Bruxelles, les 7-8-9 décembre 2001
Pourquoi organisons-nous ces journées?
L’an dernier des centaines de milliers de femmes de par le monde ont répondu à l’appel lancé par des militantes québecquoises, pour organiser en l’an 2000 la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et les violences faites aux femmes. Elles y ont toutes dénoncé la mondialisation qui ne fait qu’accroître cette pauvreté et cette violence et mis en évidence le lien très fort entre patriarcat, capitalisme et mondialisation /globalisation.
Leur voix et leur vision du monde sont une fois de plus occultées et par les médias et par la plupart des mouvements anti-mondialistes.
Nous voulons faire entendre la voix particulière des femmes dans le mouvement anti-mondialisation qui ignore la problématique du genre, y traquer le sexisme, réinvestir l’entièreté du champ politique et social et dynamiser les luttes à la lumière de nos propres analyses.
Le mouvement anti-globalisation présente une autre lacune de taille. Si on peut adhérer sans réserves à la plupart des ses revendications, comme par exemple l’abolition de la dette du tiers-monde, force est de constater qu’elles se situent généralement à l’intérieur du système patriarcal capitaliste très capable de les intégrer.
Nous voulons un autre avenir qui ne mette pas en danger l’avenir des générations futures et enfin ouvrir le débat sur les alternatives possibles au néolibéralisme patriarcal capitaliste. Nous prenons pour point de départ de nos réflexions l’écoféminisme, une contraction d’écologie et féminisme et parmi les «tendances» de cette pensée, celle de «l’école allemande» qui contient aussi, pourrait-on dire, la contraction d’économie. C’est une des rares théories politiques à présenter aujourd’hui une alternative réelle appelée «perspective de subsistance» qui peut servir de point de départ à des débats.
La répression contre les manifestations anti-globalisation néolibérale et les mesures envisagées pour combattre le terrorisme après la tragédie du 11 septembre 2001 nous montrent combien, dans ce monde, la puissance publique des Etats a abdiqué devant la puissance des entreprises internationalisées de sorte que notre démocratie est de plus en plus virtuelle. Des gouvernements élus démocratiquement gouvernent en faveur des transnationales et contre leur propre population.
Nous voulons souligner que toute alternative au patriarcat capitaliste néolibéral est impensable sans principes démocratiques qui ne sont pas nécessairement ceux d’une démocratie représentative.
Qui sommes-nous ?
Le collectif FAR, Femmes-Alternatives-Résistances s’est constitué pour organiser ces «Journées écoféministes pour des alternatives au patriarcat capitaliste» dans le cadre des nombreuses manifestations des mouvements contre la globalisation néolibérale prévues à l’occasion de la présidence belge de l’Union européenne. Nous espérons ainsi être une amorce pour la constitution d’un réseau de femmes qui clamera sa vision différente du monde.
Nous travaillons en collaboration avec deux ONG :
«L’association 29 rue Blanche, mouvements de femmes» et «Le Monde selon les femmes»
Contacts:
Courrier: Ecoféminisme c/o Association « 29 rue blanche » 1060 Bruxelles.
Courriel: ecofeminisme@tiscalinet.be
Site : http://home.tiscalinet/ecofeminisme (en développement)
Péril en la demeure
Quelques chiffres dans le desordre
La terre porte actuellement 6 milliards d’individus. Ils
seront 7,6 milliards dans un quart de siècle,
peut-être 10 milliards en 2005.
Côté ville : au début du XIXe siècle
à peine 3% de la population mondiale était
urbanisée, dans 5 ans plus de la moitié de
l’humanité s’entassera dans les villes!
Istanbul est passée de 1 million en 1950 à plus de
8 millions aujourd’hui, avec tous les dysfonctionnements
conséquentes.
Lagos, qui avait 290.000 en 1950, en comptera 24,4 millions
dès 2005 alors que Londres a mis cent trente ans pour
passer d’un million d’habitants à 8
millions.
A Pékin, circulent 1,3 million de voitures, en 1998 on a
compté 265 jours de smog.
Dès à présent, 600 millions
d’êtres humains vivent dans les bidonvilles, dans des
conditions épouvantables.
On estime que chaque année 800 millions de personnes
souffrent de malnutrition.
Côté campagne: Entre 50 et 300 espèces
végétales et animales s’éteignent
chaque jour.
En 2010, la couverture forestière du globe aura
diminué de plus de 40% par rapport à 1990. Entre 10
à 17 millions d’hectares de foret disparaissent
chaque année.
Six millions d’hectares de terres cultivables
disparaissent chaque année du fait de la
désertification.
Partout la surexploitation grignote à rythme
accéléré la superficie des terres
cultivables.
40% des surfaces de coton, 25% pour le maïs, 35% pour le
soja, sont déjà cultivées avec des semences
transgéniques. D’ici à moins de 5 ans,
probablement 70% des plus grandes cultures seront dans le
même cas (sources ministère américain de
l’Agriculture - USDA).
Ce désastre écologique annoncé est-il
irrévocable ?
M. Galimberti
Ecofeminisme, utopie ou
nécessité?
Ce néologisme, qui fait référence à
l’alliance entre féminisme et écologie mais
aussi à une analyse de l’économie globale par
un regard sexué et politique, n’est pas si nouveau.
Il a été crée dans les années 70, par
l’écrivaine libertaire et féministe Françoise
d’Eaubonne lors de
la parution de son livre "Ecoféminisme ou mort ", mais ses
principes avaient été déjà
énoncés en 1962 par l’Américaine
Rachel Carson, dans "Printemps silencieux", livre fondateur de
l’écologie moderne.
L’écoféminisme est à la fois un
mouvement de l’esprit, une philosophie de la vie, une
résistance politique. Il s’oppose de façon
radicale à la mondialisation néo-libérale,
considérée la cause des problèmes majeurs de
ce siècle : l’exclusion, les violences, la
pauvreté, la pollution, la guerre.
M.G. (extrait de http://www.penelopes.org/pages/beijing/textes/ecofem5.htm)
(...)Je suis sûre que, lors
du désastre de Tchernobyl, du beurre contaminé a
été envoyé en Inde au titre de l'aide
alimentaire. Une des avocates féministes qui luttait
contre cette importation a perdu son procès sous
prétexte d'interférer sur la possibilité
pour les pauvres d'avoir accès au beurre.
Il y a eu un cas similaire aux Etats-Unis. Les femmes
américaines qui se battent contre les aliments
génétiquement manipulés, ont
été informées par le Département
d'Etat que leur demande d'étiquetage sur ces produits
était irrecevable et contrecarrait l'aide alimentaire aux
pauvres. Le pouvoir global veut pouvoir continuer à
envoyer ces produits dangereux et toxiques aux consommateurs qui
n'ont ni la force politique organisée pour réclamer
l'étiquetage, ni le pouvoir individuel de ne consommer que
des produits sains.
Les pauvres deviendront des victimes de cette économie
alimentaire globale "moderne", industriellement produite, tout en
perdant leur rôle de producteurs/productrices de
nourriture.
Et ce n'est pas un accident que les domaines les plus vitaux
soient visés. Je me rappelle ce que disaient des membres
de la CIA et des responsables de l'agro-business américain
à un président des E.U: "Si nous pouvons
contrôler l'alimentation, nous serons en possession de
l'arme politique la plus puissante au monde ! "
(...) Il y a plusieurs voies possibles pour la recherche de
solutions:
- la première, c'est la solidarité directe entre
les travailleurs du Nord et ceux du Sud. Ce qui se passe
maintenant d'important dans le Nord, c'est la montée d'un
sentiment d'insécurité. Les gens perdent leur
emploi et sont incités à en attribuer la cause au
tiers monde, de qui ils sont de plus en plus tributaires.
Empêchés de produire pour eux-mêmes, les
peuples du Nord dépendent des importations des pays du
Sud, et les transnationales utilisent à leur avantage la
pauvreté du Sud pour diminuer les salaires, monter les
prix et garder ainsi tous le profit pour eux.
Il faut que les travailleurs du Nord comprennent pourquoi ils
perdent leur emploi et les travailleurs du Sud pourquoi ils ont
été déplacés. Ils ont
été déplacés par les mêmes
groupes économiques internationaux qui ont licencié
les travailleurs au Nord. Alors seulement , ils trouveront les
moyens de lutter ensemble.
Par exemple, c'est Cargill qui déplace les travailleurs
américains comme il le fait pour les travailleurs et
paysans indiens. Donc, nous avons décidé de lutter
non contre les travailleurs américains ou européens
, mais contre Cargill et le résultat de ces luttes en Inde
a été la conscientisation des paysans d'autres
parties du monde qui ont réalisés qu'ils devaient
bâtir une coopération transnationale entre paysans
du monde entier.
(...) Vandana Shiva (extraits de http://www.lcr-rouge.org/archives/090299/controv.html )
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