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Quand des Belges traquaient les Juifs :

Le procès du policier SS Kurt Asche à Kiel (Allemagne) a permis de rappeler ce que fut le martyr des Juifs de Belgique sous l'occupation : 34.801 déportés, dont 28.902 ne revinrent jamais des camps d' extermination (environ 5.000 étaient des enfants). A l' heure où certaines voix contestent à nouveau la réalité du génocide nazi, ce procès ouest - allemand apporte des preuves précises de l' ampleur de l' holocauste. Il montre aussi la minutie avec laquelle l' occupant nazi - la police SS en premier lieu - prépara la "solution finale" dans notre pays.

En se concentrant sur les responsabilités allemandes, le procès de Kiel laisse cependant dans l' ombre le rôle que joua la population belge face à cette tragédie. Cette dernière aurait pu être encore plus grande si, dès les premières rafles, les Juifs n' avaient pas trouvé auprès de la population de notre pays une solidarité agissante et permis à près de la moitié des Juifs installés dans notre pays d' échapper à la déportation et à la mort.

Tous les Belges ne se retrouvèrent cependant pas aux côtés des Juifs. Les mouvements collaborateurs, issus des groupes d' extrêmes droites qui s' étaient développés avant la guerre apportèrent une aide non négligeable à la persécution organisée par le nazisme.

Nombreux sont ces anciens collaborateurs - et leurs fils spirituels que l' on retrouve aujourd'hui dans les groupes fascistes renaissants - qui justifient encore maintenant leur action en se présentant comme des combattants idéalistes et malchanceux, mus par la volonté de repousser le communisme. Le minutieux dossier mis au point par Maxime Steinberg, expert belge de la partie civile au procès de Kiel (*), fait justice de ces affirmations. Il montre qu' au-delà de son anticommunisme virulent et de son idéologie réactionnaire, le fascisme belge professait un racisme intimement lié à ses autres sources d' inspiration idéologiques. Au cours des années trente, des mouvements comme Rex et le VNV distillaient déjà le racisme dans leur propagande. L' occupation nazie n' a fait qu' accentuer ces tendances: très tôt, les groupes collaborateurs ont mis la main à la pâte de l' antisémitisme nazi et, quand commencèrent les rafles, ils furent des auxiliaires précieux de la police SS.

Les besoins de la police politique:
A elle seule, en effet, la police SS était incapable de mener la chasse aux Juifs sur une grande échelle. Animées par des préoccupations plus politiques, l' administration militaire allemande a tenté à plusieurs reprises de contrôler et de limiter l' action anitijuive menée par la police politique nazie, principalement à l' égard des Juifs de nationalité belge (qui n' étaient cependant qu' une minorité de la population juive installée dans notre pays). Ce faisant, l' administration militaire cherchait à préserver ses relations de "collaboration loyale" avec les autorités belges restées dans le pays. Si elle consentit à la déportation des Juifs étrangers, elle essaya cependant d' éviter des mesures trop brutales et spectaculaires par crainte des répercussions politiques qu' elles pourraient avoir dans le pays.
C' est pourquoi la politique nazie compte, dès le début, sur l' appui des mouvements d' "ordre nouveau" dans les pays occupés. Les nationaux - socialistes flamands organisés dans la SS Flandre germanique ainsi que les rexistes mobilisés dans les formations de combat, lui fourniront, en temps opportun, les effectifs qui lui font défaut.

Mais en attendant, ces mouvements ne chôment pas. Dès 1940, les groupuscules flamands et wallons se sont préparés à cette tâche. Subsidés par la propagande allemande, ils tentent d' entraîner l' opinion publique dans l' antisémitisme militant. Ce sera en vain pour la grande majorité de la population, car les liens évidents de ces groupes, avec l' occupant allemand se heurtent aux sentiments patriotique de la plupart des Belges. Ce patriotisme préservera la occupée, même ses milieux les plus réceptifs, de cet antisémitisme d' importation allemande.

Cependant, cette propagande antisémite a contribué à exercer ses adeptes à l' action antijuive. Leurs manifestations -en particulier le sac du quartier juif anversois à Pâques 1941- ainsi que le contrôle des ordonnances juives du commandement militaire (recensement des Juifs, interdictions de profession, rassemblement dans des communautés obligatoires, port de l' étoile jaune), les ont adaptés à leurs fonctions de forces auxiliaires de la police SS.

Les appels à l' extermination.
Dès les débuts de l'occupation, la presse de collaboration reprend à son compte les slogans racistes du nazisme. On les retrouve avec une virulence particulière dans les journaux de La Défense du Peuple, L' Ami du Peuple notamment, ainsi que dans l' organe néerlandophone de la Ligue antijuive, Volksche Aanval (L' Assaut populaire). A partir de 1941, les ligueurs antijuifs se présentent comme des racistes radicaux. Ils ne sont pas des antisémites ordinaires mais des antijuifs convaincus de la nécessité "d' une révolution totale qui nous débarrassera de la vermine". L' Ami du Peuple le proclame en décembre 1941 : "C' est une lutte pour leur extermination ou la nôtre".

En septembre 1941, toute équivoque est déjà levée sur le sens véritable de la "solution finale". Après avoir réclamé "qu' on mette les Juifs dans des camps de concentration", les ligueurs proclament que "l'heure du règlement de compte a sonné. Depuis vingt siècles, les Juifs ont causé tant de ruines et de guerres qu' il faut leur appliquer les paroles qu' eux - mêmes ont prononcé quand Jésus fut crucifié : "que son sang retombe sur nous et nos enfants". Nous autres, nationaux -socialistes wallons, nous savons que nous exécuterons cette sentence", assure L' ami du Peuple.

En décembre 1941, Volksche Aanval proclame qu' ici "retentissent les paroles d' Hitler qui disaient en septembre 1939 : si les Juifs réussissent encore une fois à provoquer une guerre mondiale, cela signifierait l' extermination de la race juive en Europe".

Délation systématique.
A partir de juillet - août 1942, quand commencent les déportations massives vers Auschwitz, cette presse encourage systématiquement la délation. Ainsi, en décembre 1942, "un lecteur assidu, un antijuif à tous crins" adresse à L' Ami du Peuple une lettre de dénonciation que le journal publie. Sa conclusion révèle la conviction intime des fidèles du nazisme : "A bas les Juifs, demi - Juifs ! Qu' on les extermine une fois pour toutes ! C' est la seule solution".

Pour y arriver, la Ligue antijuive appelle ses sympathisants à collaborer avec la police SS et ses forces auxiliaires dans la traque des Juifs clandestins. "La chasse est ouverte", titre L' Ami du Peuple en décembre 1942. Le journal fustige ceux qui aident les illégaux, des "Aryens qui ne méritent pas leur nom". "Foin de cet "humanisme" larmoyant, foin des scrupules de conscience, foin des attendrissement à fond perdu : notre sang, notre race sont en danger. En danger de mort. Dénoncer le Juif est devenu une obligation, une légitime défense. Traquons - les sans pitié, car notre existence est en jeu".

Le journal sert de boîte aux lettres entre les dénonciateurs et la police SS. L' un dd' eux a fournit des indications incomplètes. Un avis est publié à son intention : "G.V. de W. Bruxelles. Procurez - nous l' adresse complète du lieu où cde Juif se cache. Nous ferons le nécessaire".

Les partisans du nazisme n' en doutent pas un seul instant. Une "lettre d' une antijuive 100%", datée du 12 septembre 1942, arrive à La Défense du Peuple. La dénonciation conclut, en transmettant sa moisson d' adresses que "cette sale race me dégoûte au point que je les exterminerais moi - même s' il y avait moyen. Mais nous vous faisons confiance et nous espérons que bientôt nous n' en verrons plus un seul en Belgique".

De la main - d' oeuvre pour les rafles.
En peut, en effet, leur faire confiance. D' ailleurs, dès le début des grandes rafles nocturnes, en août et septembre 1942, la police SS, qui manque d' effectifs pour les réaliser, utilise ceux qui se sont engagés dans la SS au nom de Rex et du Vnv. A Anvers en particulier, la SS flamande participe massivement aux grandes rafles.

Des témoins en parlent. Et même, un document allemand le prouve. La Feldcommandatur 510, par exemple, le reconnaît en jugeant une affaire de vol où ces auxiliaires sont impliqués : "étant donné l' insuffisance des forces de police, l' arrestation de dizaines de milliers de Juifs à Anvers (sic) n' a pu s' accomplir sans le concours des membres des mouvements d' ordre nouveau pour les dépister et les amener à la police SS". En particulier, la SS flamande, formation para - militaire nazie recrutée en Belgique et subordonnée au général SS Richard Jungclaus, met des détachements à la disposition de la police politique nazie en permanence à Anvers et, pour des actions ponctuelles et coordonnées à Bruxelles.

Cette coopération entre police allemande et SS belges se poursuivra par la suite. L' enquête sur un "accident" survenu le 3 septembre 1943 montre que des agents SS flamands y étaient impliqués. Il s' agissait d' un camion transportant 145 Juifs d' Anvers à Malines. Le trajet dura près de trois heures parce que les convoyeurs s' étaient arrêtés dans un débit de boisson. A l' arrivée à Malines, neuf personnes étaient mortes asphyxiées dans la tapissière hermétiquement close.

La participation des mouvements d' "ordre nouveau" à la chasse aux Juifs n' est certes pas une révélation. Mais le dossier réalisé par Maxime Steinberg rassemble des faits précis qui prouvent de manière irréfutable la participation active des militants de ces mouvements au génocide nazi. Ils n' ont même pas l' excuse de l' ignorance : la prose qu' ils diffusaient montre à suffisance que leur but proclamé était bien l' extermination des Juifs vivant dans notre pays. Il est bon de la rappeler à l' heure où des mouvements se réclamant de la même idéologie connaissent une activité redoublée et diffusent une propagande raciste où les Juifs, le plus souvent, cèdent la place aux immigrés. La différence n' est pas tellement grande, car la majorité des Juifs pourchassés en Belgique par les nazis et leurs auxiliaires belges étaient eux aussi des immigrés.

(*) Maxime Steinberg: Dossier Bruxelles - Auschwitz. La police SS
et l' extermination des Juifs de Belgique.
Édité par le Comité belge de soutien à la partie civile,
avenue de la Toison d' Or 16, bte3. 1060 Bruxelles.

Extrait du "Drapeau Rouge", quotidien du
Parti communiste de Belgique
des 14/15 février 1981.

RoRo

Un autre responsable de la déportation  et de l' extermination des Juifs de Belgique était le ss Ehlers. Rentré en Allemagne occidentale après la guerre, et malgré les preuves accumulées contre lui, il n' a pas été inquiété. Mieux: il devint, sous son nom, fonctionnaire au tribunal des affaires sociales du Land du Schleswig-Holstein. Il jouit certainement de très hautes protections, qui furent efficaces jusqu' en 1962, moment où des antifascistes allemands s' indignent: avant d' être désigné pour diriger la "solution finale" du "problème juif" en Belgique, Ehlers s' était déjà "distingué" en Urss. Il y a commandé, en 1941, un groupe d' action qui exterminait sur place les Juifs et les communistes. Ehlers cesse alors ses activités judiciaires. Il espère sans doute se faire oublier... Mais il continue à toucher son traitement ! Et cela jusqu' en 1974, moment où il décide de prendre sa retraite. L' instruction ouverte contre lui par le parquet de Kiel en 1962 et qui se rapporte à ses activités en Urss se termine sans suite douze ans plus tard.

Sans suite: ce sont seulement des Juifs soviétiques qui sont morts à cause de lui ... Quelques tsiganes aussi, en passant.

Mais Ehlers n' échappe pas à la vigilance de Me Klarsfeld et, à son initiative, M. Pioro, président de l' Union des déportés juifs de Belgique, se porte partie civile contre Ehlers en 1975. Cette fois, pour ses crimes commis en Belgique.

La procédure recommence: le parquet de Kiel instruit l' affaire, la chambre compétente de Flensbourg rejette l' acte d' accusation. Klarsfeld va en appel, qui est enfin déclaré recevable le 8 mars 1977. Ehlers va en appel devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, mais elle lui donne tort en novembre 1979. Le procès de Ehlers, Ashe et Canaris, peut donc enfin commencer en octobre 1980 ...