BELGIQUE : la commémoration des Fusillades anti-ouvrières des 26 et 27 mars 1886 à ROUX ...

Dans l'ombre des feux de 1886 

À Liège, une commémoration mémorable:

Jeudi 18 mars 1886. Depuis deux jours, Franz Liszt est à Liège. A 75 ans, il n' est plus le virtuose plein de fougue des Rhapsodies hongroises ou de Faust. Il s' habille en prêtre et ne compose plus plus que quelques notes. La veille pourtant, le concert à l' Émulation a été "divin". Et le banquet de ce soir, dans les salons de l' hôtel Morhen, le plus beau du Pont  - d' Avroy, réunit la bonne société liégeoise en son honneur.

Mais pourquoi donc le bourgmestre de Liège et sénateur libéral, Julien d' Andrimont, s ' est-il éclipsé juste après avoir dégusté quelques huîtres ? On ne signale pourtant rien d'  inquiétant.

Certes, depuis hier les ouvriers du charbonnage de la Concorde, à Jemeppe, se sont mis en grève. Il y a aussi cet appel lancé par le Groupe anarchiste de Liège pour commémorer, ce 18 mars, le quinzième anniversaire de la Commune de Paris. Mais toutes les précautions sont prises. Les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits dans la cité. La Garde civique est mobilisée. Les gares sont surveillées et les policiers postés à leurs sorties ont annoncé qu' il n' y avait pas plus d' ouvriers que d' habitude dans les trains venant de banlieues. Et puis, de toutes façon, les anarchistes ne sont qu' une poignée ...

À la fin du banquet, la chorale des disciples de Grétry chante pour Franz Liszt une cantade dédiée à Emile Zola, et intitulée Germinal: "Lève ton front avec fierté, mineur !...". Brusquement, le chant est interrompu par des bruits de vitres brisées. Ce sont les vrais mineurs qui, descendus à pied des communes avoisinantes, clament leur colère et leurs revendications, chantant "des chansons lugubres", selon les témoins de l' époque.

Par milliers place Saint-Lambert:

Ceux que l' on n' attendait pas, les voilà. Des milliers d' ouvriers venus d' Ougrée, de Seraing, de Tilleur, de Herstal, de Wandre, des hauteurs de Saint-Nicolas. À 19 heures, la place Saint-Lambert, lieu de concentration de la manifestation, est noire de monde. Et l' on y entend des cris nouveaux, comme "À bas les capitalistes !". À bas les bourgeois !".

Le groupe anarchiste de Liège n' avait prévu qu' un petit cortège d' une demi-heure suivi  d' un meeting dans une salle de trois cents personnes en Outremeuse, place Delcour. Or, ils sont au-moins deux à trois mille. Drapeaux rouges en tête, ils vont parcourir la place Verte, la place du Théâtre, les rues de l' Université, de la Cathédrale, Vinane d' Ile et des Dominicains, pour se retrouver une demi-heure plus tard, au point de départ, Place Saint-Lambert.

Place Verte, un des organisateurs, Édouard Wagener, de Herstal, est hissé sur des épaules et improvise un discours qui ressemble au Catéchisme du Peuple d' Alfred Defuisseaux.

"Citoyens, vous êtes tous des ouvriers !".

La foule en coeur : "Oui !" .

Vos avez traversé les rues les plus riches de la ville, ...

"Oui !".

"Qu' avez-vous vu ? Du pain ? De la viande ? Des vêtements ? Des richesses de toutes sortes ?".

"Oui ! Oui !".

"Qui a produit cela ? Est-ce vous ?".

"Oui ! C' est l' ouvrier !".

"Vous n' avez rien sur le dos. Vos enfants meurent de faim, ... Êtes-vous lâches ?".

"Non !", "Vive l' anarchie !", "Révolution !", ...

Le cortège se remet en marche et se dirige maintenant vers la rue Léopold. Mais au moment où il arrive à l' extrémité de la rue, une des glaces d' une épicerie vole en éclats, brisée d' u coup de pierre. La tension monte encore. On chante la Marseillaise à pleins poumons. Les cris de "Vive la république !" et "Vive la Commune !" claquent de plus en plus souvent,...

C' est l' explosion. Des vitres sont brisées rue Neuvice, place du Marché et rue du Pont. Dans cette dernière rue, une boulangerie est pillée. On arrive enfin au Café National, place Delcour, non sans qu' un de feu ne soit tiré par un manifestant. La salle où doit avoir lieu le meeting ne contient que 300 personnes. Plus de 500 s' y entassent, tandis que des milliers attendent sur la place.

 

(à suivre à compléter)

Tonnerre au Printemps !

Aux premiers jours du printemps, des événements à Liège et à Charleroi ont des répercussions dans les autres régions régions du Hainaut et le Namurois, des bruits d' émeutes arrivent de Liège.  (Le 18 mars 1886, une manifestation d' ouvriers sans travail prend rapidement un caractère de gravité). Dans le Borinage, depuis le 14 mars, le puits 28 de Belle et Bonne, à Quaregnon, est en grève. Et, face aux réductions salariales et au chômage (on ne travaille plus que cinq jours par semaine au Couchant de Flénu), la tension est vive parmi le monde du travail.

Nos autorités réclament par simples mesures de précaution la présence de la troupe, seule et unique façon à leurs yeux de résoudre les problèmes de la misère.

Le peuple touche aux limites extrêmes du désespoir. Des progressistes de l' Union Verrière, des Bruxellois comme Furnemont, animent des meetings à Charleroi, Lodelinsart, Marchienne-au-Pont. Les rumeurs les plus folles courent dans les corons. On parle de réduction de salaire, de licenciement; des patrons verriers, adversaires d' E. Baudoux et de ses fours à bassin, invoquent la concurrence déloyale pour renvoyer des ouvriers. Les faux bruits portés par l'intrigue ou l'inquiétude s' amplifient; des mineurs disent même que les nouveaux fours peuvent se passer de charbon.  Ces événements de Liège n'ont pas tardé à être connus au Pays noir où la tension grandit donc. La moindre étincelle peut allumer l' incendie. Cette étincelle, le 25 mars, le patron du Puits Ste-Henriette refuse une augmentation de salaire à Fleurus; la grève éclate brusquement. Et aussitôt, 400 mineurs se dirigent vers les puits les plus proches pour y faire cesser le travail; bientôt le Nord de Gilly et le Marquis s' arrêtent. Les grévistes descendent alors sur Gilly,  Montignies-sur-Sambre et Châtelineau où, bon gré mal gré, les ascenseurs remontent les ouvriers. Dans l' après-midi, le mouvement s' étend suffisamment, les bruits les plus divers circulent dans tout le Pays Noir. Inquiets, les bourgmestres en appellent aux "forces de l'ordre".  A Marchienne, les rassemblements de plus de cinq personnes sont aussitôt interdits.

Très rapidement, le gouverneur du Hainaut, le duc d' Ursel et le bourgmestre de Charleroi M. Audent, mobilisent la Garde civique. Le haut commandement de la garde a envoyé une circulaire aux compagnies d' élite "pour leur rappeler les règles en cas d' alerte inopinée" et à Charleroi, la garde civique reçoit des balles. L' armée est elle aussi mobilisée. Ainsi, le général van der Smissen télégraphie dans dans la soirée au colonel Kerrinckx, commandant le 1er Chasseurs à pied, "de consigner les deux bataillons de garnison, et de les tenir prêts à marcher". Il consigne en même temps les troupes à Mons et Tournai "afin de les tenir à la disposition du commandant de la province du Hainaut qui les dirigera sur Charleroi s'il en est requis"

Vers 22 heures, ce jeudi 25 mars, les chasseurs-éclaireurs et la batterie d' artillerie de la Garde civique sont sous les armes. Le lendemain, à quatre heures du matin, le colonel Kerrinckx, envoie, à la demande du commissaire d' arrondissement de Charleroi, un bataillon du 1er Chasseurs à Châtelineau, de "sérieux désordres" étant à craindre. Ce n' est qu'un début.

Le premier renfort, un escadron du 4e Lanciers arrive de Tournai à 10,30 heures. Puis, ce sont deux bataillons du 3e Chasseurs et quatre escadrons du 4e Lanciers qui arrivent dans la soirée. Les seconds se rendront tristement célèbres lors de leur violente intervention, le soir même à Roux

Après une nuit relativement calme, le matin du 26 mars revoit des groupes de grévistes. La grève touche alors les industries métallurgiques (fonderie et laminoir Robert et Cie) et une verrerie (Brasseur). Un groupe de plus de 2.000 personnes descend sur Gilly et Charleroi; leur troupe marche sur toute la largeur de la chaussée qui mène au Faubourg. Le petit Albert Detiège, caché derrière la fenêtre, regarde apeuré la masse hurlante qui coule sur la chaussée, lourde, puissante, irrésistible; les volets se ferment sur son passage. La masse envahit la ville haute, quelques carreaux volent en éclats, la foule jouit de sa force face aux bourgeois qui se terrent.

Le sang coule:

Vers 13 h 30, des grévistes arrivent aux verreries Jonet, forcent les portes, cassent le matériel y compris les canons (feuilles de verre de forme cylindrique). Voisines, les verreries Casimir Lambert subissent le même sort. La grève, devenue émeute, gagne Lodelinsart et Dampremy, toutes les verreries (Fourcault, Frison, Schmidt - Devillez) y sont saccagées par une foule ivre de rage trop longtemps contenue et où se mêlent mineurs, hiercheurs, ouvriers verriers, beaucoup de très jeunes gens et de femmes. Bien que quelques groupes se dispersent dans toute la région, le gros de la masse, soit près de 5.000 personnes, arrive vers 15 h 15 à Jumet-Hamendes où l' usine d' E. Baudoux attire comme un aimant de colère et de haine.

La foule s'y précipite, renverse tout sur son passage, jette les cannes à souffler dans les fours; l' usine ultra-moderne et le château sont livrés au pillage et à l'incendie, on s' arrache les objets et les meubles. Quelques courageux tentent de calmer la sauvagerie qui s'empare des émeutiers; l' un d' eux, Arthur Wangermée (gazier), de Charleroi, reçoit un coup de pelle en pleine tête, un autre Louis Schneider (gamin), est piétiné et sérieusement blessé. Ivre de rage, la foule ne quitte l' usine et le château que chassée par l' incendie qui ravage les bâtiments.

Premères victimes:

Mais déjà, le sang coule à l' autre bout du Pays-Noir; venant des Forges d' Acoz à Châtelineau, un groupe de grévistes se heurtent aux gendarmes en se dirigeant vers Châtelet  (entrée rue Falot). La troupe charge sabre au clair, laissant de nombreux blessés sur les pavés rouges de sang. Des chasseurs arrivent et aident les gendarmes à embarquer les grévistes vers la prison de Charleroi où ils s' entassent par dizaines, attirant ainsi sous ses murs une foule de personnes piétinant toute la journée et la nuit. Mais la troupe n' arrête pas que les vivants, au puits Sébastopol, elle ramasse aussi 2 morts.

Roux, le 26 mars au soir: 

La fièvre continue à monter toute la journée, elle atteint un point critique lorsque le soir, 2 groupes de grévistes portant des falots et venant de Marchienne se dirigent vers Roux. Vers 21 h, ils passent les portes du puits Martinet; Vers 21 h 30, la grande verrerie Monseu est ainsi à son tour saccagée et incendiée.

Il est environ 23 heures lorsque soixante chasseurs à pied arrivent sur les lieux. Sur ordre du capitaine Bultot, le commissaire de police fait les sommations d' usage. Mais la foule n' entend pas. Cinq morts et de nombreux blessés restent sur le sol. C' est la première fusillade de Roux. le premier massacre. 

La nuit ne ramène pas le calme, bien au contraire. Ce samedi 27 mars des files de grévistes se dirigent vers ROUX. Un cortège se forme, précédé du drapeau rouge. Alors que rien ne justifice son intervention, la troupe coupe la route. Les grévistes continuent d' avancer. Les fusils claquent, fauchant les premiers rangs. Le drapeau rouge trempe dans le sang de celui qui le portait. Au total, il y a dix morts et de nombreux blessés. Quatre autres pourront encore, portant à dix-neuf le nombre de victimes de ROUX.

Ce n' est pas encore fini. Trois personnes sont tuées par les gendarmes à la Duchêne. GILLY apparaît alors comme le centre de l' agitation.

Roux, le 27 mars au matin:

Dès le 27 mars sur réquisition du bourgmestre de Mons, les "forces de l' ordre" sont mobilisées. Une action préventive, car tout est calme dans la ville. Mais le lendemain, la Ligue ouvrière tient un meeting à LA LOUVI ÈRE. Et les autorités craignent que la même flambée qui a embrasé Liège et le Pays noir n' enflamme la région minière du Borinage et le Centre. 

La mobilisation de l' armée est aussitôt décidée. Les 7e et 8e de Ligne, deux bataillons du 13e de Ligne qui se trouvait au camp de Berverloo sont envoyés à Mons. Un bataillon du 11e de Ligne arrive d' Arlon vers La Louvière. Un bataillon du 2e Chasseurs occupe Mariemont, La Hestre et Bascoup.

A Roux, la nuit du 26 mars, n' apaise pas les colères et les échos de la fusillade éveillent des désirs de revanche. Aussi, le samedi 27, des foules de grévistes se retrouvent peu après midi sur la route du hameau de la Bassée à Roux, puis vers le village même. Le drapeau rouge ouvre la route à quelque 700 personnes. Sa présence sur le front de la grève montre clairement que les Chevaliers du Travail y jouent un rôle important.

Alors que rien dans l' immédiat ne justifie son intervention, la troupe coupe la route vers 13 h 30. En réponse à cette provocation, les grévistes continuent leur marche en avant, puisant au sein de la foule la témérité et l' insolence. La troupe, à l' abri de ses armes, tire, fauchant les premiers rangs. Le porteur du drapeau s écroule frappé à mort, ainsi le rouge et le noir s' unissent désormais dans la vie comme dans la mort, le drapeau rouge devient le symbole du combat des travailleurs. La troupe relève 10 morts et de nombreux blessés (4 blessés pourront encore, portant ainsi à 19 le nombre de victimes à Roux).

La nouvelle exaspère la rage vengeresse de la foule qui s' en va piller châteaux et couvents, symboles de l' oppression des profiteurs. Mais de nombreux malfaiteurs se sont mêlés aux grévistes et ils entraînent les moins audacieux au pillage des demeures désertées. Ainsi, plusieurs incidents violents opposent encore les gendarmes à des groupes déchaînés, qui laissent 3 tués à la Duchêne. Gilly apparaît alors le centre de la plus vive agitation.

L' après-midi du 27, les autorités, se rendant comptent des l' ampleur des émeutes et craignant plus que jamais pour les propriérés privées (des riches), font appel à des renforts de troupe. 

Le dimanche 28 mars 1886, au Levant de Flénu et aux Produits, plusieurs centaines d' ouvriers se mettent aussi en grève, exigeant une augmentation salariale.

Affolées, les autorités locales réclament de nouveaux renforts que le gouvernement leur envoie bien volontiers. Le Centre est investit: un escadron du 3e Lanciers part pour La Louvière, et trois bataillons du 7e de Ligne augmentés d' un bataillon du 2e Chasseurs pour Morlanwelz, Mariemont, La Hestre, Bascoup et Trazegnies. Les charbonnages d' Anderlues, en contact avec les entreprises du bassin de Charleroi se voient occupés par un bataillon du 13e de Ligne et par un escadron du 3e Lanciers. Enfin, les autorités dirigent un bataillon du 8e de Ligne sur Pâturages et Boussu dans le Borinage, et encore un escadron du 3e Lanciers sur Strépy-Bracquegnies. Le même jour, le monde prend connaissance des événements tragique du Pays Noir. De partout et même de l' étranger, accourent des journalistes en quête d' informations; ils apprennent que les victimes de Roux seront enterrés le lendemain. 

Le lundi 29, Roux connaît un véritable état de siège; les autorités redoutent la colère ouvrière et la troupe reçoit l' ordre de tirer sur tous ceux qui s' approcheraient à moins de 150 mètres des militaires (avis du major Van Vinheroy). A Boussu, les mineurs cessent le travail. Le même jour, deux bataillons du 8e de Ligne débarquent au Borinage. Ils sont répartis dans les centres industriels les plus importants. Et, "sous une pluie torrentielles,  les Borains, maussades et silencieux, virent d' interminables colonnes de troupes sillonner la chaussée de Jemappes à Hornu". Pourtant la grève se propage dans toute la région, sans incident cependant. Le même jour, ce sont les ouvriers carriers de Gaurain-Ramecroix qui se mettent en grève. Ils ont fait cesser le travail dans les carrières des environs de Tournai. Aussitôt, la troupe est envoyée contre eux : un bataillon du 3e Chasseurs à pied, renforcé d' un bataillon du 2e de Ligne. Les carriers tournaisiens ne sont pas seuls en lutte. A Dinant, à Lessinnes, à Soignies, les ouvriers des Carrières sont aussi en grève.

Finalement, les ouvriers restent chez eux, les derniers jours de mars sont ceux du dégrisement et de l' incertitude. Si la plupart des ouvriers se croisent encore les(50.000), certains rejoignent déjà l' usine sous la protection de la troupe. Sans mot d' ordre précis, sans organisation, le mouvement s' effrite. Le 2 avril, on note toujours 17 foyers de grève dont la plupart à Charleroi, Gilly, Fleurus, Châtelet, Montignies et Marchienne. D' autres travailleurs n' auront pas la possibilité de développer un mouvement de lutte. Ainsi dans la Basse-Sambre namuroise, les Lanciers de Namur investissent en moins de douze heures toute la région et les entreprises: les charbonnages d' Aiseau et les glaceries d' Oignies, de Tamines et d' Auvelais.

Le mercredi 31 mars, le général Van der Smissen établit son quartier général à Mons,. Comme il l' a fait à Charleroi, il est décidé à tout pour avoir raison des ouvriers. Déjà à Bascoup, deux d' entre eux ont été tués et douze autres blessés.

Mais -heureusement serait-on tenté de dire au vu des massacres déjà perpétrés par les "forces de l' ordre"- comme cela s' est passé à Liège et à Charleroi, privé de combustible, le brasier s' éteint aussi vite qu' il s' est allumé.

Le jeudi 1er avril, les troupes rentrent Tournai, "la tranquillité étant rétablie". Dans le Hainaut, à partir du samedi 7 avril, la grève est considérée comme terminée. Les troupes évacuent le bassin industriel du 16 au 29 avril. Le mercredi 7 avril, le général avait déjà rétabli son quartier général à Bruxelles.

Sanglant bilan

Reste à faire le bilan des grèves. Le département de la guerre demande donc au général Van des Smissen de lui communiquer "le nombre de cartouches tirées et les résultats obtenus". Estimant manifestement qu' il y a des choses dont il convient de parler le moins possible, le général répond: "Sauf le 3e Chasseur à pied, les troupes et surtout la gendarmerie ont beaucoup tiré en l' air !

"Dans le bassin de Liège, les troupes qui se trouvaient sous les ordres du lieutenant général Ayou ont brûlé 29 cartouches, il y a eu un mort et trois blessés.

"Les troupes de la garnison de Namur ont tiré 47 balles, sans résultat connu.

"Les troupes du bassin de Charleroi ont tiré 90 cartouches. Il y a eu 21 tués et dix blessés restés sur place.

"Les troupes opérant aux environs de Mons ont tiré 78 cartouches, il y a eu deux morts et treize blessés.

"La gendarmerie a brûlé beaucoup de munitions, de 120 à 10 cartouches, sans blesser positivement personne par son feu".

Il ressort donc du rapport du général Van der Smissen que l' intervention des forces de l' ordre a fait au total 24 morts et 26 blessés. Inutile de dire que le nombre réel des victimes est de loin plus élevé...

 

Déjà, cependant la répression s 'abat sur le peuple, le tribunal correctionnel de Charleroi condamne sans arrêt à l' ombre des baïonnettes qui ceinturent le Palais de Justice. Les autorités décident d' établir à Charleroi une caserne de cavalerie et son régiment. Gilly constitue une garde civique. La réaction bourgeoise ne pense qu' à écraser et réprimer plutôt que de comprendre et apaiser. Benoni Chalon, le premier condamné, hérite de 3  mois de prison (plus 3 mois s' il ne peut payer 50 F d' amende).

Condamnés pour l' exemple !:

Les condamnations qu frappent les travailleurs après les événements de mars 1886 reflètent bien la rage et la frayeur des classes possédantes.

Le 24 mars à Liège, le tribunal correctionnel condamne les 47 arrêtées lors de la manifestation du 18 mars à des peines variant de six à seize mois de prison.

A Charleroi et dans le Hainaut, on n' est pas en reste. Un exemple : au tribunal correctionnel de Charleroi, un homme est accusé de mendicité avec usage de menaces. Le principal témoin dialogue avec le président:

-le témoin: "Le prévenu est venu mendier chez moi. Je lui ai donné un franc".

-le président: "Que vous a-t-til dit ?".

-le témoin: "Il a dit merci".

-le président: "N'a-t-il pas dit que vous ne lui donniez pas assez et qu'il allait venir avec les autres ?".

-le témoin: "Il a dit en effet que les autres allaient venir aussi chez moi".

-le président: "Il est entré chez vous sans vous demander la permission". 

-le témoin: "Il est entré seulement dans la cour".

Verdict: six mois de prison.

A la fin du mois de mai, le tribunal traite une série d' affaires du même genre. Un mineur de Jumet accusé d' avoir volé une chemise, une boîte de fer blanc, des pantoufles et un dossier de chaise: six mois de prison. Un verrier de Gosselies accusé d' avoir volé un parapluie et des planchettes: 35 jours de prison...

Au mois d' août, dix-huit inculpés, dont Oscar Falleur, secrétaire de l' Union des verriers de Charleroi se retrouvent devant les Assises de Mons. L' heure est propice pour les patrons verriers de régler leurs comptes., M Baudoux en tête. Consciente de la légèreté des dossiers de l' accusation, la justice n' a pas négligé la   composition du jury: industriels, banquiers, notaires, marchands... Avec Xavier Schmidt, lui aussi dirigeant de l' Union verrière, Oscar Falleur devient un symbole de la classe ouvrière brimée, écrasée par l' injustice et la dictature bourgeoise. Le verdict n' en est que plus dur: vingt ans de prison pour tous les deux. Un mouvement en faveur de leur amnistie aboutira en 1888.

Auteur du catéchisme du peuple, Alfred Defuisseaux comparaît aussi devant ses juges à Bruxelles. Il a été arrêté illégalement sur les ordres du général Van der Missen. Mais qu' importe, la justice poursuit pour "atteinte méchante à la force des lois". "Maigre, efflanqué, la moustache en croc, serré à la taille dans une redingote de demi - solde", la condamnation ne fait aucun doute pour lui. Prétextant la maladie de sa femme, il sort du Palais de Justice, s' enfuit en Hollande, puis passe en France. Et de Rancy, dirige le Parti socialiste républicain qu' il a créé. 

Édouard  Anseele, dirigeant du Parti ouvrier belge est également condamné à six mois de prison pour avoir, au cours d' un meeting, traité le roi Léopold II de "Volksmoordenaar" (assassin du peuple). Lui est reproché également un article paru dans le Vooruit, à la fin du mois de mars, un appel adressé aux pères et aux mères des soldats engagés dans la répression des grèves du Hainaut, et où il les conjure d' intervenir auprès de leurs enfants: "Écrivez vite, très vite... Suppliez-les au nom de tout ce qui leur est cher, de ne point tirer sur le peuple... Qu' ils se rappellent que leur mère, leurs parents sont des ouvriers, qu' ils deviendront eux - mêmes des ouvriers quand ils seront délivrés du joug militaire".

Verdict : six mois de prison.

Mais les barreaux des prisons ne peuvent empêcher la roue de l' histoire de tourner.

Et, comme l' écrit Henri Pirenne, "On ne trouve ni complot ni mot d' ordre. Quelques anarchistes, sans doute avaient attisé les colères, et le Catéchisme du Peuple, publié par Alfred Defuisseaux, avait vanté aux ouvriers la république et la révolution. Ce qu' on découvrit, c' étaient des violences, des efforts sans suite, aucune participation du Parti ouvrier dans la révolte, aucune immixtion ni aucun secours de l' étranger. L' émeute avait surgi à l' improviste, simple réflexe de colère trop longtemps amassée et d' autant plus violente qu' elle avait été plus spontanée...

"L' incident est clos"...

La bourrasque sociale qui vient de balayer le bassin industriel wallon d' est en ouest a-t-elle pour autant traversé le parc de Bruxelles? A-t-elle atteint le Parlement ?

Depuis les élections du 10 juin 1884, le Parti catholique est revenu au pouvoir avec 86 sièges à la Chambre contre 52 aux libéraux, qui en ont perdu 27.

Jusqu' au 24 mars, date à laquelle le Sénat ajourne ses travaux jusqu' à convocation ultérieure, les grèves et les tueries ne détournent pas les membres de la Haute assemblée de leurs prérogatives strictement législatives.

Quant aux députés, ils sont en vacances depuis le 6 mars, et ne réintègrent le Parlement que le 30. L' ordre du jour de la séance annonce une communication gouvernementale par le Premier ministre August Beernaert.

Pour lui, à Charleroi, "il y avait là la lie du peuple, des repris de justice, des misérables...". Mais "Ce que les excitateurs ne disent pas aux malheureux ouvriers qu' ils égarent, c' est que s' ils souffrent, le sort du capital n' est pas meilleur que le leur; depuis quelques années il est en quelque sorte gratuitement mis à la disposition du travail". Qui plus est, ce qui s' est produit "nous fait du tort à l' étranger qui ne donne plus de commandes à notre industrie.

Pas un mot pour les morts et les dizaines de blessés de la répression. Par contre, August Beernaert "se plaît à rendre un solennel hommage à l' armée et aux autorités judiciaires, à la gendarmerie, à la Garde civique ... qui, toutes, ont mérité les plus vifs éloges".

Dérisoire

L' origine des événements est simple: "Exploitant les difficultés d' une situation qui atteint toutes les classes de la société et qui est commune à l' Europe, quelques meneurs ont réussi à soulever un grand n ombre d' ouvriers charbonniers et à provoquer les plus désagréables désordres".

Et le premier ministre de conclure: "le gouvernement examinera avec calme et sang-froid les mesures qu' il doit prendre pour donner du travail. Des crédits importants ont été demandés pour des travaux publics. Ils seront réalisés sans retard, de même que 352 kilomètres de chemins de fer vicinaux. Ce sera du travail pour tout le monde ...".

Dérisoire devant la gravité des faits, la courte déclaration gouvernementale ne provoque même pas la réplique de l' opposition libérale. Son leader, Frère-Orban, se contente de dire: "Le moment n' est pas venu pour discuter les événements douloureux qui se sont passés. L' opinion publique accuse le gouvernement d' avoir organisé les secours (!) trop tard; je ne me prononce pas actuellement; je demande au gouvernement des détails plus précis sur ce point. Pour le moment, il faut que force reste à l' ordre et à l' autorité".

Après quoi, M. Beernaerts réplique: "Si M. Frère-Orban désire des explications complémentaires, nous les lui fournirons.

Et le compte-rendu de la Chambre se termine par la phrase traditionnelle: "L' incident est clos" !

Oui, l' incident était clos. Et il n' y a rien d' étonnant à cela, étant donné que les 138 députés sont élus par à peine 120.000 électeurs sur une population de quelque six millions d' habitants. catéchisme du peuple. Cela grâce au système électoral basé sur la capacité et le cens. Dons réservé aux contribuables importants. La grande masse du peuple, les ouvriers en sont exclus.

Améliorer la situation

Mais l' heure n 'est plus où catholiques et libéraux peuvent affirmer qu' il n' y a pas de " question sociale". Conservateur intelligent, Beernaert le comprend. Le 17 avril, le Moniteur publie un rapport au Roi dont il est l' auteur. Outre la rhétorique bourgeoise traditionnelle, on y lit que "le sort des ouvriers doit faire plus particulièrement l' objet de la sollicitude des pouvoirs publics ... Le problème de l' amélioration du sort de l' ouvrier s' impose... plus que jamais à l' attention de tous". Et de conclure: "Le moment semble venu d' étudier avec ensemble et méthode l' état de nos populations ouvrières et des industries qui les emploient, et d' examiner quelles sont les institutions à créer ou les mesures à prendre en vue d' améliorer la situation".

Ainsi, il aura fallu la lueur des incendies qui ont embraser le ciel du Pays noir, il aura fallu des morts et des blessés par dizaines pour qu' enfin certains yeux se décillent. Pour qu' enfin les plaies sociales soient prises en considération. Alors qu' une commission d' enquête, créée en 1848, avait déjà mis en évidence l' immense misère du monde du travail. Alors que depuis la création du Parti ouvrier belge, un an plus tôt, des revendications comme l' amélioration progressive de la condition  des travailleurs, la reconnaissance au prolétariat de la part qui lui revient dans la souveraineté politique, et une meilleure répartition des fruits du travail sont à l' ordre du jour....

Certes, depuis l' enquête de Ducpétiaux, il y a eu des progrès dans l' alimentation, l' habillement et même le logement. Mais, on est toujours dans le lasser-faire, laisser-aller le plus complet en matière sociale. Si l' ancienne interdiction des coalitions a été supprimée en 186, c' est pour être remplacée par l' article 310 du Code pénal, lequel soumet l' exercice du droit de grève à l' arbitraire des tribunaux.

Il a fallu attendre 1884 pour que soit signé un arrêté royal interdisant le travail souterrain dans les charbonnages aux garçons de moins de douze ans et aux filles de moins de quatorze ans. Et encore, faut-il qu' il soit respecté, ...

Une longue marche

Composée de 25 membres choisis parmi les parlementaires, hauts fonctionnaires, ingénieurs, professeurs et sociologues, la commission d' enquête, appelée aussi Commission du travail, est installée le 28 avril 1886. Cependant, un grand nombre d' ouvriers craignant d' être renvoyé de l' usine ou du charbonnage, il faut les autoriser à parler à huis clos. Cela n' empêche pas certains d' entre eux d' être privés de leur emploi, et signalés par les patrons à leurs confrères.

Mais, le 22 mai 1886, les 138 députés et les 69 sénateurs terminent leurs travaux. Les élections de juin marquent un nouveau progrès du Parti catholique qui passe à 98 sièges, tandis que les libéraux, en perdent douze, se retrouvant à 40 sur les bancs de la Chambre.

Le 9 novembre, les députés n' entendent pas sans surprise le discours du trône ouvrant la session parlementaire reconnaître que "l' on a peut être trop compté sur l' effet des principes d' ailleurs si féconds de liberté et qu' il est juste que la loi entoure d' une protection plus spéciale les faibles et les malheureux"...

Un programme de réformes suivait cette déclaration. Mais il fallut encore bien des luttes avant qu' elles ne se traduisent dans les faits. Et surtout, qu' elles ne correspondent aux revendications et aux aspirations du monde du travail.

Réformisme et Lois sociales

Ainsi donc, il a fallu le sang et les flammes pour que le Premier ministre August Beernaert semble touché par la grâce. Encore qu' en cette fin d' année 1886 et en 1887, il fasse passer les problèmes de la répression avant la mise à jour des lois sociales. Ce qui explique que la première de celles-ci voit seulement le jour en août 1887.

Du côté du Parti ouvrier, l' effroi l' emporte sur la lucidité. Et si l'on stigmatise l' attitude du gouvernement, on y multiplie les appels au sang-froid. Le congrès extraordinaire, tenu le 13 juin 1886, aboutit ainsi à la conclusion qu'une grève générale demande une organisation minutieuse. Cette position va devenir un véritable dogme. Et du fait de son utilisation réformiste, elle devint rapidement un obstacle à la pratique des grèves générales.

Pourtant, le monde du travail ne s' avoue pas vaincu après les événements du mois de mars. Ainsi à Charleroi, quelques jours après les tueries de Roux, des mineurs entament une grève à Jumet, au charbonnage d'Amercœur. Près de 1.500 travailleurs réclament. une augmentation salariale et une réduction des heures de travail. D'autres puits s'arrêtent à Jumet, à Charleroi, à Gilly, à Mont-sur-Marchienne. Les grévistes tiennent trois mois au bout desquels 185 travailleurs, considérés par les patrons comme «meneurs» sont licenciés.

Le 15 août, 20.000 personnes, dont un fort contingent de Borains, manifestent à Bruxelles aux cris de "Suffrage universel !"et en réclamant une amnistie pour les condamnés des grèves de mars.

Dans le même temps, les travailleurs se constituent en syndicats. Se groupent en fédérations. Ainsi les 12 et 13 septembre 1886 se constitue la Fédération nationale des métallurgistes, sur base de quatorze groupes représentant 3.400 membres.

Sous la pression du monde du travail qui prend de plus en plus conscience de sa force, de sa puissance, les temps changent. A partir de 1887, le Parlement vote de timides lois qui vont constituer l'ossature de notre législation sociale: loi sur le paiement des salaires et loi  instituant les conseils de l'industrie et du travail (16 août 1887), loi sur incessibilité et insaisissabilité des salaires (18 août 1887), loi sur l'inspection des établissements dangereux, insalubres ou  incommodes (5 mai 1888), loi sur la protection des enfants employés dans les professions ambulantes (28 mai 1888), loi concernant la sécurité et la santé des ouvriers occupés dans les entreprises industrielles et commerciales (2 juillet 1889),  loi  réorganisant les conseils de prud'hommes (31 juillet 1889), loi sur le travail des femmes et des enfants (13 décembre 1889).

Et puis un trou de près de sept ans avant 'la loi sur les règlements d'atelier (15 juin 1896). Ponctué par l'introduction, lors des élections du 14 octobre 1894, d'un système de vote plural. Sur les 152 sièges à pourvoir, les catholiques en enlèvent 104, soit douze de plus. Les libéraux. tombent de 60 à 20 sièges. Le Parti ouvrier obtient 28 sièges.

Il faut cependant encore attendre 1918 pour que soit introduit, sans révision préalable de la Constitution, un système de suffrage universel. Mais la plupart des femmes en étaient toujours exclues. Et c'est seulement en 1948 qu'enfin tous et toutes se trouveront à égalité dans notre système électoral. La conquête du suffrage universel aura donc demandé plus de soixante ans.

(texte en cours)

Et les suites aujourd'hui ?

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Original article is at http://www.indymedia.be/news/2002/04/21005.php Print comments.

 

Procès Clabecq: la justice de classe en action ?
by pablo Wednesday, Apr. 10, 2002 at 1:31 PM
plootens1886@...

A l'occasion de la commémoration "Aux martyrs ouvriers de 1886 à Roux", organisée par la Centrale Générale FGTB de Charleroi le 27 mars dernier, des syndicalistes ont décidé de dénoncer publiquement l'utilisation des lois répressives de 1887 dans l'actuel procès des 13 de Clabecq.

 

Procès Clabecq : la justice de classe en action ?

Les 26-27 avril 1886 à Roux, 19 ouvriers mineurs, sidérurgistes, verriers et chômeurs sont tués par la Garde Civique (la gendarmerie de l'époque) en révolte contre la misère, le chômage et l'injustice. La répression s'abat durement sur les travailleurs et la population. Le syndicat de l'Union Verrière était particulièrement visé : ses dirigeants Falleur et Schmidt furent condamnés à 20 ans de prison. Leur délit : non pas d'avoir personnellement participé aux destructions de machines ou incendies de châteaux des directeurs d'usines, mais bien d'avoir appelé à la grève et avoir soutenu les manifestants. La bourgeoisie vota dès 1887 une loi spéciale pour criminaliser les syndicalistes qui oseraient inciter les travailleurs à se révolter contre les méfaits du système capitaliste : l'article 66§4 du Code Pénal est introduit en réponse aux grèves insurrectionnelles de 1886: « Seront punis comme auteur d'un crime ou d'un délit ceux qui, soit par des discours tenus dans des réunions ou dans les lieux publics, soit par des écrits, des imprimés, des images ou emblèmes quelconques, qui auront été affichés, distribués ou vendus, mis en vente ou exposés aux regards du public, auront provoqué directement à le commettre ... ».

Depuis 1998, 13 syndicalistes de Clabecq sont poursuivis par la Justice, leur inculpation repose sur cet article 66§4, qu devient ainsi une arme patronale par excellence pour criminaliser les conflits sociaux et traîner devant les tribunaux les délégués qui prennent leur responsabilité dans le cadre de leur mandat syndical. Dès le début, des syndicalistes ont dénoncé le danger de ce procès pour les libertés syndicales. Un appel, lancé par le SETCa-FGTB de Bruxelles-Halle-Vilvoorde disait ceci : « Procès de Clabecq : la solidarité d'abord ! (...) Quelles que soient les analyses divergentes que l'on peut porter sur la gestion du conflit des Forges de Clabecq, les soussignés estiment que toute répression à l'égard des principaux acteurs signifierait une atteinte grave à l'ENSEMBLE du mouvement ouvrier et démocratique de notre pays et un précédent sérieux sur le plan juridique. (...) Nous ne pourrions que souscrire à un procès qui fasse le bilan des violences et des injustices de notre système vis-à-vis des travailleurs et des chômeurs ! Il est inadmissible d'assimiler des grévistes qui se battent pour l'emploi à des délinquants de droit commun. Nous nous inscrivons donc dans la solidarité avec ceux qui sont en butte à la répression pour avoir mené un combat syndical. (...) »

Le procès est dans sa phase finale. L'instance, qui traite de l'affaire de Clabecq, est déjà la Cour d'Appel. Il n'y aura donc pas d'appel possible contre le jugement qui sera prononcé dans les toutes prochaines semaines. Nous comprenons pleinement le sens de la déclaration d'un délégué FGTB de Charleroi, il y a quelques jours devant le Tribunal de Bruxelles : « Si ceux de Clabecq sont condamnés, les travailleurs de Caterpillar ne resteront pas les mains dans les poches ! ». Il est inadmissible que sur base de lois iniques et arbitraires d'une époque où le suffrage universel était absent, la Justice devienne une justice de Classe anti-démocratiques. Elevons la voix pour défendre les libertés syndicales et politiques, celles qui sont encore garantes de la défense des intérêts des travailleurs. Des martyrs ouvriers ne sont pas morts hier, pour laisser bafouer aujourd'hui les acquis sociaux et les droits des travailleurs !

Ce texte est co-signé par les syndicalistes et démocrates suivants :
Paul Lootens, Christian Viroux, Carlo Briscolini, Robert Lacroix, Thierry Tonon, Anne Dombrecht, Marc Bourguet, Jean-Pierre Meyers, René Van Cauwenberge, Dominique Fervaille, Jean-Luc Bosmans, Victor Martin, André Beauvois, Michel Grovonius, Gust Haverbeke, Jean-Marie Piersotte, Eric Devriese, Christian Bianchini, Gilberte Chartier, Jacques Brouckaert, Antonio Cocciolo, Albert Faust, Jan Staal, Gaby Jaenen, Hugo Franssen, Jos Hennes, Michel Collon, Herwig Vermarcke, Erika Van den Bossche, Jan-Pieter Everaerts, Rudy Musters, Astrid Bloemkolk, Karin Van Hoffelen, Jakke Jacobs, Francine Mestrum, Van Hees Laurent, Ronny Onsia, Veerle Vanloo, Dirk Tuypens, Frank Stappaerts, Jacky Schabon, Tony Coppens, Lucas Catherine, Els Reyniers, Didi de Paris, Jef Bossuyt, Georges Spriet, Kathlijn Pittanvils, Alfons Wouters, Rick Valcke, Pipeleers Dirk, François Borghmans, Filip Desmet, Dany Van Cauwenbergh, Erik Demeester, Guiliana Rust, Rudy Sohier, ... (signataires au 9/04/2002)

              
                                     

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