveur.

Le préfet assistait à ce Te Deum, tout comme il participait à d’autres manifestations. C’est ainsi qu’il présidait la remise des prix annuelle à l’École centrale, et ce pour la première fois le 17 août 1800[158]. Un long cortège se forma Place du Bourg pour se rendre à l’ancienne abbaye des Dunes où l’école était établie. Le préfet et le secrétaire général, tous deux à cheval, clôturaient le cortège[159]. Arrivé dans l’auditoire, le préfet ouvrit la séance par un discours et remit ensuite les prix aux élèves, leur donnant à chaque fois une chaleureuse accolade[160]. Ensuite une joyeuse cavalcade se mit en marche, direction Place du Bourg. Le préfet présidait également lors de la distribution des prix de l’Académie des Beaux-Arts et ce pour la première fois le 29 juillet 1800. Après la cérémonie il prit place dans un des calèches qui faisaient le tour de la ville, afin de déposer à leur domicile les différents lauréats[161].

Les rapports avec l’autorité centrale

Lorsque le 2 juillet 1803 de Viry quitta Bruges pour se rendre dans la partie sud de son département, il allait y préparer le visite annoncée du premier consul. Il s’en était inquiété plusieurs semaines à l’avance et s’était informé à Paris si et quand la visite aurait lieu afin de pouvoir prendre des dispositions nécessaires pour que la réception fut digne du héros chéri et révéré par la France. Du 9 au 14 juillet 1803 Bonaparte et Joséphine furent les hôtes du département de la Lys. Accompagné d’une suite relativement modeste, le consul entreprenait une visite de reconnaissance rapide à travers les territoires conquis. Il s’agissait de la première des six visites qu’il rendit en 1803 et 1804 aux départements du Nord, où une grande armée était en formation dans le but d’envahir l’Angleterre[162].

Venant de Boulogne, Calais et Dunkerque, et après avoir à la sauvette visité Menin et Ypres, il passa la nuit à Nieuport, visita Ostende[163] et les écluses de Sas Slijkens, ensuite Blankenberge et enfin Bruges, d’où il fit un bref aller retour vers Cadzand et Flessingue. Logé à la préfecture, le consul y reçut beaucoup de monde et tant lui que Joséphine furent comblés de cadeaux. Il fut assez bien accueilli par la population qui lui savait gré d’avoir mis fin à la terreur et à l’anarchie. Les notables de Bruges demeurèrent plus réservés envers cet ‘aventurier’. Le préfet dut même chapitrer le maire Charles de Croeser qui avait prématurément fait amener le drapeau tricolore qui flottait au dessus du Beffroi[164]. La municipalité avait d’ailleurs refusé de donner suite aux demandes du directeur des postes qui voulait obtenir des facilités pour la mise à l’écurie et l’alimentation des chevaux du cortège consulaire. Le préfet avait du intervenir d’urgence[165]. Quelques jours après la visite à Bruges, de Viry se rendit à Bruxelles où il participa jusqu’au 27 juillet aux activités entourant la visite de Bonaparte. Dans un tout autre registre, quelques mois plus tard, le 2 novembre 1803 le  bandit de grand chemin Baeckelandt et sa bande furent exécutés sur la Grand-Place. Cet évènement prouvait que la lutte contre le banditisme, entreprise par le préfet, réussissait et on peut supposer qu’il y assista.

Les dons diplomatiques du préfet lui vinrent à point également dans ses rapports avec le pouvoir central. Prenons l’exemple de sa réaction à l’ordre que le ministre de la police Fouché (1759-1820) fit parvenir à tous les préfets au mois d’août 1801. Fouché était fou de rage à cause de la réconciliation imminente entre l’Église et l’État et entreprit de tout gâcher. Son ordre disait qu’il fallait arrêter tous les prêtres réfractaires, ainsi que tous ceux qui refaisaient surface dans les endroits où ils avaient œuvré avant la révolution. Dans sa réponse, de Viry donna d’abord tout à fait raison à Fouché, le félicitant de ses convictions anti-religieuses. Tout comme lui, disait-il, il était opposé au clergé, ces hommes toujours esclaves des ‘lois de leur conscience’, c’est à dire toujours maîtrisés par l’espoir de rétablir un jour leur domination. Mais ensuite il fit remarquer que s’il devait arrêter tous les ecclésiastiques qui dans son département n’étaient pas entièrement en règle – qui p. ex. n’avaient pas encore prêté le serment requis – cela revenait à dire qu’il devrait les appréhender pratiquement tous, soit entre 800 et 900 prêtres. Etait-ce bien sage ? Le remède ne serait-il pas pire que le mal ? Et, fine mouche, il posa la question : que pense donc de cela le premier consul ?[166] On le sut bientôt, car Fouché fut contraint de retirer ses instructions en la matière.

Tout en n’ayant que peu de sympathies pour le clergé et pour certains aspects du culte, de Viry s’employa à plusieurs reprises afin de protéger les ecclésiastiques contre certains ministres trop énergiques. Il était en effet partisan convaincu de la pacification en matière de religion. Lorsque le 22 juin 1802 le nouvel évêque de Gand, Etienne Fallot de Beaumont (1750-1835), au diocèse duquel le département de la Lys appartenait, vint à Bruges, il le reçut avec tous les honneurs. L’évêque rédigea un rapport enthousiaste de cette réception, qu’il expédia au ministre des Cultes à Paris. Le préfet et l’évêque étaient tous deux des modérés et dès lors faits pour s’entendre. La compréhension avait toutefois ses limites et la reprise de la procession des Pénitents à Furnes dépassait, aux yeux du préfet, nettement les bornes. Le maire de Furnes l’apprit à ses dépens. De Viry fit rapport de l’incident au ministre de l’Intérieur dans les termes suivants : Je me refusai à laisser faire une procession dans laquelle devaient se reproduire toutes les pratiques des siècles de superstition et de barbarie. [Le maire], malgré mon refus, se crut en devoir d’aller en avant et ordonna en conséquence tous les apprêts de la fête, comme barres de fer, chemises de pénitents, etc et poussa la folie jusqu’à faire construire un oratoire ou chapelle au milieu de la place publique de la ville de Furnes[167]. Le maire, Roland Bernier (°1739), ancien officier des Gardes Suisses dans l’armée française fut sans pardon suspendu et ensuite révoqué[168]. Cet incident peut rappeler que de Viry était sans doute déjà depuis sa jeunesse imbu des idées de scepticisme voltairiennes. Viry était à un jet de pierre de Genève, la ville de Calvin. Il avait passé un nombre d’années à La Haye, ville calviniste et à Londres, capitale anglicane. Son esprit s’y était sans doute nourri à une mentalité imbibée d’un déisme vague et d’un relativisme religieux qui, en ces pays, plus encore que dans les pays de tradition catholique, dominaient auprès des membres des classes dirigeantes.

Le maire de Furnes ne fut pas fâché de sa révocation. Il fit savoir au préfet qu’il s’en réjouissait et qu’il lui souhaitait bien du succès dans la recherche d’un successeur. Il avait raison, car ce n’est qu’après plusieurs mois qu’un citoyen de Furnes accepta de prendre la relève, et encore ne voulut-il le faire que pour la durée d’un an. Les fonctions communales non rémunérées n’étaient pas très appréciées. Lorsque de Viry était entré en charge, il avait dû constater à sa grande déception que des 250 maires et des plus de 300 adjoints qui avaient été nommés avant son arrivée, pas plus de vingt pour cent n’avait accepté la fonction[169]. Il fallut donc travailler dur pour trouver des remplaçants. Dans cette quête il n’avait guère d’arguments à présenter, hormis celui de l’appel au patriotisme, mais dans un département annexé, cet argument n’était pas particulièrement porteur. Prenez-les par leur amour-propre lui conseilla le ministre de l’Intérieur Chaptal : C’est en versant beaucoup de considération sur les maires, que vous ferez rechercher ces places d’honneur[170].

Le manque d’intérêt eut également pour conséquence que des personnes incapables, indifférentes ou même corrompues étaient nommées. C’est ainsi que de Viry eut maille à partir avec Constant, le sous-préfet de Courtrai. Pour une fois que l’on trouvait un homme actif et dévoué, il s’avéra être corruptible. De Viry le fit destituer sans pitié mais non sans peine car l’homme se démena comme un beau diable, clamant son innocence jusqu’à Paris. Le préfet dut tenir bon auprès d’une administration centrale hésitante[171].

Le Mémoire statistique

Souvent les préfets devaient répondre à de longs questionnaires, et devaient à cette fin rassembler les informations qui pouvaient leur être données par les communes ou par des experts. Tant sous le Consulat que sous l’Empire, la faim d’information sur ce qui se passait dans les départements concernant les domaines les plus variés semblait insatiable.

Le Mémoire statistique[172] que le préfet de Viry fit parvenir à Paris dans la seconde moitié de 1803, nous en fournit un bon exemple[173]. Il s’agissait évidemment de satisfaire à un ordre venu de la capitale et adressé à tous les préfets. Il ne suffisait pas, pour répondre aux nombreuses questions posées, de faire parvenir des chiffres et statistiques. Ce qu’on attendait en haut lieu c’était un rapport circonstancié sur tous les aspects de la vie économique et sociale. Mis en chantier dans le courant de l’année 1800, ce travail considérable prit pour le département de la Lys trois ans avant d’être terminé. Le préfet avait cru d’abord pouvoir s’en acquitter en faisant parvenir un rapport qu’il avait terminé en moins de deux mois. Il en fut pour ses frais, car de nouvelles instructions lui parvinrent, exigeant un traitement plus fondamental.

Dès lors la préfecture s’imposa de gros efforts, ainsi que le démontre la méthode de travail utilisée pour le chapitre “agriculture”[174]. Dans le courant de l’An IX (1801) toute une série de données fut réclamée auprès des communes. L’année suivante un tout nouveau conseil d’agriculture formula onze questions complémentaires, également à traiter par les communes. Ensuite, dans la première moitié de 1803, l’avis fut sollicité de douze notables, supposés être particulièrement au courant des problèmes agricoles. Ils répondirent longuement aux questions posées. Ces Messieurs étaient bien connus du préfet. Trois d’entre eux, Benoît Holvoet (1763-1838), Auguste Wieland (1757-1833)[175] et Bernard van Severen (1761-1837) le côtoyaient régulièrement en tant que Conseillers de la préfecture;  Philippe Herwyn (1750-1837) était son sous-préfet à Furnes; Renon le Bailly de Tilleghem (1757-1824), Louis van den Bogaerde (1750-1827), Bernard De Deurwaerder (1752-1832), Charles de Croeser (1746-1828) et Charles Imbert de Motelettes (1735-1822) lui étaient connus en tant que membres du conseil du département et du conseil communal de Bruges, ou encore du Collège électoral du département. Tous étaient des notables importants et tous tenaient à cœur de seconder le préfet au mieux de leurs possibilités.

Il en alla de même pour tous les autres aspects de la vie et de l’activité dans le département. Une fois toutes ces informations récoltées, les fonctionnaires de la préfecture rédigèrent le rapport qui fut envoyé à Paris, sous la seule signature du préfet. Le 30 novembre 1803 le texte en fut remis à l’imprimeur et publié en in-folio dans la série Statistique générale de la France sous le titre Mémoire statistique du département de la Lys[176].

Quelle fut la contribution personnelle du préfet à ce travail ? Difficile d’en juger. De toute façon, sans la mise en œuvre de toute son autorité, il n’aurait pu s’accomplir. Les difficultés étaient en effet nombreuses. Les sous-préfets dont il disposait étaient plutôt incompétents, sinon corrompus. Les bourgmestres, collaborateurs bénévoles, n’étaient pas faciles à remuer. Au sein de son administration, de Viry fit surtout confiance au secrétaire général Auguste Henissart et au chef de bureau Jean-Baptiste Schwartz, qui se chargèrent chacun d’une partie de la rédaction. Quoi qu’il en soit, le préfet assuma la pleine responsabilité du texte, qui fut publié sous son seul nom. Le style utilisé était direct et truffé de considérations exprimées à la première personne. Contrairement à son collègue Arborio, qui dans un même rapport rédigé pour le département de Susa, mentionnait le nom de son principal collaborateur, de Viry ne fit référence à aucun autre auteur. Quelques années plus tard, l’effort consenti, louable en soi, ne fut considéré que comme du travail d’amateurs. En 1806, lorsque le Bureau de la statistique fut mieux équipé et avait acquis davantage d’ expérience, son directeur parvint à la conclusion que le Mémoire introduit par le département de l’Escaut était médiocre et celui du département de la Lys à refaire. N’empêche que le Mémoire statistique demeure une source de premier plan pour la connaissance de la Flandre Occidentale au début du 19e siècle.

Conscription et autres problèmes

Un autre problème s’annonça, pour ne plus s’en aller, celui de la conscription militaire. Depuis son mayorat à Viry, le préfet était familier du problème et était conscient des difficultés. Ce peuple n’est pas un peuple de soldats, rapporta-t-il[177]. Le problème des ‘réfractaires’ était double : le contingent exigé n’était pas atteint et les jeunes récalcitrants prenaient le maquis et devenaient des ‘brigands’. De Viry s’efforça de les à les combattre en instituant des patrouilles de nuit dans chaque district[178].

Dans sa fonction, de Viry devait évidemment s’occuper de tous les aspects de la vie dans son département. La situation matérielle de la population se présentait comme une préoccupation majeure, peu souriante au demeurant. A Bruges et à Courtrai, écrivait-il, l’une moitié de la population devait pourvoir à la survie de l’autre. A Ostende c’était encore pire. Il s’y trouvait une classe de fainéants professionnels qui agaçait le préfet : Il est des familles de fainéants de père en fils à la charge des hospices depuis des siècles. Afin de s’en défaire il proposa un remède probant : que tous les enfants qui à l’âge de douze ans n’avaient pas encore de métier, soient enrôlés de force dans la marine. Cela leur apprendrait[179].

Ainsi qu’on l’attendait d’un préfet, de Viry rendit régulièrement des visites d’inspection dans son département. Sa première visite, peu de temps après son arrivée, du 17 juillet au 11 août 1800, le fit faire connaissance avec un grand nombre de villes et de villages, dans une atmosphère qui s’apparentait aux Joyeuses Entrées de naguère[180]. D’autres visites d’inspection eurent lieu aux mois de février et de septembre 1801, en juillet 1802 et en septembre 1803. Deux fois de Viry put s’éloigner pour quelques temps de son département, pour 25 jours en novembre 1800 et pour 15 jours en novembre 1802, sans doute pour des voyages à Paris[181]. Toute absence de la préfecture pour plus de quelques jours exigeait la désignation d’un remplaçant temporaire. A cinq reprises de Viry nomma son secrétaire général Henissart. A d’autres occasions il se faisait remplacer par un membre du Conseil de la préfecture, soit Auguste Wieland, Patrice de Coninck (1770-1827), Bernard Van Severen ou Eugène Goubau (1761-1839), qui tous avaient encore – sans le savoir évidemment - une belle carrière devant eux.

A l’occasion de ses visites, de Viry pouvait se rendre compte lui-même de l’état lamentable dans lequel se trouvait la voirie dans son département. Il avait pu par exemple, sur la route de Bruges à Lille, compter sur une distance de 7 km sept grands trous, ayant jusqu’à 50 cm de profondeur et jusqu’à 2m² de superficie. A Bruges même il dut constater que le pont à la porte Sainte-Croix se trouvait en très mauvais état. L’hygiène posait un autre problème. Partout, même dans les villes, des tas de fumier et de décombres gisaient sur la voie publique. Y mettre bon ordre, alors que les autorités locales se laissaient tirer les oreilles, ne semblait pas une sinécure[182].

D’autres activités encore

Sur toutes les questions que des administrations subalternes, situées dans son ressort, soumettaient à l’autorité centrale, le préfet avait son avis à donner et toute décision était notifiée par son truchement. Il lui revenait également d’approuver les décisions, jusqu’aux plus minimes, prises par des pouvoirs subalternes. Parfois cela prenait du temps. Le règlement de police pour la ville d’Izegem, approuvé par la municipalité le 22 mars 1806 ne fut entériné par le préfet Chauvelin que le 19 décembre 1807[183]. Cette lenteur n’était pas toujours le cas. Le règlement de la ville de Nieuport sur les enseignes, datant du 8 mars 1807 fut confirmé par le préfet une semaine plus tard[184]. Pour un grand nombre de questions le préfet n’était qu’un intermédiaire qui devait solliciter une décision du pouvoir central. C’est ainsi que l’érection à Bruges et à Ostende d’une Chambre de Commerce ne fut pas décidée par de Viry mais par un décret consulaire en date du 26 avril 1803[185].

En tant que premier magistrat de son département, le préfet pouvait malgré tout jouer un rôle particulier. Quoi qu’en ait pu dire Lucien Bonaparte, il pouvait interpréter les ordres reçus, en fonction de la situation locale. Dans les départements belges en particulier, les préfets étaient conscients de devoir agir avec circonspection, le régime français étant tout sauf populaire auprès de la grande majorité de la population, à l’exception d’une brève période à la suite du mariage de Napoléon avec la princesse Marie-Louise d’Autriche. Afin de garantir l’ordre et la paix ils n’hésitaient dès lors pas d’interpréter dans un sens lénifiant les ordres reçus ou parfois même de les ignorer complètement. Du préfet de Viry il était dit qu’il s’efforçait de correspondre aux vues bienfaisantes du gouvernement, tout en atténuant les ordres qu’il jugeait parfois sévères[186].

Le préfet pouvait en outre marquer la société locale de son empreinte. Il disposait d’un certain nombre de moyens d’intervention et d’influence en ce qui concerne l’encouragement du commerce et de l’industrie, la stimulation de la construction, l’assistance aux pauvres et nécessiteux. En cela Lucien Bonaparte avait tracé la voie en soulignant, dans sa circulaire du 12 mars 1800 le rôle à jouer par le préfet pour tout ce qui concernait la fortune publique et la prospérité nationale. Donnons-en quelques exemples parmi de nombreux autres, en matière d’industrie et de commerce. A peine installé à Bruges, le préfet de Viry installa une Commission de Commerce du département de la Lys composée de 24 membres[187]; il prit l’initiative d’envoyer quelques blanchisseurs brugeois à Paris afin d’y faire l’apprentissage d’une nouvelle méthode de blanchissage par la vapeur[188]; le préfet Chauvelin veilla à ce que l’industrie du textile brugeoise soit représentée lors de l’Exposition générale de l’industrie à Paris en 1806[189]. Chauvelin s’employa également afin de faire décerner une distinction à François Werbrouck (1739-1824), qui avait joué un grand rôle dans le défrichement de terres incultes à Beernem, et la lui remit lui-même solennellement[190]. Le préfet jouait également un rôle crucial dans les nominations ou les présentations de candidats pour des fonctions dans les administrations ou dans les communes. Enfin, il lui était loisible de manifester son intérêt, par sa présence à des activités, par l’octroi d’aide administrative ou financier, par l’aide accordée dans les domaines sociaux, au profit de la vie culturelle ou récréative.

Les préfets n’étaient pas, comme nous l’avons signalé plus haut, cloués à leur bureau. Ils se rendaient souvent sur place, partout dans leur département. Une visite de deux ou trois jours n’entraînait pas de conséquences administratives, mais lorsqu’il s’agissait de plusieurs jours ou semaines, le préfet était tenu de désigner un remplaçant. De Viry le fit neuf fois, pour un total de 132 jours. Cela ne voulait pas dire qu’au cours de son absence le département était à l’abandon, puisque l’administration tournait comme une machine bien huilée, que le secrétaire général Hénissart demeurait à son poste et que lui ou l’un des conseillers à la préfecture assurait l’intérim et savait exactement ce qu’il avait à faire. Lors de visites en province et en cas d’urgence, le préfet pouvait être atteint endéans les quelques heures.

Au cours de la période 1800-1814 les quatre préfets amenaient une expérience non négligeable, accumulée au cours de leurs carrières variées et internationales. C’était particulièrement le cas pour de Viry et pour son successeur Chauvelin, tous deux anciens ambassadeurs qui avaient été des habitués des grandes cours royales et avaient activement participé à des affaires politiques et diplomatiques importantes. Ils avaient été ambassadeur à Londres, ils avaient frayé avec rois et fonctionnaires supérieurs, tant à Versailles qu’à Londres, ils avaient résidé dans des ambassades prestigieuses et dans leurs propres châteaux. En leur personne, ce n’était certainement pas du ‘second choix’ qui était envoyé vers le département de la Lys. Leurs antécédents pesaient autrement que ceux des jeunes révolutionnaires qui précédemment, avec le titre de représentant du peuple, agent national, commissaire de la Convention ou commissaire du Directoire avaient eu la direction et chez qui l’ambition et le zèle révolutionnaire étaient souvent plus grands que l’expérience. Trois des quatre préfets de la Lys appartenaient à l’ancienne noblesse et de surcroît à la noblesse d’Empire[191]. En eux les notables locaux retrouvaient la politesse et les bonnes manières d’hommes du monde, bien différents des détenteurs du pouvoir des premières années de la révolution. Seul le quatrième préfet n’était pas noble, mais en tant que frère d’un prince du nouveau régime il appartenait lui aussi à l’upperclass. Ils ne voyaient en tout cas aucun inconvénient à ce que les membres de l’ancienne noblesse se retrouvent dans des fonctions dirigeantes. Paris les y encourageait d’ailleurs. D’autre part, les quatre préfets successifs avaient adhéré aux idées révolutionnaires – pas pour autant dans leur variante extrême – et appartenaient à l’intelligentsia adepte des Lumières et plutôt anticléricale. 

Autre caractéristique : tous les quatre avaient passé quelque temps en prison, de Viry comme les trois autres. Ils avaient donc appris à leurs dépens, combien étroit était l’écart dans une société en ébullition, entre le sommet et l’abîme. Une telle expérience leur fit-elle nouer des liens avec des notables locaux qui avaient connu le même sort ? Avant de s’embarquer pour l’Amérique, le philosophe Thomas Paine vint passer à Bruges l’hiver 1799-1800 chez son ami Joseph Van Huele avec qui il avait passé de mauvais moments en prison au temps de la Terreur[192]. Rien n’exclut que les préfets entretinrent des amitiés similaires à Bruges avec des compagnons d’infortune, quoique nous n’en avons pas trouvé la preuve.

Dans quelle mesure de Viry s’adapta-t-il à la société locale et s’y intégra-t-il, plus particulièrement au chapitre du délassement ? Contrairement aux officiers supérieurs et aux fonctionnaires, lui et ses successeurs ne se firent pas affilier aux associations amicales que comptait la ville. Leur nom n’apparaît pas sur les listes de membres de la Société littéraire, des gildes d’arbalétriers ou d’escrimeurs, ou de la loge La Réunion des Amis du Nord. Il est toutefois difficile d’imaginer que, soir après soir, de Viry restait cloîtré dans sa résidence et ne participait pas aux parties de jeux de cartes, aux soirées musicales, aux dîners et bals que la noblesse et la bourgeoisie locale organisaient.  Utilisait-il souvent la loge qui lui était réservée au théâtre de la ville ? Organisait-il fêtes et réceptions dans sa résidence ? Y passait-il les mois d’été ou louait-il une maison de campagne, afin de se conformer aux habitudes des notables locaux, qui passaient au moins trois mois par an dans leur château ou ‘campagne’ ? Se lia-t-il d’amitié avec des Brugeois ? Questions auxquelles des papiers privés, s’il étaient un jour ou l’autre trouvés, pourraient peut-être fournir une réponse.  

Les dernières années à Paris

Le 20 février 1804 Justin de Viry accusa bonne réception du décret mettant fin à sa fonction et nommant son successeur. Le 12 mars il quitta Bruges pour de bon, nommant le conseiller de la préfecture Eugène Goubau comme intérimaire[193]. Pendant quatre ans Viry avait avec doigté dirigé le département dans la direction d’une organisation à la française. Désormais il s’en alla siéger au Sénat conservateur, à la suite d’un brevet de nomination qui datait du 3 février. Lors du sacre de l’empereur Napoléon, le 2 décembre 1804, il remplit la fonction de chambellan du pape, avec qui il put sans doute converser en italien, en l’accompagnant de Fontainebleau à Paris. Son épouse devint dame d’honneur d’une des sœurs Bonaparte. En 1806 il devint supplémentairement un des soixante chambellans de l’empereur, celui-ci aimant à se faire entourer et servir par des membres de l’ancienne noblesse. Pour l’une ou l’autre raison, de Viry revint à Bruges vers cette époque et il y fut reçu avec éclat et amitié[194]. Suite à ses différentes fonctions, il fut, le 26 avril 1808, promu comte d’Empire, grand-officier de la Légion d’Honneur et grand croix de l’ordre de la Réunion.

Une fois installé à Paris, au 26 de la rue Férou[195], de Viry n’oublia pas les amis de sa période brugeoise, comme le prouve sa visite d’octobre 1806. Lorsqu’un ‘piston’ était nécessaire, les Brugeois n’hésitaient pas de faire appel à lui. C’est ainsi qu’en 1809 le juge suppléant Charles Coppieters-Stochove (1774-1864) fut nommé juge à part entière, malgré deux autres candidats, grâce à l’intervention de l’ancien préfet[196]. C’était mettre à Coppieters le pied dans l’étrier, ce qui l’amènerait à la présidence du tribunal de première instance à Bruges, fonction qu’il cumulerait avec la qualité successive de membre des États Généraux (période hollandaise), de constituant et de membre de la Chambre des représentants (royaume de Belgique). A Paris même, de Viry entretenait des rapports cordiaux avec les ressortissants de son ancien département et en général avec les natifs des provinces ‘belgiques’. Lorsqu’ils se réunissaient afin de raviver les liens d’amitié entre ‘pays’, Viry était présent ou se laissait excuser.

Justin de Viry avait eu quatre fils avec sa seconde épouse. Deux d’entre eux moururent jeunes, Jean-Marin, né en 1792 et Melchior-François, né en 1796. Les deux aînés avaient 15 et 13 ans lorsque leurs parents s’établirent à Bruges. Il est peu probable qu’ils les y accompagnèrent. Ils n’apparaissent pas dans les registres de la population ni dans les palmarès de l’École centrale de Bruges pour les années 1800 et 1801. En 1797 ils avaient été pensionnaires à l’école abbatiale des prémontrés de Bellelay près de Porrentruy (Suisse)[197]. Cette école d’élite, réservée à soixante élèves de nationalités diverses, préparait à des carrières dans l’armée, la diplomatie ou la magistrature. En plus des cours habituels, l’on y enseignait la danse, le dessin, la musique, l’escrime, l’architecture militaire et le maniement des armes. L’école ayant dû fermer ses portes après l’arrivée des Français en 1798, les deux garçons continuèrent probablement leurs études dans l’une ou l’autre école en France. Nous pouvons émettre l’hypothèse que si de Viry accepta, à son âge, d’encore reprendre du service dans une région éloignée, il avait en vue la promotion de leur carrière. Une fonction importante ou un mariage avantageux ne tombaient pas du ciel et exigeaient de bons contacts dans les milieux idoines. Les efforts du père ne pouvaient qu’aider à lancer les fils.

L’aîné, Albert-Eugène de Viry (1784-1813) devint, tout comme son père, chambellan de l’empereur et épousa en 1806 la comtesse Ernestine de Saint-Simon-Courtomer, fille du comte d’empire Antoine de Saint-Simon-Courtomer, également chambellan de l’empereur. L’union demeura stérile et à moins de trente ans Albert-Eugène mourut à Viry, quelques mois avant son père. Le deuxième fils, François-Joseph de Viry (1786-1809) fut admis à l’École militaire en février 1804 et fut promu l’année d’après lieutenant des dragons. Devenu aide de camp du maréchal Lannes il participa à de nombreuses batailles. A Austerlitz (1805) sa bravoure fut remarquée. Ses dernières batailles furent celles près de Essling et Aspern (mai 1809)[198]. Demeurées indécises, elles se soldèrent par un véritable carnage, exigeant la vie de plus de 45.000 soldats, y compris celle du maréchal Lannes. De Viry eut une épaule fracassée. Depuis son quartier général à Schönbrunn, Napoléon ordonna au médecin de la cour d’Autriche, le docteur Franck de soigner les aides de camp du maréchal Lannes. Il succomba toutefois à ses blessures et expira le 16 juin 1809 dans les bras de son camarade de Marbot. Celui-ci fut chargé de la triste mission d’informer le père[199]

De Viry n’était pas le seul à souffrir dans sa chair. Sa belle-sœur, la veuve de Charles du Verger, perdit trois de ses quatre fils dans l’expédition de Russie. Quant à son beau-frère Melchior de Mareste, il était resté célibataire. Rentré en Savoie, il s’était réconcilié avec le nouveau régime, sans chercher à y jouer un rôle. Dans un rapport en 1813 le préfet du Mont-Blanc le décrivait comme brave homme, estimé, mais sans influence dans la société, n’a comme intérêt que d’être le beau-frère de M. de Viry. Mais voilà que cette même année, à l’âge de soixante ans, Mareste décida de se marier avec Marie-Thérèse d’Oncieux, sœur de Jean-Baptiste d’Oncieux de la Batie (1765-1847), officier sarde devenu maire de Chambéry[200].

Lorsqu’en 1813 Justin de Viry mourut, sa dépouille fut inhumée au Panthéon, où Napoléon faisait transporter les grands défunts de l’empire[201]. La mémoire du fils, enterré à Vienne, était en même temps commémorée. Le seul survivant des deux mariages de Justin, le seul aussi ayant des descendants, était Henry de Viry, le fils aîné devenu Anglais. En 1814, après la mort de son père et de son demi-frère et après la chute de Napoléon il vint reprendre possession des biens familiaux qui pour l’heure étaient entre les mains de la veuve de Justin, mais qui marqua son accord pour qu’ils rentrent plus tard en possession des descendants de Viry. Henry s’intégra rapidement. Avec sa femme et ses nombreux enfants il vint s’installer au château de Viry et reprit son nom et son titre.

Quelle mouche le piqua de se laisser nommer (ou élire) maire de Viry pendant les Cent-Jours ? Le 16 avril 1815 il prêta, entre les mains de son prédécesseur, serment d’obéissance à la constitution et à l’empire et d’allégeance à l’empereur. Demeura-t-il maire après Waterloo ? Nous l’ignorons[202]. Cette nomination et ce serment ne lui furent en tout cas pas reprochés, car le 22 août 1815, à une période où la Savoie n’était pas encore retournée dans le giron sardo-piémontais, il fut élu député à l’Assemblée nationale par le collège électoral du Mont-Blanc. Il siégea sur les bancs de la majorité ultraroyaliste de la Chambre introuvable, mais disparut évidemment – son canton étant rendu au roi de  Piémont Sardaigne - lors de la dissolution des Chambres en septembre 1816. Il demeurera sans doute un cas unique, ayant siégé successivement à la Chambre des Communes à Londres et à l’Assemblée nationale à Paris. Il ne manquerait plus qu’il eût siégé également dans une assemblée représentative à Turin, ce que fit d’ailleurs un de ses fils ! Henry de Viry mourut à Tours le 15 janvier 1820[203].

Épilogue

Notre étude a rassemblé plus de données biographiques sur de Viry que cela n’avait été le cas jusqu’à présent. Loin de nous toutefois l’idée d’avoir été exhaustif. Il s’agit d’une personnalité qui n’était pas du tout premier rang et qui de ce fait n’a jamais été l’objet d’études approfondies, tandis que dans des études plus générales, son rôle n’est que peu souligné.  Le chercheur qui voudrait suivre sur la voie tracée, devra se mettre à la recherche de documents de la vie privée, tels que les actes de l’état civil, les livres paroissiaux, les contrats de mariage, les testaments et successions, les actes notariés et commerciaux.

Il devrait également prendre connaissance des rapports sans nul doute nombreux que de Viry fit parvenir à Turin au cours de sa carrière diplomatique. Ses rapports de préfet méritent également une étude approfondie. Enfin, ses activités en tant que membre du Sénat français et en tant que chambellan méritent examen. Le fait que ses restes furent inhumés au Panthéon, fait supposer qu’il était considéré en son temps comme une personnalité importante, car si l’honneur d’une telle inhumation était plus courante qu’aujourd’hui, elle n’en demeurait pas moins réservée à ceux que Napoléon, pour l’une ou l’autre raison, en jugeait dignes. La notoriété de Justin de Viry n’est en tout cas plus ce qu’elle était de son vivant, puisque l’institution qui se charge de la conservation du Panthéon, emmêle des informations qui le concernent avec d’autres qui se rapportent à son fils François, mort à la guerre.

Au moins pouvons-nous espérer que notre biographie permettra une meilleure connaissance de cet intéressant Savoisien, qui en des temps difficiles, vécut honorablement sa vie. Elle insiste en outre sur les alliances britanniques tant de Justin que de son fils, qui donnèrent à une famille traditionnellement savoisienne une coloration internationale inhabituelle et aux descendants quelques ancêtres surprenants[204].


Sources

Archives de la ville de Bruges (SAB)

- Manuscrits, Journal de Joseph Van Walleghem (VW), Merckenweerdigste voorvallen (MV), années 1798, 1799 et 1800

- Registres de la population 1809-1830.

- Placards, première série, n° 18, imprimé 51, Eer-trompette geblaezen tot lof van de deugdelijke en menschlievende Burger-Vaders (...) die verkregen hebben den vrijheyd van den Brugschen Kom (...) onder de bescherminge en medewerking van (...) Mijnheer Joseph Marie Deviry (...), 1803.

Archives de l’Etat, Bruges (RAB)

- Archives du département de la Lys (Lys), en particulier liasse 1451

Archives Nationales Paris

- Archives royales, Bureaux des menus plaisirs

- AF 8 (dossier 33)

- AF IV, 10019, rapport Fourcroy

- F1b I 158/22 (dossier 6)

- F1b I 17319, dossiers préfets

- F1b II, Lys 6, rapport du 3 septembre 1802

- F1b II, Lys 2, lettre du 28 mars 1803.

- F1b II, Lys 2, lettre du consul Lebrun du 23 décembre 1801.

British Library, London

- Egerton manuscript 2400, lettre de Thomas Gray du 20 juin 1760 à Thomas Wharton

University of Glasgow

- Archives H. Hunter, letters H120a (15 septembre 1769) et H120b (20 décembre 1770)

Yale University, USA

- Beinecke Rare Book and Manuscript library, James Marshall and Marie-Louise Osborn Collection, ACC: 99.12.6.

Château de Viry, Viry (Haute Savoie)

- manuscrit ‘Histoire de la famille de Viry’, rédigé à la fin du 18ième siècle par ou pour Justin de Viry

- papiers divers

- tableaux, diplôme

Bibliographie

Généralités

Almanach Impérial pour l’Année 1810.

Armorial du premier Empire; titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Ier, Paris 1899, 4 Vol. (réimpression 1974) 

R. BARGETON, P. BOUGARD, B. LE CLERC, P.-F. PINAUD, Les préfets du 11 ventôse an VIII au 4 septembre 1870,  Paris, Archives nationales, 1981

Brigitte BEERNAERT, Monument en Tijd, Open Monumentendag Vlaanderen, Brugge, 2000

Euloge BOISSONADE, 18 Brumaire An VIII, le coup d’état de Napoléon Bonaparte, Paris, EMH, 2003.

Jacques-Olivier BOUDON, La création du corps préfectoral en l’An VIII, in : Revue du souvenir Napoléonien, 2000, n° 428, p. 9-15

Baptiste CAPEFIGUE, Histoire de la restauration et des causes qui ont amené la chute de la branche aînée des Bourbons, Paris, 1831-1833, 10 Vol.

Moncure Daniel CONWAY, The life of Thomas Paine, New York, 1892 (reprint 1973)

Prosper de BARANTE, Souvenirs du baron de Barante, 8 volumes, Paris, 1890-1893, Tome I,

Léon DE LANZAC DE LABORIE, La domination française en Belgique, Paris, 1895

Comte DE LAS CASES, Le Mémorial de Sainte-Hélène, Bibliothèque de la Pleiade, Paris, 1957

Jos DE SMET, L’administration du Département de la Lys après le coup d’état de Brumaire, dans : Annales de la société d’émulation de Bruges, 1931, p. 121-138;

Jos DE SMET, Inventaris van het archief der Franse hoofdbesturen in West-Vlaanderen 1794-1814, Brussel, 1951

Jos DE SMET, De Beloken Tijd in West-Vlaanderen (1797-1802), in : Collationes Brugenses et Gandavenses, 1955

Jos DE SMET, Van Departement tot Provincie, in: West-Vlaanderen (o. l. v. A. VIAENE), Brussel, 1958, blz. 117-121 

Louis de VILLEFOSSE et Janine BOUISSOUNOUSE, L’opposition à Napoléon, Paris, Flammarion, 1969

Luc DEVLIEGHER, Van Waterhalle tot Provinciaal Hof, Brugge, 1994

[Dirk DE VOS], Brugge, Stedelijke Musea, Beknopte catalogus schilderijen, Brugge, 1973

Emmanuel de WARESQUIEL et B. YVERT, Histoire de la Restauration, 1814-1830, Paris, Perrin, 1996

Adolphe DUCLOS, Bruges, histoire et souvenirs, Bruges, 1910.

Jan ESTHER, Het Burgplein en de Mallebergplaats. De huizen en hun bewoners in de 19de eeuw, in: Hubert DE WITTE (red.), De Brugse Burg, Brugge, 1991

Antonia FRASER, Marie-Antoinette. The Journey, London, 2001

Gazette van Brugge en van het Leyedepartement  1800-1814

Henri GAUBERT, Conspirateurs au temps de Napoléon Ier, Paris, Flammarion, 1962

E. HOSTEN et E. STRUBBE, Catalogue du Musée communal des Beaux-Arts de Bruges, Bruges, 1935

John KEANE, Tom Paine. A political life, London, 1995

Thierry LENTZ, Le 18 Brumaire, les coups d’état de Napoléon Bonaparte, Paris, Picollec, 1997

Thierry LENTZ, Le grand consulat, 1799-1804, Paris, Fayard, 1999

Thierry LENTZ, Napoléon et la conquête de l’Europe 1804-1810, Paris, Fayard, 2002

Thierry LENTZ,  L’effondrement du système napoléonien 1810-1814, Paris, Fayard, 2004.

F. LETANG, Alexandre-Romain Crochon, dans : Dictionnaire de Biographie nationale, Tome IX, col. 1260, Paris, 1961

Louis MADELIN, Le Consulat de Bonaparte, Paris, 1929

Gustave MAISON, Anne & Paul van YPERSEELE de STRIHOU, Napoléon en Belgique, Bruxelles, 2002.

Philippe MASSON, Napoléon et l’Angleterre. Napoléon contre la marine anglaise (1797-1805), dans: Revue du souvenir napoléonien, mars-avril 1995, pp. 27-45

Henri PAUWELS, Catalogue du Musée Groeninge, Brugge, 1960

Kurt PRIEM, God of de keizer? Clerus en politiek te Brugge (1780-1802), Brugge, 1996

Jacques REGNIER, Les préfets du Consulat et de l'Empire, Paris, 1913

A. ROBERT, E. BOURLOTON & C. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français, depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889, Paris, Bourloton, 1889-1891

Jean SAVANT, Les préfets de Napoléon, Paris, Hachette, 1958

Pierre SAVINEL, Moreau, rival républicain de Bonaparte, Rennes, Ouest-France, 1986

Albert SOREL, L’Europe et la Révolution française, 8 volumes, Paris, 1885-1904 (rééd. Paris, Claude Tchou, 2003) Tome I, Les mœurs politiques et les traditions ; Tome II, La chute de la royauté ; Tome III, La guerre aux rois : 1792-1793 ; Tome IV, Les limites naturelles : 1794-1795 ; Tome V, Bonaparte et le Directoire : 1795-1799 ; Tome VI, La trêve, Lunéville et Amiens : 1800-1805 ; Tome VII, Le blocus continental, le grand Empire : 1806-1812 ; Tome VIII, la coalition, les traités de 1815 : 1812-1815.

Marie-Rose THIELEMANS, Fonctionnaires et militaires sous la République et l’Empire, dans: La Belgique sous la domination française, 1792-1815, Bruxelles, 1993

Guy THUILLIER, Témoins de l'administration, Paris, Berger-Levrault, 1967

Adolphe THIERS, Histoire de la révolution française, Tome II, Bruxelles, 1838

Jean THIRY, Le Sénat de Napoléon (1800-1814), Paris, Berger-Levrault, 1949.

Jean TULARD, Napoléon et la noblesse d’Empire, Paris, 1974 (réédition 2001).

Jean TULARD, Les préfets de Napoléon, in : Les préfets en France (1800-1949), Genève, 1978, blz 5-10

Jean TULARD et Louis GARROS, Itinéraire de Napoléon au jour le jour, Paris, Taillandier, 1992

Jean TULARD, Le 18 Brumaire, Paris, Perrin, 1997

Albert VANDAL, L’avènement de Bonaparte, Tome I. La genèse du consulat brumaire – Tome II La République consulaire, Paris, Plon, 1907.

Lies VAN DE CAPELLE, Gouvernementspaleis, Bouwhistorische studie, Postgraduaat Monumenten- en Landschapszorg, Antwerpen, 2004 (onuitgegeven).

Andries VAN DEN ABEELE, De noblesse d’Empire in West-Vlaanderen, dans : Biekorf, 2002, blz. 309-332

Andries VAN DEN ABEELE, Le département de la Lys. Les arts plastiques, dans : La vie culturelle dans nos provinces sous le régime français, Bruxelles, Crédit Communal, 1989

Andries VAN DEN ABEELE, De filosoof Thomas Paine en zijn Brugse vriend Joseph van Huele, in: Brugge die Scone, 1993, n° 4, blz. 7

Jozef VAN WALLEGHEM, Merckenweerdigste voorvallen 1797, Brugge, 1997

Paul VERHAEGEN, La Belgique sous la domination française, 1792-1814, Bruxelles, 1922-1929, 5 Vol., réédition 1981

J. VERHELST, De “Archives Nationales” te Parijs. Documenten betreffende de Leie- en Scheldedepartementen in de reeksen C en F, 1789-1815, dans : Handelingen van de Koninklijke Commissie voor Geschiedenis, 1969, p. 1-70.

De Viry

Vittorio ALFIERI, Vita di Vittorio Alfieri scritta da esso,

Claude BARBIER, Henry CHEVALIER, Barbara FLEITH, e. a., Viry « Terra Sainta », Ed. La Salévienne, 2003.

Patrick BARBIER, Farinelli, le castrat des Lumières, Paris, Grasset, 1994

Ashley BAYNTON-WILLIAMS, John Speed, a biography, MapForum.com, Volume I, Issue 2, 3 et 4, février-avril 1999.

John BECKETT, The rise and fall of the Grenvilles : the dukes of Buckingham and Chandos, 1710 to 1921, Manchester, Manchester University Press, 1994

Graydon BEEKS, Haendel and Lady Cobham, in: Newsletter of the American Haendel Society, 1996

Sarah BENDALL, Dictionary of Land Surveyors and Local Map-Makers of Great Britain and Ireland 1530-1850, London, British Library Board; 2nd edition, September 1997

Jonathan BERRY, Chinoiserie aux Champs Elysées, dans : La revue des jardins historiques / Historic Gardens Review, 1998/99.

Michael BEVINGTON,  Stowe: The Garden and the Park. Stowe, Capability Books, 1996

Michael BEVINGTON, Stowe House, 2002

George BICKHAM, The beauties of Stowe, 1750, reprint 1774

Richard BISGROVE, Charles Bridgeman and the English landscape gardens, dans: Gobions Estate North Mymms Hertfordshire, 1993

René BOUVIER, Farinelli, le chanteur des rois, Paris, Albin Michel 1943

Samuel BOYSE, The Triumphs of Nature, 1732

John BREWER, A Sentimental Murder : Love and Madness in the Eighteenth Century, New York/London, Farrar Straus & Giroux, 2004

Helen BROCK (ed.), The correspondence of Dr William Hunter, 1740-1783. Transcript of letters with notes and commentary, Cambridge, 1993

Charles BURNEY, The Present State of music in France and Italy, Londres, 1780

Charles BURNEY, Viaggio musicale in Italia, Torino, EDT, 1987

Jacques CHASTENET, William Pitt, Paris, Fayard, 1941(rééd. 1959)

George CLARKE (ed.), Descriptions of Lord Cobham’s Gardens at Stowe, 1700-1750, Aylesbury, Buckinghamshire Record Society, 1990

Howard COLVIN, A biographical dictionary of British architects (1600-1840), London, 1978

William CONGREVE, Of Rightly Improving the Present Times: an Epistle from Mr. Congreve to the Right Honourable Richard Lord Viscount Cobham, London, 1729

Georges de CHAFFOY de COURCELLES, Présence Savoisienne en Belgique sous le Consulat et l’Empire, in: De Schakel, 1965

Bernard de CHILLAZ, Les descendants de John Montagu et Martha Ray (non publié)

J. S. DAVIES, History of Southampton, Southampton, 1883

Daniel DEFOE, Tour tro’ the Whole Island of Great Britain, 1724-6 and 1742

Eloi-Amédée de FORAS, F. C. de MARESCHAL, Pierre de VIRY, F. d’YVOIRE, Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie. Grenoble, 1863-1910, 6 volumes

Louis DUTENS, Mémoires d’un voyageur qui se repose, 3 volumes, Paris, 1805

César DUVAL, L’administration municipale de la commune de Viry de l’an I à l’an VII de la République française, Saint-Julien, 1863.

E. I. C. Richard Temple, lord Cobham, dans: Dictionary of National Biography, XIX, 1917, 518-519

Patrick EYRES (ed.), The Political Temples of Stowe, dans : New Arcadian Journal, 1997.

Jozef FESTJENS, De mémoire statistique van Viry, prefect van het Leiedepartement. Episode uit de moeilijke opgang naar een wetenschappelijke statistiek, Leuven, 1967, thèse de licence (inédite)

Jozef FESTJENS, De mémoire statistique van het Leiedepartement,  dans: Standen en Landen, n° 58, 1972, pp. 135-170.

Jules FLAMMERMONT, Les correspondances des agents diplomatiques étrangers en France avant la Révolution conservées dans les archives de Berlin, Dresde, Genève, Turin, Gènes, Florence, Naples, Simancas, Lisbonne, Londres, La Haye et Vienne, Paris, Imprimerie Nationale, 1896

Joseph GEYSENS, De familie Mazeman (de Couthove) te Poperinge en te Proven, in: Aan de Schreve, 1974, 1, 17-27; 2, 2-12; 3, 25-33.

William GILPIN, Dialogue Upon the Gardens of the Right Honourable the Lord Viscount Cobham at Stow in Buckinghamshire, (1748, reprint 1993).

Richard GLOVER, Leonidas, London, 1737.

Louise GOUVIER, F. X. Vispré, dans : Jane TURNER (ed.) The Dictionary of Art, Volume 32, blz. 621, New York, 1996

Patrizia GRANZIERA, Freemasonic symbolism and Georgian Gardens, dans : Esoterica, Michigan State University, 2003, p. 41-72.

Algemon GRAVES, The Society of Artists in Great-Britain, 1760-1791; The Free Society of artists, 1761-1783. A complete dictionary of contributors and their work, London, 1907

Johanna HARTING, History of the Sardinian chapel, Lincoln's Inn Fields, edited by the Rev. John Dunford, Washbourne, 1905

J. J. HOWARD & W. B. BANNERMANN, Pedigree of Speed Southampton, dans : Genealogica et Heraldica. 3rd série, volume 2, Londres, 1898.

J. L. G. N., William Augustus Miles, dans: Dictionary of English Biography, Vol. XIII

J. M. R., Basil Montagu, in: Dictionary of national biography, Vol XIII col. 662-665.

Samuel JOHNSON, The Life of John (sic) Hammond, in: The Works of the English Poets from Chaucer to Cowper, Ed. Alexander Chalmers, 21 Vols, Vol 11, London, 1810.

Valérie-Noelle JOUFFRE, Le Panthéon, Rennes, 1989

Gerrit Parmele JUDD, Members of Parliament 1734-1832. A study of the relationship between the British ruling class and the House of Commons, with a list of members for the period, Yale University Press, New Haven, 1955

Robert LACOUR-GAYET, Calonne. Financier, réformateur, contre-révolutionnaire, Paris, Hachette, 1963

Jean-Pierre LAVERRIERE, Un village entre la Révolution et l’Empire. Viry en Savoie, 1792-1815, Paris, Albatros, 1980

Isaac S. LEADAM, The History of England. From the death of Anne to the death of George II (1702-1760), London, 1909, p. 347 et 360.

Alexia LEBEURRE, Le Panthéon, Paris, Editions du Patrimoine, 2000

St. LE TOURNEUR, Antoine de Fourcroy, dans : Dictionnaire de biographie française, Tome XIV, 1979, col. 749-752.

Martin J. LEVY, Love and Madness: The Murder of Martha Ray, Mistress of the Fourth Earl of Sandwich, London/New York, W. Morrow, 2004

Thomas McGEARY, Farinelli and the Duke of Leeds: ‘tanto mio amico e patrone particolare, in: Early Music, Volume 30, May 2002

Thomas McGEARY, Farinelli chez les Anglais: Dieu ou Démon?, in: Université de Caen, La revue Lisa - Lisa e-journal, 2004

[Marcel de MARBOT], Mémoires du général baron Marcel de Marbot, Paris, Plon, 1891, réédition Paris, Mercure de France, 2001

Jacques MERTENS et Willy VANDERPIJPEN, Schets van de Westvlaamse landbouw eind 18e – begin 19e eeuw, dans: Annales de la Société d’Emulation de Bruges, 1970, p. 277-301

Basil MONTAGU, The Opinions of Different Authors upon the Punishment of Death, London, 1809, 3 Vol., (réédition, University of Chicago, 2004)

[Sir Basil MONTAGU], Some enquiries into the effects of fermented liquors, by a water drinker, London, 1818.

André PALLUEL-GUILLARD, Grands notables du premier empire, Tome 2, Mont-Blanc & Leman, Paris, 1978.

Alexander POPE, Moral Essays. Epistle I. To Sir Richard Temple, Lord Viscount Cobham.

Alexander POPE, The Correspondance of Alexandre Pope, edited by George SHERBURN, 5 Volumes, Oxford, Clarendon Press, 1956

Patrick RAMBAUD, La Bataille, Paris, Grasset, 1997

Léon REY, Le mariage de Madame Clotilde, in: Cahiers de Savoie, 1946

Tomaso RICARDI di NETRO, Henrietta Jane Speed et ses relations familiales, Turin, 2001, (non publié)

Tomaso RICARDI di NETRO, Piemontesi nell’Europa delle corti fra seicento e settecento, in: Vittorio Alfieri, aristocratico ribelle (1749-1803), a cura di R. Maggio Serra, F. Mazzocca, C. Sisi, C. Spantigati, Milano, Electa, 2003

Tomaso RICARDI di NETRO, François-Marie-Justin de Viry, quelques données biographiques, Turijn, 2004, (non publié) 

Romain ROLLAND, Haendel, in: Revue de Paris, 1910, blz 791-808.

SARDINIAN CHAPEL [LINCOLN'S INN FIELDS CHAPEL], Printed transcripts for Lincoln's Inn Fields Chapel. Miscelllanea vol. XIX, Published by Catholic Record Society 1915-1916. Catholic registers of Lincoln's Inn Fields Chapel, London, 1731-1831 (Baptisms 1739-1772, marriages 1734-1831), contributions by Mgr Claud Lindsay with historical notes by Miss J.H. Harting

N. A. M. RODGER,  The Insatiable Earl: A Life of John Montagu, Fourth Earl of Sandwich, New York - London, 1993

Sarah SCOTT, Millennium Hall, London, 1762; reprint Ontario, Canada, Broadview Literary Texts, 1999

Benton SEELEY, A description of the Gardens of Lord Viscount Cobham at Stow (1744).

Rodney SHIRLEY, Articles and other works about Stowe house and Stowe landscape gardens, 2004 (site internet Stowe school). 

John SPEED, The theatre of the empire of Great Britain,: presenting an exact geography of the kingdomes of England, Scotland, Ireland, and the iles adioyning: with the shires, hundreds, cities and shire-townes, within ye kingdome of England, London, sold by I. Sudbury and G. Humble, 1611

John SPEED, Prospect of the Most Famous Parts of the World, London, G. Humble, 1627
Thomas SPEED, Records and Memorials of the Speed Family, Louisville, Kentucky, 1892

Jonathan SWIFT, The Journal to Stella, Letter 7, London, 1766

R. G. T[HORNE]., Speed, Henry alias de Viry, François Joseph Marie Henri, baron de la Perrière, in: Roland G. THORNE (ed.), The History of Parliament – The Commons 1790-1820, London, 1986

Duncan C. TOVEY, Thomas Gray and his friends, Section V. Miss Speed to Gray, Cambridge, 1890, p. 195-200.

Paget TOYNBEE and Leonard WHIBLEY (editors), Correspondence of Thomas Gray in 3 vols., with corrections and additions by H. W. STARR, Oxford, Clarendon Press, 1971

Jane TURNER, (ed.), James Gillray, in: The dictionary of Art, Vol. XII, 1996

Michael J. TURNER, Pitt the Younger. A life, London, 2003.

Lucien VAN ACKER, Handel en nijverheid te Kortrijk in de Franse tijd, dans : Biekorf, 1989, p. 37-44

Lucien VAN ACKER, Brugse blekers naar Parijs, in: Biekorf, 1994, p. 392.

Lucien VAN ACKER, Brugse deelname aan de expositie van Parijs in 1806, dans: Biekorf, p. 111.

Lucien VAN ACKER, Het politiereglement van Izegem uit 1806, dans: Biekorf, 2003, p. 236-239

Lucien VAN ACKER, West-Vlaamse voorlopers inzake ruilverkaveling, dans : Biekorf, 1956, p. 363-367

Lucien VAN ACKER,  Het ontstaan van de Handelskamer te Oostende, dans: Biekorf, 1987, blz. 375-383.

Lucien VAN ACKER, Het ontstaan van de Handelskamer te Oostende, Nawoord, August Wieland, dans : Biekorf, 1987, p. 383

Lucien VAN ACKER,  Heideontginning ten zuiden van Brugge, dans: Biekorf, 1960, p. 235-238

Lucien VAN ACKER, De vloot van Oostende in 1803, dans: Biekorf, 1995, p. 154.

Andries VAN DEN ABEELE, Thomas Forster, ‘a remarkable man’, dans : Biekorf, 1999, p. 234-248 et 498-515

IDEM, Andries Van den Bogaerde, politiek, botanica en grootgrondbezit in Brugge en omgeving tijdens de 18de eeuw, dans : Annales de la société d’émulation de Bruges, 2002, p. 80-124.

Philippe VAN HILLE, Het Hof van Beroep van Brussel en de rechtbanken van Oost- en West-Vlaanderen onder het Frans Bewind – 1800-1814, Handzame, 1970

Willy VAN HILLE, De “maire” van Veurne afgezet, dans : Bachten de Kuupe, 1969,

W. PAUWELS, Veurne in de Franse tijd, Veurne, 1990, blz. 57-58

Paul VERHAEGEN, Joseph de Viry, dans: Biographie nationale de Belgique, Tome XXVI, col. 780-781.

M. C. VIRY [Justin de VIRY],  Mémoire statistique du département de la Lys, adressé au ministre de l'intérieur, d'après ses instructions, Imprimerie impériale, 1804, réimprimé, Paris, Hachette & Bibliothèque nationale, 1975

François-Xavier VISPRE, Le moyen de devenir peintre en trois heures, Amsterdam, 1766

Horace WALPOLE, The letters of Horace Walpole, Volume III

Gilbert WEST, Stowe, The Gardens of the Right Honourable Richard Viscount Cobham (1732)

[Buck WHALEY], Buck Whaley's Memoirs, Including His Journey to Jerusalem, written by himself in 1797 and now first published from the recently discovered manuscript, with Introduction and Notes, by Sir Edward SULLIVAN, London, Alexander Moring Ltd, 1906

Laurence WHISTLER, The Authorship of the Stowe Temples, dans : Country Life, 20 sept. 1950 et 12 jan. 1951

Peter WILLIS, Charles Bridgeman and the English landscape garden, London, 1977, reprint, Newcastle upon Tyne, 2002.

George WOODS, An account of the past and present state of the Isle of Man, London, 1811

X, Maison Viry de Viry. Notice généalogique, Paris, Bureau du Cabinet historique, 1864.

J. YERNAUX, Le Premier Consul en West-Flandre, dans : Annales de la société d’émulation de Bruges, 1911, p. 185-223


Publié dans : Echos saléviens, revue d’histoire locale, n° 14, 2005, p. 29-114.



[1] Claude BARBIER, e a., Viry, “Terra Sainta”, éditions La Salévienne, 2003, p. 22-24.

[2] Informations généalogiques: Maison Viry de Viry. Notice généalogique, Paris, Bureau du Cabinet historique, 1864; Eloi-Amédée de FORAS, F. C. de MARESCHAL, Pierre de VIRY, F. d’YVOIRE, Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, Grenoble, 1863-1910, 6 volumes.  Informations biographiques: Tomaso RICARDI di NETRO, François-Marie-Justin de Viry, quelques données biographiques, Turin, 2004, (non publié) ; A. ROBERT, E. BOURLOTON & C. COUGNY, Dictionnaire des parlementaires français, depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889, Paris, Bourloton, 1889-1891 (notices biographiques sommaires et parfois inexactes) ; Paul VERHAEGEN, Joseph de Viry, dans: Biographie nationale de Belgique, Tome XXVI, col. 780-781; André PALLUEL-GUILLARD, Grands notables du Premier empire, Tome 2, Mont-Blanc & Léman, Paris, 1978, p. 89-90.

Je remercie vivement le comte Pierre de Viry, le baron Bruno de Chillaz et Monsieur Tomaso Ricardi di Netro, tous trois descendants du préfet de Viry, ainsi qu’Antoine de Menthon, maire de Menthon-Saint-Bernard.

[3] Lieu-dit situé sur la commune de Viry, entre Viry et Soral (canton de Genève) où se trouvait un des châteaux que cette famille fît bâtir au XIVeme siècle et incendié par deux fois au XVIe.

[4] La mère de Justin de Viry était la dernière baronne de Cohendier. Le château portant ce nom existe toujours à Saint-Pierre-en-Faucigny (Haute-Savoie).

[5] Village de l’ancienne commune de Thairy (Saint-Julien-en-Genevois maintenant), sur la route de La Côte.

[6] Une seigneurie sur la commune savoyarde du même nom à proximité de Genève.

[7] SARDINIAN CHAPEL [LINCOLN'S INN FIELDS CHAPEL], Printed transcripts for Lincoln's Inn Fields Chapel, Miscelllanea vol. XIX, Published by Catholic Record Society 1915-1916. Catholic registers of Lincoln's Inn Fields Chapel, London, 1731-1831 (Baptisms 1739-1772, marriages 1734-1831), contributions by Mgr Claude Lindsay with historical notes by Miss J.H. Harting, p. 367: Die 12 Novembris Anni 1761. Nullo legitimo Impedimento detecto, in Matrimonium conjuncti fuere, juxta Ritus S. Ecclesiae Catholicae Romanae, ambo ejusdem Fidem orthodoxam profitentes, Perillustris Doms. D. Joseph-Maria Baro de la Perriere, filius illustrissimi & nobilissimi Domi D. Francisci Joseph Comitis de Viry Serenissimi Regis Sardiniae ad aulam Britannicam Legati extraordinarii, Nobilissimaeque Domae D. Ludovicae Mariae De Rochete de Cohender: Et illustrissima Dom. D. Henrietta-Joanna Speed, de Parochia S. Georgii, Londini, Filia praenobilis Domi D. Samuelis Speed Armigeri jam defuncti & nobilissimae Domae D. Cardonelai Jones pariter defunctae. Testes autem praesentes fuerunt praedictus illustrisss & nobilisss Dom D. Franciscus Joseph Comes de Viry & Joannes Brun. Per me Bernardum Baker, Missionarium Apostolicum et in regia Sardiniensi Capella Londini in Anglia Capellanum. Je remercie le dr. Leo Gooch, de la Catholic Record Society, pour son aide efficace.

[8] Johanna HARTING, History of the Sardinian chapel, Lincoln's Inn Fields, edited by the Rev. John Dunford, Washbourne, 1905. Construite en 1648, l’église fut une première fois détruite en 1688 lors de la Glorious Revolution et gravement endommagée en 1780 lors des émeutes anti-catholiques connues sous le nom de Gordon Riots. En 1799 l’ancienne résidence de l’ambassade devint le presbytère de l’église. En 1909 des travaux de voirie firent démolir l’église et le presbytère, et une nouvelle église fut construite non loin de là, sous le vocable de Saint Anselme et de Sainte Cécile.

[9] Vispré publia : Le moyen de devenir peintre en trois heures, Amsterdam, 1766. Il se fit un nom à Londres en tant que portraitiste, miniaturiste et peintre de tableaux de genre. Horace Walpole était un de ses ‘fans’. Louise GOUVIER, F. X. Vispré, dans : Jane TURNER (ed.) The Dictionary of Art, Volume 32, blz. 621, New York, 1996. Vispré s’activa au sein des gildes de peintres à Londres : A. GRAVES, The Society of Artists in Great-Britain, 1760-1791; The Free Society of artists, 1761-1783. A complete dictionary of contributors and their work, London, 1907.

[10] A. F. P. John Speed, dans: The dictionary of national biography, Vol. XVIII, col. 726; Ashley BAYNTON-WILLIAMS, John Speed, a biography, MapForum.com, Volume I, Issue 2, 3 et 4, février-avril 1999.

[11] Cartes qu’il fit d’ailleurs graver en majeure partie à Amsterdam dans les ateliers de son ami Jodocus Hondius (1563-1612), qui était né à Wakken en Flandre Occidentale et qui avait travaillé quelques années à Londres.

[12] C’est à dire: chargé de cours ou dirigeant d’une faculté ou d’un collège.

[13] J. S. DAVIES, History of Southampton, Southampton, 1883. Ce livre exhaustif était basé sur le mémoire non publié de John Speed (1703-1781), petit-fils du médecin ici nommé et dont le père, John Speed (1671-1747), frère de Samuel Speed, fut également médecin à Southampton.

[14]Il priait comme un Chrétien et se battait comme un Turc’.

[15] G. le G. N., Samuel Speed, dans: Dictionary of National biography, Vol. XVIII, col. 727.

[16] Information qui figure sur une généalogie que possède le château de Viry, mais que nous n’avons pu vérifier plus amplement.

[17] G. G., Adam de Cardonnel, dans: Dictionary of national biography, Vol. III.

[18] E. I. C. Richard Temple, lord Cobham, dans: Dictionary of National Biography, XIX, 1917, 518-519.

[19] Richard BISGROVE, Charles Bridgeman and the English landscape gardens, dans: Gobions Estate North Mymms Hertfordshire, 1993; Peter WILLIS, Charles Bridgeman and the English landscape garden, London, 1977, reprint, Newcastle upon Tyne, 2002.

[20] George CLARKE (ed.), Descriptions of Lord Cobham’s Gardens at Stowe, 1700-1750, Aylesbury, Buckinghamshire Record Society, 1990; Michael BEVINGTON,  Stowe: The Garden and the Park. Stowe, Capability Books, 1996; Michael BEVINGTON, Stowe House, 2002 ; Rodney SHIRLEY, Articles and other works about Stowe house and Stowe landscape gardens, 2004 (site internet Stowe school).  Le National Trust est désormais propriétaire des jardins, qu’il présente comme Britain’s largest work of art et comme one of the supreme creations of the Georgian era. Le château appartient au Stowe House Preservation Trust, fondé par l’école secondaire qui s’y trouve. Outre le château, en voie de restauration, English Heritage a mis sur la liste des monuments en péril les parties suivantes du domaine : Monument au capitaine Cook (1778), l’Arche dorique et l’Arche corinthienne (1765), la statue équestre de George I, la Grotte (1739), le Temple de l’Amitié (1739), Les Pavillons du Lac (1730), le Pont Palladien (1738), le Temple de la Reine (1740), l’Obélisque (1760) et le West-Boycott Pavilion (1728).

[21] Duncan C. TOVEY, Thomas Gray and his friends, Section V. Miss Speed to Gray, Cambridge, 1890, p. 195-200.

[22] Daniel DEFOE, Tour tro’ the Whole Island of Great Britain (1724-6 and 1742), contient une description des jardins de Stowe.

[23] Jonathan SWIFT, The Journal to Stella, Letter 7, London, 1766, s’étend sur le déjeuner qu’il a eu avec Cobham et Congreve.

[24] The Triumphs of Nature (1732), des vers décrivant les jardins de Cobham. Publié dans The Gentleman’s Magazine (1742).

[25] Congreve publia en 1729: Of Rightly Improving the Present Times: an Epistle from Mr. Congreve to the Right Honourable Richard Lord Viscount Cobham

[26] Son œuvre la plus connue, Leonidas, poème épique consacré à la liberté, en douze volumes, fut dédiée à Cobham.

[27] L’auteur de l’hymne national non-officiel ‘Rule Britannia’, célébra les jardins de Stowe dans son poème The Seasons: 4. Autumn (1730). Haydn utilisa une traduction du texte pour son oratorium Les Quatre Saisons.

[28] Pope adressa le premier de ses Moral Essays à Cobham: Epistle I. To Sir Richard Temple, Lord Viscount Cobham. Il célébra Stowe dans son An Epistle to the Right Honorable Richard Earl of Burlington (1731).

[29] Alexander POPE, The Correspondance of Alexandre Pope, edited by George SHERBURN, 5 Volumes, Oxford, Clarendon Press, 1956. Lettre de Pope à son amie Martha Blount, 4 Juillet 1739.

[30] Samuel JOHNSON, The Life of John (sic) Hammond, dans: The Works of the English Poets from Chaucer to Cowper, Ed. Alexander Chalmers, 21 Vols, Vol 11, London, 1810.

[31] Stowe, The Gardens of the Right Honourable Richard Viscount Cobham (1732). Description des jardins sous forme d’un long poème.

[32] A description of the Gardens of Lord Viscount Cobham at Stow (1744). Le premier guide touristique des jardins. L’auteur était libraire à Buckingham.

[33] Dialogue Upon the Gardens of the Right Honourable the Lord Viscount Cobham at Stow in Buckinghamshire, (1748, reprint 1993). Il s’agit d’un essai.

[34] The Beauties of Stowe (1750, reprint 1977).

[35] ‘De ces temples je fais mes délices’.

[36] Jonathan BERRY, Chinoiserie aux Champs Elysées, dans : La revue des jardins historiques / Historic Gardens Review, 1998-99.

[37] Patrick EYRES (ed.), The Political Temples of Stowe, dans : New Arcadian Journal, 1997.

[38] Howard COLVIN, A biographical dictionary of British architects (1600-1840), London, 1978; L. WHISTLER, The Authorship of the Stowe Temples, dans : Country Life, 20 sept. 1950 et 12 jan. 1951.

[39] Patrizia GRANZIERA, Freemasonic symbolism and Georgian Gardens, dans : Esoterica, Michigan State University, 2003, p. 41-72.

[40] Dustin GRIFFIN, Patriotism and Poetry in Eighteenth Century Britain, Cambridge, 2002.

[41] L. S. LEADAM, The History of England. From the death of Anne to the death of George II (1702-1760), London, 1909, p. 347 et 360.

[42] British Library, London, Egerton manuscript 2400, lettre de Thomas Gray du 20 juin 1760 à Thomas Wharton; Paget TOYNBEE and Leonard WHIBLEY (ed.), Correspondence of Thomas Gray in 3 vols., with corrections and additions by H. W. STARR, Oxford, Clarendon Press, 1971, letter no. 313, vol. II, p. 677-682.

[43] Cette brasserie, à une certaine époque la plus importante productrice au monde, située dans le quartier londonien de Southwark, avait englobé le terrain du Globe Theatre de Shakespeare et demeura indépendante jusqu’en 1955, lorsqu’elle fusionna avec les brasseries John Courage. En 1980 la brasserie de Southwark fut fermée et démolie, les terrains vendus à des promoteurs, tandis que le Globe Theatre fut reconstruit. Suite à plusieurs fusions et reprises, le successeur direct de Anchor Breweries est présentement Scottish and Newcastle, entreprise internationale, e. a. propriétaire de la bière blonde brugeoise, Blanche de Bruges.

[44] The Grenville Papers, being the Correspondence of Richard Grenville, Earl Temple, K.G., and the Right Hon. George Grenville, their Friends and Contemporaries, London, 1852; John BECKETT, The rise and fall of the Grenvilles : the dukes of Buckingham and Chandos, 1710 to 1921, Manchester, Manchester University Press, 1994.

[45] Graydon BEEKS, Haendel and Lady Cobham, dans: Newsletter of the American Haendel Society, 1996, p. 1-4. Je remercie le professeur G. Beeks, ainsi que Mme Marjorie Pomeroy (The American Haendel Society) et Mr David S. Zeidberg et Mme Mary Robertson (The Huntington).

[46] Romain ROLLAND, Haendel, dans: Revue de Paris, 1910, p 791-808.

[47] G. BEEKS, o. c.

[48] Charles BURNEY, The Present State of music in France and Italy, Londres, 1780, p. 180; René BOUVIER, Farinelli, le chanteur des rois, Paris, Albin Michel, 1943; Charles BURNEY, Viaggio musicale in Italia, Torino, EDT, 1987, p. 174-201; Patrick BARBIER, Farinelli, le castrat des Lumières, Paris, Grasset, 1994, p. 86; T. McGEARY, Farinelli and the Duke of Leeds: ‘tanto mio amico e patrone particolare, dans: Early Music, Volume 30, May 2002, p. 202-213; Dr. Thomas McGEARY, Farinelli chez les Anglais: Dieu ou Démon?, dans: Université de Caen, La revue Lisa - Lisa e-journal, 2004

[49] D. C. TOVEY, o. c., p. 195.

[50] Horace Walpole, lettre à Georges Montagu du 11 décembre 1760 dans : The letters of Horace Walpole, Volume III, p. 106.

[51] G. BEEKS, o. c. p. 2.

[52] G. BEEKS, o. c. p 4.

[53] Sarah SCOTT, Millennium Hall, London, 1762; reprint Ontario, Canada, Broadview Literary Texts, 1999 (le manifeste des bas-bleus sous forme romancée).

[54] D. C. TOVEY, o. c., p. 196. ‘Ma vieille amieMademoiselle Speed vient de faire quelque chose que le monde considérera comme une folie. Elle a épousé le baron de la Perrière, fils de l’ambassadeur de Sardaigne, le comte de Viry. Is a environ 28 ans (dix ans de moins qu’elle) mais a pluôt l’air d’un quadragénaire. Ce qui n’est toutefois pas le résultat de débauxes, car il s’ajit d’un homme sobre et de bon caractère, honnête et pas magicien’.

[55] Tomaso RICARDI di NETRO, Henrietta Jane Speed et ses relations familiales, Turin, 2001, (non publié)

[56] D. C. TOVEY, o. c., p. 199.

[57] ‘Mais la dame échappa à cette destinée quelque peu faible pour devenir la baronne de la Perrière, ensuite comtesse de Viry et une dangereuse intrigante politique’.

[58] Idem, p. 196. ‘Elle n’a aucune obligation à se convertir, mais ne sera point reçue à la Cour de Turin aussi longtemps qu’elle ne l’aura pas fait.

[59] Voir note 7.

[60] DU BOIS MELLY, Histoire anecdotique et diplomatique du Traité de Turin entre la Cour de Sardaigne et la Ville de Genève, 1754. Genève, Georg, 1880, p.7

[61] J.-P. LAVERRIERE, Un village entre la Révolution et l’Empire. Viry en Savoie, 1792-1815, Paris, Albatros, 1980, p. 286-287.

[62] L. DUTENS, Mémoires d’un voyageur qui se repose, 3 volumes, Paris, 1805. Dutens, un huguenot né à Tours et émigré en Angleterre, grand voyageur, éditeur des œuvres complètes de Leibniz en 5 volumes (1768), ami de J. J. Rousseau, propagateur d’idées cosmopolites et auteur sur maints sujets.

[63] D. C. TOVEY, o. c., p. 196.

[64] Comme date de naissance de Lusitanus, l’université de Glasgow indique par erreur 1495. Il faut lire 1456. En 1495, après ses études en Italie, le Portugais Barbaro enseigna à Salamanque. Je trouve deux dates de décès : 1530 et 1540.

[65] University of Glasgow, Archives H. Hunter, letters H120a (15 septembre 1769) et H120b (20 décembre 1770); Helen BROCK (ed.), The correspondence of Dr William Hunter, 1740-1783. Transcript of letters with notes and commentary, Cambridge, 1993.

[66] Portraits toujours conservés au château de Viry.

[67] Le diplôme, encadré, est conservé au château de Viry.

[68] Archives Nationales Paris, archives royales (bureaux des menus plaisirs), document inédit; Léon REY, Le mariage de Madame Clotilde, dans: Cahiers de Savoie, 1946; Georges de CHAFFOY de COURCELLES, Présence Savoisienne en Belgique sous le Consulat et l’Empire, dans: De Schakel, 1965, p. 1-4.

[69] G. de CHAFFOY de COURCELLES, o. c.

[70] Jules FLAMMERMONT, Les correspondances des agents diplomatiques étrangers en France avant la Révolution conservées dans les archives de Berlin, Dresde, Genève, Turin, Genes, Florence, Naples, Simancas, Lisbonne, Londres, La Haye et Vienne, Paris, Imprimerie Nationale, 1896; Antonia FRASER, Marie-Antoinette. The Journey, London, 2001, p. 185.

[71] Tomaso RICARDI di NETRO, Piemontesi nell’Europa delle corti fra seicento e settecento, dans: Vittorio Alfieri, aristocratico ribelle (1749-1803), a cura di R. Maggio Serra, F. Mazzocca, C. Sisi, C. Spantigati, Milano, Electa, 2003, p. 202-205.

[72] V. ALFIERI, Vita di Vittorio Alfieri scritta da esso, epoca III, cap. XII.

[73] A. MERLOTTI, Il caso Dunand: vitalità e insidie della sociabiltà nella Torino di Alfieri (1772-1777), in: Alfieri e il suo tempo, atti del convegno internazionale (Torino-Asti, 29 novembre - 1 dicembre 2001), a cura di M. Cerruti, M. Corsi, B. Danna, Firenze, Olschki, 2003, p. 131-177. Le nom est courant dans le comté de Viry, probablement s’agit-il d’une personne venue avec le Comte de Viry à Turin.

[74] P. MERLIN – C. ROSSO – G. SYMCOX – G. RICUPERATI, Il Piemonte sabaudo. Stato e territori in èta moderna, Turin, 1994, p. 612-616; M. A. MICHELETTI DARBESIO, Dai castelli di un casato mille anni di storia: de Viry, dans: Di qua e di là dai monti, Savigliano, 1973-75, Volume II, p. 255-263.

[75] J.-P. LAVERRIERE, o. c., p. 38. En 1794 dans un mémoire justificatif, de Viry indiquait 1781 comme date pour cette transaction.

[76] Information donnée par le comte Pierre de Viry.

[77] Parfois: Farmer.

[78] Yale University, Beinecke Rare Book and Manuscript library, James Marshall and Marie-Louise Osborn Collection, ACC: 99.12.6.

[79] Date mentionnée dans un manuscrit ‘Histoire de la famille de Viry’, rédigé à la fin du 18ième siècle par ou pour Justin de Viry (Archives château de Viry).

[80] J.-P. LAVERRIERE, o. c., p. 56.

[81] Robert LACOUR-GAYET, Calonne. Financier, réformateur, contre-révolutionnaire, Paris, Hachette, 1963, p. 319.

[82] Armorial Nobiliaire de Savoie p. 38.

[83] J.-P. LAVERRIERE , o. c., p 75.

[84] Idem, p 169.

[85] Idem, p 168.

[86] Idem, p 289.

[87] Idem, p. 74

[88] A. PALLUEL-GUILLARD, o. c. p. 32.

[89] J. P. LAVERRIERE, o. c., p 107-109.

[90] Idem, p 95.

[91] Idem, p. 122.

[92] Idem, p 133 et 285.

[93] Idem, p 135.

[94] Idem, p 151.

[95] Idem, p. 116.

[96] Claude BARBIER, e a., Viry, “Terra Sainta”, éditions La Salévienne, 2003, p 109.

[97] J. P. LAVERRIERE, o. c., p  117.

[98] Idem., p. 113.

[99] Idem, p. 143.

[100] Idem, p  152.

[101] Idem, p 162-163.

[102] Idem, p 169-170 et 285.

[103] Idem, p. 284-293.

[104] Idem, p 287.

[105] A. PALLUEL-GUILLARD, o. c., p. 90. En tenant compte de ce qu’un louis d’or valait 20 francs et qu’il est estimé avoir une valeur et un pouvoir d’achat début du XXIe siècle de environ 75 euro, les chiffres peuvent en gros être convertis en respectivement 2.250.000 et 4.500.000 euro pour le capital et en 93.750  et 225.000 euro pour les revenus.

[106] LAVERRIERE, o. c., p 288-289.

[107] Idem, p 180.

[108] Idem, p 185.

[109] Idem, p 224, 230, 234, 237, 249 et 267.

[110] Idem, p 254 et 260.

[111] Idem, p 273.

[112] Idem, p 280

[113] Claude BARBIER, Eglise et paroisse à l’heure révolutionnaire (1792-1815), dans: Viry, “Terra sainta”, p. 127-143.

[114] Thierry LENTZ, Le 18 Brumaire, Paris, Picollec, 1997; Jean TULARD, Le 18 Brumaire, Paris, Perrin, 1997; Euloge BOISSONADE, 18 Brumaire An VIII, le coup d’état de Napoléon Bonaparte, Paris, EMH, 2003.

[115] Le décret du 8 novembre 1798 ordonnait la déportation de 8000 prêtres dans les départements belges.

[116] Archives de la ville de Bruges, (SAB), VW, MV 1799, folio 139.

[117] L. DE LANZAC DE LABORIE, La domination française en Belgique, Paris, 1895; Albert SOREL, L’Europe et la Révolution Française, Tome V, Bonaparte, 1796-1804, Paris, Plon, 1901; Paul VERHAEGEN, La Belgique sous la domination française, 1792-1814, Bruxelles, 1922-1929, 5 Vol., réédition 1981; J. DE SMET, L’administration du Département de la Lys après le coup d’état de Brumaire, dans : Annales de la société d’émulation de Bruges, 1931, p. 121-138; J. DE SMET, Inventaris van het archief der Franse hoofdbesturen in West-Vlaanderen 1794-1814, Brussel, 1951; J. VERHELST, De “Archives Nationales” te Parijs. Documenten betreffende de Leie- en Scheldedepartementen in de reeksen C en F, 1789-1815, dans : Handelingen van de Koninklijke Commissie voor Geschiedenis, 1969, p. 1-70.

[118] F. LETANG, Alexandre-Romain Crochon, dans : Dictionnaire de Biographie nationale, Tome IX, col. 1260, Paris, 1961. Alexandre Crochon (Pont-Audemer 1759-1842), procureur dans sa ville natale, connut des hauts et des bas pendant la période révolutionnaire, devint membre du Conseil des 500 pour l’Eure, y fut très actif et seconda Lucien Bonaparte le 18 Brumaire. Pour l’en remercier il fut envoyé en mission dans les départements belges. Après 1800 il devint membre du Corps Législatif et après 1815 il se retira dans sa ville natale.

[119] SAB, VW, MV, 1799, folio 147.

[120] Joseph GEYSENS, De familie Mazeman (de Couthove) te Poperinge en te Proven, dans: Aan de Schreve, 1974, 1, p. 17-27; 2, p. 2-12; 3, p. 25-33.

[121] J. DE SMET, L’administration du Département de la Lys, o. c., p. 128.

[122] J. REGNIER, Les préfets du Consulat et de l'Empire, Paris, 1913; J. SAVANT, Les préfets de Napoléon, Paris, Hachette, 1958; Jean TULARD, Les préfets de Napoléon, dans : Les préfets en France (1800-1949), Genève, 1978, blz 5-10; R. BARGETON, P. BOUGARD, B. LE CLERC, P.-F. PINAUD, Les préfets du 11 ventôse an VIII au 4 septembre 1870,  Paris, Archives nationales, 1981; J.-O. BOUDON, La création du corps préfectoral en l’An VIII, dans : Revue du souvenir Napoléonien, 2000, n° 428, p. 9-15.

[123] La sous-préfecture de Bruges demeura sans titulaire jusqu’en 1811, le préfet se chargeant de surcroît de cette sous-préfecture liée au chef-lieu.

[124] Guy THUILLIER, Témoins de l'administration, Paris, Berger-Levrault, 1967; Jacques-Olivier BOUDON, La création du corps préfectoral en l’An VIII, Revue du souvenir napoléonien, 2000.

[125] Comte DE LAS CASES, Le Mémorial de Sainte-Hélène, Bibliothèque de la Pléiade, Volume II, Paris, 1957, p. 286-288.

[126] Idem, p. 291.

[127] Archives Nationales (AN), AF 8 (dossier 33)

[128] Nombre d’habitants par département, en milliers, début des années 1800 : Escaut (525), Lys (490), Jemappes (443), Dyle (363), Ourthe (313), Deux Nèthes (249), Basse Meuse (232), Forêts (225), Sambre et Meuse (165).

[129] SAB, VW, MV, 1800, folio 162.

[130] Louis BERGERON & Guy CHAUSSINAND-NOGARET (direction de), Les grands notables du premier Empire, Paris, CNRS, 1978, p. 89.

[131] AN, F1b I 158/22 (6)

[132] Voir note 7 : SARDINIAN CHAPEL, p. 292: Die 29 Julii 1766 Baptizatus fuit Franciscus-Josephus-Maria-Henricus Filius Illustrmi Dni D. Josephi-Maria De Viry Baronis De la Perriere & Nobilissmae Dnae D. Henriettae-Joannae Baronissae De la Perriere : Natus 27 hujus. Patrini fuere Illustrs Dmns D Franciscus-Josephus Comes de Viry & D. Francisca Deville Comitissa De la Croix: per Procuratores Hyacinthum Jacquier & Catharinae De Portemont. p. Bern: Baker.

[133] J.-P. LAVERRIERE, o. c., p. 287.

[134] Gerrit Parmele JUDD, Members of Parliament 1734-1832. A study of the relationship between the British ruling class and the House of Commons, with a list of members for the period, Yale University Press, New Haven, 1955. Le district de Huntingdon fut représenté à la Chambre des Communes, au 17ième siècle par Oliver Cromwell  et à la fin du 20ième siècle par John Major.

[135] N. A. M. RODGER,  The Insatiable Earl: A Life of John Montagu, Fourth Earl of Sandwich, New York - London, 1993.

[136] M. J. LEVY, Love and Madness: The Murder of Martha Ray, Mistress of the Fourth Earl of Sandwich, London/New York, W. Morrow, 2004; John BREWER, A Sentimental Murder : Love and Madness in the Eighteenth Century, New York/London, Farrar Straus & Giroux, 2004. A remarquer qu’en 2004, à quelques semaines de distance, deux livres ont paru, consacrés à l’assassinat de Martha Ray, de qui la fille fut comtesse de Viry.

[137] J. M. R., Basil Montagu, dans: Dictionary of national biography, Vol XIII col. 662-665.

[138] Basil MONTAGU, The Opinions of Different Authors upon the Punishment of Death, London, 1809, 3 Vol., (réédition, University of Chicago, 2004)

[139] [Sir Basil MONTAGU], Some enquiries into the effects of fermented liquors, by a water drinker, London, 1818.

[140] A. VAN DEN ABEELE, Thomas Forster, ‘a remarkable man’, dans : Biekorf, 1999, p. 234-248 et 498-515. Basil Montagu était le cofondateur de la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (RSPCA).

[141] R. G. T[HORNE]., Speed, Henry alias de Viry, François Joseph Marie Henri, baron de la Perrière, in: Roland G. THORNE (ed.), The History of Parliament – The Commons 1790-1820, London, 1986. Je remercie la House of Commons Information Office pour les informations. Également dans : J. BREWER, o.c., p. 256-258.

[142] B. de CHILLAZ, Les descendants de John Montagu et Martha Ray (non publié)

[143] Sir Edward SULLIVAN, Buck Whaley's Memoirs, Including His Journey to Jerusalem, written by himself in 1797 and now first published from the recently discovered manuscript, with Introduction and Notes, London, Alexander Moring Ltd, 1906, voir: Préface.

[144] George WOODS, An account of the past and present state of the Isle of Man, London, 1811, Part I, Chapter VIII.

[145] AN, AF 8 (dossier 33); J.-P. LAVERRIERE, o.c., p. 291.

[146] SAB, VW, MV, 1800, folio 162.

[147] SAB, Registres de la population 1809-1830.

[148] J.-P. LAVERRIERE, o.c., p. 291.

[149] SAB, VW, MV, 1800, folio’s 194-195; L. DEVLIEGHER, Van Waterhalle tot Provinciaal Hof, Brugge, 1994, p. 40-51.

[150] SAB, VW, MV, 1800, folio 195.

[151] Idem, folio 219.

[152] Idem, folio 229-230.

[153] SAB, Placards, première série, n° 18, imprimé 51, Eer-trompette geblaezen tot lof van de deugdelijke en menschlievende Burger-Vaders (...) die verkregen hebben den vrijheyd van den Brugschen Kom (...) onder de bescherminge en medewerking van (...) Mijnheer Joseph Marie Deviry (...), 1803.

[154] Biographie Universelle, art. Fourcroy; St. LE TOURNEUR, Antoine de Fourcroy, dans : Dictionnaire de biographie française, Tome XIV, 1979, col. 749-752.

[155] AN, rapport Fourcroy, AF IV, 10019.

[156] E. HOSTEN en Eg. STRUBBE, Catalogue du Musée communal des Beaux-Arts de Bruges, Bruges, 1935, p. 80; [Dirk DE VOS], Brugge, Stedelijke Musea, Beknopte catalogus schilderijen, Brugge, 1973, p. 66; A. VAN DEN ABEELE, Le département de la Lys. Les arts plastiques, dans : La vie culturelle dans nos provinces sous le régime français, Bruxelles, Crédit Communal, 1989, p. 135-140 et 143.

[157] Ph. VAN HILLE, Het Hof van Beroep van Brussel en de rechtbanken van Oost- en West-Vlaanderen onder het Frans Bewind – 1800-1814, Handzame, 1970, p. 157.

[158] SAB, VW, MV, 1800, folio 219.

[159] Gazette van Brugge en van het Leyedepartement, 29 Thermidor VIII (17 août 1800).

[160] Gazette van Brugge en van het Leiedepartement, 1 Fructidor XI (19 août 1803)

[161] SAB, VW, MV, 1800, folio 204.

[162] Ph. MASSON, Napoléon et l’Angleterre. I: Napoléon contre la marine anglaise (1797-1805), dans: Revue du souvenir napoléonien, mars-avril 1995, p. 27-45.

[163] Deux villes qu’il avait déjà visité en février 1798

[164] J. YERNAUX, Le Premier Consul en West-Flandre, dans : Annales de la société d’émulation de Bruges, 1911, p. 185-223.

[165] Idem, p. 187.

[166] LANZAC, o. c., Tome I, p. 401-402.

[167] AN, F1b II, Lys 6, rapport du 3 septembre 1802.

[168] W. VAN HILLE, De “maire” van Veurne afgezet, dans : Bachten de Kuupe, 1969, W. PAUWELS, Veurne in de Franse tijd, Veurne, 1990, p. 57-58. Je remercie l’archiviste de la ville de Furnes, Monsieur Jan Van Acker.

[169] AN, F1b II, Lys 2.

[170] AN, F1b II, Lys 2, lettre du 28 mars 1803.

[171] AN, F1b II, Lys 2, lettre du consul Lebrun du 23 décembre 1801.

[172] M. C. VIRY,  Mémoire statistique du département de la Lys, adressé au ministre de l'intérieur, d'après ses instructions, Imprimerie impériale, 1804, réimprimé, Paris, Hachette & Bibliothèque nationale, 1975. Texte complet sur le site de la Bibliothèque nationale, projet Gallica.

[173] J. FESTJENS, De ‘mémoire statistique’ van Viry, prefect van het Leiedepartement. Episode uit de moeilijke opgang naar een wetenschappelijke statistiek, Leuven, 1967, thèse de licence (inédite); Jozef FESTJENS, De mémoire statistique van het Leiedepartement,  dans: Standen en Landen, n° 58, 1972, p. 135-170.

[174] J. MERTENS en W. VANDERPIJPEN, Schets van de Westvlaamse landbouw eind 18e – begin 19e eeuw, dans: Annales de la Société d’Emulation de Bruges, 1970, p. 277-301.

[175] D’origine suisse, Wieland fut une personnalité marquante en son pays d’adoption. Il fut en outre le beau-père du docteur Constantin Rodenbach, un des fondateurs de la Belgique indépendante en 1831 et par lui l’arrière grand-père de l’écrivain Georges Rodenbach.

[176] Paris, l’Imprimerie impériale, an XII (donc publié postérieurement au 18 mai 1804, date de la fondation de l’Empire).

[177] LANZAC, o c. , Tome I, p. 367.

[178] Idem, p. 353.

[179] Idem, p 434.

[180] Archives de l’État, Bruges Brugge (RAB), Archives du département de la Lys (Lys), 1451.

[181] Idem.

[182] J. YERNAUX, o. c., p. 186.

[183] L. VAN ACKER, Het politiereglement van Izegem uit 1806, dans: Biekorf, 2003, p. 236-239.

[184] E. N. [A. VIAENE], Reglement op de uithangborden, dans: Biekorf, 1975, p. 250.

[185] L. VAN ACKER,  Het ontstaan van de Handelskamer te Oostende, dans Biekorf, 1987, p. 375-383; L. VAN ACKER, De vloot van Oostende in 1803, dans: Biekorf, 1995, p. 154.

[186] P. VERHAEGEN, Biographie nationale, de Viry, o. c.

[187] L. VAN ACKER, Handel en nijverheid te Kortrijk in de Franse tijd, dans : Biekorf, 1989, p. 37-44; RAB, Lys, 2865.

[188] L. VAN ACKER, Brugse blekers naar Parijs, dans: Biekorf, 1994, p. 392.

[189] L. VAN ACKER, Brugse deelname aan de expositie van Parijs in 1806, dans: Biekorf, p. 111.

[190] L. VAN ACKER,  Heideontginning ten zuiden van Brugge, dans: Biekorf, 1960, p. 235-238; A. VAN DEN ABEELE, Andries van de Bogaerde (...), dans: Handelingen van het Genootschap voor geschiedenis in Brugge, 2002, p. 80-124.

[191] J. TULARD, Napoléon et la noblesse d’Empire, Paris, 1974 (réédition 2001).

[192] A. VAN DEN ABEELE, De filosoof Thomas Paine en zijn Brugse vriend Joseph van Huele, dans: Brugge die Scone, 1993, n° 4, p. 7.

[193] RAB, Lys, 1451.

[194] COUPLETS CHANTES au concert donné par la Ville de Bruges, le vendredi, 24 Octobre 1806, a Monsieur le Senateur DE VIRY, Chambellan de S. M. l'Empereur et Roi.... F.Van Eeck, imprimeur de la Mairie. 4 Pages, petit format.

[195] L’Almanach Impérial pour l’Année 1810.

[196] Ph. VAN HILLE, o. c., p. 164.

[197] J.-P. LAVERRIER, o. c., p 250, 252 et 259

[198] Patrick RAMBAUD, La Bataille, Paris, Grasset, 1997, Prix Goncourt 1997, a décrit dans ce livre passionnant la bataille avec l’histoire avant et après.

[199] Mémoires du général baron Marcel de Marbot, Paris, Plon, 1891, réédition Paris, Mercure de France, 2001. Jean Antoine Marcelin de Marbot (1782-1854) parcourut une belle carrière militaire tant sous l’empire que sous la monarchie restaurée. Il reste surtout connu à cause de ses mémoires, écrites avec vivacité. Il mentionne de Viry en Volume I, chapitres 37, 40, 43, 46, 47 et 48.

[200] A. PALLUEL-GUILLARD, o. c., p. 32-34.

[201] Valérie-Noelle JOUFFRE, Le Panthéon, Rennes, 1989; Alexia LEBEURRE, Le Panthéon, Paris, Éditions du Patrimoine, 2000.

[202] J.-P. LAVERRIERE, o. c., p. 322.

[203] A. ROBERT, etc, o. c.

[204] Je remercie Messieurs Jean-Claude Buzzini et Gérard Lepère pour leur collaboration au texte définitif du présent article.

www.andriesvandenabeele.net