Généalogie et histoire des familles St Mard et alliées du comté de Chiny (Meuse (55) France, Gaume (Province de Luxembourg) Belgique).
«Le futur a un passé.
L' avenir a une mémoire!»
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A l’exception des scientifiques et des médecins, la mort se perçoit par ses signes négatifs. Elle est « l’arrêt des fonctions vitales »1 diagnostiquée grâce à l’absence de signes de vie apparents tel que la respiration, la circulation sanguine, l’activité cérébrale. Lors de la naissance d’un enfant mort né ou sa mort avant son baptême, les parents influencés par des croyances populaires ne pouvaient pas admettre qu’il ne puisse être baptisé. Son âme risquait de les tourmenter. De plus, il ne pouvait être inhumé en terre chrétienne. Baptiser un mort étant un sacrilège, ils les exposèrent dans des sanctuaires à répit dans l’espoir que l’enfant y manifeste quelques « signes de vie». |
« Jamais non plus les parents, qui apportaient leurs enfants décédés avant de naître, ne suppliaient la Saint-Vierge de prier pour ressusciter ces enfants ; ils lui demandaient de leur montrer, par des marques extérieures, que toute vie n’était pas éteinte dans ces petits corps, afin que, d’après ces « signes », le baptême puisse être donné à leurs enfants. »2
Même si cela n’est pas mentionné tout le temps, le baptême se faisait sous la « condition de vie ». Le 27 novembre 1657, un garçon natif de Marville est baptisé « en supposant ces signes (chaleur au cœur et rougeur à la face) être de vie ».Cette incertitude justifie la condition.
De 1625 à 1673, Jean Delhotel3, curé d’Avioth mentionna dans son « bref recueil » 135 baptêmes d’enfants morts nés. Pour 58 d’entre eux, il donna le ou les signes de vie ayant permis le baptême. Cette liste semble incomplète, à titre d’exemple, pour les années 1648 à 1656, seulement quatre baptêmes sont renseignement par contre en 1666 et 1671, douze enfants ont baptisés.
Le tableau ci-dessus ne reprend pas quatre baptêmes mentionnés par Jean Dehotel : 2 avant 1636, un en 1624 et un en 1638.
La répartition par sexe des enfants ne laisse pas apparaitre un fort déséquilibre entre les garçons et les filles, certes il y a une différence de seize baptêmes au profit des garçons, mais il y a aussi quinze baptêmes pour lesquels le sexe de l’enfant n’est pas connu.
Lieu de naissance des enfants baptisés permet de définir la zone d’influence du sanctuaire à répit d’Avioth. D’une manière raisonnable, nous pouvons estimer qu’elle rayonne sur une trentaine de kilomètre, ce qui n’est pas rien. Imaginé, en août 1668 Jean et Jeanne Pière de Longuyon4 à vingt-huit kilomètres d’Avioth par le chemin le plus court, transportant à pied ou en calèche, la dépouille de leur enfant, tout comme en avril 1671, Henri et Nicolle Gilson venant d’Habay5 à trente et un kilomètres.
Le lieu de naissance de quarante-six enfants est situé à une distance comprise entre 0 et 15 kilomètres, six enfants sont nés à Avioth. Par contre, le lieu de naissance de septante-neuf enfants est compris entre 16 et 30 kilomètres. Le lieu de naissance certain le plus lointain est Arrancy-sur-Crusne 6 à quarante-deux kilomètres d’Avioth.
Montmédy (7 km) et Marville (21 km) représentent un peu plus de quinze pour cent des lieux de naissance. Avioth et Juvigny-sur-Loison (15 km) concernent respectivement 6 et 5 baptêmes.
« Les organes vivent ensemble et meurent séparément.» 7 Certains spécialistes distinguent la mort cellulaire, la mort de l’organe, la mort de l’organisme. La mort complète de l’organisme corps humain est donc progressive et a faussé probablement la perception de celle-ci par nos ancêtres. Tel est le premier problème qui se pose dans l’analyse des « signes de vie ».
Tous les enfants baptisés ont été bousculés, transportés, emmaillotés, déshabillés puis déposés nu sur le pavé au pied de la statue de la Sainte Vierge. L’installation de la lividité puis de la rigidité cadavérique peuvent en être perturbée. Dans cette situation, les signes de lividités peuvent de reformer jusqu’à la trentième heure suivant le décès.
La troisième difficulté est l’absence de repère temporel. Jean Dehotel omet deux informations capitales :
Jean Dehotel ne reste pas en permanence à côté de l’enfant, il n’est pas toujours témoin de l’apparition des « signes de vie ». Pour certains enfants, le « signe de vie » s’est manifesté en cour d’accouchement et est rapporté par la sage-femme.
Dernière difficulté, la description du signe de vie se fait à l’aide du vocabulaire courant et non médical. Les termes utilisés sont relativement imprécis.
Les « signes de vie » sont principalement un changement de couleur (rougeur, couleur vermeille) et une augmentation localisée ou générale de la température du corps (chaleur).
Si les premiers signes correspondent à une lividité cadavérique, la chaleur ne peut provenir que de la putréfaction ou d’une manipulation du défunt.
«Les lividités cadavériques (livor mortis) sont une coloration rouge à violacées de la peau liée à un déplacement passif de la masse sanguine vers les parties déclives du cadavre, qui débute dès l’arrêt de la fonction hémodynamique. » 8
Les lividités commencent à être visibles entre 2 à 4 heures après la mort avec un maximum vers 8-12 heures. Avant ce délai, elles peuvent être déplacées par forte pression sur la peau.
Le terme « rougeur » rentre sans difficulté dans la définition de la lividité.
D’une manière très importante, la rougeur est associée au visage ou à une partie de celui-ci : bouche, front, nez, yeux. Dans huit cas, les rougeurs apparaissent sur le corps sans autre précision comme pour le baptême en 1663 d’une fille née à Othe qui « a été marquée de rougeur sur son corps. »
Mais, pour vingt-trois baptême le signe « rougeur » n’est associé à aucune partie du corps.
Régulièrement la rougeur est associée à d’autres signes, la chaleur en est le plus important (16 cas), suivit des mouvements (5 cas).
Le bleu et le blanc sont typiquement des couleurs morbides dont il impossible à comprendre pourquoi elles ont été perçue comme signe de vigne même si la blancheur est « extraordinaire sur la bouche et une partie de la face »9
Le vermeil ou rouge vif est un signe de lividité.
Tout comme pour les rougeurs, le changement de couleur a lieu principalement au niveau du visage avec une prédominance pour la bouche.
« La rigidité cadavérique (rigor mortis) est un enraidissement progressif de la musculature causé par des transformations biochimiques irréversibles affectant les fibres musculaires au cours de la phase post-mortem précoce. » 10
La rigidité débute trois à quatre heures après la mort, connait une intensité maximale vers 8 à 12 heures et disparait lorsque la putréfaction apparaît. D’une manière générale, elle commence par le haut du corps (nuque, muscles masticateurs) et progresse vers le bas du corps. Les membres supérieurs se figent en demi-flexion tandis que les membres inférieurs se figent en extension.
D’une manière générale, il serait tentant de rattacher les mouvements à l’installation de la rigidité cadavérique. Cela est tout à fait possible avec la main, membre supérieur qui doit se figer en position de semi-flexion donc s’ouvrir à moitié mais l’ouverture d’un œil, le mouvement de langue et ceux du cœur sont très problématiques.
L’ouverture de l’œil concerne deux baptêmes.
La formulation de la relation des deux évènements est claire et nette, l’enfant a ouvert un œil.
Le mouvement de langue concerne le baptême d’une fille native de Baâlon (20 octobre 1664), Jean Dehotel a noté comme signe de vie « Rougeur sur le corps et un mouvement de la langue »
Les mouvements du cœur concernent trois baptêmes :
Pour trois enfants, le signe de vie est un mouvement du corps qui s’est produit lors de la naissance. L’enfant est ondoyé par la sage-femme.
Dans le cas des naissances, les mouvements « apparents » de l’enfant mort sont certainement transmis par les contractions de la mère.
La rigidité affecte l’ensemble des muscles de l’organisme et touche également les muscles lisses d’où la possibilité d’incontinence post-mortem.11
Le premier cas a la particularité d’être apparu après le baptême, le 11 juin 1659 est baptisé une fille native de Bièvre. Les signes de vie sont « incontinent après le baptême, disparurent et ledit enfant est retourné à son premier estat ».
Le deuxième cas est tout aussi étrange, le 21 aout 1665 est baptisé un garçon de Saint-Léger dont les signes de vie sont les suivants : « face de l'enfant fort vermeille et rouge, avoir aperçu son cœur se mouvoir avec effusion d'urine ».
La chaleur est le deuxième signe le plus courant mais je n’arrive pas à le situer dans le processus post-mortem. Dès le décès, le mécanisme de refroidissement cadavérique se met en place pour égaliser progressivement la température du corps avec celle du milieu ambiant.
Le signe de chaleur est donc en opposition totale avec le processus de refroidissement du corps, vu que l’on se trouve en milieu tempéré plus froid que la température corporelle.
Est-elle une manifestation de la putréfaction du corps ?
La putréfaction ou destruction des parties molles du corps sous l’action des bactéries et enzymes ne se voit pas dans son stade initial. Les deux ou trois premiers jours, le corps semble intact extérieurement. La semaine suivante, elle devient apparente (tache verte à la paroi abdominale, ballonnement abdominal sous l’effet des gaz de décomposition, liquides de putréfaction, odeur…).
Si d’une manière générale, il est admit que les « signes de vie » observé dans les sanctuaires à répit sont des signes morbides, il ne me parait pas envisageable de confondre des signes de putréfactions avec de signes de vie.
Si les rougeurs se manifestent principalement au niveau du visage, la chaleur se manifeste essentiellement au niveau du tronc, ce qui revient à se poser la question s’il ne s’agit pas d’un signe de putréfaction initiale (avant qu’elle ne soit visible). Elle se manifeste au niveau du cœur (5 cas), au niveau de ventre ou de l’estomac (6 cas), sur les côtés (3 cas)…
Tout comme les rougeurs, le signe « chaleur » se manifeste souvent en compagne d’autres signes. La chaleur est majoritairement associée aux rougeurs et changements de couleur (signes de lividité).
D’autres signes apparaissent de temps en temps, quatre cas de saignement, un cas de sueur et un d’œil coulant.
Une des premières conséquences de la mort est l’arrêt du cœur entrainant l’arrêt de la circulation sanguine. Le sang stagne dans les vaisseaux sanguins. Il ne peut donc plus y avoir de saignement.
Que nous dit Dehotel.
Le premier cas pourrait être une manifestation de la rigidité cadavérique, il y avait peut être un peux de sang dans la verge de l’enfant.
Le troisième cas, du 25 janvier 1663, est un cas de putréfaction débutante. L’enfant, un garçon, est apporté depuis Prouvy à Avioth. Il y est né et enterré trois jours avant. L’enfant est déposé « comme d’habitude aux pieds de l’image miraculeuse de Notre-Dame d’Avioth ». Il apparait sur le corps de défunt une rougeur fort visible, et d’un de ses yeux coulent « sang et eau ».
Lors de la phase de putréfaction débutante, du liquide de putréfaction peut sortir par différents orifices. Ce liquide peut être confondu avec du sang, en effet, la sage-femme témoin des signes de vie n’arrive pas à décrire correctement ce liquide, elle parle de sang et eau.
Pour les deux autres cas, je n’ai pas trouvé d’explication.
24 novembre 1666 : « Rougeur à la face, vermeil à sa bouche, sueur en son corps »
Tout au plus, nous pouvons constater que le signe est associé avec des signes de lividité cadavérique (rougeur et vermeil).
25 janvier
1663 : « Rougeur fort visible sur son corps et
un des yeux coule « sang et eau » »
Signe de putréfaction
(voir ci-dessus).
Même si pris individuellement, tout les « signes de vie » ne peuvent être situés correctement dans le processus de dégradation du corps après la mort, il apparait de manière certaine qu’il s’agit de signes de mort. Certains signes paraissent très extrêmes, les mouvements de cœur notamment, mais l’adage populaire dit « Qui cherche, trouve ! ». A vouloir absolument trouver un signe de vie pour sauver l’âme de leur enfant, n’ont-il pas vu ce qui n’existait pas. Beaucoup de paramètres peuvent fausser notre vision des choses.
Pour en finir, en 1786, le vicaire canonique de Trèves, en visite canonique dans la région, condamna publiquement cette pratique. Elle fut interdite sous peine de suspension pour le curé qui accepterait de baptiser un enfant mort né.
1
Dr François Paysant, La mort et les formes médico-légales
de la mort, Université de Rennes 1, 1998
2
Jean Delhotel, Deux suppléments au « Bref
recueil » de l’état de l’église
Notre-Dame d’Avioth (1668), 2ème
édition, Edition S.A.E.P. 68040 Ingersheim, 1992, page 5
3
Jean Delhotel, fils de Laurent Delhotel et Françoise Michel
est vers 1597. Il est orphelin de mère en 1607 et fait des
études à Louvain. Dès 1623, il est fabricien à
Avioth, en 1636, il devient curé du dit lieu. Cette année
est marquée par la guerre, la famine et la peste. Il meurt le
8 octobre 1682.
4
France, Meurthe-et-Moselle
5
Belgique, province de Luxembourg
6
France, département de la Meuse
7
Bichat, in Dr François Paysant, La mort et les formes
médico-légales de la mort, Université de
Rennes 1, 1998
8
Faculté de Médecine de Strasbourg, Médecine
légale : Détermination du délai
post-mortem
9
Baptême du 1 septembre 1665, garçon natif de Montmédy
10
Faculté de Médecine de Strasbourg, Médecine
légale : Détermination du délai
post-mortem
11
Dr François Paysant, La mort et les formes médico-légales
de la mort, Université de Rennes 1, 1998
Copyright © 2006; Thierry Jean Saint-Mard
Revise le: 24-08-2006
Une famille Saint-Mard : http://users.skynet.be/saintmard/index.html