SRS - VAGINOPLASTIE


Lorsque je me suis réveillée, mes yeux se sont ouverts sur un hublot perdu dans un blanc immense.

Derrière le hublot, Madame de Cat me faisait signe de la main pour attirer mon regard.

Elle avait le sourire d'une enfant fière de la grosse bêtise qu'elle vient de faire...


J'ai toujours rêvé de me faire opérer. C'est une évidence. Mais voilà, tout  est en ordre! La date de mon intervention est programmée 6 mois à l'avance. Les jours se rapprochent et voila que je n'en suis plus du tout certaine. Après tout, j'ai toujours été une femme! Pourquoi les autres tiennent il tellement à ce que je me fasse opérer pour me considérer comme telle. Pourquoi risquer ma vie ou pire, ne plus jamais avoir de sensibilité.  J'en viens a leur en vouloir de m'imposer cette intervention.

Jamais les mois n'ont passé si vite tant ma peur est grande. Je me suis passée de l'avis des psychiatres car c'était clairement mon choix, mon seul et unique choix. Je ne leur ai demandé que des attestations de bonne santé mentale qui m'assuraient que je ne souffrait d'aucun trouble m'empêchant de prendre ma décision en toute sérénité. Je n'ai eu l'aval de personne et désormais toute la responsabilité repose sur ma décision. Finalement, s'il n'y entendent rien à la transsexualité, les psy sont peut être utiles justement à franchir l'étape si difficile de la mutilation. Pour en partager la responsabilité par le veto qu'ils nous imposent. Parce que l'on a beau dire que le sexe n'est pas amputé mais retourné, cela reste tout de même la mutilation d'un corps sain. Mon Dieu qu'elle est difficile à franchir cette barrière de l'instinct de conservation.

Mais en définitive, cette peur qui me tenaille est rassurante. La meilleure preuve que cette intervention est nécessaire, c'est que cette peur instinctive ne parvient pas à résoudre mon choix.  Mon désir persistant de srs est un désir légitime, et ma peur me préserve de la folie.

Les jours passent et ne m'ôtent pas cette peur de l'esprit. Je ne peux tout de même pas subir cette intervention dans un tel état d'esprit. Faut il la reporter? Je me laisse jusqu'à j -15  pour prendre ma décision. Heureusement, 43 jours avant la date fatidique, toutes mes craintes se sont apaisées. La raison me disait de renoncer par crainte, par raison, et en définitive, pour de mauvaises raisons. Mais mon intuition me dictait d'aller jusqu'au bout sans me soucier de pour qui ou de pour quoi. Quand le moment est venu, il n'y a plus de place pour le mensonge, pour la peur ou pour l'espoir. Je le fais seulement pour moi.

Madame de Cat opère dans plusieurs hopitaux et, sur les conseils d'une amie, j'ai porté mon choix dans le plus petit d'entre eux. Il n'est pas mal et l'on s'y sent un peu comme dans un petit village. On fini par connaitre tout le monde. Ils y a ceux que l'on apprécie et qui vous apprécient... et puis il y a les autres avec qui il faut bien vivre... sauf qu'en convalescence, l'on se retrouve à leur merci!

Madame de Cat qui a fait toutes les démarches pour moi m'a inscrite à ma demande dans une chambre commune car j'aime papoter. Sur base de mon prénom légal, on m'a inscrite parmi les hommes. Il n'en était pas question et l'infirmière a heureusement vite fait d'arranger ce petit couac. Avec le recul, je pense que cela aurait été plus amusant de passer la nuit précédant l'intervention avec les hommes pour me retrouver ensuite chez les femmes une fois opérée. J'ai été sotte mais je dois avouer qu'a cette époque je revendiquai encore ma qualité de femme. Ces pensées me sont venues alors que je n'avais plus rien à prouver.

Je me présente à l'étage dans le bocal pour remplir ma fiche et je suis étonnée de m'entendre dire à peu près ceci: "Si vous êtes gentille, on s'occupera bien de vous, sinon... " et moi de fondre en larme... Comment est il possible qu'une infimière puisse tenir ce langage à une patiente qui se présente pour subir une intervention qui demande autant de courage? En réalité, elle n'etait pas méchante, mais simplement fainéante. Toute les excuses étaient bonnes pour ne rien faire. J'ai pu l'observer à loisir et ses principales occupations consistaient soit à se cacher pour ne pas travailler soit à se joindre à d'autres pour les regarder travailler. Ce qu'elle apréciait, c'était courir dans toutes les chambres pour appeler ses collègues pour le repas de midi. Risible mais si je n'y avais pris garde, elle m'aurait posé un problème car c'est moi qui ai dû réclamer à Mme de Cat l'ampoule de lavement qu'elle avait omi de me remettre. Par chance, je m'étais documentée!!!

La soirée s'est passée, je me suis douchée et j'ai lavé à trois reprises mon sexe à l'isobétadine. J'aurais voulu me masturber pour lui faire mes adieu mais je n'en avais pas l'envie. Il n'existait déjà plus. Des amies sont venues m'offrir des fleurs et l'on a papoté. Je n'étais ni impatiente, ni effrayée. J'ai dormi comme un bébé.

Le lendemain matin, j'ai fait ma valise, reçu une dose de prénarcose et l'on m'a enmenée pour l'intervention.

Lorsque je me suis réveillée, mes yeux se sont ouverts sur un hublot perdu dans un blanc immense. Derriere ce hublot, Madame de Cat me faisait signe de la main pour attirer mon regard. Elle avait le sourire d'une enfant fière de la grosse bêtise qu'elle vient de faire...

Je suis restée longtemps sans ouvrir les yeux, j'étais camée...

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