Le Baron Charles Poswick

Comment évoquer, sans la trahir, une personnalité à la fois aussi publique, aussi multiple et aussi réservée que Charles Poswick ?

Des éloges divers et nombreux ont tenté d'exprimer les impressions et les impacts laissés par le passage de Charles Poswick dans notre Belgique de cette seconde moitié du 20è siècle. Mais, en chute libre, entre terre et ciel, il échappe à toute appréciation que le rythme, le poids et la trajectoire de son passage.

Nul doute que sa personnalité a été marquée par son engagement, dès l'âge de 18 ans, dans la résistance, avec une tentative de fuir le risque du travail obligatoire par une évasion mouvementée et risquée vers des zones libres de mai à août 1943. Sa tentative échoue, mais on le voit mêlé au sauvetage d'un parachutiste canadien à Sauvenière le 18 juin 1944 et faisant le coup de feu, avec son frère Philippe et l'armée secrète, à Bois-de-buis, le 8 septembre 1944. Dès le 30 janvier 1945, il est intégré à la brigade d'infanterie "Libération" (dite Brigade Piron) avec laquelle il poursuit la libération de la Hollande.

Cinq années de guerre, dont trois très actives, marqueront toute la trajectoire de Charles Poswick de ce style militaire et chevaleresque. Un bon tiers de sa bibliothèque personnelle était consacré à la guerre de 1940 et aux grandes actions militaires de notre temps.

Il sera un para-commando actif jusqu'aux évènements de 1960 au Congo et il poursuivra sa carrière de réserviste jusqu'au bout. Un lien majeur et passionné le gardera proche de ce corps d'élite : le parachutisme en chute libre. Il deviendra membre d'honneur de l'amicale para-commando (1984); et, après plus de 1623 sauts homologués en 30 ans de pratique (c'est-à-dire plus d'une fois par semaine tout au long d'une vie très active), il renonce enfin a saut à l'âge de 62 ans. Cependant, il tiendra à créer, au centre d'entraînement de parachutistes de Schaffen, un "prix commandant Poswick" destiné à encourager le parachutisme dans son acception la plus large (1989).

Mais le goût de la chose publique s'emparera bien vite de Charles Poswick.

Bardé de diplômes de l'UCL (docteur en droit, licencié en sciences politiques et diplomatiques, licencié en sciences commerciales et financières), il entame parallèlement une fructueuse carrière d'agent de change rompu aux frémissements de la Bourse et une carrière politique énergique qui commence au cabinet de Gaston Eyskens, alors premier ministre (1949).

En 1958, il succède à sa mère comme conseiller communal à Sauvenière, puis à Gembloux. C'est alors qu'il va changer le paysage politique belge. Au cours de la campagne pour les élections législatives de 1961, il entraînera de nombreux chrétiens au Parti pour la Liberté et le Progrès (PLP) dont il assurera, dès lors et pour de longues années, la vice-présidence.

Député en 1965, il sera ministre de la défense nationale en 1968, dans le gouvernement Van den Boeynants, et de nouveau, en 1980, dans le gouvernement tripartite Martens III.

Plusieurs fois vice-président de la Chambre et président de la Commission de la Défense Nationale, cet unitaire convaincu deviendra le premier président du Conseil de la Communauté française de Belgique (1984) avant d'être élu président du Conseil régional wallon (1985-1987).

Source "Le Sauvenièroy" - Automne & Hiver 1995 - Fr. Réginald-Ferdinand Poswick.