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Généalogie et histoire des familles St Mard et alliées du comté de Chiny (Meuse (55) France, Gaume (Province de Luxembourg) Belgique).

«Le futur a un passé.
L' avenir a une mémoire!»

Archives Noël : le rapport

Petite synthèse : Un monde de laboureurs

Préambule

Au travers des archives familiales, nous avons survolé une société paysanne vivant au 18 et 19ème siècle.

Trois exploitations sont relativement bien décrites et quatre sont connues partiellement.

Dans le monde rural des 17ème et 18ème siècles, l'immense majorité des villageois vivent dans des humbles demeurent et possèdent quelques lopins de terre insuffisante pour nourri leurs familles. Ils doivent donc travailler pour les autres (manouvrier, journalier), avoir une activité d'artisan à domicile (Tisserant)...1

Avant le 18ème siècle, dans les villages du Luxembourg, beaucoup de pauvres constructions étaient faites de matériaux légers : bois, torchis, avec une toiture de chaume ou de genêt2.

En nous promenant dans les villages de Gaume et du Nord de la Meuse, nous pouvons voir des petites habitations sans annexes agricoles. Ces maisons "unicellulaires" sont celle des manouvriers. Les fermes sont les demeurent des laboureurs.

A cette époque, Dampicourt, le village le plus cité dans les archives familiales était divisé en trois ensembles.

Dampicourt à proprement parler, se développa au sud de l'église de part et d'autre du "Grand Chemin" et comprenait une trentaine de maisons.

Deux cents mètres plus au sud, le fief de Mathon s'étirait sur 140 mètres et comprenait une douzaine de maisons jointives. Sur la Chevratte, à 600 mètres de sa jonction avec le Ton, le moulin formait l'écart de Mathon.

Aigremont se développa au sud-est de Mathon entre le chemin et la rivière. Nous y trouvons un château seigneurial3.

Des laboureurs ?

Les registres paroissiaux du 18ème siècle mentionnant la profession de laboureur pour cette catégorie d'exploitant agricole. Au 19ème siècle, l'appellation change. Ils sont renseignés comme cultivateur et propriétaire.

"En Touraine comme en Lorraine, les laboureurs sont aussi en haut de l'échelle économique et sociale villageoise. Dans ces cas-là, ils sont minoritaires. Le parlement de Nancy estime en 1775, que "chaque village contient presque toujours dix manœuvres pour un laboureur"4.

Les exploitations Collignon - Mouchet et Simon - Collignon concernent le 18ème siècle par contre les autres le 19ème siècle.

Taille de l'exploitation

18ème siècle  
   
Collignon - Mouchet 10 ha 2 a
Simon - Collignon 8 ha 39 a
   
19ème siècle  
   
Jean-Baptiste Saint-Mard - Marie Joseph Simon 14 ha à 15 ha
Jean-Baptiste Saint-Mard Environ 12 ha
Saint-Mard - Benoît 4 ha 44 a
Saint-Mard - Demantin 9 ha 7 a
Jean-Baptiste et Marie-Joseph Saint-Mard Supérieur à 21 ha

Types d'exploitations

Pour le 17 et 18ème siècle, nous pouvons établir quatre types d'exploitation en fonction de la taille de celle-ci.

Les microfundias dont la superficie ne dépasse pas 2 hectares. Elle ne permet pas d'en vivre.

Les "exploitations familiales"5, en année normale, assurent la subsistance d'un foyer mais sans dégager de grand bénéfice. Les "exploitations indépendantes" assurent une relative autonomie économique à l'exploitant, assurent la "reproduction simple", la vie familiale et le paiement des charges.

Suivant les régions, la taille de l'exploitation varie :

  1. 4 à 5 ha en Flandre
  2. 8 à 10 ha en Normandie
  3. 8 à 10 en Ile de France
  4. +- 20 ha dans les régions défavorisées

En Gaume, 8 à 9 hectares suffisaient pour faire vivre une famille6.

Les exploitations "moyennes"7 ont une taille de 25 à 60 ha. Ce sont des exploitations à une ou deux charrues (1 charrue = +- 30 ha). "Rare sont les paysans qui tiennent une pareille quantité de terre en propre."

Dans les régions comme la Lorraine, il n'existe guère d'exploitation de taille supérieure.

Les grandes exploitations d'une superficie supérieure à 100 ha. Nous n'en trouvons que dans les grandes régions fertiles.

Le 18ème siècle

Les exploitations de Jean-François Collignon époux de Nicole Mouchet (10 ha) et de Pierre Simon époux d'Hélène Collignon (8 ha 39 a)sont donc à considérer comme "familiale".

Le 19ème siècle

Même si la Révolution française de 1789 a entraîné de grand changement politique, une fois la tempête passée, les campagnes ont repris leur rythme de vie. Nous pouvons donc nous inspirer de la classification ci-dessus pour le 19ème siècle.

Trois exploitations sont très bien documentées (Jean-Baptiste Saint-Mard x Anne Marie Simon +- 14,5 ha, Jean-Baptiste Saint-Mard - célibataire +- 12 ha, Jean-Baptiste et Marie-Joseph Saint-Mard >21 ha).

Suivant les critères de tailles précités, il s'agit bien d'exploitation familiale, mais nous n'avons pas de comparaison avec d'autre exploitation du village de Dampicourt.

Au sein du village de Dampicourt, ce groupe de Saint-Mard sont des notables. Jean-Baptiste Saint-Mard époux de Marie-Anne Simon est adjoint au Maire. Il intervient dans la gestion des conflits, agit comme expert... Il a une solide éducation scolaire. Son fils Jean-Baptiste Saint-Mard, oncle célibataire, fut président de la fabrique d'église. Louis, un autre de ses fils fut échevin à Dampicourt. Jean-Baptiste fils de Louis et époux de Marie-Joseph Saint-Mard fut bourgmestres de Dampicourt. Régulièrement dans les actes d'état civil, ils sont qualifiés de cultivateur ou propriétaire.

Le cheptel mort et vif

Le matériel utilisé dans l'exploitation permet de juger de son importance.

"La possession du train de culture - animaux de trait, charrue et charrette - marque une frontière essentielle. L'exploitant accède à la dignité de "laboureur"8. Ils acquièrent une relative liberté de travail car ils sont propriétaires de leur outil de travail.

Le matériel ou cheptel mort de la ferme de Velosnes, tel que décrit dans l'inventaire après décès de Jean-Baptiste Saint-Mard époux d'Anne-Marie Simon, le 11 novembre 1816, comprend deux chariots, deux charrues, et quatre herses.

Nous ne pouvons dire qui de Jean-Baptiste Saint-Mard ou de madame de Marche en est propriétaire mais cela reflète une exploitation importante.

Premièrement, il s'agit de charrue et non d'araire.

L'araire9 est un instrument élémentaire qui est fait uniquement en bois. Elle fend la terre mais ne la retourne pas.

La charrue est un instrument plus lourd, plus complexe et plus performant. Elle s'enfonce profondément dans le sol et le retourne. Elle est faite de fer.

Au 17ème et 18ème siècle, on parle de ferme à une charrue pour une exploitation d'environ 30 ha10. Nous pouvons en déduire qu'une seule charrue était nécessaire pour exploiter 30 ha.

Nous relevons la présence de 4 herses utilisées pour émotter les terres et enfouir les semis.

Les deux charrues, quatre herses, deux chariots nous permet de dire que nous avons affaires à une exploitation relativement importante (nous ne connaissons pas la superficie des terres de la ferme de Velosnes).

Le cheptel vif, tout comme le cheptel mort, permet de mieux connaître l'importance de l'exploitation. Pour le labour, le Nord de la France ne connaît que le cheval11. Il en faut deux par charrues et plus si le sol est lourd. Dans les écuries, nous trouvons 13 chevaux, un capital important.

Les bâtiments

La description des bâtiments nous permet de situer l'exploitation.

Au travers de deux actes (6 septembre 1846 et 5 janvier 1878), nous avons une bonne description de la maison de Jean-Baptiste et Anne Marie Simon.

Le bâtiment de décompose en un corps de logis à deux étages. Le rez-de-chaussée est composé de deux pièces et l'étage de deux autres.

La partie agricole comprend une grange, une écurie. Nous y trouvons en plus une cave, un grenier et une remise.

Un jardin de 15 ares complète le tout.

La description nous laisse penser qu'il s'agit d'une ferme de taille moyenne.

Dans les villages Gaumais et nord meusien, nous trouvons quatre types d'habitation12 :

La maison "Saint-Mard" de Dampicourt est une tri cellulaire.

Une deuxième maison est décrite dans les archives familiales. Elle se situe à Velosnes, est occupée par Jean-Baptiste Saint-Mard et Anne-Marie Simon. Elle appartient à Madame de Marche.

C'est une habitation tri cellulaire comprenant un corps de logis avec cave et grenier, une écurie et une grange. "Cette ferme est adaptée à la polyculture et à l'élevage et est le reflet d'une exploitation de plusieurs hectares."15.

Le 30 octobre 1874, Marie-Joseph Simon veuve de Jean-Baptiste Motellet, vivant à Velosnes, vend une maison à Dampicourt. C'est une habitation bi cellulaire comprenant un corps de logis et une écurie.

Les trois dernières exploitations (Jean-Baptiste Emmanuel Guillaume x Collin +- 1 ha, Saint-Mard - Demantin +- 9 ha, Saint-Mard - Benoît 4 ha 44 a) ne sont connues que par un acte sauf Saint-Mard - Benoît, mais ici nous n'avons pas une situation complète.

Nous pouvons dires de ces trois exploitations sont de petites exploitations familiales.

Les cultures

Pour toutes exploitations, nous constatons une forte domination des terres. Leurs superficies représentent entre 75 % et 89 % de l'exploitation à l'exception de celle de Jean-Baptiste Emmanuel Guillaume (60 % mais 10 % de parcelle qualifiée de champs).

Les près représentent entre 10 % et 27 % de l'exploitation.

La moyenne pour les sept exploitations est de 78 % de terre et 17 % de pré.

Au vu de ces chiffres, nous avons la certitude que le labour était l'activité agricole principale.

L'inventaire du 11 novembre 1816 à Velosnes nous renseigne sur les céréales cultivées. Nous y trouvons 7500 gerbes dont 4000 gerbes de blé (53,3%), 1000 gerbes d'avoines (13,5 %) et 2500 gerbes d'orges (33,3 %).

Le blé16 sert à l'alimentation de l'homme (pain).

Le blé d'hivers, le plus utilisé pour l'homme nécessite une bonne préparation des terres : trois - quatre labours différents pendant l'année de préparation et de repos, et des fumures de bonne qualité.

Le blé de printemps joue un rôle secondaire dans l'assolement triennal.

A Torgny, village voisin ayant la même géologie, l'orge, de grande qualité, était cultivé et "la Brasserie Renaud de Virton l'utilisa jusqu'en 1903 pour préparer son maltage. Les cultivateurs fournissaient l'orge et recevaient en contrepartie de la bière en fut."17 A Stenay (Meuse), il existait aussi une brasserie transformée de nos jours en musée.

Partout où le cheval est utilisé comme animal de trait, l'avoine est une culture importante. Il sert de nourriture à l'écurie et accessoirement à la basse-cour18.

"Les céréales sont des plantes exigeantes, donc épuisantes pour le sol, et leur culture réclame un gros investissement en travail, animal et humain, depuis les labours préparatoires, les fumures, les semailles à la volée (on peut ensemencer 5 ha en une journée au prix de 25 km parcourus !), les hersages et parfois les roulages, les sarclages printaniers. Puis les rudes opérations de la moisson : sciage des blés à la faucille, fauchaison des avoines plus tendre, javelage et confection des gerbes, liés avec de longues pailles de seigle, séchage sur le champ, ramassage avec les lourds chariots, confection des gerbiers sous le toit des granges.

Dans les grosses fermes, jusqu'au printemps, on battra les grains, soit au fléau, soit par le dépiquage sous le sabot des bêtes. (...)

La régénération, et même la simple conservation des capacités productives du sol, éminemment variables, mises à mal par la céréaliculture, nécessite un apport en fumures ou engrais."19

La quantité de fumier provenant des écuries et étables étant insuffisant voir de qualité médiocre, cela explique les stratégies de rotation des terres (assolement triennal).

Une lecture attentive des actes nous permet de connaître l'organisation des terres à Dampicourt. Il y a une division en couture et saison. L'assolement triennal nécessitait le partage des terres agricoles en trois coutures, elles-mêmes divisées en trois soles d'une superficie égale (les saisons)20. Mais Bernard Joannes dans son ouvrage sur Torgny précise que "les paysans parlaient indifféremment de la couture ou de la saison du blé, de la couture ou de la saison de l'avoine, de la couture ou de la sison des pommes de terres (ou betteraves) pour désigner l'une des trois saisons."21

A Dampicourt, nous avons la mention d'une :

L'assolement triennal a de plus été rendu obligatoire en Belgique par une loi de 184722.

Le personnel des exploitations

Au travers des archives familiales, à une exception près, nous n'avons pas d'information quant au personnel employé pour faire fonctionner les exploitations. C'est regrettable car le nombre de personne actif dans une exploitation permet de déterminer son importance.

Dans une moyenne exploitation, nous allons trouver un valet à tout faire, une servante au logis et quelques moissonneurs journaliers en août23.

Grâce à l'exploit d'huissier du 1er juin 1814, nous savons que Jean-Baptiste Saint-Mard (1767-1816) avait une domestique (Thérèse Gérard).

Anne Marie Simon, sa veuve, sera aidé par son fils Jean-Baptiste Saint-Mard (1800-1880) et de dernier le sera par son neveu et sa nièce Jean-Baptiste et Marie-Joseph Saint-Mard.

La transmission du patrimoine

L'étude des archives familiales a mis en évidence un système égalitaire tant dans les donations entre vif que lors des successions.

Au 19ème siècle, la coutume du Luxembourg se rapproche de notre droit moderne. Une veuve continue d'occuper sa demeure car elle conserve du fait de la communauté qui avait existé entre elle et son époux, la moitié des biens de la communauté en pleine propriété. L'autre moitié revient à ses enfants mais ces derniers sont nues-propriétaires et elle en garde l'usufruit.

Dans le cadre de la maison "Saint-Mard" de la rue d'Aigremont à Dampicourt, nous avons constaté que les propriétaires organisaient la transmission du bien aux générations suivantes mais sans léser les autres héritiers cars les bénéficiaires avaient des obligations financières à l'égard des autres héritiers.

Fin

Nos laboureurs sont des paysans aisés. Ils font partis de l'élite du village mais au vue de leur habitation, ils ne sont pas les plus gros laboureurs de Dampicourt.


1 Serge Bianchi, Michel Biard, Alan Forrest, Edouard Gruter, Jean Jacquart, La terre et les paysans en France et Grande-Bretagne du début du 17ème à la fin du 18ème siècle, Armand Collin, Paris, 1999. Page 47.

2 R. Autphenne, L'ancienne commune de Dampicourt - Histoire de l'habitat des origines à la fusion des communes, 1981. Page 26
Marcel Fourny, L'habitat et le village en Lorraine, Edition du SI le Méridional - Rouvroy, 1998. Page 11

3 Autphenne. Page 14-15.

4 Paul Delsalle (Université de Besançon), Nos ancêtres les laboureurs à travers les archives - Le "tour de France" des laboureurs, in La revue française de généalogie, n°145, avril - mai 2003. Page 22.

5 Bianchi, page 47

6 Marcel Fourny, L'habitat et le village en Lorraine, Edition du SI le Méridional - Rouvroy, 1998. Page 14

7 Bianchi, page 47

8 Bianchi, page 102

9 Bianchi, page 48

10 Bianchi, page 49

11 Bianchi, page 49

12 Bernard Joannes, Et si Torgny m'était conté..., Les éditions de la Joyeuserie. Page 27-28

13 "La cellule est un espace délimité par des murs extérieurs et des murs de refend (murs intérieurs qui séparent les parties d'un bâtiment). La cellule s'étend perpendiculairement à la façade, au faîte du toit, comprend un accès direct vers l'extérieur et reçoit une affectation (logis, étable, grange...)."
In Marcel Fourny, L'habitat et le village en Lorraine, Edition du SI le Méridional - Rouvroy, 1998. Page 11

14" En Gaume, le terme "écurie" est plus employé qu'étable au point qu'on distingue écurie des chevaux ou des vaches. En réalité vaches et chevaux partagent la même cellule."

In Marcel Fourny, L'habitat et le village en Lorraine, Edition du SI le Méridional - Rouvroy - 1998. Page 18

15 Marcel Fourny, L'habitat et le village en Lorraine, Edition du SI le Méridional - Rouvroy, 1998. Page 14

16 Bianchi, page 51

17 Bernard Joannes, Et si Torgny m'était conté..., Les éditions de la joyeuserie. Page 63

18 Bianchi, page 51

19 Bianchi, page 50

20 Bernard Joannes, Et si Torgny m'était conté..., Les éditions de la joyeuserie. Page 65

21 Idem

22 Bernard Joannes, Et si Torgny m'était conté..., Les éditions de la joyeuserie. Page 63

23 Bianchi, page 49


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Revise le: 16-06-2006
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